CHAPITRE 1 — Le supermarché CHAPITRE 1 : LA CONTAMINATION AU BUREAU Sous-chapitre 1.1 : Ema, la beauté inconsciente Le supermarché « Marché Frais » bourdonnait de son activité de fin d’après-midi habituelle. Dans l’allée numéro trois, entre les conserves et les produits d’entretien, se tenait Ema Clair, dix-neuf ans, le visage encore empreint d’une innocence que le monde n’avait pas encore entamée. Elle portait l’uniforme réglementaire : un chemisier blanc trop serré sur sa poitrine généreuse, une jupe bleu marine qui s’arrêtait à dix centimètres au-dessus du genou, moulant ses hanches arrondies, et des bas nylon couleur chair qui luisaient sous les néons. Ses cheveux châtains, longs et ondulés, étaient ramenés en une queue de cheval basse qui balayait ses omoplates quand elle se penchait. Ema était la caissière la plus regardée, la plus désirée, la plus fantasmée. Sans le savoir, elle déclenchait une cascade de réactions physiologiques chez les hommes qui passaient devant sa caisse. Le vieux monsieur venait acheter son journal tous les jours à 17h30 pile, uniquement pour lui voir sourire. L’adolescent de quatorze ans faisait des aller-retours dans son rayon pour apercevoir le décolleté qui s’entrouvrait quand elle scannait les articles. Les pères de famille « oubliaient » des produits pour revenir faire la queue à sa caisse. Même les femmes la dévisageaient, parfois avec envie, parfois avec agacement. Ce jeudi, elle avait enchaîné six heures de caisse sans pause. Son dos la faisait souffrir, ses pieds étaient endoloris dans ses escarpins noirs à petit talon. Mais elle souriait toujours, remerciait chaque client avec cette douceur timide qui la caractérisait. Ses mains aux doigts fins et aux ongles courts passaient les articles avec une grâce naturelle. Elle ignorait que son corps était une arme de destruction massive des inhibitions. Ses seins, un bon 95D, pesaient lourd sous le chemisier, pointant fièrement les mamelons durcis par la climatisation. Sa taille fine accentuait la courbe de ses hanches et de son postérieur, qu’elle remuait inconsciemment en se déplaçant. Et son visage… angélique, avec des pommettes hautes, une bouche pulpeuse couleur framboise naturelle, et ces yeux verts larges et expressifs qui semblaient toujours légèrement étonnés. À 18h07, elle ferma sa caisse. Son tiroir était plein à craquer de billets et de pièces. La procédure voulait qu’elle le dépose au bureau administratif avant de pouvoir quitter son poste. Elle sortit le lourd tiroir métallique, le cala contre son ventre, et commença à traverser le magasin vers l’arrière-boutique. Sous-chapitre 1.2 : Le dépôt en zone infectée Le virus avait été détecté pour la première fois quarante-huit heures plus tôt dans un laboratoire confidentiel. On l’avait baptisé « Vénus-9 ». Sa contagiosité était équivalente à celle du Covid-19 dans sa phase initiale – transmission par fluides corporels, particulièrement le sperme et les sécrétions vaginales – mais ses effets étaient radicalement différents. Le Vénus-9 ciblait spécifiquement les zones limbiques et hypothalamiques du cerveau liées à la reproduction et au plaisir sexuel. Une fois infecté, l’hôte voyait ces zones hyperstimulées, créant un besoin compulsif, irrépressible, de copuler jusqu’à éjaculation ou orgasme multiple. Plus le partenaire plaisait physiquement, plus la stimulation était intense, conduisant à des performances sexuellement surhumaines – érections prolongées, lubrification extrême, éjaculations volumineuses et répétées, orgasmes en cascade. Le patient zéro était un comptable de « Marché Frais », contaminé lors d’un rendez-vous galant deux jours plus tôt. Il avait transmis le virus à trois collègues masculins pendant une réunion où ils avaient partagé un café – leurs salives contaminées avaient suffi. Maintenant, ils étaient quatre dans le bureau administratif : Thomas, 45 ans, responsable logistique, marié, deux enfants ; Marc, 38 ans, comptable, célibataire ; Julien, 22 ans, stagiaire en gestion ; et Laurent, 50 ans, directeur adjoint. Leurs corps hébergeaient le Vénus-9 en phase d’incubation terminale. Leurs pupilles étaient légèrement dilatées, leur température corporelle avait augmenté d’un degré, et une tension constante dans l’aine les faisait s’ajuster fréquemment. Le bureau était une pièce rectangulaire de quinze mètres carrés, vitrée sur un côté donnant sur l’entrepôt. L’air y était recyclé, confiné. Des dossiers s’empilaient sur des étagères métalliques. Cinq bureaux en L y étaient disposés, chacun avec son ordinateur. Une femme y travaillait aussi : Sandrine, 40 ans, responsable des ressources humaines. Elle n’était pas encore infectée, mais elle ressentait une étrange atmosphère depuis ce matin – une chaleur dans la pièce, un regard appuyé des hommes. Quand Ema poussa la porte avec son coude, tenant le lourd tiroir de caisse, cinq paires d’yeux se tournèrent vers elle simultanément. « Ema ! Entre donc », dit Thomas, la voix étrangement rauque. Elle sentit immédiatement l’atmosphère oppressante. L’air était lourd, chaud, avec une odeur masculine prononcée – sueur, après-rasage, et quelque chose d’animal, de musqué. Elle aperçut Sandrine qui lui lança un regard étrange, presque alarmé, avant de baisser rapidement les yeux sur son clavier. « Je viens déposer la caisse numéro quatre », annonça Ema, sa voix mélodieuse rompant le silence tendu. « Pose ça sur mon bureau », dit Laurent, le directeur adjoint, en désignant l’espace devant lui. Elle s’approcha, consciente du regard des hommes qui la suivaient. Elle sentait leurs yeux sur ses jambes gainées de nylon, sur sa taille fine, sur la courbe de ses seins qui se soulevaient légèrement sous l’effort. Le tiroir était lourd. Quand elle le déposa avec un bruit métallique, son chemisier s’entrouvrit davantage, révélant un glimpse de soutien-gorge blanc et la vallée profonde entre ses seins. Un grognement sourd s’échappa de la gorge de Marc. Ema releva la tête, inquiète. « Ça va ? » Julien, le stagiaire, avait les mains qui tremblaient sur son clavier. Il fixait son décolleté comme un affamé devant un festin. Sandrine se leva brusquement. « Je… je dois aller aux toilettes. » Mais Thomas bloqua son chemin vers la porte. « Reste ici, Sandrine. » Sa voix n’était plus celle du responsable logistique habituellement jovial. C’était un ordre bas, guttural. Le virus atteignait son pic d’activité dans leurs systèmes. Les zones cérébrales responsables du désir sexuel étaient en feu. Et devant eux se tenait la source de stimulation ultime : Ema, jeune, fraîche, magnifique, inconsciente du pouvoir explosif de son propre corps. Sous-chapitre 1.3 : Premier contact, première éjaculation Ema sentit l’instinct de fuite monter en elle. Quelque chose n’allait pas. Vraiment pas. Les hommes la regardaient avec une intensité qui la glaçait. Leurs yeux semblaient presque briller dans la pénombre relative du bureau. « Je… je devrais y aller », murmura-t-elle en reculant d’un pas. « Pas si vite », dit Laurent en se levant. Sa chaise roula et heurta le mur avec un bruit sec. « Tu as le décompte à faire avec moi. » C’était la procédure normale, mais rien n’était normal dans la manière dont il le disait. Sa voix était tendue, comme s’il retenait quelque chose. Ema hésita. Son cœur battait plus vite. « D’accord… » Elle ouvrit le tiroir et commença à sortir les liasses de billets. Ses mains tremblaient légèrement. Elle était consciente que Marc s’était levé à son tour et se tenait maintenant derrière elle. Trop près. Elle pouvait sentir la chaleur de son corps. « Cinquante euros en petites coupures », annonça-t-elle, essayant de maintenir une voix professionnelle. Laurent ne regardait pas l’argent. Il regardait ses mains – ses doigts fins qui manipulaient les billets – puis ses lèvres pulpeuses qui bougeaient en comptant. Soudain, Marc posa ses mains sur ses hanches. Ema sursauta violemment. « Qu’est-ce que vous faites ? Laissez-moi ! » Mais ses mains restèrent là, s’enfonçant dans la chair molle au-dessus de ses hanches. À travers la jupe en polyester, elle sentit ses paumes brûlantes. « Tu es tellement belle, Ema », murmura Marc à son oreille. Son haleine était chaude, chargée de l’odeur du virus – une senteur métallique subtile que le corps infecté exhalait. « Lâchez-moi ! » cria-t-elle, paniquée. Ce fut le signal. Thomas se rua sur elle depuis sa droite. Ses grandes mains agrippèrent les épaules d’Ema tandis que Marc la maintenait par-derrière. Elle était prise en sandwich entre leurs corps durs et chauds. « Non ! Arrêtez ! Aidez-moi ! Sandrine ! » Sandrine, pétrifiée, regardait la scène les yeux écarquillés, une main sur la bouche. Mais elle ne bougeait pas. La peur l’avait paralysée. Julien se leva à son tour, son visage juvénile déformé par un désir bestial. Il approcha d’un pas hésitant, puis plus décidé. « Tenez-la bien », grogna Thomas. Avant qu’Ema ne puisse protester davantage, Thomas lui écrasa les lèvres avec les siennes. Ce n’était pas un baiser. C’était une prise de possession brutale. Sa langue força l’entrée de sa bouche, envahissante, étouffante. Elle tenta de se débattre, mais Marc la tenait fermement. Pendant ce temps, Julien s’approcha par devant. Ses mains tremblantes s’emparèrent du chemisier blanc et tirèrent. Les boutons de plastique blanc sautèrent un à un avec de petits bruits secs. Pop. Pop. Pop. Le tissu s’ouvrit comme un rideau, révélant le soutien-gorge blanc en dentelle qui contenait ses seins généreux. Ema hurla dans la bouche de Thomas, mais le son fut étouffé. Ses yeux étaient grands ouverts, remplis d’une terreur absolue. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues. Julien contempla ses seins encagés dans la dentelle blanche, les mamelons déjà durcis par la peur et le froid, pointant le tissu. Il tendit une main hésitante, puis plus assurée, et saisit un sein à travers le soutien-gorge. La chair était ferme mais douce sous ses doigts. « Putain… ils sont énormes… » murmura-t-il avec vénération. Laurent se tenait toujours derrière son bureau, observant la scène comme un spectateur fasciné. Le virus en lui exigeait qu’il participe, mais une dernière parcelle d’humanité résistait encore. Thomas retira enfin sa bouche de celle d’Ema, laissant une traînée de salive entre leurs lèvres. Elle haletait, pleurait silencieusement maintenant. « S’il te plaît… laissez-moi partir… » sanglota-t-elle. Thomas ne répondit pas. Ses mains quittèrent ses épaules et descendirent vers le devant de sa jupe. Il trouva la fermeture éclair latérale et la baissa d’un geste vif. Le zzzip résonna dans le silence tendu du bureau. La jupe tomba à ses pieds en un tas de tissu bleu marine, révélant ses hanches rondes gainées d’une culotte blanche simple et de bas nylon couleur chair maintenus par un porte-jarretelles invisible sous l’uniforme. Ses jambes étaient longues, galbées, parfaites. Marc, derrière elle, gémit en voyant son postérieur moulé dans la culotte blanche. Il enfonça son bassin contre ses fesses et elle sentit quelque chose de dur et de chaud presser contre elle à travers son pantalon. « Non… non… s’il vous plaît… » supplia-t-elle. Thomas agrippa l’élastique de sa culotte des deux mains et tira vers le bas. Le tissu coton blanc glissa sur ses hanches, descendit le long de ses cuisses et rejoignit la jupe à ses pieds. Ema était maintenant en soutien-gorge blanc, porte-jarretelles noir, bas nylon et escarpins noirs. Sa chatte était exposée aux regards de tous – une toison pubienne brun clair soigneusement taillée en triangle net, des lèvres extérieures pleines et roses légèrement entrouvertes dans sa terreur. Julien tomba à genoux devant elle comme un adorateur devant un autel. Il plongea son visage entre ses cuisses avant qu’elle ne puisse réagir. « NON ! » hurla-t-elle lorsqu’elle sentit sa langue chaude et humide lécher sa fente. Le contact fut un choc électrique. Une vague de dégoût et de terreur la submergea, mais aussi, horrifiée, elle sentit son corps réagir malgré elle. Le virus n’était pas encore en elle, mais son corps jeune et sain répondait à la stimulation. Julien lapait sa chatte avec frénésie, ses mains agrippant ses fesses pour la maintenir en place. Il grognait comme un animal en se nourrissant. Pendant ce temps, Thomas déboutonnait son pantalon. Le bruit de la fermeture éclair qui descendait résonna comme un glas aux oreilles d’Ema. Il sortit sa queue – déjà complètement dressée, veinée, le gland violacé luisant de pré-éjaculat. Elle était imposante – au moins dix-huit centimètres – et épaisse. « Soulève-la », ordonna-t-il à Marc. Marc obéit immédiatement. Il passa ses mains sous les aisselles d’Ema et la souleva du sol comme une poupée de chiffon. Elle était légère malgré ses courbes généreuses – environ cinquante-cinq kilos répartis sur un mètre soixante-huit. Thomas avança, alignant son gland avec l’entrée de sa chatte. Julien dut reculer à contrecœur, laissant sa bouche et son menton brillants de ses sécrétions. Ema se débattit violemment. « Non ! Arrêtez ! Je suis vierge ! S’il vous plaît ! JE SUIS VIERGE ! » Son cri désespéré sembla faire hésiter Thomas une fraction de seconde. Mais le virus était plus fort que toute humanité résiduelle. Son expression se durcit. « Tu ne l’es plus », grommela-t-il. Et il poussa. La douleur fut atroce, déchirante. Ema hurla – un cri perçant qui résonna dans toute la pièce – lorsque son hymen céda sous l’assaut brutal. Thomas n’avait fait aucun effort pour être délicat. Il avait enfoncé toute sa longueur d’un seul coup puissant, jusqu’à ce que ses testicules viennent frapper contre ses fesses. « AAAAAAH ! » Le cri d’Ema se transforma en sanglots hystériques. À l’intérieur d’elle, c’était une sensation de brûlure et d’étirement insupportable. Elle sentait chaque centimètre de chair étrangère qui occupait son intimité violée. Thomas ferma les yeux un instant, savourant la sensation du vagin vierge extrêmement serré qui enveloppait sa bite. « Putain… c’est incroyablement serré… » Il commença à bouger. Lentement d’abord – une série de poussées exploratoires qui faisaient gémir Ema à chaque mouvement. Puis son rythme s’accéléra. Il la tenait par les hanches maintenant que Marc la maintenait en l’air, et il pistonnait en elle avec une force croissante. Clap clap clap clap. Le bruit de leur chair qui se rencontrait remplissait la pièce. Le bruit humide de sa chatte pénétrée se mêlait aux gémissements d’Ema et aux grognements de Thomas. Julien se masturbait frénétiquement en regardant, sa main allant et venant sur sa queue plus petite mais tout aussi excitée. Marc tenait toujours Ema en l’air, mais son visage était contre son cou maintenant. Il léchait sa peau salée par la sueur et les larmes. Sandrine était toujours assise à son bureau, complètement paralysée par l’horreur du spectacle. Mais quelque chose changeait en elle aussi. En regardant la scène pornographique qui se déroulait sous ses yeux, elle sentait une chaleur étrange monter en elle. Son propre sexe répondait malgré elle à la vue primitive de la copulation forcée. Thomas accélérait encore. Ses coups devenaient plus puissants, plus rapides. « Oh merde… oh putain… je vais… je vais… » Le virus amplifiait chaque sensation. La beauté d’Ema – sa jeunesse, son corps parfait – stimulait ses centres cérébraux au maximum possible. Sa performance était surhumaine : après seulement deux minutes de pénétration violente alors qu’il aurait normalement joui en quelques secondes face à une telle stimulation, il sentait enfin l’orgasme approcher. « JE VAIS JOUIR ! » hurla-t-il. Il enfonça une dernière fois sa bite au plus profond d’Ema et explosa. Le sperme jaillit dans son utérus avec une force torrentielle. Ema sentit le liquide chaud – presque brûlant – remplir son ventre. C’était une sensation étrange et violente, comme si on lui injectait un liquide étranger directement dans les entrailles. Thomas continuait à éjaculer, secousse après secousse. Son corps tremblait contre le sien. Il y avait tant de sperme – beaucoup plus qu’une éjaculation normale – que cela commença à déborder et à couler le long de ses cuisses en filets blancs et épais. Quand enfin il s’arrêta, haletant, il resta enfoncé en elle un moment avant de retirer lentement sa queue. Quand elle sortit avec un pop mouillé, un flot de sperme suivit immédiatement, coulant sur ses cuisses et gouttant sur le sol en dessous d’elle avec un bruit doux et régulier. Ploc. Ploc. Ema était en état de choc. Ses yeux étaient vitreux, fixant un point vague sur le mur. La douleur physique était toujours là – une sensation de brûlure et d’étirement dans son bas-ventre – mais elle était maintenant surpassée par le choc psychologique de ce qui venait de se passer. Mais le pire était encore à venir. Le sperme de Thomas contenait des milliards de particules virales du Vénus-9. Elles venaient déjà d’envahir les muqueuses de son vagin et commençaient leur migration vers son système sanguin et nerveux. La contamination avait commencé. Sous-chapitre 2.1 : Nu, tremblant, couvert de sperme Le sol en linoléum du bureau administratif était froid sous ses pieds nus. Ema Clair, dix-neuf ans, se tenait debout en s'agrippant au bord du bureau de Laurent, ses doigts blanchissant sous la pression. Le simple fait de rester vertical était une victoire sur la gravité et sur son propre corps traître. Elle était complètement nue. Pas un fil de vêtement ne la couvrait. Son chemisier blanc arraché gisait dans une flaque de fluides corporels à ses pieds. Sa jupe bleu marine avait été réduite à un chiffon déchiqueté. Son soutien-gorge blanc en dentelle pendait comme un trophée macabre à la poignée d'un tiroir. Ses bas nylon couleur chair étaient déchirés aux genoux et aux chevilles, formant des lanières de tissu déchiqueté qui collaient à ses jambes. Ses escarpins noirs à petit talon avaient disparu - probablement jetés quelque part pendant la frénésie. Son corps était une carte géographique des violences subies pendant les trois dernières heures. Toute sa peau - des cheveux aux orteils - était couverte d'une fine pellicule blanchâtre qui séchait progressivement, craquelant légèrement quand elle bougeait. Le sperme de cinq personnes différentes avait été déposé sur elle en couches superposées : Une première couche épaisse et crémeuse sur son ventre et entre ses seins, laissée par Thomas quand il l'avait éjaculée debout contre le mur Une seconde couche plus liquide sur ses cuisses et le bas de son dos, de Julien qui avait joui rapidement et abondamment Des éclaboussures sur ses épaules et son cou de Marc qui aimait voir son sperme atterrir sur sa peau Des traînées sur son visage et dans ses cheveux de Laurent qui avait insisté pour finir sur son visage "pour voir ses yeux verts regarder son sperme couler" Et l'apport de Sandrine - plus discret mais présent - des traces de doigts humides sur ses hanches et ses fesses Mais c'était à l'intérieur que la véritable invasion avait eu lieu. Son vagin contenait un mélange des éjaculations des quatre hommes - une soupe biologique épaisse et tiède qui lui remplissait le ventre d'une sensation de lourdeur inhabituelle. Chaque mouvement, chaque respiration, chaque battement de cœur semblait faire remuer ce liquide à l'intérieur d'elle. Et cela coulait. Lentement, mais continuellement. Un filet blanc crémeux qui descendait le long de sa cuisse intérieure, traçait un chemin sur sa peau, et finissait par tomber goutte à goutte sur le sol. Drip. Drip. Drip. Le son régulier semblait marquer le temps qui passait dans le silence relatif du bureau. Autour d'elle, les cinq dormaient profondément, épuisés par l'orgie virale. Thomas ronflait légèrement, allongé sur le dos, son pénis au repos reposant sur sa cuisse gauche, encore couvert de croûtes séchées. Marc et Julien dormaient enlacés comme des enfants - un spectacle presque tendre si ce n'était le contexte. Sandrine était recroquevillée en position fœtale sous un bureau, un bras jeté sur son visage comme pour se protéger même dans le sommeil. Laurent, seul, gardait une certaine dignité - assis adossé au mur, la tête penchée sur sa poitrine. Ema prit une profonde inspiration qui fit trembler ses seins. Ses 95D étaient lourds, sensibles, les mamelons durs et douloureux après avoir été pincés, sucés, mordus. Ils pointaient droit devant elle, roses foncés contre la peau blanche tachée de blanc. Quand elle respirait, ils bougeaient légèrement - un balancement naturel mais amplifié par leur taille et par la totale absence de soutien. Ses jambes tremblaient. Ce n'était pas seulement la fatigue musculaire (bien que cela fût considérable après avoir soutenu son poids dans diverses positions pendant des heures). C'était aussi l'effet du virus Vénus-9 qui consolidait maintenant son emprise sur son système nerveux. Une tension électrique faible mais constante parcourait ses muscles - particulièrement ceux des cuisses et du bassin. Comme si son propre corps était chargé d'une énergie sexuelle basale, prêt à se déclencher au moindre stimulus. Elle regarda vers la porte. Quinze mètres. Pas plus. Quinze mètres de linoléum sale qui la séparaient de la liberté relative du couloir administratif. Au-delà, il y aurait les rayons du supermarché. Puis l'entrée. Puis la sortie. Puis le monde extérieur. Son esprit, qui avait fonctionné par à-coups depuis le début de l'horreur, se mit enfin en marche de façon cohérente. Une pensée unique, claire, précise : Je dois sortir d'ici. Elle détacha une main du bureau pour essuyer le sperme séché autour de ses yeux. Sa main tremblait tant qu'elle faillit se donner un coup. Le contact de ses propres doigts sur sa peau était étrange - à la fois familier et complètement alien. Sa peau sentait le sperme, la sueur, et cette odeur métallique subtile du virus lui-même. Premier pas. Elle souleva son pied droit. La semelle colla légèrement au linoléum humide avant de se décoller avec un petit ploc. Elle le posa devant elle. Son poids transféré fit trembler sa jambe gauche si violemment qu'elle dut s'agripper à nouveau au bureau. Deuxième pas. Pied gauche cette fois. Plus difficile car c'était du côté où elle avait reçu le plus de morsures et d'ecchymoses sur la hanche. La douleur lui arracha un petit gémissement qu'elle étouffa immédiatement en se mordant la lèvre. Elle jeta un regard paniqué vers les dormeurs. Personne ne bougea. Troisième pas. Quatrième. Cinquième. Elle avait maintenant quitté la zone immédiate du bureau et se trouvait au milieu de la pièce. La porte était à dix mètres. Sans support, elle se mit à vaciller dangereusement. Ses jambes semblaient faites de gelée. Chaque muscle protestait. Son bassin particulièrement - le siège de toutes les pénétrations - lui envoyait des douleurs sourdes à chaque mouvement. Mais elle continua. Une main devant elle comme si elle pouvait s'appuyer sur l'air. Ses seins bougeaient librement avec chaque pas - un balancement lourd et prononcé qui aurait normalement nécessité un soutien-gorge de sport pour être contrôlé. Les mamelons frottaient contre l'air, contre les filets de sperme séché sur sa poitrine, contre rien du tout. C'était une sensation permanente et étrange - cette liberté totale, cette exposition complète. Drip. Une nouvelle goutte de sperme tomba de son vagin ouvert et atterrit sur le sol avec un minuscule éclaboussement. Elle regarda derrière elle et vit la traînée qu'elle laissait - une ligne pointillée blanche sur le linoléum gris, comme un chemin de miettes de pain dans un conte pour enfants, sauf que ces miettes étaient les preuves matérielles de son viol. À mi-chemin, elle dut s'arrêter. Les vertiges l'avaient reprise. La pièce tournait lentement autour d'elle. Elle ferma les yeux, respira profondément. L'air sentait le sexe et la transpiration. Ses propres fluides corporels - une combinaison de lubrification naturelle, de sperme étranger, et peut-être un peu de sang résiduel de sa défloration - continuaient à couler le long de ses cuisses. Quand elle rouvrit les yeux, son regard tomba sur un miroir de sécurité accroché dans un coin pour surveiller les angles morts. La vision qu'elle y vit la fit arrêter de respirer. Une fille inconnue la regardait. Une fille nue, couverte de séchages blancs, les cheveux emmêlés et collés par endroits, le visage strié de traces de larmes séchées et de sperme. Les yeux verts ordinairement vifs étaient ternes, cernés de violet. La bouche pulpeuse était gonflée, légèrement entrouverte. Le corps... Le corps était le sien, mais transformé en objet sexuel utilisé, souillé. C'était elle. Et pourtant ce n'était pas elle. Ce choc de réalité faillit la faire tomber. Mais quelque chose en elle - l'Ema d'avant, la fille qui étudiait la psychologie, qui voulait aider les autres, qui croyait encore en sa propre force - se réveilla brusquement. Non. Je ne suis pas ça. Je ne SERAI jamais ça. La détermination lui donna une nouvelle énergie. Elle redressa les épaules, ce qui fit bomber sa poitrine vers l'avant. Ignora le balancement de ses seins. Ignora la traînée blanche entre ses jambes. Ignora tout. Elle marcha. Plus vite cette fois. Ses pieds nus claquaient sur le sol. Clap. Clap. Clap. Chaque pas était un petit triomphe. La porte. Elle y était enfin. La poignée était en métal froid sous sa main. Elle tourna. Le mécanisme grinça légèrement. Elle jeta un dernier regard derrière elle. Les cinq dormaient toujours. Le bureau administratif ressemblait à une scène de crime sexuel - papiers éparpillés, chaises renversées, vêtements déchirés partout, et au centre, cette grande flaque de fluides corporels divers qui miroitait faiblement sous les néons. Puis elle ouvrit la porte et passa dans le couloir. L'air frais (relativement) du couloir administratif lui frappa le visage. Il faisait plus frais ici, moins chargé d'odeurs corporelles. Le couloir était long, éclairé par des néons espacés, avec des portes des deux côtés marquées "COMPTABILITÉ", "RESSOURCES HUMAINES", "DIRECTION". Et il n'était pas vide. À environ vingt mètres, près de la machine à café, se tenait un homme d'une quarantaine d'années en costume-cravate. Il tenait une tasse à la main et discutait avec une femme en tailleur qui avait le dos tourné. Ema s'immobilisa, le cœur battant si fort qu'elle crut qu'il allait exploser. L'homme leva les yeux. Son regard parcourut la longueur du couloir. S'arrêta sur elle. Ses yeux s'écarquillèrent. La tasse lui échappa des mains et s'écrasa sur le sol en porcelaine dans un bruit de verre brisé. La femme se retourna. Elle aussi vit Ema. Sa main monta à sa bouche. Ema resta paralysée. Nue. Couverte de sperme séché. Avec du sperme frais qui coulait toujours de son vagin ouvert le long de sa cuisse intérieure. Devant deux personnes habillées normalement, en tenue de bureau. Pendant une seconde éternelle, rien ne bougea. Puis l'homme fit un pas en avant. Puis un autre. Sa démarche était étrange - pas rapide, pas lente, mais déterminée. Ses yeux étaient fixés sur elle avec une intensité qui rappelait celle des hommes dans le bureau. Ema recula d'un pas, le dos heurtant la porte derrière elle. L'homme accéléra. Maintenant il courait presque. Son costume flottait derrière lui. Sa cravate battait contre sa poitrine. La femme le regardait, perplexe, puis son propre regard se fixa sur Ema. Sur son corps nu. Sur ses seins qui se soulevaient avec sa respiration rapide. Sur le filet blanc entre ses jambes. Quelque chose changea dans l'expression de la femme. Ses yeux se dilatèrent. Sa bouche s'entrouvrit. Une main monta pour toucher sa propre poitrine, comme si elle cherchait quelque chose. L'homme était maintenant à cinq mètres. Ema vit qu'il déboutonnait déjà son pantalon en courant. Sa queue émergea, déjà en érection complète, le gland violacé luisant. Elle tourna pour fuir, mais ses jambes tremblantes refusèrent de coopérer. Elle s'effondra plutôt qu'elle ne tomba, s'agenouillant sur le sol froid du couloir. L'homme arriva sur elle. Il ne dit pas un mot. Il posa simplement une main sur son épaule pour la stabiliser, l'autre guidant son pénis vers l'entrée béante de son vagin. Ema ferma les yeux, se préparant à la douleur. Mais la douleur ne vint pas. Ou plutôt, elle vint, mais transformée. Le virus Vénus-9 avait maintenant totalement colonisé son système nerveux. Les zones de plaisir dans son cerveau étaient en feu. Quand le gland de l'homme toucha ses lèvres vaginales déjà bien lubrifiées (par ses propres sécrétions amplifiées par le virus et par le sperme déjà présent), ce ne fut pas une sensation désagréable. C'était... neutre d'abord. Puis, quand il poussa pour pénétrer, ce fut... Agréable. L'horreur de cette pensée la submergea. Agréable ? Comment pouvait-ce être agréable ? Cet homme était un inconnu. Il la violait dans un couloir. Elle était nue, couverte du sperme d'autres hommes. Et pourtant... Son corps répondit. Son vagin, au lieu de se contracter de douleur, se détendit. Les muscles qui auraient dû se serrer pour résister s'ouvrirent plutôt. La lubrification augmenta - elle sentit son propre fluide se mêler au sperme déjà présent, créant un mélange encore plus glissant. L'homme gémit en sentant cette ouverture soudaine. Il s'enfonça complètement d'un seul coup puissant. Schlup. Le bruit humide résonna dans le couloir. Ema ouvrit la bouche pour crier, mais ce qui en sortit fut un gémissement étranglé. Pas de douleur. Pas de terreur. Juste... une surprise confuse. L'homme commença à bouger. Des coups de bassin rapides et profonds. Il la tenait par les hanches, ses doigts s'enfonçant dans sa chair. Chaque poussée la faisait avancer légèrement sur le sol lisse du couloir. Clap clap clap clap. Le bruit rythmé de leur chair qui se rencontrait remplissait l'espace. Ema regarda vers la femme près de la machine à café. Celle-ci s'était approchée. Elle se tenait maintenant à quelques mètres, regardant la scène avec des yeux brillants. Une main était sous sa jupe, bougeant frénétiquement. "Plus fort," murmura la femme, sa voix rauque. "Défonce-la." L'homme obéit. Ses coups devinrent plus violents. Ema fut poussée en avant à chaque impact, ses seins ballotant librement. Ses mamelons raclaient le sol froid, ce qui déclenchait un étrange mélange de douleur et de plaisir. Et puis cela arriva. Cette chaleur familière. Cette vague qui montait depuis son bas-ventre. Le virus, stimulé par la pénétration, déclenchait une réponse physiologique programmée. Non. Non non non. Pas ici. Pas avec cet inconnu. Pas comme ça. Elle serra les dents, essaya mentalement de repousser la sensation. Mais son corps n'obéissait plus à son esprit. La vague grandit. Devint un tsunami. Son vagin se contracta violemment autour de la bite de l'homme. Une, deux, trois spasmes puissants. Et elle jouit. Un orgasme violent, incontrôlable, électrique la parcourut de la tête aux pieds. Son corps entier trembla. Un cri lui échappa - long, haut, rempli d'un plaisir pur qui n'avait rien à voir avec sa volonté consciente. L'homme, surpris par cette contraction soudaine, grogna : "Oh putain !" et explosa à son tour. Elle sentit le sperme chaud jaillir en elle, se mêler au mélange déjà présent. C'était la sixième éjaculation en elle aujourd'hui. Sa vessie en contenait probablement plus de sperme étranger que d'urine à ce stade. L'homme resta enfoncé en elle un moment, haletant, avant de se retirer lentement. Quand sa queue sortit, un nouveau flot de sperme suivit, s'ajoutant à la cascade déjà en cours. Ema resta à genoux, pantelante. Son esprit était un chaos absolu. Elle venait d'avoir un orgasme pendant un viol. Un orgasme intense, multiple même - des vagues successives de plaisir continuaient à parcourir son corps. La honte fut si violente qu'elle en eut physiquement mal à l'estomac. La femme s'approcha. Elle était maintenant complètement sous l'emprise du virus aussi, visiblement. Elle tomba à genoux devant Ema, plongea son visage entre ses cuisses, et commença à lécher le mélange qui coulait. "Tellement bon," murmura-t-elle entre deux coups de langue. "Tellement plein." Ema regarda vers la sortie du couloir. Cinq mètres plus loin, il y avait une porte marquée "ACCÈS MAGASIN". Au-delà, la liberté. Elle se releva lentement. Ses jambes tremblaient encore plus maintenant, mais pour une raison différente. L'orgasme avait vidé ses muscles de leur énergie restante. L'homme, en train de se rhabiller à moitié, la regarda partir sans protester. Il avait obtenu ce qu'il voulait. La femme continuait à lécher le sol où Ema était agenouillée, récupérant les dernières gouttes. Ema fit les cinq pas vers la porte. Ses pieds glissèrent dans le mélange de fluides sur le sol. Ses seins se balançaient lourdement avec chaque mouvement. Le sperme frais de l'homme coulait maintenant librement le long de ses cuisses, rejoignant le chemin déjà tracé. Elle poussa la porte. Et entra dans l'enfer. Sous-chapitre 2.2 : Premières rencontres dans les rayons Le contraste fut brutal. Le couloir administratif était relativement calme, sobre, silencieux. Le magasin, lui, était le théâtre d'une orgie à ciel ouvert. Le "Marché Frais" avait été transformé en une scène de bacchanale pornographique. Les lumières brillantes des néons éclairaient des scènes qui n'avaient rien à voir avec les courses du jeudi après-midi. Le premier rayon qu'Ema vit était celui des produits laitiers. Normalement alignés méticuleusement, les yaourts, les fromages, les beurres étaient maintenant éparpillés sur le sol. Et au milieu de ce désordre alimentaire, trois personnes étaient en train de copuler. Un homme d'une cinquantaine d'années en uniforme d'employé de magasin était assis sur un pack de lait, une femme plus jeune à califourchon sur lui, ses seins sortis de son chemisier, bougeant de haut en bas avec un rythme frénétique. À côté d'eux, un autre couple - deux hommes cette fois - l'un prenant l'autre par-derrière contre une étagère de fromages. Personne ne semblait gêné. Personne ne semblait chercher l'intimité. C'était comme si toutes les inhibitions avaient été supprimées, remplacées par ce seul besoin primitif : copuler jusqu'à éjaculation. Et puis ils la virent. D'abord l'homme sous la femme sur le pack de lait. Ses yeux, mi-clos dans l'extase, s'ouvrirent brusquement grand. Il poussa la femme de dessus lui avec une brutalité qui la fit tomber sur le côté. "Regardez," dit-il simplement, en désignant Ema du menton. Tous les regards se tournèrent vers elle. Ema resta figée sur le seuil, une main sur la poignée de la porte, l'autre instinctivement (et inutilement) tentant de cacher sa poitrine. Le geste était absurde - son corps entier était nu, couvert de séchages blancs, avec du sperme frais qui coulait encore. L'homme se leva. Son pénis était encore en érection, ruisselant des sécrétions de la femme. Il avança vers Ema. La femme qu'il venait de quitter se releva aussi. Au lieu de protester, elle regarda Ema avec une fascination égale. Les deux hommes qui s'étaient pris l'un l'autre s'arrêtèrent aussi. Ils se séparèrent et se tournèrent vers elle. Quatre paires d'yeux. Quatre personnes contaminées par le Vénus-9. Quatre cerveaux dont les centres de désir étaient stimulés par la vision de cette jeune femme magnifique, nue, offerte. Le premier homme arriva devant elle. Il ne dit rien. Il posa simplement une main sur son épaule, l'autre sur sa hanche, et l'embrassa brutalement. Sa langue envahit sa bouche avant même qu'elle ne puisse réagir. Elle goûta le mélange de sa propre salive et des fluides vaginaux de la femme qu'il venait de quitter. Pendant ce baiser forcé, la femme approcha par-derrière. Ema sentit des mains sur ses fesses, écartant ses joues. Un doigt (puis deux) explorèrent son anus déjà bien utilisé. "Elle est déjà pleine," murmura la femme avec admiration. "Regarde comme ça coule." L'homme rompit le baiser. Il regarda entre les jambes d'Ema, vit le flot constant, et ses yeux brillèrent. "Tourne-la," dit-il à la femme. Ema fut tournée brutalement pour faire face aux étagères de produits laitiers. Ses mains s'agrippèrent aux barres métalliques froides pour se stabiliser. L'homme se positionna derrière elle. Il n'eut même pas besoin de guider son pénis - son vagin était tellement ouvert, tellement lubrifié, que le gland trouva l'entrée naturellement. Il poussa. Cette fois, Ema ne résista même pas mentalement. Son esprit semblait se dissocier de son corps. Elle regardait fixement les paquets de beurre devant elle - la marque "Président", le logo familier, le prix affiché - tandis que derrière elle, un inconnu la pénétrait avec des mouvements puissants. Clap clap clap clap. Le son était plus fort ici, réverbéré par les hauts plafonds du magasin. La femme s'était agenouillée devant elle maintenant. Elle regardait le point où l'homme entrait et sortait d'Ema, fascinée par le spectacle obscène. Puis elle tendit une main et commença à se caresser en regardant. Les deux autres hommes approchèrent aussi. L'un se mit à côté d'elle et commença à lui palper les seins. Ses mains étaient grandes, couvraient presque entièrement chaque sein. Il les pressait, les modelait, pinçait les mamelons entre ses doigts. "Tellement gros," murmura-t-il. "Parfaits." L'autre homme se positionna devant son visage. Il tenait son pénis dans une main, le présentant à ses lèvres. "Ouvre," ordonna-t-il simplement. Ema ferma les yeux, mais ouvrit la bouche. Le gland toucha ses lèvres, glissa à l'intérieur. Elle sentit le goût salé, musqué. L'homme derrière elle accélérait. Ses coups devenaient plus violents. Elle était poussée en avant à chaque impact, son ventre et ses seins pressés contre les étagères métalliques froides. Et pendant que tout cela se passait - une bouche dans sa bouche, une bite dans son vagin, des mains sur ses seins - son propre corps continuait à réagir. Le virus ne demandait qu'une chose : la stimulation maximale. Et elle recevait cela. Abondamment. La chaleur monta à nouveau. Plus rapidement cette fois. Comme si son système était maintenant complètement calibré pour répondre. Son vagin se contracta autour de la bite de l'homme. Il grogna : "Oh oui... serre-moi comme ça..." Elle sentit l'orgasme approcher. Impossible à arrêter. Programmé dans sa biologie maintenant. Quand il arriva, ce fut encore plus violent que le précédent. Un tremblement électrique qui parcourut tout son corps. Ses jambes se dérobèrent sous elle, mais les hommes la maintinrent debout. Un cri lui échappa - étouffé par la bite dans sa bouche mais néanmoins audible. L'homme derrière elle, déclenché par ses contractions, explosa à son tour. Elle sentit le sperme chaud jaillir, s'ajouter au mélange déjà présent. Il se retira. Le flot qui suivit fut impressionnant - non seulement son éjaculation fraîche, mais aussi une partie des précédentes qui avaient été délogées par ses mouvements vigoureux. Tout cela coula sur ses cuisses, sur le sol, formant une nouvelle flaque. L'homme devant elle n'avait pas encore joui. Il sortit sa bite de sa bouche, la dirigea vers son vagin maintenant vacant. "À mon tour," dit-il simplement. Il la tourna à nouveau - elle était maintenant complètement passive, une poupée de chiffon - et la plaqua contre une vitrine réfrigérée de fromages. Le verre était froid contre sa peau chaude, la faisant frissonner. Il pénétra à son tour. Même facilité. Même absence de résistance. Son vagin était devenu un simple orifice, ouvert, disponible. Il dura moins longtemps. Peut-être une minute. Puis il jouit aussi en elle. Quand il se retira, Ema se retrouva adossée à la vitrine froide, haletante, couverte d'une nouvelle couche de sperme frais. Les quatre personnes la regardaient avec admiration, comme des artistes contemplant leur œuvre. "Elle est incroyable," dit la femme. "Combien elle a pris ?" "Au moins six," répondit l'un des hommes. "Sept maintenant," corrigea un autre. Ema regarda vers la sortie. Elle était toujours là, au bout du magasin. La grande porte vitrée avec l'inscription "SORTIE". Peut-être à cinquante mètres. Peut-être cent. Elle ne savait plus. Elle poussa sur ses jambes pour se remettre debout. Le mouvement fit couler encore plus de sperme. Une véritable cascade maintenant. Elle laissa une traînée blanche derrière elle en marchant. Les quatre la regardèrent partir sans protester. Ils semblaient satisfaits, épuisés. Elle fit dix pas. Puis vingt. Atteignit le début du rayon des fruits et légumes. Ici, la scène était différente mais tout aussi pornographique. Un employé en tablier vert était en train de prendre une cliente contre un présentoir de pommes. Une autre femme, plus âgée, était à quatre pattes sur un tapis roulant à légumes, se faisant prendre par deux hommes simultanément - un devant, un derrière. Ema essaya de passer discrètement. Mais sa nudité complète, la traînée blanche qu'elle laissait, ses seins qui se balançaient avec chaque pas... Tout cela attira immédiatement l'attention. L'employé en tablier vert leva les yeux. Vit Ema. Son expression changea immédiatement. Il abandonna la cliente contre les pommes et se dirigea vers Ema. "Celle-là est meilleure," dit-il à personne en particulier. Il attrapa Ema par le bras, la tourna, et sans même un préambule, la souleva et l'installa sur le présentoir de pommes qu'il venait de quitter. Les pommes roulèrent en dessous d'elle, s'écrasant sur le sol avec des bruits mous. Il écarta ses jambes, aligna son pénis, et pénétra. Cette fois, Ema ne ferma même pas les yeux. Elle regarda le plafond. Les néons. Les banderoles publicitaires qui annonçaient des promotions sur les bananes. Elle comptait mentalement. Huit. C'était le huitième. Il bougea rapidement, avec l'énergie de quelqu'un qui vient de commencer. Ses mains agrippaient ses hanches, ses doigts s'enfonçant dans sa chair. Et, comme prévisible maintenant, son corps répondit. La chaleur. La vague. L'orgasme. Elle jouit en silence cette fois. Juste un tremblement violent, des contractions visibles sur son ventre, un gémissement étouffé. L'homme jouit juste après. Elle sentit le sperme chaud, encore. Quand il se retira, elle resta allongée sur le présentoir, parmi les pommes écrasées, regardant le plafond. Le calme relatif dura peut-être trente secondes. Puis elle entendit d'autres pas. D'autres voix. "Regardez celle-là." "Putain, elle est magnifique." "Elle est déjà pleine, regarde comme ça coule." Elle tourna la tête. Trois nouveaux hommes approchaient. Des clients probablement, habillés en civil. Leurs yeux brillaient de cette lueur familière maintenant - la lueur du Vénus-9. Elle se leva du présentoir. Du jus de pomme et de la pulpe de fruit collaient à son dos, se mêlant au sperme. Elle essaya de marcher vers la sortie. Mais ses jambes tremblaient trop. Elle tituba, s'appuya contre une caisse de bananes. Les trois hommes arrivèrent. Le premier la prit par les épaules, l'embrassa. Le second se mit derrière elle, écarta ses fesses avec ses mains. Le troisième regardait, se caressant déjà à travers son pantalon. Elle fut poussée à quatre pattes sur le sol. La position était humiliante mais pratique pour eux. Son dos était arqué, ses fesses offertes, son vagin parfaitement accessible. Le premier homme se mit devant son visage. Le second derrière. Ils pénétrèrent simultanément. Bouche et vagin. Utilisés en même temps. Gloup gloup gloup devant. Clap clap clap clap derrière. Ema ferma les yeux. Son esprit flottait quelque part au-dessus de son corps. Elle se voyait de haut - une fille nue à quatre pattes dans un rayon de fruits et légumes, se faisant utiliser comme un objet par deux inconnus, avec un troisième qui se masturbait en regardant. C'était tellement absurde que cela en devenait presque abstrait. Les orgasmes vinrent. D'abord le sien - déclenché par la double stimulation. Puis celui de l'homme dans sa bouche. Puis celui de l'homme dans son vagin. Quand ils se retirèrent, elle resta à quatre pattes, incapable de bouger. Le sperme coulait de sa bouche et de son vagin, formant deux flaques distinctes sur le sol en carrelage. Le troisième homme s'approcha alors. Il avait attendu son tour patiemment. "Sur le dos," ordonna-t-il. Elle obéit mécaniquement. Se retourna sur le dos. Ses seins s'étalèrent sur sa poitrine, les mamelons pointant vers le plafond. Il s'accroupit entre ses jambes, contempla son vagin ouvert, rougi, d'où coulait maintenant un mélange de sept (huit? neuf?) éjaculations différentes. "Parfait," murmura-t-il. Il pénétra. Lentement cette fois. Comme s'il savourait chaque centimètre. Ema regarda le plafond. Compta les dalles acoustiques. Vingt sur la largeur. Trente sur la longueur. Il bougeait lentement, profondément. Ses mains caressaient ses cuisses. C'était presque tendre, comparé aux autres. Presque. Quand il jouit, ce fut avec un long gémissement plutôt qu'un grognement. Il resta enfoncé en elle un long moment après. Puis il se retira, se rhabilla à moitié, et partit sans un mot. Ema resta allongée sur le sol froid du rayon fruits et légumes. Son corps entier était couvert d'un mélange de sperme, de jus de fruits, de sueur. Ses cheveux étaient collés à son visage. Ses jambes tremblaient si fort qu'elles faisaient vibrer tout son corps. Mais elle était toujours consciente. Et elle avait toujours un objectif : sortir. Elle se mit sur le côté, puis sur les genoux, puis debout. Chaque mouvement était une bataille. Chaque pas une victoire. Elle regarda vers la sortie. Quarante mètres peut-être. Et entre elle et la sortie, elle voyait d'autres formes bouger dans la pénombre relative du magasin. D'autres personnes contaminées. D'autres hommes qui chercheraient à l'utiliser. Mais elle n'avait pas le choix. Elle devait continuer. Elle fit un pas. Puis un autre. Le sperme continuait à couler. Maintenant c'était un flot constant, presque ininterrompu. Comme si son vagin était devenu une fontaine qui ne pouvait plus se fermer. Drip. Drip. Drip. Elle marchait, laissant derrière elle une traînée blanche sur le carrelage. La sortie était toujours là. Toujours aussi lointaine. Mais elle continuait. Parce que c'était tout ce qui lui restait. Sous-chapitre 2.3 : Pénétrations faciles, orgasmes répétés Le rayon des surgelés était un enfer de vapeur froide et de gémissements chauds. Des portes de congélateurs grandes ouvertes laissaient s'échapper des nuages de fumée blanche qui créaient des volutes spectrales autour des corps enlacés. La température avait chuté de dix degrés, mais cela ne semblait pas refroidir les ardeurs des individus contaminés. Ema avançait lentement, ses pieds nus laissant des empreintes humides sur le sol carrelé. La froideur du sol contrastait violemment avec la chaleur brûlante qui régnait entre ses cuisses - une chaleur constante maintenant, comme un feu de camp mal éteint qui couvait en permanence. Le virus Vénus-9 avait achevé sa colonisation de son système nerveux. Chaque neurone, chaque synapse liée au plaisir sexuel était maintenant sous contrôle étranger. Elle avait perdu le compte des hommes. Dix ? Douze ? Quinze ? Chaque pénétration se mélangeait avec les autres dans son esprit en lambeaux. Ce n'étaient plus des individus mais des fonctions : une bouche ici, une bite là, des mains partout. Des objets chargés de désir qui utilisaient son corps comme un moyen vers leur satisfaction. Son vagin était devenu un espace public. Ouvert, disponible, toujours lubrifié. Les muscles qui auraient dû se contracter pour se refermer restaient relâchés, comme si le virus avait désactivé ce mécanisme de défense basique. Quand elle marchait, elle sentait l'air frais du magasin circuler en elle - une sensation étrange, presque vertigineuse. Elle atteignit l'allée centrale - un large couloir qui menait directement aux caisses et à la sortie. Ici, la lumière était plus vive, les néons blancs éclatants révélaient chaque détail de son corps souillé. Elle s'arrêta un instant, cherchant son souffle. Ses mains tremblantes remontèrent instinctivement vers sa poitrine - non pas pour se couvrir, mais pour palper la chair douloureuse. Ses seins étaient lourds, sensibles au point que le simple frottement de l'air contre les mamelons provoquait des picotements dans son bas-ventre. C'est alors qu'elle le vit. Un homme, seul, assis sur un présentoir renversé près des caisses automatiques. Il avait peut-être trente-cinq ans, était habillé d'un jean et d'un t-shirt noir déchiré. Il la regardait approcher avec une intensité qui manquait de la frénésie habituelle. Ses yeux semblaient plus lucides, comme s'il luttait encore contre le virus. Ema hésita. Elle pourrait peut-être le contourner. Prendre par les caisses manuelles à gauche. Mais avant qu'elle ne puisse décider, il se leva. "Attends," dit-il, sa voix rauque mais contenue. Il s'approcha lentement, comme on approche d'un animal sauvage. Ses yeux ne quittaient pas les siens. "Tu... tu vas où comme ça?" Ema ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n'en sortit. Sa gorge était trop irritée, trop utilisée. Elle désigna simplement la sortie du menton. L'homme hocha la tête. "Moi aussi. Je veux sortir." Il jeta un regard autour de lui, vers les formes qui bougeaient dans la pénombre des rayons. "C'est de la folie. Je... je ne sais pas ce qui se passe." Il semblait différent. Moins contaminé peut-être. Ou simplement plus résistant. Ema fit un pas vers lui, un espoir fou naissant en elle. Peut-être qu'ensemble... Mais au moment où elle s'approcha à moins d'un mètre, son odorat perçut l'odeur musquée du désir masculin. Et son propre corps réagit avant même que son esprit ne comprenne. Un flot chaud de lubrification supplémentaire jaillit de son vagin, coulant le long de ses cuisses avec un sifflement presque audible. L'homme regarda le liquide frais se mêler au sperme séché sur ses cuisses. Ses pupilles se dilatèrent brusquement. La lutte interne qu'elle avait perçue dans ses yeux sembla se résoudre d'un coup. "Putain," murmura-t-il, plus pour lui-même que pour elle. "T'es... tu es tellement..." Il fit un pas en avant. Puis un autre. Plus vite maintenant. Ema recula, comprenant trop tard qu'elle venait de déclencher ce qu'elle cherchait à éviter. Son propre corps l'avait trahie à nouveau. L'homme ne courait pas. Il marchait avec une détermination implacable. Quand il fut à sa portée, il tendit une main et lui agrippa le bras. Pas brutalement. Juste fermement. "Je suis désolé," dit-il, et il semblait sincère. "Je ne peux pas... Je ne PEUX pas." Il la poussa contre le mur près des caisses automatiques. Le béton froid heurta son dos nu. Il l'embrassa - pas avec la brutalité des autres, mais avec une urgence désespérée. Sa langue chercha la sienne, doucement presque. Pendant ce baiser, ses mains descendirent le long de son corps. S'arrêtèrent à ses hanches. Puis entre ses cuisses. Il toucha son vagin ouvert, passa un doigt à l'intérieur, le ressortit couvert du mélange multicolore (blanc du sperme, transparent de sa lubrification, peut-être un peu de rose pâle de sang résiduel). "Tu es tellement mouillée," murmura-t-il dans son cou. "Tellement prête." Il se recula suffisamment pour baisser son jean et son caleçon. Son pénis émergea - de taille moyenne mais épais, déjà ruisselant de pré-éjaculat. Ema ferma les yeux. Elle n'allait pas résister. À quoi bon? Son propre corps le voulait de toute façon. Elle sentait déjà la chaleur monter en elle, comme une vieille connaissance désagréable mais familière. Il la souleva légèrement, l'installa sur le rebord d'une caisse automatique désactivée. La surface en plastique froid sous ses fesses la fit frissonner. Il écarta ses jambes, les plaçant de chaque côté de ses hanches. Puis il pénétra. Lentement. Très lentement. Comme s'il savourait chaque millimètre. Et pour la première fois depuis le début de cet enfer, Ema regarda vraiment le visage de l'homme qui la prenait. Il avait les yeux fermés, une expression de douleur et de plaisir mêlés. Des larmes coulaient sur ses joues. "Je ne veux pas faire ça," sanglota-t-il entre deux poussées lentes. "Je ne veux pas... mais je ne peux pas m'arrêter." Il bougeait avec un rythme régulier, profond. Ses mains tenaient ses hanches avec une tendresse étrange comparée à la brutalité des autres. Ema sentait son propre corps répondre. Bien sûr. Toujours. La chaleur. Les picotements. Le début des contractions. "Je m'appelle David," dit l'homme soudain, ouvrant les yeux. Ils étaient bleus, injectés de sang. "David. Souviens-toi de moi. S'il te plaît." Elle hocha faiblement la tête. Il accéléra légèrement. "Je suis désolé. Je suis tellement désolé." Et c'est alors qu'Ema fit quelque chose d'inattendu. Elle posa une main sur sa joue. Un geste presque tendre. Une reconnaissance qu'il était, lui aussi, une victime. Le contact sembla le briser. Son visage se décomposa. Il enfonça une dernière fois, profondément, et explosa. Les spasmes de son orgasme furent violents, convulsifs. Il pleurait vraiment maintenant, des sanglots secs qui secouaient tout son corps. Quand il finit, il resta enfoncé en elle un long moment, la tête baissée sur son épaule, pleurant silencieusement. Puis il se retira lentement, avec une délicatesse qui contrastait avec tout ce qu'elle avait connu jusqu'à présent. "Merci," murmura-t-il en se rhabillant. "Et... encore désolé." Il partit en titubant vers la sortie, sans se retourner. Ema resta assise sur la caisse automatique, le sperme de David rejoignant les autres à l'intérieur d'elle. Elle regarda ses mains. Elles tremblaient moins. Étrangement. Mais le répit fut bref. Des bruits de pas arrivèrent de sa droite. Plusieurs personnes. Elle tourna la tête et en vit quatre - deux hommes, deux femmes - sortir du rayon des boissons. Ils étaient tous habillés, mais désordonnés - chemises déboutonnées, jupes retroussées. Ils la virent immédiatement. "Regardez !" s'exclama l'une des femmes, pointant un doigt vers Ema. Ils s'avancèrent en groupe. L'un des hommes, grand et imposant, prit les devants. "Sur le sol," ordonna-t-il. "À quatre pattes." Ema obéit. Elle glissa de la caisse automatique, se mit à genoux sur le sol froid. Puis sur les mains et les genoux. La position était humiliante mais elle y était maintenant tellement habituée que c'était presque une posture de repos. Le grand homme vint derrière elle. Il abaissa son pantalon, prit position. Elle sentit son gland chercher l'entrée, la trouver facilement. Il pénétra d'un seul coup puissant. Clap. Le son résonna dans l'espace vide des caisses. Pendant qu'il commençait à bouger - des coups profonds et réguliers - l'autre homme vint se placer devant son visage. Il sortit son pénis, le présenta à ses lèvres. "Ouvre grand," dit-il. Elle ouvrit la bouche. Il y glissa son gland, puis plus profondément. Ainsi elle se retrouva à nouveau doublement pénétrée - une spécialité qui semblait plaire particulièrement aux groupes. Les deux femmes regardaient, fascinées. L'une d'elles s'approcha, s'accroupit sur le côté pour mieux voir le point où le pénis de l'homme entrait et sortait du vagin d'Ema. "Regarde comme ça coule à chaque fois qu'il sort," murmura-t-elle à sa compagne. L'autre femme hocha la tête, une main glissée dans son propre pantalon. "Elle doit en avoir pris au moins dix." "Douze maintenant," corrigea la première. Le grand homme derrière Ema accélérait. Ses coups devenaient plus violents. Elle était poussée en avant à chaque impact, le pénis dans sa bouche s'enfonçant plus profondément, lui faisant toucher le fond de sa gorge. Elle commença à s'étouffer. Des larmes coulèrent de ses yeux. L'homme devant elle semblait apprécier cette contraction de sa gorge. Il grogna de plaisir. Et puis, comme toujours maintenant, cela arriva. La vague. L'orgasme. Elle sentit les premières contractions dans son vagin. Puis elles se propagèrent - à son ventre, à ses cuisses, jusqu'à ses orteils. Un gémissement étouffé lui échappa, vibra autour du pénis dans sa bouche. Le grand homme derrière elle sentit les contractions. "Oh oui... c'est ça... viens pour moi..." Il accéléra encore, devint presque frénétique. Elle eut un deuxième orgasme. Puis un troisième. Ils s'enchaînaient maintenant presque sans pause, comme si son corps avait découvert un interrupteur qu'il ne pouvait plus éteindre. L'homme devant elle atteignit son point culminant en premier. Il s'enfonça au plus profond de sa gorge et jouit. Le sperme jaillit directement dans son œsophage. Elle avala par réflexe, mais il y en avait trop. Une partie ressortit par son nez en jets blancs. Il se retira en titubant, satisfait. Le grand homme derrière elle dura encore une minute, profitant de ses contractions successives, puis explosa à son tour. Elle sentit le sperme chaud - encore, toujours plus - remplir son vagin déjà surchargé. Quand il se retira, le flot qui suivit fut impressionnant. Pas un filet, pas une cascade, mais un véritable flot. Comme si une vanne s'était ouverte. Ema resta à quatre pattes, haletante, du sperme coulant de sa bouche et de son nez, de son vagin, formant trois ruisseaux distincts sur le sol. Les deux femmes s'approchèrent alors. Elles échangèrent un regard, puis la première s'accroupit derrière Ema. "Les filles aussi peuvent jouer," dit-elle doucement. Ema sentit des doigts sur ses fesses, écartant ses joues. Puis quelque chose de différent - pas un pénis, mais... un doigt? Non, plus large. Un godemiché? Non... C'était la femme elle-même. Elle utilisait un godemiché qu'elle avait dû trouver quelque part - un objet en plastique rose vif qui semblait presque absurde dans ce contexte. Elle pressa l'extrémité contre l'anus d'Ema, poussa. Ema gémit. C'était douloureux - malgré toute la lubrification naturelle et artificielle, son anus n'était pas aussi préparé que son vagin. Mais la femme insista. Poussa plus fort. Et finalement, cela céda. Le godemiché s'enfonça en elle. La femme commença à bouger, imitant les mouvements des hommes. Pendant ce temps, l'autre femme vint devant Ema. Elle aussi avait un jouet - plus petit, en forme de langue. "Ouvre," dit-elle. Ema ouvrit la bouche, s'attendant à ce qu'elle y mette le jouet. Mais non. La femme s'agenouilla plutôt, plaça le jouet contre son propre sexe, et commença à se caresser avec devant le visage d'Ema. "Regarde," murmura-t-elle. "Regarde-moi jouir." Ema regarda. La femme se masturbait frénétiquement, les yeux fixés sur les siens. Elle atteignit rapidement l'orgasme, gémissant, son corps se raidissant. Pendant ce temps, la femme derrière elle avec le godemiché accélérait. Elle n'était pas aussi forte qu'un homme, mais elle était déterminée. Ema sentit... quelque chose. Une nouvelle sensation. Le godemiché dans son anus stimulait des zones différentes. Et contre toute attente, cela aussi déclenchait une réponse. Un nouvel orgasme monta en elle. Différent. Plus profond, moins centré sur le vagin. Elle cria - un vrai cri cette fois, sans rien pour l'étouffer. La femme avec le godemiché sentit les contractions anales. "Oh! Elle a aimé ça!" Elle accéléra, cherchant à provoquer d'autres réactions. Ema eut un deuxième orgasme. Puis un troisième. Son esprit flottait quelque part, dissocié, observant son corps réagir à des stimuli qu'elle n'aurait jamais imaginés. Quand les deux femmes finirent (elles n'éjaculaient pas évidemment, mais elles eurent leurs propres orgasmes), elles se retirèrent, satisfaites. "Merci, ma belle," dit la première en caressant les cheveux d'Ema. "Tu es vraiment une bonne fille." Elles partirent, la laissant à quatre pattes sur le sol. Le temps passa. Combien? Ema ne savait plus. Elle resta dans cette position, incapable de bouger. Son corps entier tremblait de façon incontrôlable. Les orgasmes successifs l'avaient vidée de toute énergie. Elle regarda vers la sortie. Vingt mètres peut-être. Pas plus. Mais entre elle et la sortie, elle voyait d'autres formes. D'autres personnes contaminées qui erraient dans le magasin. Certaines étaient seules. D'autres en groupe. Toutes chercheraient à l'utiliser si elles la voyaient. Elle devait continuer. Elle LE DEVRAIT. Avec un effort surhumain, elle se remit debout. Ses jambes étaient comme de la guimauve. Elle dut s'appuyer contre une caisse automatique pour ne pas retomber. Le sperme coulait toujours. Maintenant c'était un ruisseau presque continu. Elle regarda entre ses jambes. Son vagin était ouvert, rougi, comme une fleur trop mûre. De l'intérieur sortait ce mélange blanc crémeux qui semblait inépuisable. Elle fit un pas. Puis un autre. Chaque pas faisait bouger le liquide à l'intérieur d'elle. Chaque pas faisait couler un peu plus. Elle avançait lentement, comme un animal blessé. Sa trajectoire était marquée par la traînée blanche derrière elle - un chemin de sperme qui serpentait à travers le magasin, reliant tous les endroits où on l'avait prise. Dix mètres. Elle était à mi-chemin des caisses. C'est alors qu'elle entendit des bruits de pas rapides derrière elle. Plusieurs paires de pieds. Courant. Elle tourna la tête trop tard. Une main l'agrippa par le bras. Une autre par la taille. Elle fut soulevée du sol, portée vers un espace plus ouvert près des caisses manuelles. C'était un groupe. Cinq, six hommes peut-être. Tous contaminés. Tous avec cette lueur dans les yeux. "On l'a trouvée!" cria l'un d'eux. "Parfaite!" répondit un autre. Ils la déposèrent sur le comptoir d'une caisse manuelle. La surface était dure, froide. Ils l'allongèrent sur le dos, écartèrent ses jambes. Le premier homme s'avança. Il était déjà nu de la taille aux pieds. Son pénis était impressionnant - le plus grand qu'elle ait vu jusqu'à présent. "Regardez ce trou," dit-il en désignant son vagin ouvert. "On peut y mettre le poing." Il ne plaisantait pas. Il approcha non pas son pénis, mais sa main. Ses doigts d'abord, puis toute la main. Ema cria quand il commença à s'enfoncer. C'était trop. Bien trop. La douleur fut intense, déchirante. Mais le virus était plus fort que la douleur. Après quelques secondes, la douleur se transforma. Devint... autre chose. Une plénitude extrême. Une stimulation intense. L'homme bougeait sa main à l'intérieur d'elle, cherchant quelque chose. Elle sentait ses doigts, sa paume, son poignet. Et son corps répondit. Bien sûr. Toujours. Un orgasme la frappa - le plus violent jusqu'à présent. Son corps se cambra, se raidit. Elle cria, un cri qui venait du plus profond de ses entrailles. L'homme sourit. "Elle aime ça." Il retira sa main - lentement, faisant un bruit de succion humide. Puis il la remplaça par son pénis. Et ainsi commença la dernière session. La plus longue. La plus intense. Un homme après l'autre. Parfois deux en même temps. Parfois trois. Ils utilisaient tous ses orifices. Ils expérimentaient différentes positions. Ils parlaient entre eux, discutaient de ce qu'ils faisaient, comme des scientifiques menant une expérience. "Essaye par-derrière pendant qu'elle est sur le côté." "Non, mets-la en levrette, comme ça on peut voir son cul." "Tiens-lui les seins, pince les mamelons." Ema n'était plus là mentalement. Elle flottait. Observait de haut. Comptait les orgasmes. Douze? Quinze? Vingt? Son corps était devenu une machine à plaisir. Une usine à orgasmes. Chaque pénétration déclenchait une réponse. Chaque stimulation produisait une contre-réaction. Les hommes jouissaient en elle, sur elle. Le sperme s'accumulait. Formait des flaques sur le comptoir de caisse. Débordait sur le sol. Elle perdit la notion du temps. Peut-être une heure. Peut-être deux. Finalement, les hommes commencèrent à se fatiguer. L'un après l'autre, ils s'éloignèrent, satisfaits, épuisés. Le dernier était un jeune homme, peut-être vingt-cinq ans. Il la prit une dernière fois, lentement, presque tendrement. "Tu es incroyable," murmura-t-il en bougeant en elle. "La meilleure." Il jouit, resta un moment enfoui en elle, puis se retira. Et puis... le calme. Ema resta allongée sur le comptoir de caisse. Autour d'elle, les hommes partaient, disparaissaient dans le magasin. Elle était seule. Elle tourna la tête. La sortie était là. À cinq mètres. La grande porte vitrée. La liberté. Elle glissa du comptoir, atterrit sur ses pieds. Ses jambes tremblaient, mais elles la portaient. Elle avança. Un pas. Deux pas. Trois pas. Le sol était glissant de sperme. Le sien. Celui des autres. Quatre pas. Cinq pas. Elle était devant la porte. La vitre reflétait son image - une fille nue, couverte de fluides, les cheveux en bataille, le visage vide. Elle tendit une main. Toucha la poignée. Poussa. La porte s'ouvrit. L'air frais de la nuit lui frappa le visage. Elle était sortie. Sous-chapitre 3.1 : La porte si proche, si loin L'air nocturne frappa le visage d'Ema comme une gifle salvatrice. Elle se tenait debout sur le seuil du supermarché "Marché Frais", un pied encore à l'intérieur du cauchemar climatisé, l'autre posé sur le béton tiède du parking. Derrière elle, le magasin continuait son ballet obscène - des gémissements étouffés parvenaient encore à ses oreilles, des bruits de corps qui se heurtaient, des cris de jouissance mêlés à des pleurs. Devant elle s'étendait le vaste parking désert, éclairé par des réverbères à vapeur de sodium qui projetaient des ombres orangées sur le bitume. Elle était sortie. Physiquement, elle avait franchi la porte vitrée. Mais psychologiquement, elle était toujours prise au piège. Son corps, nu et couvert de séchages blancs, frissonna sous la brise nocturne. La température extérieure devait être d'environ 15 degrés - un froid relatif après la chaleur étouffante du magasin. Ses mamelons durcirent immédiatement, pointant droit devant elle comme des boutons de douleur. La chair de poule se propagea sur ses bras, son ventre, ses cuisses. Elle jeta un regard derrière elle, par-dessus son épaule. À travers la vitre, elle aperçut des formes bouger dans la pénombre - des silhouettes qui s'accouplaient contre les caisses, sur les tapis roulants, par terre. Personne ne semblait l'avoir vue partir. Ou peut-être ne se souciaient-ils plus d'elle, maintenant qu'ils avaient obtenu ce qu'ils voulaient. Elle fit un pas complet sur le parking. Le béton était rugueux sous la plante de ses pieds nus, parsemé de petits gravillons qui lui piquaient la peau. Elle avança lentement, titubante, comme un animal sauvage relâché après des années de captivité. Chaque pas était une bataille. Ses jambes tremblaient avec une violence qui faisait vibrer tout son corps. Les muscles de ses cuisses - surutilisés, endoloris - protestaient à chaque mouvement. Son bassin lui envoyait des douleurs sourdes et profondes, comme si ses os s'étaient déplacés pendant les heures de pénétration répétée. Et cela coulait. Toujours. Le flot de sperme qui s'échappait de son vagin ouvert n'avait pas diminué. Si quelque chose, il semblait s'être accru. Maintenant qu'elle était debout, la gravité travaillait contre elle. Le mélange blanc crémeux - un cocktail de peut-être vingt éjaculations différentes - coulait le long de ses cuisses en deux ruisseaux parallèles, traçant des chemins brillants sur sa peau sale. Drip. Drip. Drip. Le son était presque musical maintenant. Un métronome macabre qui marquait son avancée à travers le parking. Elle regarda autour d'elle, cherchant sa voiture. Un vieux modèle d'une dizaine d'années, rouge, garé à l'extrémité nord du parking. Elle l'aperçut à environ cinquante mètres. Cinquante mètres de béton exposé, sans abri, sans couverture. Elle inspira profondément, rassemblant ses dernières forces, et se mit en marche. Les premières dizaines de mètres furent les plus difficiles. Chaque pas l'éloignait physiquement du magasin, mais mentalement, elle y était toujours. Elle revoyait les visages des hommes. Sentait encore leurs mains sur sa peau. Goûtait encore le mélange de spermes dans sa bouche. Elle avançait en ligne droite, ses seins se balançant lourdement avec chaque mouvement. Sans soutien-gorge, le balancement était prononcé - un mouvement pendulaire presque comique qui aurait été érotique dans un autre contexte. Ses mamelons, déjà sensibles, frottaient contre l'air froid, contre les filets de sperme séché sur sa poitrine. Chaque frottement envoyait un petit signal électrique à son bas-ventre - un rappel constant que son corps n'était plus vraiment le sien. Elle atteignit le premier lampadaire. Sa lumière orangée l'enveloppa, révélant chaque détail de son corps souillé dans une clarté cruelle. Elle regarda ses propres mains - couvertes de séchages blancs, les ongles cassés, les jointures éraflées. Elle les tourna, les examina, comme si elles appartenaient à quelqu'un d'autre. Vingt mètres parcourus. Trente à faire. Elle jeta un coup d'œil derrière elle. Le magasin semblait calme maintenant, presque normal. Seules les lumières allumées à l'intérieur indiquaient que quelque chose n'allait pas. La grande enseigne "MARCHÉ FRAIS" clignotait doucement dans la nuit. Trente mètres. Sa voiture était plus proche maintenant. Elle pouvait distinguer les rayures sur le côté passager, le pare-brise légèrement sale. C'est alors qu'elle l'entendit. Un bruit de pas derrière elle. Lent. Mesuré. Elle se figea, le cœur battant si fort qu'elle crut qu'il allait exploser. Lentement, très lentement, elle tourna la tête. Un homme se tenait à une dizaine de mètres derrière elle. Elle ne l'avait pas vu approcher. Il devait être sorti du magasin après elle, ou peut-être était-il déjà dans le parking. Il avait peut-être une quarantaine d'années, était habillé d'un jean et d'une veste de cuir. Il ne bougeait pas. Il la regardait simplement. Ses yeux. Elle reconnaissait cette lueur maintenant. Cette dilatation pupillaire. Cette intensité presque animale. Le virus. Il était contaminé lui aussi. Ema se remit en marche, plus vite cette fois. Ses pieds nus claquaient sur le béton. Clap clap clap. Le sperme continuait à couler, laissant derrière elle une traînée pointillée blanche sur le bitume sombre. Elle jeta un regard en arrière. L'homme suivait. Pas en courant. Juste en marchant d'un pas régulier, comme s'il savait qu'il la rattraperait de toute façon. Quarante mètres. Sa voiture était à dix mètres. Presque là. Elle accéléra encore, malgré la douleur dans ses jambes, malgré l'épuisement total qui menaçait de la faire s'effondrer à tout moment. Cinq mètres. Trois. Un. Elle arriva à sa voiture. Tendit une main tremblante vers la poignée. Tira. Verrouillée. Bien sûr. Elle avait verrouillé sa voiture en arrivant ce matin. Comme tous les jours. Ses clés... Où étaient ses clés ? Dans son sac. Son sac à main. Qui était resté dans le bureau administratif. Avec ses vêtements. Avec son téléphone. Avec tout. Elle poussa un petit cri de frustration, frappant la vitre de son poing. Le verre vibra légèrement. Derrière elle, les pas s'étaient arrêtés. Elle tourna la tête lentement. L'homme se tenait à deux mètres. Il la regardait, un sourire étrange aux lèvres. "Problème ?" demanda-t-il, sa voix calme, presque normale. Ema ne répondit pas. Elle se pressa contre sa voiture, comme si le métal pouvait la protéger. L'homme s'approcha d'un pas. Puis un autre. Il était maintenant à moins d'un mètre. Elle pouvait sentir son odeur - un mélange de transpiration, de cuir, et cette senteur métallique subtile du virus. "Tu es magnifique," murmura-t-il, les yeux parcourant son corps nu. "Absolument magnifique." Sa main se leva, lentement, comme pour ne pas l'effrayer. Il toucha son épaule. Sa paume était chaude, presque brûlante. Ema ferma les yeux. Elle savait ce qui allait arriver. Elle le savait depuis qu'elle l'avait vu. L'autre main de l'homme se posa sur sa hanche. Il la tourna doucement pour lui faire face à la voiture. Son ventre et ses seins pressèrent contre la carrosserie froide. "Ne t'inquiète pas," murmura-t-il à son oreille. "Je vais être gentil." Elle sentit ses mains descendre le long de son dos, s'arrêtant sur ses fesses. Il les écarta doucement. Puis elle sentit quelque chose de dur et de chaud presser contre l'entrée de son vagin par-derrière. Il ne perdit pas de temps avec des préliminaires. Il poussa, s'enfonça en elle d'un seul mouvement fluide. Schlup. Le bruit humide résonna dans le silence du parking. Ema poussa un petit gémissement. Pas de douleur cette fois. Juste une résignation totale. Son vagin, complètement habitué maintenant, s'ouvrit sans résistance. Les muscles qui auraient dû se contracter restèrent relâchés. La lubrification - abondante, toujours abondante - facilita l'entrée. L'homme gémit à son tour. "Oh oui... tu es tellement... ouverte." Il commença à bouger. Des poussées lentes au début, puis de plus en plus rapides. Ses mains agrippèrent ses hanches, ses doigts s'enfonçant dans sa chair. À chaque mouvement en avant, il la poussait contre la voiture, faisant vibrer la carrosserie. Clap. Clap. Clap. Le son rythmé de leurs corps qui se heurtaient semblait incongru dans le vaste espace ouvert du parking. Pendant qu'il la prenait par-derrière, une de ses mains remonta le long de son dos, s'arrêta sur son épaule, puis descendit sur le côté de sa poitrine. Ses doigts cherchèrent, trouvèrent un sein, le saisirent. Il le pressa, le modela, comme s'il testait sa consistance. Puis ses doigts trouvèrent le mamelon. Il le pinça doucement d'abord, puis plus fort. Ema gémit à nouveau. La douleur se mêlait à quelque chose d'autre. Une stimulation. Une réponse. Son corps, bien sûr, réagit. La chaleur commença à monter dans son bas-ventre. Une chaleur familière maintenant. Une vieille connaissance qu'elle commençait à reconnaître. L'homme sentit les premiers changements. Son vagin se contracta légèrement autour de lui. "Tu aimes ça, hein ?" murmura-t-il, sa voix devenue rauque. "Tu aimes ça." Il accéléra. Ses coups devinrent plus violents. Sa main sur son sein devint plus agressive - pinçant, tournant, pressant. Ema sentit l'orgasme approcher. Inévitable. Comme toujours. Son corps avait été programmé pour cela. Chaque pénétration, chaque stimulation déclenchait la même réponse. Elle serra les dents, essaya mentalement de résister. Mais c'était inutile. Son corps n'obéissait plus à son esprit. La vague monta. Grandit. Devint un tsunami. Son vagin se contracta violemment autour de la bite de l'homme - une série de spasmes puissants, rythmés. Elle jouit. Un orgasme qui la parcourut de la tête aux pieds. Son corps entier trembla. Un cri lui échappa - court, aigu, qui se perdit dans la nuit. L'homme, déclenché par ses contractions, grogna : "Oui! Comme ça!" Et il explosa à son tour. Elle sentit le sperme chaud jaillir en elle, s'ajouter au mélange déjà présent. C'était la... elle avait perdu le compte. Vingt et unième ? Vingt-deuxième ? Il resta enfoncé en elle un moment, haletant, avant de se retirer lentement. Quand il sortit, le flot qui suivit fut impressionnant. Une véritable cascade qui coula sur ses cuisses, sur ses mollets, sur le béton du parking. L'homme recula d'un pas, se rhabilla. Il la regarda un instant, hocha la tête comme pour la remercier, puis tourna les talons et s'éloigna dans la nuit, disparaissant entre les voitures garées. Ema resta appuyée contre sa voiture, pantelante. Le sperme continuait à couler. Maintenant c'était un ruisseau presque continu. Elle regarda vers le magasin. La porte était toujours ouverte. Des formes bougeaient à l'intérieur. Elle devait partir. Vite. Elle se retourna, face à sa voiture. Les clés... Elle n'avait pas de clés. Mais peut-être... Elle se souvint soudain. La cachette. Sous l'aile avant droite. Une petite boîte magnétique avec un double des clés. Une idée stupide qu'elle avait eue après avoir perdu ses clés une fois. Une idée qui pouvait maintenant la sauver. Elle se mit à genoux (la position lui arracha un gémissement - ses genoux étaient écorchés, douloureux), passa une main sous l'aile avant droite. Chercha. Rien. Puis ses doigts rencontrèrent le métal froid. La boîte. Elle l'attrapa, l'ouvrit. Les clés étaient là. Un soulagement si intense qu'elle en eut les larmes aux yeux. Elle se releva, déverrouilla la porte, s'installa dans le siège conducteur. La sensation du cuir froid contre sa peau nue la fit frissonner. Elle referma la porte, verrouilla toutes les portières. Sécurité. Pour la première fois depuis des heures, elle était en sécurité. À l'abri. Elle resta assise un moment, les mains sur le volant, regardant droit devant elle à travers le pare-brise sale. Son corps entier tremblait. Pas seulement de froid maintenant. De soulagement. D'épuisement. De choc. Puis elle tourna la clé dans le contact. Le moteur démarra avec un ronronnement familier. Les lumières du tableau de bord s'allumèrent, baignant l'habitacle d'une lueur verte douce. Elle était libre. Elle pouvait partir. Rentrer chez elle. Mais d'abord... Elle baissa les yeux. Regarda son corps. Sous-chapitre 3.2 : Derniers assauts avant la liberté Le trajet de retour devrait normalement prendre vingt minutes. Ce soir, il allait en prendre le double, peut-être le triple. Ema sortit lentement du parking, ses mains tremblantes sur le volant. Chaque bosse, chaque creux dans la route envoyait des ondes de sensations à travers son corps. Le siège de la voiture - en cuir usé mais toujours ferme - pressait contre ses fesses, son dos, ses cuisses. Et particulièrement contre son vagin ouvert. À chaque virage, à chaque arrêt, à chaque accélération, elle sentait le sperme remuer à l'intérieur d'elle. Un mélange tiède et épais qui semblait occuper tout son bas-ventre. Elle se demanda combien il y en avait exactement. Des millilitres ? Des décilitres ? Peut-être même plus. Elle jeta un coup d'œil dans le rétroviseur. Son visage y était reflété - pâle, les yeux cernés, les cheveux emmêlés et collés par endroits. Une trace blanche séchée courait du coin de sa bouche jusqu'à son menton. Elle porta une main à son visage, essuya la trace. Ses doigts ressortirent collants. Elle les regarda. Puis, presque machinalement, elle les porta à ses lèvres. Les lécha. Le goût était familier maintenant. Salé. Légèrement amer. Une saveur qu'elle connaissait trop bien après avoir goûté le sperme d'au moins une douzaine d'hommes différents. Elle frissonna, mais pas de dégoût. De... quelque chose d'autre. Une reconnaissance. Une familiarité. La voiture descendit une petite colline, et la pression sur son bassin augmenta. Elle sentit une nouvelle vague de sperme s'échapper de son vagin, couler sur le siège en cuir. Ploc. Le son était audible même par-dessus le ronronnement du moteur. Elle regarda le siège. Une flaque blanche commençait à se former sous elle, brillant faiblement à la lumière des réverbères qui défilaient. Elle devait faire quelque chose. Elle ne pouvait pas rentrer chez elle comme ça. Mais quoi ? S'arrêter quelque part ? Où ? Et faire quoi ? Elle passa devant un petit parc désert. Sans réfléchir, elle tourna le volant, s'engagea sur le chemin de gravier qui menait à une aire de stationnement généralement utilisée par les joggeurs le matin. Personne. Le parc était vide. Seul le bruit des criquets brisait le silence. Elle coupa le moteur. Le silence qui suivit fut presque assourdissant. Dans le calme relatif, elle pouvait entendre son propre souffle - rapide, saccadé. Et autre chose... un gargouillis léger, humide, venant de son bas-ventre. Elle ouvrit la portière, sortit de la voiture. L'air nocturne était encore plus froid ici, près des arbres. Elle frissonna violemment, ses seins se soulevant avec le mouvement. Elle contourna la voiture, ouvrit la portière arrière. Peut-être y avait-il quelque chose qu'elle pourrait utiliser pour... pour quoi, exactement ? Pour se nettoyer ? Pour se couvrir ? Il n'y avait rien. Juste un vieux pull oublié sur la banquette arrière. Elle le prit, le déplia. C'était un gros pull en laine grise, un de ceux qu'elle gardait pour les jours particulièrement froids. Elle le porta à son visage, le respira. Il sentait son propre parfum - doux, floral - mélangé à l'odeur de la laine. Une odeur normale. Une odeur d'avant. Des larmes lui montèrent aux yeux. Elle s'appuya contre la voiture, laissant le pull tomber par terre. Puis elle baissa les yeux. Regarda ce qui coulait. Le flot était continu maintenant. Comme si une vanne s'était ouverte et ne pouvait plus se fermer. Le sperme coulait le long de ses cuisses, formant deux ruisseaux parallèles qui se rejoignaient derrière ses genoux, continuaient vers ses mollets, ses chevilles, pour finalement goutter sur le gravier. Drip. Drip. Drip. Chaque goutte formait une petite tache blanche sur les cailloux gris. Elle tendit une main, passa un doigt le long de sa cuisse intérieure, recueillant une bonne quantité du mélange. Elle regarda le liquide blanc crémeux sur son doigt. Le porta à son nez. L'odeur était forte - musquée, animale. Puis à ses lèvres. Elle goûta. Salé. Légèrement sucré sur la fin. Une texture épaisse, collante. Pas aussi mauvais qu'elle l'aurait cru. En fait... ce n'était pas mauvais du tout. Elle en prit plus sur deux doigts cette fois, les porta à sa bouche, les suça lentement. Le goût se développait en plusieurs couches - d'abord le sel, puis une amertume légère, puis une sorte de douceur résiduelle. Elle en prit encore. Et encore. Pendant qu'elle goûtait ainsi son propre viol, son corps réagit. Bien sûr. Le simple fait de se toucher, de goûter le sperme, déclencha une réponse. Une chaleur monta dans son bas-ventre. Cette chaleur familière. Elle laissa tomber sa main, haletante. Non. Pas ça. Pas maintenant. Pas seule. Mais c'était trop tard. L'orgasme approchait. Inévitable. Elle s'appuya contre la voiture, écarta légèrement les jambes. Son vagin se contracta, libérant une nouvelle vague de sperme. Et elle jouit. Seule, dans la nuit, appuyée contre sa voiture dans un parc désert. L'orgasme fut court mais intense. Des spasmes qui la firent trembler des pieds à la tête. Un gémissement lui échappa, se perdit dans la nuit. Quand ce fut fini, elle resta appuyée contre la voiture, pantelante. Le sperme continuait à couler. Maintenant c'était presque un ruisseau. Elle regarda le sol. Une petite flaque s'était formée à ses pieds. Elle devait rentrer. Vite. Elle ramassa le pull, s'essuya rapidement avec - un geste inutile car elle était trop sale, trop couverte. Puis elle s'installa de nouveau dans la voiture, reprit la route. Le reste du trajet se déroula dans un brouillard mental. Elle conduisait machinalement, suivant les rues familières, les feux, les panneaux. Son esprit flottait quelque part, dissocié de son corps. Elle arriva enfin devant son immeuble - un bâtiment de trois étages dans une rue calme du troisième arrondissement. Elle se gara dans sa place habituelle, coupa le moteur. Le silence retomba. Elle était chez elle. En sécurité. Elle sortit de la voiture, traversa le trottoir, ouvrit la porte de l'immeuble avec son digicode. L'escalier lui parut une montagne infranchissable. Elle le monta pourtant, une marche après l'autre, s'appuyant à la rampe. Arrivée à son étage, elle sortit ses clés (celles de l'appartement étaient sur le même porte-clés que celles de la voiture, heureusement), ouvrit sa porte. Et entra chez elle. CHAPITRE 2 — LE LENDEMAIN DU MONDE Sous-chapitre 4.1 : Le sommeil de l'innocence perdue La cage d'escalier – 21h17 – Premier soir de l'infection Ema Clair gravit les marches avec une lenteur mécanique, comme si quelqu'un d'autre contrôlait ses jambes. Chaque pas était un effort conscient, une décision prise après une micro-seconde d'hésitation. Ses mains, accrochées à la rampe en fer forgé dont la peinture verte s'écaillait par endroits, laissaient des empreintes humides sur la surface froide. Elle regardait ses propres doigts avec une curiosité distante, comme s'ils appartenaient à un cadavre qu'elle traînait derrière elle. L'escalier était celui de toujours – étroit, avec vingt-deux marches entre chaque étage. Les murs, peints en un beige sale qui avait dû être blanc il y a dix ans, portaient les traces des déménagements : éraflures profondes là où un meuble avait heurté l'angle, petits impacts de boules de détergent là où quelqu'un avait nettoyé quelque chose trop vigoureusement. L'éclairage venait d'une ampoule économique de 13 watts accrochée au plafond trop haut, protégée par une cage en métal rouillé. La lumière était jaunâtre, parcimonieuse, laissant de grands pans d'ombre dans les coins et sous les marches. Ema s'arrêta au palier du deuxième étage, prenant appui contre le mur. Sa respiration sifflait légèrement dans sa poitrine, comme si ses poumons refusaient de se remplir complètement. Elle ferma les yeux un instant. "Quatre marches encore," murmura-t-elle, sa voix si faible qu'elle était presque inaudible même dans le silence. "Quatre marches et je suis chez moi." Elle parlait à elle-même, mais ce n'était pas un monologue réfléchi. C'était plutôt une incantation, une formule magique pour se maintenir en mouvement. Les mots sortaient de ses lèvres sans qu'elle y pense vraiment, comme la vapeur qui s'échappe d'une bouilloire. Elle rouvrit les yeux, reprit son ascension. Ses ballerines noires – les mêmes qu'elle portait pour travailler, qu'elle avait enfilées machinalement après la douche au parc – faisaient un petit bruit de friction sur les marches de pierre usées. Froufrou. Froufrou. Un bruit régulier, presque hypnotique. Arrivée au troisième étage, elle s'arrêta devant sa porte. La porte numéro 17. En bois clair verni, avec une poignée en laiton terni et une serrure de sécurité moderne qu'elle avait fait installer l'année dernière après une tentative d'effraction dans l'immeuble d'à côté. La plaque du numéro, en laiton également, était légèrement de travers – elle avait toujours voulu la redresser mais n'avait jamais pris le temps. Elle sortit son trousseau de clés de la poche de sa jupe. Ses doigts tremblaient de manière incontrôlable, faisant s'entrechoquer les clés avec un petit bruit métallique qui résonna étrangement dans le couloir désert. "Calme-toi," chuchota-t-elle, prenant sa main droite dans sa main gauche pour la stabiliser. "Calme-toi, Ema. C'est fini maintenant. Tu es en sécurité." Sa propre voix lui parut étrangère. Trop calme. Trop plate. Comme si quelqu'un d'autre parlait avec sa bouche. Elle regarda les clés. Cinq en tout. La plus grande pour l'appartement. La moyenne pour la voiture (une Peugeot 107 bleue garée deux rues plus loin). La petite pour la boîte aux lettres. Une minuscule pour son cadenas de vélo (qu'elle n'utilisait plus depuis qu'on lui avait volé le vélo). Et une dernière, décorative, en forme de trèfle à quatre feuilles – un porte-bonheur que sa mère lui avait offert pour ses dix-huit ans. Le trèfle. Elle le toucha du bout du doigt. Le métal était froid. "Quatre feuilles pour la chance," murmura-t-elle, et un rire étranglé, presque hystérique, lui échappa. "Quatre feuilles... et vingt-cinq queues." Le rire se transforma en sanglot, mais les larmes ne vinrent pas. Ses yeux restèrent secs, brûlants. Elle se mordit la lèvre inférieure si fort qu'elle goûta le sang. Le goût métallique, familier maintenant. Comme le sperme, mais en plus concentré. Elle essaya d'insérer la clé dans la serrure. La première tentative échoua – la pointe racla le métal avec un grincement qui lui fit grincer des dents. Deuxième tentative. Troisième. À la quatrième, la clé s'enfonça enfin. Elle tourna. Le mécanisme interne grinça, puis clac – un bruit sec, définitif. Elle poussa la porte. L'odeur la frappa d'abord. Son odeur. L'odeur de son appartement. Un mélange complexe mais rassurant : le parfum doux et floral du gel douche qu'elle utilisait (vanille et fleur d'oranger), l'odeur subtile de la cire d'abeille avec laquelle elle cirait ses meubles en bois une fois par mois, le léger relent de café toujours présent dans la cuisine même quand elle n'en avait pas bu depuis des jours, l'odeur de ses propres vêtements propres rangés dans l'armoire. Des odeurs de vie normale. De routine. De sécurité. Elle entra, referma la porte derrière elle. Le bois massif heurta le cadre avec un bruit sourd qui sembla résonner dans tout l'appartement. Elle resta un long moment adossée à la porte, le dos pressé contre la surface plane, le front appuyé contre le bois froid. Ses yeux s'habituèrent progressivement à la pénombre. Le salon était éclairé seulement par la lumière du soir qui filtrait à travers les volets mi-clos – des lames de bois horizontales qu'elle avait partiellement fermées ce matin en partant travailler. Des bandes alternées de lumière grise et d'ombre traçaient des motifs géométriques sur le parquet ciré, sur le canapé bleu marine, sur la table basse en verre épais. Son appartement. Vingt-cinq mètres carrés exactement. Un studio avec une pièce principale qui faisait office de salon, chambre et bureau. Une petite cuisine séparée par un comptoir en formica blanc. Une salle de bains avec WC minuscule. Rien d'extraordinaire. Rien de luxueux. Mais à elle. Son refuge depuis qu'elle avait quitté la maison de sa mère après le bac, il y a un an et demi. Elle contempla l'espace avec des yeux neufs. Comme si elle le voyait pour la première fois. Comme si elle était une archéologue découvrant la demeure d'une civilisation disparue. À gauche, le canapé – un deux places en tissu bleu qu'elle avait acheté d'occasion sur Leboncoin pour quatre-vingts euros et recouvert d'un jeté en laine grise tricoté par sa grand-mère. Sur l'accoudoir droit, un livre était posé, ouvert à la page où elle s'était arrêtée la veille au matin. Un manuel de psychologie cognitive. Chapitre sur les biais cognitifs en situation de prise de décision. Elle imagina sa vie d'avant. Ema d'avant-hier. Assise sur ce canapé, un thé à la camomille à la main, étudiant pour ses examens de première année de psychologie en cours du soir. Préoccupée par des choses qui semblaient maintenant dérisoires, absurdes. Les dates des examens. Les notes à obtenir. Les problèmes d'argent pour payer le loyer de quatre cent cinquante euros. Le fait que Thomas, son responsable, la regardait parfois un peu trop longtemps. "Des problèmes d'enfant," murmura-t-elle, et sa voix résonna étrangement dans le silence. "Je me préoccupais de savoir si j'allais réussir mon examen sur les biais cognitifs... pendant qu'un virus se préparait à effacer la cognition elle-même." Elle s'avança dans la pièce, laissant derrière elle la sécurité relative de la porte. Ses pas étaient incertains, comme si le sol pouvait s'ouvrir sous elle à tout moment. À côté du canapé, la petite étagère en bois brun avec ses livres rangés par ordre de taille. Des manuels de psychologie, quelques romans de science-fiction qu'elle aimait bien, des livres de poésie qu'elle ne lisait presque jamais mais gardait parce qu'ils avaient appartenu à son père. Au-dessus de l'étagère, un tableau – une reproduction de "La Nuit étoilée" de Van Gogh qu'elle avait achetée au Musée d'Orsay lors d'un voyage scolaire et qu'elle adorait particulièrement. "Regarde les étoiles, Ema," murmura-t-elle en regardant le tableau. "Elles tourbillonnent. Elles dansent. Comme... comme mon esprit tourbillonne maintenant. Comme tout tourbillonne." En face, la télévision posée sur un meuble bas en bois, éteinte. Le câble HDMI qui traînait par terre parce qu'elle n'avait jamais pris le temps de le fixer proprement au mur. Une poussière fine recouvrait l'écran – elle n'avait pas allumé la télé depuis trois jours. Plus loin, la table à manger – une petite table ronde en chêne avec deux chaises assorties. Sur la table, un vase vide en verre soufflé (un cadeau d'anniversaire), une pile de factures à régler (EDF, téléphone, loyer), un stylo à bille bleu qui avait roulé jusqu'au bord et semblait sur le point de tomber. Et dans le coin, son lit – simple, avec un sommier à lattes et un matras ferme, recouvert de draps bleu clair et d'une couette beige dans sa housse en coton. Le lit qu'elle avait quitté hier matin à 6h30, en se préparant pour une journée de travail normale. Une journée qui devait se terminer par une soirée tranquille, peut-être un film sur Netflix, peut-être quelques pages de lecture avant de s'endormir vers 22h30. Au lieu de cela... Elle ferma les yeux. Les images revinrent. Pas en détail, pas en séquence chronologique. Plutôt comme un collage sensoriel, une bouillie d'impressions qui se mélangeaient dans sa tête. La sensation du sol froid du bureau administratif sous son dos nu. L'odeur de la transpiration masculine mêlée au parfum trop fort de Sandrine. Le goût salé-métallique du sperme dans sa bouche – d'abord celui de Thomas, puis de Marc, puis de Julien... Le bruit humide, rythmique des pénétrations répétées. Slap. Slap. Slap. La vue des néons au plafond du magasin, ces rectangles de lumière blanche qui dansaient au rythme des coups de bassin. La sensation du béton rugueux du parking sous ses genoux écorchés. Le goût du sperme qu'elle avait recueilli et mangé dans sa cuisine, assise sur cette chaise-là, à cette table-là. "Pourquoi ?" murmura-t-elle, les yeux toujours fermés. "Pourquoi j'ai fait ça ? Pourquoi j'ai... mangé ça ?" Elle rouvrit les yeux. Regarda la table. La chaise. Elle pouvait presque voir son double assis là, penché sur le bol en céramique blanche, la cuillère en métal portée aux lèvres. Comme dans un film qui aurait été tourné dans son appartement mais avec une autre actrice jouant son rôle. Une actrice avec ses cheveux, son visage, mais avec des yeux différents. Des yeux qui brillaient d'une curiosité malsaine. D'une faim bizarre. Un frisson la parcourut, violent, incontrôlable. Elle laissa échapper un petit gémissement, la main sur la bouche pour l'étouffer. "Tout va bien," se dit-elle à voix basse, mais les mots sonnaient faux. "Tu es chez toi. Tu es en sécurité. Personne ne peut entrer." Puis elle se mit en mouvement, comme si le simple fait de rester immobile devenait insupportable. Le rituel de verrouillage – 21h34 Elle alla d'abord à la fenêtre principale, celle qui donnait sur la rue. Sans l'ouvrir, elle tira sur les cordons des volets, les fermant complètement. Les lames de bois s'emboîtèrent les unes dans les autres avec une série de petits clic-clac secs qui semblaient scandés, rituels. La lumière disparut, remplacée par une obscurité presque totale, seulement percée par de minces filets de lumière qui filtraient entre les lames imparfaitement jointes. Elle vérifia que le verrou de la fenêtre était bien engagé. Un petit loquet en métal qu'elle n'utilisait jamais, rouillé par endroits. Elle le poussa. Clac. Elle passa à la seconde fenêtre, plus petite, celle qui donnait sur la cour intérieure. Même rituel. Fermer les volets. Clic-clac-clic. Vérifier le verrou. Clac. Retour à la porte d'entrée. Elle abaissa le bouton de la serrure principale. Clic. Puis elle engagea le verrou secondaire – une petite targette en laiton qu'elle avait fait installer après avoir entendu un bruit suspect dans l'escalier un soir de février. Clac. Enfin, le verrou de sécurité. Le plus récent, le plus solide. Une barre de métal chromé qui coulissait horizontalement dans un rail et venait s'encastrer dans un logement fixé solidement au mur. Elle fit glisser la barre. Le métal frotta légèrement contre son support, puis s'enclencha avec un bruit profond, satisfaisant. CLONG. Trois verrous sur la porte. Deux fenêtres verrouillées. Un appartement devenu une forteresse. Elle resta un long moment à écouter, l'oreille presque collée contre la porte. L'appartement était silencieux. Pas un bruit. Aucune voiture dans la rue (étrange, pour une heure de pointe du soir). Aucun bruit de télévision chez les voisins du dessus, les Martin, qui regardaient toujours le journal de 20h avec le son trop fort. Aucun pas dans l'escalier. Aucune voix. Le silence était presque absolu. Un silence qui pesait, qui oppressait. Un silence de fin du monde. "Tout le monde est déjà... contaminé ?" murmura-t-elle. "Ou mort ? Ou les deux ?" La pensée lui fit froid dans le dos. Elle respira profondément, essayant de calmer les battements désordonnés de son cœur. L'air de l'appartement lui parut soudain étouffant, trop propre, trop parfumé comparé à l'air chargé d'odeurs corporelles du magasin, du parking, du parc. Elle traversa le salon, évitant délibérément la cuisine. Elle ne voulait pas voir la table. Pas maintenant. Pas le bol. Pas la cuillère. Dans la salle de bains, elle hésita un instant devant la porte, puis poussa le battant. La pièce était petite – deux mètres sur deux –, recouverte de carrelage blanc au sol et jusqu'à mi-hauteur des murs, le reste étant peint en bleu pâle. Une fenêtre minuscule avec un vitrage dépoli donnait sur le mur de l'immeuble voisin à cinquante centimètres de distance, ne laissant jamais entrer directement la lumière du jour. Elle alluma la lumière. Le néon blanc de quarante watts crépita pendant deux secondes avant de s'allumer complètement, inondant la petite pièce d'une lumière crue, impitoyable, sans ombre ni pitié. Elle se regarda dans le miroir au-dessus du lavabo – un miroir rectangulaire simple, encadré d'un bord en aluminium. La vision lui coupa le souffle. L'examen des dommages – 21h42 Ce n'était pas le visage d'Ema Clair qu'elle voyait. Ce n'était pas la jeune femme de dix-neuf ans, un peu timide mais souriante, aux yeux verts pétillants, aux cheveux châtain doré bien coiffés, aux lèvres pulpeuses toujours légèrement teintées d'un gloss rose pâle. C'était le visage d'une étrangère. D'une survivante. D'une victime. D'une chose utilisée. Ses yeux verts, habituellement si vifs, si expressifs, étaient cernés de violet foncé, comme si on lui avait appliqué un maquillage de clown macabre. Le blanc des yeux était injecté de rouge par endroits, strié de fines veinules écarlates qui semblaient lui donner un regard fiévreux, presque halluciné. Ses pupilles étaient dilatées, noires, profondes. "Tu as l'air d'avoir fait la fête pendant trois jours," murmura-t-elle à son reflet, et un sourire tordu apparut sur ses lèvres. "Une fête vraiment... particulière." Ses joues étaient pâles, presque cireuses, tirées. Ses lèvres pulpeuses étaient gonflées, légèrement fendillées, avec une petite croûte de sang séché au coin inférieur droit. Elle passa une langue dessus, goûta le fer du sang mêlé au goût résiduel de sperme. "Salé," murmura-t-elle. "Toujours salé." Ses cheveux, ses beaux cheveux châtain doré qui descendaient habituellement en vagues soyeuses jusqu'au milieu de son dos, étaient un désastre total. Ils étaient emmêlés, formant des nœuds impossibles par endroits. Des mèches entières étaient collées contre son crâne, plaquées par des résidus blanchâtres qui n'avaient pas été totalement éliminés par la douche au parc. D'autres mèches étaient dressées, rebelles, comme électrisées. Elle pencha la tête, examina son cuir chevelu de plus près. Là, près de la racine des cheveux sur la tempe droite, une petite tache brunâtre de deux centimètres de diamètre. Du sang séché peut-être. Ou du sperme qui avait séché et brunifié au contact de l'air. "Beau travail," dit-elle à son reflet, et cette fois son sourire avait quelque chose de presque admiratif. "Vraiment. Un travail complet. Ils n'ont rien oublié. Pas un centimètre." Son cou était couvert de marques. Des marques de succion violacées qui formaient comme un collier de blessures autour de sa gorge – certaines petites et discrètes, d'autres grandes, violentes, avec des éclatements de capillaires qui dessinaient des motifs d'araignée rouge sur la peau pâle. Des morsures plus profondes sur les épaules, certaines à vif, avec des croûtes à peine formées, rose vif au centre, brunissant sur les bords. Elle baissa les yeux sur son corps, commençant à déboutonner son haut. Sa poitrine... ses seins de 95D, qu'elle trouvait toujours un peu trop gros pour son petit corps, étaient couverts de traces similaires. Des marques de dents sur le galbe supérieur – des arcs de cercle parfaits, comme si quelqu'un avait mesuré avant de mordre. Des griffures sur les côtés – quatre lignes parallèles, probablement des ongles. Les mamelons, habituellement roses pâles, étaient rouge foncé, enflés, sensiblement plus gros qu'à l'accoutumée. Ils pointaient droit devant elle, durs et douloureux au simple regard. Leur aréole, normalement d'un rose délicat, était violacée, tuméfiée. "Tendus," murmura-t-elle en les touchant du bout des doigts. La sensation était à la fois douloureuse et... intéressante. Une douleur vive, presque électrique, qui se propageait dans tout son corps. "Comme s'ils attendaient encore. Comme s'ils voulaient encore." Elle leva un bras, tourna le poignet pour examiner l'intérieur du bras. La peau fine et transparente du pli du coude était couverte d'ecchymoses violacées en forme d'empreintes digitales. Là où les mains s'étaient agrippées pour la tenir en place, pour la tourner, pour la manipuler. Cinq marques sur un bras. Cinq sur l'autre. Des mains différentes probablement. "Comme des poignées," dit-elle avec un petit rire. "Des poignées pratiques. Pour mieux me déplacer. Pour mieux m'orienter." Elle tourna, examina son dos dans le miroir en contorsionnant un peu. Des marques similaires sur les hanches – de larges mains qui s'étaient enfoncées dans sa chair pour la maintenir en place pendant qu'on la prenait par-derrière. Sur le bas du dos, une grande ecchymose violacée-jaunâtre où elle s'était cognée contre le bord d'une caisse enregistreuse peut-être, ou où quelqu'un l'avait frappée. Elle baissa son jean et sa culotte, les laissant tomber autour de ses chevilles. Le tissu frotta contre sa peau sensible, lui arrachant un petit gémissement. Ses cuisses... l'intérieur de ses cuisses était un véritable champ de bataille. Des marques de morsures – certaines petites et discrètes, d'autres larges, violentes, avec des traces de dents bien visibles. Des marques de succion – des cercles violacés de tailles diverses. Des marques d'ongles – des lignes parallèles, certaines à peine rouges, d'autres à vif, avec de minuscules gouttes de sang séché sur les bords. La peau délicate de l'intérieur des cuisses était parsemée de ces taches, de ces blessures, formant une cartographie complexe de violences. Comme une carte où chaque marque représentait un homme, une pénétration, un moment. "Une carte au trésor," murmura-t-elle, et cette fois elle rit vraiment, un rire court, sec, sans joie. "Le trésor, c'est moi. Et tout le monde a creusé." Et plus bas... Elle prit un petit miroir à main qu'elle gardait dans la salle de bains pour se maquiller, se positionna pour mieux voir. Son pubis, habituellement soigneusement épilé en bande étroite, montrait déjà un début de repousse – quelques petits poils bruns qui pointaient, courts, drus. Mais ce n'était pas cela qui retenait son attention. Le mont de Vénus, la zone charnue au-dessus de son sexe, était couvert de séchages blanchâtres. Des résidus de sperme qui n'étaient pas partis au parc, qui s'étaient accumulés dans les poils, avaient séché, formant de petites croûtes blanchâtres qui collaient les poils entre eux. La peau en dessous était rouge, irritée, avec des zones d'écorchure là où on avait frotté trop vigoureusement. Et son sexe lui-même... Elle écarta légèrement les jambes dans la position inconfortable qu'elle avait prise. Son vagin était... ouvert. Littéralement. Les petites lèvres, habituellement discrètes, repliées sur elles-mêmes comme les pétales fermés d'une fleur, étaient tuméfiées, écartées, comme une fleur trop mûre qui s'ouvre avant de faner. La muqueuse interne était rouge vif, presque écarlate par endroits, avec de petites déchirures microscopiques visibles à l'œil nu. Elle voyait l'entrée du vagin proprement dit – un orifice sombre, entouré de tissus enflés, béant. Un filet de liquide blanc s'en échappait encore. Lentement. Presque imperceptiblement. Mais il coulait. Drip. Une petite goutte se forma au bord, pendit un instant, puis tomba sur le carrelage blanc de la salle de bains avec un minuscule ploc. Drip. Une autre. Elle reposa le miroir, resta face au grand miroir, contemplant son reflet complet. Nue. Blessée. Souillée. Ce corps n'était plus le sien. C'était le corps d'une chose utilisée, violée, transformée en réceptacle. Un réceptacle qui avait contenu le sperme de peut-être vingt-cinq hommes différents. Un objet qui avait servi à satisfaire le désir compulsif d'inconnus sous l'emprise d'un virus. Elle porta une main à son ventre. Pressa légèrement, juste au-dessus de l'os pubien. Une nouvelle vague de liquide blanc s'échappa de son vagin, plus importante cette fois. Elle la sentit couler le long de sa cuisse, tiède, épaisse, avec cette odeur caractéristique qu'elle connaissait maintenant trop bien. "Encore," murmura-t-elle. "Il y en a encore. Combien ? Combien ils ont mis ?" Elle ne pleura pas. Elle n'en avait plus la force. Ou peut-être que les larmes ne voulaient simplement pas venir. Elle était vidée. Épuisée. Au-delà des larmes. Au-delà de la honte. Au-delà de tout. Elle se rhabilla machinalement – remonta sa culotte, son jean. La texture du denim contre sa peau sensible lui arracha un petit gémissement. Les coutures intérieures frottaient contre les écorchures de ses cuisses, chaque pas serait une torture. Elle éteignit la lumière de la salle de bains, retourna dans le salon. La pénombre lui parut maintenant un soulagement après la lumière crue du néon. La traversée des ombres – 21h58 La pénombre de l'appartement était maintenant presque totale. Seuls quelques minces filets de lumière urbaine filtraient entre les lames des volets, traçant des lignes blanchâtres sur le sol, le canapé, le bord du lit. Elle traversa lentement la pièce principale, évitant soigneusement la table de la cuisine du regard. Ses pieds nus (elle avait laissé ses chaussures près de la porte) glissaient silencieusement sur le parquet ciré, évitant les endroits où elle savait que le parquet grinçait. Elle s'arrêta devant la fenêtre de la chambre, celle qui donnait sur la cour intérieure. Écarta un tout petit peu le rideau – juste assez pour pouvoir voir sans être vue. Appuya son front contre la vitre froide. La cour était un petit espace rectangulaire d'environ dix mètres sur cinq, entouré par les murs aveugles des autres immeubles – des murs en pierre de taille grise, avec des fenêtres à intervalles réguliers. Habituellement, à cette heure-ci, il y avait des fenêtres éclairées, des bruits de télévision, des voix, des rires, des disputes parfois. La vie normale d'un immeuble parisien. Ce soir... Rien. Ou presque. Quelques fenêtres éclairées, mais une majorité étaient sombres. Pas de bruits de télévision. Pas de voix. Pas de rires. Un silence étrange, inquiétant, oppressant. Une fenêtre au deuxième étage de l'immeuble d'en face était ouverte. Les rideaux – des rideaux à fleurs jaunes et bleues qu'elle reconnaissait, appartenant à la vieille Madame Dubois – bougeaient légèrement dans la brise tiède du soir de juillet. Et à travers l'ouverture... Ema plissa les yeux, essayant de mieux voir. Elle vit des formes bouger. Deux silhouettes, indistinctes dans la pénombre de la pièce. Mais leurs mouvements étaient reconnaissables, même à distance. Le balancement rythmique, saccadé, de l'accouplement. Une silhouette derrière, une autre devant, se déplaçant en tandem. Elle distingua un bras qui se levait, retombait. Une tête qui tombait en arrière. Puis les silhouettes changèrent de position. L'une s'agenouilla. L'autre... Ema lâcha le rideau comme si elle s'était brûlée. Recula d'un pas, le cœur battant à tout rompre. Le virus. Il était partout. Pas seulement au supermarché. Pas seulement dans la rue. Ici aussi. Dans son immeuble. Chez ses voisins. Chez la vieille Madame Dubois qui avait quatre-vingt-deux ans et une hanche artificielle. Partout. Elle était en sécurité derrière ses trois verrous. Mais pour combien de temps ? Et cette sécurité était-elle réelle ? Ou juste une illusion ? "Je pourrais les entendre," murmura-t-elle, l'oreille tendue. "Si j'ouvrais la fenêtre, je pourrais les entendre gémir. Crier de plaisir. Comme moi j'ai crié." Elle s'assit sur le bord de son lit, posa les mains sur ses genoux. Regarda ses mains. Ses doigts fins, longs, avec des ongles courts, soignés habituellement, mais maintenant plusieurs étaient cassés, ébréchés. L'ongle de l'index droit était à moitié arraché, laissant une plaie rosée et sensible. Sous les ongles, de la saleté. De la terre du parc peut-être. Du sang. Du sperme. Elle les porta à son nez. Senta. L'odeur était indéfinissable. Un mélange de métal (sang), de chair, de sexe, de sperme, de transpiration, de peur. Une odeur complexe, riche, presque animale. "Mon odeur maintenant," murmura-t-elle. "L'odeur de ce qui m'est arrivé." Elle se laissa tomber en arrière sur le lit. Le ciel de lit au-dessus d'elle – un tissu bleu pâle tendu sur un cadre en bois qu'elle avait assemblé elle-même – lui parut soudain infiniment loin, comme le plafond d'une cathédrale gothique. Les plis du tissu formaient des ombres douces, mouvantes dans la pénombre. Elle ferma les yeux. Le silence de l'appartement était maintenant total. Absolu. Comme si le monde entier avait cessé de faire du bruit. Comme si elle était la dernière personne vivante sur une planète morte. Elle écouta son propre corps. Les bruits internes, si familiers mais maintenant étranges. Les battements de son cœur – rapides, irréguliers, comme un oiseau affolé dans une cage. Le souffle de sa respiration – saccadé, avec de légers sifflements à l'inspiration. Les gargouillis de son estomac vide – des bruits liquides, profonds. Et d'autres bruits... des petits gargouillis humides, encore plus profonds, venant de son bas-ventre. Le sperme qui remuait à l'intérieur, peut-être. Qui était en train d'être absorbé par les parois vaginales, d'être digéré, transformé. Qui se mélangeait à ses propres sécrétions, à son sang peut-être. Elle porta une main à son ventre. Le pressa doucement, comme pour sentir ce qui se passait à l'intérieur. Rien ne coula. Pour l'instant. Elle garda sa main là, posée sur son bas-ventre, comme pour protéger ce qui était à l'intérieur. Comme pour s'excuser auprès de son propre corps de ce qu'il avait subi. Comme pour le rassurer. "Je suis désolée," murmura-t-elle, les yeux toujours fermés. "Je suis désolée que tu aies dû subir ça. Que nous ayons dû subir ça." Le "nous" lui échappa naturellement. Son corps et elle. Deux entités distinctes maintenant. Son esprit, qui regardait, observait, analysait. Et son corps, qui avait subi, qui avait senti, qui avait même... joui. Le crépuscule de la conscience – 22h15 La nuit tombait vraiment maintenant. La pénombre dans l'appartement s'épaississait, devenait opaque, presque palpable. Ema ne bougeait pas. Elle restait allongée sur son lit, les yeux fermés, écoutant les derniers bruits du jour s'éteindre – un oiseau qui piaillait encore quelque part, une dernière voiture au loin, le bourdonnement lointain de la ville qui s'endormait. Ou qui mourait. Son esprit, qui avait tourné à vide, en boucle, pendant des heures, commençait enfin à ralentir. La tempête de pensées, d'images, de sensations qui l'avaient assaillie depuis sa sortie du magasin commençait à se calmer. Non pas parce qu'elle avait trouvé la paix ou des réponses, mais parce que l'épuisement total, physique et mental, prenait le dessus. Elle revécut les événements, mais cette fois de manière plus fragmentaire, moins chronologique. Des moments isolés qui émergeaient de la brume de sa mémoire, se montraient un instant dans toute leur netteté, puis disparaissaient. Le visage de Thomas, son responsable logistique de quarante-cinq ans, alors qu'il la pénétrait pour la première fois dans le bureau administratif. Son expression n'était pas celle d'un violeur sadique, mais celle d'un homme en transe, possédé, comme si quelqu'un d'autre regardait à travers ses yeux. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, noires, sans reflet. Sa bouche était entrouverte, un filet de salive coulant du coin. "Je ne peux pas... arrêter..." avait-il haleté, et ce n'était pas une excuse. C'était un constat. Une confession. Une abdication. La sensation du sol froid du bureau administratif contre sa joue, pendant que Laurent, le directeur adjoint de cinquante ans, la prenait par-derrière. Elle avait compté les carreaux du linoléum pour s'évader mentalement. Vingt-quatre sur la largeur. Trente-deux sur la longueur. Sept cent soixante-huit carreaux au total. Des carreaux beiges avec des petites paillettes noires. Le goût du sperme de Julien, le stagiaire de vingt-deux ans, dans sa bouche – plus sucré que les autres, presque fruité, avec une texture plus légère, moins épaisse. "Comme un dessert," murmura-t-elle dans l'obscurité, et la pensée ne la dégoûta pas autant qu'elle l'aurait dû. "Un dessert étrange." La vue de Sandrine, la responsable RH de quarante ans, cette femme élégante, professionnelle, qu'elle admirait secrètement, en train de la regarder se faire violer avec une expression de fascination pure, presque scientifique. Puis Sandrine s'approchant, touchant, participant. Ses doigts fins, soignés, avec un vernis rouge parfait, explorant son corps comme un médecin examinerait un spécimen rare. Le bruit des caisses automatiques du magasin qui bipaient inutilement, électroniquement, pendant qu'on la prenait contre elles. Bip. Bip. Bip. En rythme avec les coups de bassin. Comme une musique d'accompagnement. La sensation du béton rugueux du parking contre ses genoux écorchés, puis plus tard contre son dos, ses épaules, ses fesses. Le gravier qui s'incrustait dans sa peau. Le goût du sperme qu'elle avait recueilli et mangé. Non pas une fois. Plusieurs fois. Dans le parc d'abord, avec ses doigts, comme un animal. Puis chez elle. Dans la cuisine. Assise à cette table. Avec un bol. Une cuillère. Comme un repas. "Pourquoi ?" répéta-t-elle, plus fort cette fois. "Pourquoi j'ai fait ça ?" Les réponses potentielles tournoyaient dans sa tête, mais aucune ne voulait se fixer. Parce qu'elle avait faim ? Non, elle n'avait pas particulièrement faim. Parce qu'elle était curieuse ? En partie, oui, mais c'était plus que ça. Parce que... parce que quelque chose en elle avait voulu ça ? Parce qu'une partie d'elle, déjà contaminée par le virus même avant qu'elle ne le sache, avait été attirée par le goût ? Parce que le virus... Non. Elle n'allait pas penser à ça maintenant. Pas encore. Elle ouvrit les yeux. Le plafond était maintenant totalement invisible dans l'obscurité. Seules les formes les plus grossières étaient encore vaguement discernables – le cadre rectangulaire du ciel de lit, l'ombre arrondie de l'abat-jour de la suspension. Elle tourna la tête sur l'oreiller. Regarda vers la fenêtre. À travers les interstices des volets, pas la moindre lueur. La nuit était tombée complètement. Un noir d'encre, sans lune visible, sans étoiles à travers les volets. Elle devrait se lever. Prendre une douche – une vraie, avec de l'eau chaude, du savon, un gant de toilette. Se mettre en pyjama – le vieux pyjama en coton fleuri que sa mère lui avait offert. Manger quelque chose – il y avait des restes de pâtes dans le frigo peut-être. Boire de l'eau. Prendre un Doliprane pour les douleurs. Mais elle n'en avait pas la force. Chaque muscle de son corps refusait de bouger. C'était comme si elle était scellée au lit, fixée par des poids invisibles attachés à ses membres, à son torse, à sa tête. Elle ferma de nouveau les yeux. Les souvenirs d'avant – 22h45 Cette fois, les images qui vinrent étaient différentes. Moins violentes. Moins traumatiques. Plus douces. Plus... nostalgiques. Elle se revit enfant, sept ou huit ans, dans le grand jardin de la maison de campagne de ses grands-parents en Normandie. L'herbe était haute, verte, pleine de pissenlits et de marguerites. Elle courait pieds nus, ses cheveux flottant derrière elle comme une cape, sa petite robe à fleurs volant au vent. Le soleil de fin d'après-midi était chaud sur sa peau, doré, bienfaisant. Elle riait. Un rire pur, cristallin, sans arrière-pensée. Un rire d'enfant qui ne connaît pas encore le mal, la maladie, la mort, le viol. Son père l'appelait depuis la terrasse en bois. "Ema ! Viens voir ! Un papillon ! Un magnifique papillon bleu !" Elle avait couru vers lui, trébuchant dans l'herbe, tombant, se relevant sans pleurer. Son père l'avait prise dans ses bras, lui avait montré le papillon posé sur la rambarde – un magnifique machaon aux ailes bleu irisé, avec des taches oranges et noires. "Regarde comme il est beau," avait chuchoté son père. "La nature fait de si belles choses, ma chérie." Elle sourit faiblement dans l'obscurité de sa chambre, trente ans plus tard. Une larme coula enfin, chaude, salée, sur sa joue. Elle la laissa couler. Une autre image. L'année de ses seize ans. Son premier vrai baiser. Avec Lucas, un garçon de sa classe, timide, avec des lunettes et des taches de rousseur. Derrière le gymnase du lycée, après les cours, alors que tout le monde était parti. Un après-midi de mai, tiède, avec le parfum des lilas en fleur quelque part. Le baiser avait été maladroit. Trop de salive. Des dents qui s'entrechoquaient. Le goût de son chewing-gum à la menthe trop fort. La sensation de ses mains hésitantes sur sa taille, ne sachant pas trop où se poser. Elle avait été si nerveuse. Si excitée. Son cœur battait si fort qu'elle avait cru qu'il allait sortir de sa poitrine. Après, elle était rentrée chez elle en courant, le visage en feu, et avait passé la soirée à repenser à chaque seconde, à chaque détail. Si innocente. Si pure. Si... inexpérimentée. "Et maintenant," murmura-t-elle dans l'obscurité, "maintenant j'ai plus d'expérience que la plupart des prostituées de quarante ans. En une journée." Innocence perdue. L'expression lui vint, complète cette fois. Pas juste les mots, mais leur poids, leur signification. Innocence perdue. Le titre d'un tableau peut-être. Ou d'un poème. Ou juste une constatation banale sur la vie. Son innocence était perdue. Littéralement. Physiquement. Pas seulement métaphoriquement, poétiquement. Littéralement. Elle n'était plus vierge. Elle avait été pénétrée par au moins vingt-cinq hommes (ou plus, elle avait perdu le compte après quinze). Elle avait eu des orgasmes pendant ces viols – plusieurs, elle ne savait pas combien. Elle avait goûté le sperme. Elle l'avait mangé. Innocence perdue. Virginité perdue. Pudeur perdue. Peut-être même humanité perdue. Elle ouvrit les yeux, fixa le noir au-dessus d'elle. Une pensée étrange lui vint, lente, comme remontant des profondeurs de son esprit fatigué. Et si ce n'était pas une perte ? Et si c'était... une transformation ? Un passage ? Une métamorphose ? Comme la chenille qui devient papillon. La chrysalide qui s'ouvre. La chose ancienne qui meurt pour laisser place à la chose nouvelle. Non. C'était une pensée de folle. De quelqu'un qui avait trop subi, trop vu, trop enduré. Qui commençait à rationaliser, à justifier, à accepter l'inacceptable. "Je deviens folle," murmura-t-elle. "Le traumatisme. Le choc. Je deviens folle." Mais la pensée persista, douce, insistante. Transformation. Métamorphose. Passage. Elle se tourna sur le côté, tira la couverture sur elle malgré la chaleur étouffante du soir de juillet. Le tissu coton frais contre sa peau sensible lui fit du bien, un soulagement immédiat. Elle se recroquevilla en position fœtale, un genou remonté vers son ventre, les bras croisés sur sa poitrine. Comme dans le ventre de sa mère. Comme avant la naissance. Quand tout était simple. Quand elle était protégée. Innocente. Les premières ondes du sommeil – 23h10 Le sommeil commença à la toucher par vagues légères, presque imperceptibles d'abord. Une lourdeur dans les paupières qui devenait difficile à combattre. Une douce torpeur dans les membres qui les alourdissait, les ancrait au matelas. Puis plus profondément. Son esprit commença à décrocher de la réalité, à flotter dans cet espace intermédiaire, liminal, entre veille et sommeil, où les frontières deviennent poreuses, où le réel et l'imaginaire se mélangent. Dans cet état, les sensations du jour revinrent, mais transformées, adoucies, presque... apprivoisées. La sensation des mains nombreuses sur son corps n'était plus violente mais... caressante. Comme des mains d'amants, pas de violeurs. Des mains qui exploraient, qui découvraient, qui aimaient. Le goût du sperme dans sa bouche n'était plus répugnant mais... intéressant. Complexe. Comme un vin aux arômes multiples – salé, sucré, métallique, avec des notes différentes selon l'homme. Un goût à analyser, à apprécier, à savourer. Les orgasmes qu'elle avait eus... elle les revécut, mais sans la honte, sans l'horreur. Juste la sensation physique pure. La vague de plaisir qui parcourait son corps, l'embrasait, la faisait crier, trembler. Le moment où tout se relâchait, où elle se vidait de toute tension, de toute pensée. Elle gémit faiblement dans son demi-sommeil. Sa main, qui était posée sur son ventre, descendit lentement, suivant la courbe de son corps, traçant un chemin le long de son flanc, de sa hanche, s'arrêtant entre ses cuisses. Même endormie, à moitié consciente, son corps répondit. Une chaleur monta en elle, familière maintenant. Une humidité familière aussi. Elle se caressa doucement, à travers le jean d'abord – une pression légère, circulaire, là où elle savait que son clitoris était, même à travers les épaisseurs de tissu. Puis, dans son sommeil, ses doigts déboutonnèrent le pantalon machinalement, firent glisser la fermeture éclair. Glissèrent à l'intérieur, sous l'élastique de sa culotte. Son vagin était encore mouillé. Encore sensible, douloureusement sensible. Au toucher de ses propres doigts, il réagit immédiatement. Une contraction involontaire. Puis une autre. Comme un réflexe. Dans son sommeil, Ema sourit. Sa respiration s'accéléra, devint plus profonde. Ses hanches bougèrent légèrement, cherchant une pression, un contact, un frottement. Elle n'était pas pleinement consciente. Elle était dans cet espace étrange où le corps agit parfois sans l'accord de l'esprit, où les rêves et la réalité se mélangent, où les souvenirs deviennent sensations présentes. Elle se caressa plus fermement. Les doigts – l'index et le majeur – trouvèrent le clitoris, enflé, sensible, dur comme un petit pois sous la peau. Un petit cercle. Une pression rythmée. Le plaisir monta. Pas un orgasme complet, mais un début, une promesse, une accumulation. Une tension familière dans son bas-ventre. Une chaleur qui se répandait. Dans son sommeil, elle murmura quelque chose. Un mot indistinct. Un nom peut-être. "Thomas..." ou "Julien..." ou juste "...encore..." Puis sa main s'immobilisa. Le plaisir retomba, mais ne disparut pas complètement. Il resta comme une braise sous la cendre, comme une vibration sourde au fond de son bassin, comme une mémoire corporelle qui refusait de s'effacer. Et elle sombra plus profondément dans le sommeil, laissant derrière elle le dernier lambeau de conscience. Le sommeil profond et le travail du virus – Minuit à 11h du matin Quand Ema entra enfin dans le sommeil lent, le vrai sommeil profond, son corps changea radicalement de rythme, de tonus, de fonctionnement. Sa respiration devint régulière, profonde, rythmée – une inspiration de quatre secondes, une pause d'une seconde, une expiration de six secondes. Un rythme parfait, presque méditatif. Son cœur ralentit considérablement, passant de plus de cent battements par minute à soixante-cinq, puis soixante, puis cinquante-cinq. Un rythme de repos, de récupération. Ses muscles, tendus depuis des heures, depuis la première agression dans le bureau administratif, se détendirent complètement. Les épaules tombèrent, libérant les tensions accumulées dans le cou. La mâchoire se desserra, la bouche s'entrouvrit légèrement. Les poings, qu'elle avait peut-être serrés même dans son sommeil léger, s'ouvrirent, les doigts se dépliant lentement. Elle était maintenant totalement immobile, sauf pour le léger mouvement régulier de sa poitrine à chaque inspiration, et les très légères contractions musculaires involontaires qui parcourent toujours le corps endormi. C'est à ce moment précis, pendant ce sommeil profond, que le virus Vénus-9, qui avait colonisé son système nerveux au cours des dernières heures, commença son travail le plus important, le plus profond, le plus définitif. Les scientifiques qui étudieraient plus tard le phénomène (ceux qui survivraient, du moins, ceux qui auraient la lucidité et les moyens de le faire) découvriraient une propriété fascinante et terrifiante du Vénus-9 : il exploitait le sommeil profond pour consolider, renforcer, ancrer définitivement son emprise sur l'hôte. Pendant la veille, le virus se contentait de stimuler les centres de désir et de récompense, de court-circuiter les inhibitions, de pousser à l'action compulsive. C'était la phase aiguë, visible, dramatique. Mais pendant le sommeil, il travaillait en profondeur, en silence, en secret. Il réorganisait. Il reprogrammait. Il réécrivait littéralement certaines connexions neuronales. Il ne se contentait pas d'activer des circuits existants. Il en créait de nouveaux. Il renforçait certaines voies. Il en affaiblissait d'autres. Dans le cerveau d'Ema, alors qu'elle dormait d'un sommeil profond et réparateur, des milliards de connexions neuronales étaient en cours de reconfiguration silencieuse. Le virus, sous sa forme neurologique (une particule virale modifiée capable de traverser la barrière hémato-encéphalique), voyageait le long des axones, ces longs filaments qui relient les neurones entre eux. Il n'était pas un virus qui détruisait les cellules comme le ferait un virus de la rage ou de l'encéphalite. Au contraire, il les modifiait subtilement. Il altérait légèrement la chimie des synapses, les points de contact entre neurones. Il modifiait la production et la réception des neurotransmetteurs. Il changeait la sensibilité des récepteurs. Dans l'amygdale, ce complexe de noyaux en forme d'amande enfoui profondément dans le lobe temporal, centre des émotions et des réactions de peur, le virus travaillait de manière particulièrement intense. Désormais, quand Ema serait confrontée à une stimulation sexuelle, son amygdale n'enverrait plus de signal d'alarme, de danger, de peur. Au contraire, il renforcerait le signal de plaisir envoyé par d'autres régions. Il associerait l'excitation sexuelle non pas à un risque, mais à une récompense. Il dissocierait le sexe de la peur. Dans le cortex préfrontal, cette région si typiquement humaine, siège du contrôle inhibiteur, de la prise de décision rationnelle, du jugement moral, de la planification, le virus créait de nouvelles connexions, en modifiait d'autres. Désormais, quand Ema penserait à une activité sexuelle, son cortex préfrontal ne l'arrêterait plus avec des considérations éthiques, sociales, morales. Il ne lui enverrait plus de messages comme "C'est mal", "C'est dangereux", "Tu vas le regretter", "Qu'est-ce que les gens vont penser ?" Au contraire, il l'encouragerait. Il trouverait des justifications rationnelles. "C'est naturel." "C'est ce que ton corps veut, donc c'est bon pour toi." "C'est plaisant, donc c'est positif." "Les autres le font aussi, donc c'est normal." "Le plaisir est une fin en soi." L'aire préfrontale ventromédiane, en particulier, qui joue un rôle dans l'évaluation des conséquences émotionnelles des décisions, était en cours de recalibrage. Désormais, elle évaluerait les actions sexuelles comme ayant des conséquences positives, désirables. Dans l'insula, cette région complexe responsable de la conscience corporelle, de l'image de soi, de la perception des sensations internes, le virus modifiait profondément la perception qu'Ema avait de son propre corps. Désormais, elle ne se verrait plus comme une personne violée, souillée, endommagée. Elle se verrait comme une personne désirable, sexuelle, ouverte, disponible. Son vagin ne serait plus une blessure, une violation, mais un passage, une ouverture, un lieu d'échange. Son corps ne serait plus un objet de honte, mais un instrument de plaisir, de connexion, de partage. L'insula antérieure, qui traite le dégoût, était particulièrement ciblée. Désormais, les fluides sexuels, les odeurs corporelles, les sensations de moiteur, ne déclencheraient plus de réponse de dégoût. Au contraire, elles déclencheraient de l'intérêt, de l'attraction, du désir. Et dans les noyaux accumbens, ces petits noyaux enfouis dans le cerveau, centres de la récompense, du plaisir, de la motivation, le virus faisait son travail le plus subtil, le plus puissant. Il créait de nouvelles associations, il renforçait des connexions existantes avec une intensité jamais vue. L'odeur du sperme ne serait plus associée au dégoût, mais à la récompense ultime. Une odeur qui déclencherait une libération de dopamine, le neurotransmetteur du plaisir. Le goût du sperme ne serait plus associé à l'amertume, au dégoût, mais au plaisir, à la satisfaction. Un goût qui activerait les mêmes zones que le chocolat, le sucre, les aliments préférés. La vue d'un homme en érection ne serait plus associée à la peur, à la menace, mais à l'anticipation, à l'excitation, à la curiosité. La sensation d'être pénétrée ne serait plus associée à la douleur, à la violence, mais au plaisir, à la plénitude, à la connexion. Mais le virus ne travaillait pas seulement dans le cerveau. Pendant qu'Ema dormait, il travaillait aussi dans tout son corps, et particulièrement dans son système reproducteur, où quelque chose d'extraordinaire (et d'horrifiant) se produisait. Le sperme des vingt-cinq hommes (ou plus) qui avaient éjaculé en elle, sur elle, n'était pas resté inerte. Les spermatozoïdes étaient morts, bien sûr – ils ne pouvaient survivre si longtemps hors du corps masculin, dans un environnement vaginal acide. Mais leurs protéines, leur ADN fragmenté, leurs molécules de signalisation, leurs hormones, leurs enzymes... tout cela flottait encore dans son utérus, ses trompes, son vagin. Le virus Vénus-9 avait évolué pour exploiter cette situation de manière diaboliquement ingénieuse, d'une beauté biologique perverse. Il captait les signaux chimiques du sperme dégradé – les prostaglandines, les hormones, les facteurs de croissance – et les utilisait pour stimuler la production massive d'œstrogènes par les ovaires d'Ema. Pas un petit peu. Beaucoup. Une véritable explosion hormonale, un pic œstrogénique comparable à celui du pic ovulatoire, mais plus intense, plus prolongé. Les ovaires d'Ema, stimulés par ces signaux chimiques perçus comme "présence de sperme = préparation à une éventuelle fécondation", produisaient maintenant des quantités d'œstrogènes bien supérieures à la normale. Ces hormones voyageaient dans son sang, atteignant tous les organes, tous les tissus, toutes les cellules. Dans son vagin et son col utérin, elles augmentaient la production de glaire cervicale, la rendant plus abondante, plus fluide, plus acide (pour protéger contre les infections, mais aussi pour faciliter la remontée des spermatozoïdes). Elles épaississaient les muqueuses, amélioraient leur vascularisation, leur élasticité. Elles préparaient le terrain pour de futures... réceptions. Sur ses seins, elles augmentaient la taille des glandes mammaires, rendaient les mamelons plus sensibles, plus érectiles, plus réactifs au toucher. Elles préparaient les seins à une éventuelle lactation (même en l'absence de grossesse, le corps pouvait se préparer "au cas où"). Dans son cerveau, elles renforçaient l'humeur, diminuaient l'anxiété, augmentaient la libido de manière exponentielle. Elles créaient un état de bien-être, d'ouverture, de désir. Et elles préparaient l'endomètre – la paroi interne de l'utérus. Elles la rendaient plus épaisse, plus vascularisée, plus réceptive, plus "accueillante". Comme un lit douillet préparé pour un invité qui pourrait ou non arriver. Le virus ne cherchait pas nécessairement à provoquer une grossesse (bien que cela fût possible, probable même étant donné la quantité de sperme et la période probable du cycle d'Ema – elle était probablement en phase fertile, juste avant l'ovulation). Il cherchait à optimiser le corps pour la reproduction. Ou plus exactement, pour la réception de sperme. Pour la contamination. Car plus le corps d'une femme était réceptif, accueillant, "plaisant", plus elle aurait de partenaires, plus le virus se propagerait. Le virus n'avait pas de "conscience" au sens humain, mais il avait une logique darwinienne implacable : les souches qui rendaient leurs hôtes plus désirables, plus actifs sexuellement, se propageaient mieux. C'était une boucle de rétroaction positive infernale. Le corps d'Ema, pendant son sommeil de quatorze heures, se transformait silencieusement en machine parfaitement calibrée pour la propagation virale. Une usine à plaisir, à désir, à réceptivité. Un réceptacle optimal. Un vecteur parfait. Les rêves transformés – Phase paradoxale, 4h du matin Dans son sommeil paradoxal – la phase des rêves vifs, des mouvements oculaires rapides – Ema ne fit pas de cauchemars au sens traditionnel. Pas de monstres qui la poursuivaient. Pas de chutes dans le vide. Pas de scènes de violence explicite rejouant les événements de la journée. Ou plutôt, si, il y avait des scènes de sexe, mais transformées, réinterprétées, intégrées. Elle rêva qu'elle était dans un champ de fleurs immenses, un champ qui s'étendait à perte de vue sous un ciel bleu pur, sans nuage. Les fleurs étaient blanches, avec un centre jaune vif – des marguerites géantes, hautes comme elle, avec des pétales qui frémissaient doucement dans une brise parfumée. Elle était nue. Totalement nue. Le soleil était chaud sur sa peau, mais pas brûlant. Une chaleur bienfaisante, enveloppante, comme un bain. La brise légère caressait son corps, effleurant ses seins, son ventre, entre ses cuisses. Des sensations délicieuses, presque trop intenses. Elle marchait dans le champ, les fleurs lui frôlant les hanches, les cuisses. Leurs pétales étaient doux, soyeux, comme de la soie. Des hommes arrivaient. Beaucoup d'hommes. Ils étaient nus aussi. Leurs corps étaient divers – certains jeunes, musclés, d'autres plus âgés, avec de la bedaine, d'autres minces, élancés. Ils souriaient tous. Des sourires doux, bienveillants, pas menaçants. Leurs yeux brillaient, mais pas de folie. De joie. De plaisir partagé. Ils s'approchaient d'elle, un par un. La touchaient. Doucement. Des caresses sur les bras, sur le visage, sur les épaules, sur les seins. Des mains chaudes, habiles, qui semblaient connaître son corps mieux qu'elle-même. Dans son rêve, Ema ne résistait pas. Elle souriait. Elle les accueillait. Elle tendait les bras, ouvrait les mains, offrait son corps. Un homme s'approcha, l'embrassa. Le baiser était doux, chaud, profond. Pas une agression. Une offrande. Elle répondit au baiser, ouvrit la bouche, sentit sa langue contre la sienne. Elle goûta sa salive – douce, pas amère. Un autre homme vint par-derrière, la prit dans ses bras, pressa son torse contre son dos. Elle sentit son érection contre ses fesses, dure, chaude, mais pas menaçante. Intéressante. Excitante. Un troisième homme s'agenouilla devant elle, entre ses jambes. Il leva les yeux vers elle, sourit, puis baissa la tête, commença à la lécher, à lui faire un cunnilingus. Sa langue était chaude, habile, experte. Elle sentit le plaisir monter, immédiat, intense. Dans son rêve, elle n'avait pas peur. Elle n'avait pas honte. Elle avait... du plaisir. Un plaisir pur, sans mélange, sans arrière-pensée. Un plaisir qui inondait tout son être, qui la faisait flotter, qui la dissolvait. Puis d'autres hommes arrivèrent. Beaucoup d'autres. Ils formaient un cercle autour d'elle. Certains se touchaient entre eux. Certains s'embrassaient. Tous semblaient connectés, en harmonie. Elle était au centre. Le point focal. La reine. La déesse. Un homme lui présenta son pénis à la bouche. Elle l'accepta, le prit dans sa bouche, suça doucement. Le goût était salé, musqué, mais bon. Agréable. Elle suça plus fort, sentit le pénis durcir encore plus dans sa bouche. Un autre homme se positionna derrière elle, la pénétra par-derrière. La sensation était pleine, profonde, mais pas douloureuse. Épanouissante. Complète. Elle était prise des deux côtés, bouche et vagin, et d'autres mains la caressaient partout, et d'autres bouches mordillaient ses seins, son cou, ses épaules. Et elle jouissait. Sans arrêt. Des orgasmes en cascade, en vagues, qui se chevauchaient, qui se renforçaient mutuellement. Chaque pénétration déclenchait un nouvel orgasme. Chaque bouche sur elle déclenchait une nouvelle vague. Dans son rêve, elle criait de plaisir. Pas de douleur. De pur plaisir. Et autour d'elle, les hommes jouissaient aussi. Leurs spermes la recouvraient, la remplissaient, coulaient sur elle, brillants au soleil, chauds, épais. Et elle aimait ça. Elle aimait être couverte de sperme. Elle aimait en avoir partout. Sur son visage, dans ses cheveux, sur ses seins, dans son vagin, dans sa bouche. C'était comme une onction, une bénédiction, un cadeau. Elle riait, la bouche pleine, le vagin plein, le corps entier recouvert, brillant, glissant. Et elle se sentait... complète. Remplie. Satisfaite. Heureuse. C'était un rêve. Mais c'était aussi une reprogrammation. Le cerveau d'Ema, sous l'influence du virus, créait de nouvelles associations positives avec les expériences traumatiques de la journée. Il transformait le viol en plaisir partagé. La souillure en bénédiction. L'horreur en extase. Quand elle se réveillerait, ces associations seraient ancrées. Le souvenir du viol serait encore là, mais il serait teinté de ces sensations de plaisir du rêve. La frontière entre cauchemar et fantasme serait floue. L'ambivalence s'installerait. C'était le travail le plus insidieux du virus : non pas effacer le traumatisme, mais le transformer. Le réécrire. Le réinterpréter. Le réveil progressif – 10h45 à 11h07 Le réveil fut lent, progressif, comme remonter d'une grande profondeur sous l'eau. D'abord, la conscience du corps. Les sensations physiques qui revenaient une par une. La douleur d'abord. Les courbatures généralisées – dans les cuisses, le bassin, le bas du dos, les épaules. Une douleur sourde, profonde, semblable à celle après un entraînement sportif très intense. Pas aiguë. Supportable. Presque agréable dans son intensité même – la preuve que le corps avait vécu, avait été utilisé, avait servi. Puis les sensations de moiteur. Son vagin était encore humide. Pas de nouveau sperme – elle avait tout éliminé pendant la nuit dans des petits écoulements continus – mais ses propres sécrétions, abondantes, crémeuses, probablement augmentées par la stimulation hormonale. Ses seins étaient lourds, sensibles. Ses mamelons durs, douloureux au simple frottement contre le tissu de son haut. Sa bouche était pâteuse, avec un goût métallique persistant. Puis la conscience de l'espace. Elle était dans son lit. Chez elle. Les volets fermés. La pièce dans la pénombre. Le silence. Puis la conscience du temps. Elle avait dormi longtemps. Très longtemps. Elle regarda mentalement l'heure – elle ne voyait pas le réveil, mais elle sentait que le soleil était déjà haut, que la matinée était bien avancée. Elle ouvrit enfin les yeux. Cligna plusieurs fois dans la pénombre. Tourna la tête vers la table de nuit. Le réveil numérique affichait : 11:07. Elle était couchée vers 21h00 la veille. Quatorze heures de sommeil. Un record absolu dans sa vie. Elle n'avait jamais dormi autant, même malade. Elle s'assit lentement dans le lit. Ses muscles protestèrent, mais d'une manière presque sensuelle. Chaque mouvement était ressenti intensément. Elle étira les bras au-dessus de sa tête, arqua le dos. Les vertèbres craquèrent doucement. Un frisson de bien-être la parcourut. "Quatorze heures," murmura-t-elle, et sa voix était rauque, enrouée, mais pas désagréable. "J'ai dormi quatorze heures." Elle se leva, les pieds nus sur le parquet frais. Elle avait encore ses vêtements de la veille – le jean, le haut. Ils étaient froissés, tachés par endroits de séchages douteux. Elle les sentait coller à sa peau. Elle traversa l'appartement, alla à la fenêtre du salon. Sans ouvrir les volets, elle écouta. Un silence inhabituel. Pas le bruit de fond habituel de la ville. Pas de voitures. Pas de moteurs. Pas de voix. Pas de sirènes. Un silence de... fin du monde. Elle prit une inspiration profonde, puis écarta légèrement le rideau, ouvrit un petit espace entre deux lames de volet. La lumière du jour, vive, crue, de juillet, entra en lame de couteau, l'éblouissant. Elle cligna des yeux, s'habitua progressivement. Elle regarda la rue en dessous. Et le monde qu'elle vit n'était plus le sien. SOUS-CHAPITRE 4.2 : LE RÉVEIL DANS L'APOCALYPSE Première vision – 11h10 – La fenêtre sur le chaos Ema resta figée devant la fenêtre, la main crispée sur le rideau, les doigts blanchis par la force de sa prise. Ses yeux, d'abord éblouis par la lumière vive du jour de juillet, s'habituèrent progressivement et commencèrent à distinguer les détails de la rue en contrebas. La rue de la République – une rue commerçante typiquement lyonnaise, large, bordée d'immeubles haussmanniens en pierre blonde, avec des commerces en rez-de-chaussée : une boulangerie, une pharmacie, un magasin de téléphonie, un café-tabac avec sa terrasse. Une rue habituellement animée, bruyante, remplie de voitures, de piétons, de vélos, de scooters. Ce matin... Ce n'était plus une rue. C'était une scène de... Ema chercha le mot dans sa tête. De bacchanale ? D'orgie ? D'effondrement ? De folie collective ? Les voitures d'abord. Ou plutôt, ce qui restait des voitures. Plusieurs étaient arrêtées en travers de la chaussée, portières ouvertes, moteurs éteints. L'une d'elles, une Renault grise, était encastrée dans l'arrière d'une camionnette de livraison. Le pare-chocs avant était tordu, le capot soulevé. Aucun conducteur en vue. Aucun secours. L'accident semblait avoir eu lieu plusieurs heures auparavant, peut-être la veille au soir. D'autres voitures étaient simplement abandonnées sur la chaussée, certaines avec les clés encore sur le contact, les portières grandes ouvertes comme si les occupants étaient partis en catastrophe. Mais ce n'était pas le plus frappant. Les gens. Des gens partout. Des centaines peut-être. Et presque tous... nus. Totalement nus. Pour les hommes, le sexe à l'air, ballant ou en érection. Pour les femmes, les seins offerts, le pubis exposé. Des corps de toutes tailles, de toutes formes, de tous âges. Des jeunes, des vieux, des minces, des gros, des beaux, des laids. Ils marchaient, discutaient, riaient parfois. Comme si se promener nu en pleine rue en juillet était la chose la plus naturelle du monde. Et en fait, dans cette chaleur étouffante de juillet lyonnais (Ema pouvait presque sentir la chaleur à travers la vitre), c'était presque logique. Presque. "Pourquoi pas ?" murmura-t-elle, et la pensée lui vint sans jugement, comme une constatation objective. "Il fait chaud. Les vêtements sont inconfortables. Pourquoi pas être nu ?" Elle cligna des yeux, surprise par sa propre réaction. Elle devrait être choquée. Scandalisée. Horrifiée. Elle ne l'était pas. Elle était... intéressée. Curieuse. Elle regarda plus attentivement. Les gens ne semblaient pas en détresse. Ils ne couraient pas, ne criaient pas (enfin, pas de cris de panique). Certains marchaient d'un pas décidé, comme s'ils allaient quelque part. D'autres traînaient, flânaient. Certains étaient assis sur les bancs publics, sur les bordures de trottoir, sur les marches des immeubles. Et beaucoup... beaucoup étaient en train de copuler. Pas discrètement. Pas dans des coins cachés. En plein milieu de la rue. Sur les trottoirs. Sur les capots des voitures. Contre les vitrines des magasins. Ema compta rapidement. Sur les cinquante mètres de rue qu'elle voyait depuis sa fenêtre, elle distingua au moins quinze couples (ou trios, ou groupes) en pleine activité sexuelle. Une femme, jeune, brune, aux formes généreuses, était à genoux au milieu de la chaussée, suçant un homme debout devant elle. Un autre homme était derrière elle, la pénétrant par-derrière. Elle avait les yeux fermés, un sourire béat sur le visage. Plus loin, contre la vitrine de la pharmacie, un homme avait une femme plaquée contre la vitre, la prenant par-derrière. Leurs corps se heurtaient avec un rythme régulier. La vitre tremblait légèrement à chaque impact. Sur la terrasse du café, deux femmes s'embrassaient passionnément, se caressant mutuellement les seins, tandis qu'un homme les observait, se masturbant. "Ça a l'air... agréable," murmura Ema, et cette fois, elle sentit une chaleur monter en elle. Son propre corps réagissait au spectacle. Son vagin devint instantanément humide, comme si on avait appuyé sur un interrupteur. Ses mamelons durcirent, appuyant douloureusement contre le tissu de son haut. Elle porta une main à son ventre, sentit les contractions légères, involontaires, de son utérus. Le désir. Un désir pur, simple, direct. Sans honte. Sans complexe. Elle secoua la tête, comme pour chasser la pensée. "Non. C'est... c'est de la folie. C'est le virus. Je vois le virus à l'œuvre." Mais la voix qui avait parlé en elle était faible, lointaine, comme celle d'une autre personne. La voix de la raison. La voix d'avant. La voix dominante, celle qui regardait la rue, pensait : "Je veux être là-bas. Je veux être nue. Je veux... faire ça aussi." Elle ferma les yeux un instant, respira profondément. Quand elle les rouvrit, son regard fut attiré par quelque chose de particulier. Les plus belles femmes. Elle les repéra facilement. Elles étaient comme des aimants. Des points focaux autour desquels les hommes se rassemblaient. Une jeune femme, blonde, avec un corps de déesse – seins fermes et ronds, taille fine, hanches généreuses – était assise sur le capot d'une voiture. Elle était entourée d'au moins dix hommes. Certains la touchaient – caressaient ses seins, son ventre, ses cuisses. D'autres attendaient leur tour, se masturbant, regardant. Un homme était entre ses jambes, lui léchant le sexe. Un autre lui présentait son pénis à la bouche, qu'elle suçait avec application. Elle avait les yeux mi-clos, un sourire de plaisir intense sur le visage. Elle semblait... heureuse. Extatique même. Et elle était couverte de sperme. Sur son ventre, ses seins, son visage, ses cheveux. Des traînées blanches, brillantes au soleil, qui coulaient lentement sur sa peau. Elle ne cherchait pas à s'essuyer. Au contraire, elle étalait parfois le sperme sur elle, comme une lotion, en souriant. "Elle aime ça," murmura Ema, et cette fois, ce n'était pas une constatation horrifiée, mais presque admirative. "Elle aime être couverte de sperme." Elle se souvint de son propre comportement la veille. Du sperme qu'elle avait mangé. Du plaisir qu'elle avait ressenti en le faisant. De la curiosité, du désir même. Le virus avait muté. Ou révélé cette facette. Les femmes – particulièrement les plus belles, les plus désirables – ne se contentaient plus de subir le désir masculin. Elles le recherchaient activement. Elles voulaient le sperme. Elles voulaient en être couvertes, remplies, imprégnées. C'était devenu une récompense en soi, un signe de désirabilité, de succès presque. Ema sentit une nouvelle vague de désir, plus intense. Son corps réagissait violemment. Elle sentit son vagin se contracter, produire encore plus de lubrifiant. Une petite goutte coula le long de sa cuisse, tiède. "Je... je devrais avoir peur," dit-elle à voix haute, mais les mots sonnaient faux. "Je devrais être terrifiée. Révoltée." Elle ne l'était pas. Elle était excitée. Fascinée. Curieuse. Elle lâcha le rideau, recula de la fenêtre. Son cœur battait fort, mais pas de panique. D'excitation. D'anticipation. Elle retourna au milieu du salon, resta debout un moment, immobile, les yeux fermés, essayant de rassembler ses pensées. "Le virus," murmura-t-elle. "C'est le virus en moi. Il me fait penser ça. Il me fait vouloir ça." Mais l'argument ne tenait plus. Ou plutôt, il tenait, mais il ne changeait rien. Le virus était en elle. Il faisait partie d'elle maintenant. Ses pensées étaient ses pensées. Ses désirs étaient ses désirs. La frontière entre "elle" et "le virus" s'estompait, devenait floue, peut-être même inexistante. Elle ouvrit les yeux, regarda autour d'elle. Son appartement. Sa forteresse. Sa prison. Les murs lui parurent soudain étouffants. Les verrous, non pas des protections, mais des entraves. L'air, trop propre, trop parfumé, irrespirable. Elle voulait être dehors. Dans la rue. Avec les autres. Nue. Libre. Elle regarda ses vêtements. Le jean sale, taché. Le haut froissé. Ils lui semblaient soudain ridicules. Inutiles. Des entraves aussi. Elle alla à la cuisine machinalement, alluma la cafetière. Le geste habituel, automatique. Pendant que le café coulait, sonnait, dégageait son odeur familière, elle regarda par la fenêtre de la cuisine, plus petite, qui donnait sur un autre côté de la rue. Même spectacle. Des gens nus. Des couples qui copulaient. Une femme particulièrement belle entourée d'hommes. Du sperme partout. Son corps réagit encore. Elle sentit son sexe palpiter. Ses seins étaient lourds, douloureux de désir. Le café fut prêt. Elle en versa dans une tasse, y ajouta du sucre sans réfléchir, but une gorgée. Le goût lui parut fade, insignifiant comparé au goût dont elle se souvenait. Le goût salé, musqué, complexe. Elle reposa la tasse, alla dans la salle de bains. Se regarda dans le miroir. Son visage était différent ce matin. Moins pâle. Les cernes étaient toujours là, mais moins prononcés. Ses yeux brillaient d'une lumière étrange, intense. Ses lèvres étaient rouges, pulpeuses, comme gonflées par des baisers. Elle se pencha, examina son cou. Les marques de succion étaient toujours là, violacées, mais elles ne lui faisaient plus honte. Elles lui semblaient... intéressantes. Des souvenirs. Des preuves. Elle toucha l'une d'elle du bout du doigt. La sensation était vive, presque électrique. Un frisson lui parcourut l'échine. Elle baissa les yeux sur son corps. Son jean lui serrait le ventre, les cuisses. Le tissu frottait contre ses blessures, mais la douleur était mêlée de plaisir maintenant. Une douleur aiguë, sensuelle. Elle déboutonna son jean, le fit glisser le long de ses jambes. Resta en culotte et haut. Ses cuisses étaient toujours couvertes de marques, mais elles semblaient moins horribles ce matin. Plus... décoratives. Comme un tatouage temporaire. Une carte de ses expériences. Elle passa une main sur ses cuisses, sentit les reliefs des ecchymoses, les crêtes des égratignures. Chaque contact envoyait une décharge dans son bas-ventre. Elle retira son haut, resta en soutien-gorge et culotte. Son soutien-gorge la serrait terriblement. Ses seins semblaient avoir gonflé pendant la nuit, devenant encore plus lourds, plus sensibles. Les baleines du soutien-gorge s'enfonçaient douloureusement dans sa chair. Elle défit le soutien-gorge, le laissa tomber. Ses seins tombèrent lourdement, ses mamelons durs pointant vers l'avant. Ils étaient sensiblement plus gros que d'habitude, plus foncés. Elle les toucha du bout des doigts. La sensation fut si intense qu'elle gémit, dut s'appuyer contre le lavabo. "Trop sensible," murmura-t-elle, mais elle continua à se toucher, à presser légèrement, à faire de petits cercles autour des aréoles. Le plaisir montait, direct, intense, primaire. Elle retira sa culotte. Regarda son sexe dans le miroir. Il était toujours ouvert, tuméfié, mais moins rouge. Les petites lèvres étaient encore écartées, mais elles semblaient... prêtes. Humides. Brillantes de ses propres sécrétions. Elle passa un doigt sur l'entrée. La sensation fut explosive. Son corps entier tressaillit. Elle poussa un petit cri, involontaire. Elle resta ainsi un moment, nue devant le miroir, se regardant, se touchant légèrement, explorant son propre corps transformé. Puis elle se rhabilla – pas complètement. Juste le haut, sans soutien-gorge. Le jean, sans culotte. La sensation du denim directement contre sa peau, contre son sexe, était presque insupportablement excitante. Elle retourna dans le salon, alla à la télévision. Hésita un instant. "Je devrais allumer," murmura-t-elle. "Voir les nouvelles. Comprendre." Elle prit la télécommande, appuya sur le bouton d'allumage. L'écran s'illumina. Et le monde qu'il révéla était pire que tout ce qu'elle avait imaginé. La révélation télévisuelle – 11h25 – L'effondrement en direct La chaîne d'information en continu – BFM TV – affichait un bandeau rouge vif en bas de l'écran, avec des lettres blanches qui défilaient continuellement : ÉTAT D'URGENCE MONDIAL - NE SORTEZ PAS - CONFINEMENT IMMÉDIAT - LES SERVICES SECOURS SONT SATURÉS Mais le plus frappant, c'était le présentateur. Ou plutôt, ce qu'il était devenu. C'était Jean-Pierre Pernaud, le présentateur du 13 heures de TF1, qu'Ema reconnaissait bien. L'homme habituellement si élégant, si calme, si professionnel, avec ses costumes impeccables, ses cravates sobres, son sourire rassurant. Ce matin... Il était en chemise blanche, mais la chemise était déboutonnée jusqu'au nombril, froissée, tachée de sueur (ou d'autre chose). Ses cheveux, habituellement parfaitement coiffés, étaient en bataille, dressés sur sa tête. Ses yeux étaient rougis, cernés de mauve profond. Il avait une barbe de deux jours, rare, inégale. Il ne parlait pas du tout comme d'habitude. Sa voix était hachée, entrecoupée de longues pauses pendant lesquelles il regardait dans le vide, l'air perdu. Ses mains tremblaient visiblement sur le bureau. "...confirmation maintenant," disait-il, les mots sortant avec difficulté, comme s'il devait les extraire un par un de sa gorge. "Les dernières données... des centres de contrôle des maladies à Atlanta et à Genève... indiquent un taux de contamination estimé à... à soixante-quinze pour cent de la population mondiale. En moins de... de vingt-quatre heures." Ema s'assit brusquement sur le canapé, oubliant sa tasse de café, oubliant tout. Soixante-quinze pour cent. Les trois quarts de l'humanité. En un jour. "Les autorités..." continua Pernaud, sa voix se brisant par moments. "Les autorités n'ont plus le contrôle. Les systèmes de communication... tombent les uns après les autres. Les transports... oh mon Dieu..." L'image changea. Des images aériennes, probablement tournées par des drones ou des hélicoptères avant qu'ils ne tombent eux aussi. Elles montraient un aéroport – Roissy-Charles-de-Gaulle probablement. Ou plutôt, ce qui avait été un aéroport. Plusieurs avions avaient quitté les pistes, s'étaient écrasés contre des terminaux. Un Airbus A380 gisait sur le côté, une aile arrachée, le fuselage fracturé. Des carcasses fumantes jonchaient le tarmac. Des débris partout. Des bagages éparpillés. Des corps. Et entre les épaves, sur le tarmac, dans les débris des terminaux... Ema rapprocha son visage de l'écran, le cœur battant. ...des gens. Des centaines, peut-être des milliers de gens. Nus pour la plupart. Qui copulaient. Par terre, sur le béton brûlant. Sur les débris des avions. Dans les ruines des terminaux. Sur les tapis roulants à bagages. Partout. Des stewards et hôtesses en uniforme déchiré ou enlevé. Des pilotes encore avec leur casque parfois. Des passagers. Du personnel au sol. Tous contaminés. Tous en train de s'accoupler, de manière compulsive, frénétique, comme possédés. "L'accident du vol 447 d'Air France hier soir," reprit la voix de Pernaud, maintenant en off, pendant que les images continuaient. "L'enquête préliminaire suggère que... que les deux pilotes et l'ingénieur de vol ont abandonné leurs postes pour... pour avoir des relations sexuelles avec des hôtesses. L'avion est entré en décrochage à 10.000 mètres d'altitude. Trois cent vingt-sept morts." Nouvelle image. Une autoroute – probablement l'A6, la route du soleil. Un embouteillage monstre, des kilomètres de voitures à l'arrêt. Des véhicules avaient quitté la route, s'étaient encastrés les uns dans les autres, dans les glissières de sécurité. Des carambolages en chaîne sur des centaines de mètres. Des corps gisaient sur la chaussée, certains visiblement morts, écrasés, brûlés. Et parmi les survivants, ceux qui étaient encore en vie... Encore. Toujours. Des gens qui copulaient. Sur le capot des voitures. Par terre entre les véhicules. Dans les voitures elles-mêmes, sur les sièges avant ou arrière. Des hommes et des femmes, parfois deux hommes, deux femmes, des groupes. "Les accidents de la route," murmura Pernaud, sa voix maintenant complètement détachée, monotone, comme s'il récitait une liste de courses. "On estime le nombre de morts à... des centaines de milliers. Peut-être des millions. Personne ne... personne ne conduit plus. Ou plutôt, ils commencent à conduire, puis... puis ça les prend. Ils s'arrêtent au milieu de la route. Abandonnent leur véhicule. Trouvent le premier partenaire disponible." Ema porta une main à sa bouche. Son café était froid maintenant, oublié. Elle le reposa sur la table basse, la main tremblante. L'image changea encore. Un hôpital – probablement l'Hôtel-Dieu à Paris, reconnaissable à son architecture caractéristique. Les couloirs étaient encombrés de lits, de brancards poussés n'importe comment. Des patients gisaient, non soignés. Certains morts, le drap tiré sur le visage. D'autres vivants, gémissants, appelant à l'aide, mais personne ne venait. Et le personnel médical... Des médecins en blouse blanche, maintenant tachées de sang, de sperme, d'autres fluides. Des infirmières. Des aides-soignants. Tous en train de copuler. Avec les patients parfois – Ema vit un médecin penché sur une patiente âgée, la pénétrant alors qu'elle gémissait de douleur. Entre eux le plus souvent – dans les couloirs, contre les murs, sur les tables d'opération, dans les salles de soins. "Les services de secours sont... inexistants," continua la voix brisée. "Les pompiers, les ambulanciers... tous contaminés. Les hôpitaux sont devenus des... des lieux d'orgie. Les patients meurent sans soins. Les opérations sont abandonnées en cours. Les médicaments ne sont plus distribués." Ema se leva, s'approcha de la télévision, comme si elle pouvait entrer dans l'écran, toucher cette réalité pour vérifier qu'elle était vraie. Son cœur battait fort dans sa poitrine, mais étrangement, ce n'était pas seulement de l'horreur qu'elle ressentait. C'était aussi... de la fascination. Une fascination morbide, mais fascination quand même. Le reportage montrait maintenant des rues de Paris. Les Champs-Élysées. Habituellement bondées de touristes, de Parisiens pressés, de vendeurs à la sauvette, de policiers. Aujourd'hui... Les gens marchaient nus. Totalement nus. Hommes, femmes, adolescents, personnes âgées. Certains seuls, visiblement désorientés, cherchant quelque chose ou quelqu'un. Beaucoup en groupes. Certains en train de copuler au milieu de la chaussée, ignorant complètement le danger (mais quel danger maintenant, avec si peu de voitures en circulation ?). D'autres assis sur les bancs, se masturbant en regardant passer les autres. Et les plus belles femmes... Ema les vit, comme dans sa rue. Des jeunes femmes magnifiques, aux corps parfaits, entourées d'hommes. Parfois dix. Parfois vingt. À genoux, à quatre pattes, sur le dos, debout. Se faisant prendre par plusieurs hommes simultanément. Leurs visages exprimant non pas la douleur ou la honte, mais... l'extase. Le plaisir pur, intense, répété. Le sperme coulait sur elles. Sur leurs ventres, leurs seins, leurs visages. Elles riaient parfois. Se caressaient entre elles quand elles étaient plusieurs. S'embrassaient en partageant le sperme dans leurs bouches. "Le phénomène semble particulièrement intense chez les femmes jeunes et attractives," commenta une voix hors champ – une femme, une scientifique peut-être, ou ce qu'il en restait. Sa voix était calme, professionnelle, contrastant étrangement avec les images. "Elles deviennent des... des aimants. Des points focaux. Les hommes les recherchent activement. Et les femmes... les femmes semblent y trouver un plaisir intense. Les scanners cérébraux montrent une activité des zones de récompense supérieure à tout ce qu'on a jamais enregistré. C'est comme si... comme si le virus avait reprogrammé leur système de récompense pour qu'il réagisse positivement à ce qui serait normalement perçu comme une agression." Ema porta une main à son ventre. Elle se souvenait. Cette sensation. Ce plaisir... ce plaisir qui dépassait tout, qui effaçait tout. Les orgasmes qu'elle avait eus dans le magasin, malgré elle, contre sa volonté. Mais était-ce vraiment contre sa volonté ? Ou une partie d'elle avait-elle voulu ça ? Une partie contaminée ? "Les suicides," reprit Pernaud, revenu à l'écran. Il avait maintenant complètement enlevé sa chemise. Son torse pâle, un peu bedonnant, était visible. Il avait des marques de griffures sur les épaules, des marques de succion sur le cou. "Le taux a explosé. Des gens qui se jettent par les fenêtres. Qui se pendent. Qui prennent des overdoses. Ceux qui... qui n'acceptent pas. Qui résistent. Ou qui acceptent, mais dont la conscience ne supporte pas." Nouvelle image. Un pont – le Pont Neuf peut-être. Des gens qui sautaient. L'un après l'autre. Comme de la marchandise qu'on jette d'un camion. Dix. Vingt. Trente. Des corps qui tombaient dans la Seine, faisaient des ploufs successifs. Certains résistaient, essayaient de ne pas sauter, étaient poussés par d'autres. D'autres sautaient volontairement, le visage déterminé, presque serein. "Les estimations actuelles..." Pernaud ferma les yeux un instant, semblant lutter contre quelque chose. Quand il les rouvrit, ils étaient humides. "Plusieurs millions de morts violentes en vingt-quatres heures. Accidents. Suicides. Et les morts indirectes... les malades non soignés, les diabétiques sans insuline, les cardiaques sans médicaments... peut-être des dizaines de millions." La caméra revint sur Pernaud en plan rapproché. Il regardait droit devant lui, les yeux vides, comme s'il voyait à travers la caméra, à travers le studio, à travers tout. Puis lentement, il commença à baisser son pantalon. "Je... je ne peux plus," murmura-t-il, et cette fois sa voix était un chuchotement, intime, terrible. "Je résistais depuis ce matin. Depuis... depuis hier soir. Mais... c'est trop fort. Je..." Il se leva, son pantalon tombant autour de ses chevilles. Il était en caleçon. Puis il enleva le caleçon. Il était nu maintenant. Son pénis était en demi-érection. "Je suis désolé," dit-il à la caméra. "Je suis désolé pour tout le monde. Pour... pour tout." Puis il quitta le cadre, se dirigeant vers quelque chose ou quelqu'un hors champ. On entendit des bruits. Des gémissements. Un cri de plaisir féminin. Puis plus rien que des bruits de corps qui se heurtent, des halètements. L'écran resta figé sur le plateau vide, la chaise vide, le bureau vide avec les papiers en désordre. Puis l'image devint noire. Puis un message : PROGRAMME INTERROMPU - VEUILLEZ PATIENTER Ema resta immobile devant la télévision éteinte pendant de longues minutes. Le silence était total dans l'appartement. Le silence était total dehors aussi, ou presque. Puis elle retourna à la fenêtre, écarta de nouveau le rideau. L'observation approfondie – 11h50 – La logique du nouveau monde Elle regarda maintenant avec des yeux différents. Non plus avec horreur, mais avec compréhension naissante. Avec acceptation. Elle vit les détails qu'elle n'avait pas vus avant. D'abord, les "zones de lucidité". Certaines personnes dans la rue ne copulaient pas. Elles marchaient, semblaient normales, si on oubliait qu'elles étaient nues. Elles discutaient parfois, gesticulaient, semblaient avoir des conversations normales. Elles cherchaient de la nourriture peut-être, de l'eau. Mais autour d'elles, d'autres étaient en pleine crise. Pris par le virus, incapables de résister, cherchant frénétiquement un partenaire. "La lucidité dure 1 à 2 heures après l'orgasme," murmura Ema, se souvenant de ce que le virus faisait. "Le temps que le cerveau se remette. Puis le besoin revient. Plus fort." Elle vit un homme, nu, qui marchait d'un pas décidé, l'air concentré, évitant les groupes qui copulaient. Il avait l'air... normal. Lucide. Puis soudain, il s'arrêta. Son corps se raidit. Il porta les mains à son entrejambe. Son pénis se dressa, visible même de loin. Il regarda autour de lui, cherchant désespérément. Vit une femme seule, plus âgée, qui traînait. Se précipita vers elle. Elle ne résista pas. Ils tombèrent par terre, commencèrent à copuler. La lucidité était temporaire. Une trêve fragile entre deux crises. Ensuite, les "reines". Les plus belles femmes. Ema en compta trois dans son champ de vision. Chacune entourée d'un "harem" d'hommes – dix, quinze, vingt. Les hommes se relayaient, parfois plusieurs en même temps (un devant, un derrière, un à la bouche). Les femmes semblaient dans un état d'extase permanente. Elles jouissaient souvent, leurs corps se cambrant, leurs bouches s'ouvrant en cris silencieux. Et après, quand l'homme avait éjaculé, elles ne cherchaient pas à se nettoyer. Au contraire. Elles étalaient le sperme sur leur peau, comme une lotion précieuse. Certaines le léchaient sur leurs propres ventres. D'autres le partageaient en s'embrassant avec d'autres femmes, ou même avec des hommes. "Elles aiment le sperme," murmura Ema, et cette fois, elle sentit sa propre bouche saliver. Elle se souvint du goût. Salé. Musqué. Complexe. Agréable. "Elles en veulent. Elles en ont besoin." Elle porta une main à son ventre. Sentit le vide là-dedans. Le manque. Elle avait éliminé tout le sperme pendant la nuit. Son corps était vide maintenant. Propre. Trop propre. Une envie bizarre lui vint. L'envie d'être à nouveau remplie. Couverte. Marquée. Elle regarda ses vêtements. Le jean, le haut. Ils étaient sales, tachés, mais ce n'était pas la même chose. Ce n'était pas du sperme. C'était de la terre, de la sueur, du sang séché. Elle voulait du sperme frais. Chaud. Vivant. La pensée ne la dégoûta pas. Au contraire. Elle l'excita. Son vagin se contracta violemment, produisant un nouveau flot de lubrifiant. Elle sentit la mouille dans son jean, une tache humide qui s'élargissait. "Je... je suis comme elles," murmura-t-elle, et cette fois, il y avait de l'émerveillement dans sa voix. De la découverte. "Le virus m'a changée. Il a changé ce que je veux. Ce que j'aime." Elle pensa à la veille. Au viol. À la douleur. À l'horreur. Les souvenirs étaient là, nets, précis. Mais ils étaient... teintés. Comme si on avait appliqué un filtre dessus. La douleur était réelle, mais elle était mêlée au souvenir du plaisir. L'horreur était réelle, mais elle était compensée par le souvenir de l'abandon, de l'extase. Le virus avait réécrit ses souvenirs. Ou plutôt, il avait ajouté une couche par-dessus. Comme un tableau qu'on repeint partiellement. L'image d'origine était encore visible en dessous, mais par endroits, une nouvelle image apparaissait, plus vive, plus colorée. Elle se souvint des rêves de la nuit. Du champ de fleurs. Des hommes bienveillants. Du plaisir pur. Étaient-ce des rêves ? Ou des reprogrammations ? Peu importe. La frontière entre rêve et réalité, entre mémoire vraie et mémoire transformée, s'estompait. Elle retourna à la télévision, chercha d'autres chaînes. France 2 : écran noir. France 3 : écran noir avec le message d'interruption. Canal+ : une orgie en direct dans les studios, des corps nus qui s'entremêlaient. Arte : étrangement, un documentaire sur les rites de fertilité dans les sociétés primitives tournait encore, comme si personne n'avait pensé à l'arrêter. Les chaînes étrangères : CNN montrait des images similaires à BFM – des rues de New York remplies de gens nus qui copulaient. La BBC était en plan fixe sur un présentateur qui pleurait silencieusement. Le monde entier. Partout. Elle éteignit la télévision définitivement. N'en avait plus besoin. Elle comprenait maintenant. Elle retourna à la fenêtre, regarda encore. Cette fois, son regard fut attiré par quelque chose de plus sinistre. Les morts. Elle n'y avait pas fait attention avant, trop concentrée sur les vivants, sur les corps en mouvement. Mais ils étaient là. Dans un renfoncement de porte, un homme gisait, nu, le ventre ouvert, les entrailles sorties. Probablement renversé par une voiture avant que le trafic ne s'arrête. Sur un banc, une femme était assise, la tête penchée en arrière, la bouche ouverte, les yeux vides. Morte depuis plusieurs heures probablement. Dans le caniveau, un adolescent, nu lui aussi, le crâne fracassé. Des morts partout. Des accidents. Des suicides peut-être. Des morts de soif, de faim, de maladie non soignée. Le monde s'était effondré en vingt-quatre heures. La civilisation. L'ordre. La loi. La morale. La pudeur. La sécurité. Il ne restait plus que... ça. Le désir. Le sexe. Le sperme. La contamination. Et Ema faisait partie de ce nouveau monde. Elle était contaminée. Transformée. Préparée. Elle recula de la fenêtre, s'appuya contre le mur. Son cœur battait toujours fort, mais régulièrement maintenant. Sa respiration était calme. Son esprit était clair. Trop clair peut-être. Elle regarda autour de son appartement. Son refuge. Sa prison. Elle regarda ses vêtements. Ses entraves. Elle regarda ses mains. Ses outils. Une décision se forma en elle, lente, irréversible, comme un glacier qui avance. Elle n'allait pas rester ici. Enfermée. Protégée. Propre. Elle allait sortir. Rejoindre le monde. Le nouveau monde. Elle alla à la cuisine, ouvrit le tiroir des couverts. Chercha. Trouva. Une paire de ciseaux. De grands ciseaux de cuisine, avec des lames effilées, des poignées noires en plastique. Elle les prit, les sentit dans sa main. Le métal était froid, lisse. Elle retourna au milieu du salon. S'arrêta. Respira profondément. Puis elle leva les ciseaux. SOUS-CHAPITRE 4.3 : LA DÉCISION ET LA TRANSFORMATION Le geste initial – 12h05 – Les ciseaux et la peau Ema resta immobile au centre de son salon, les ciseaux de cuisine tenus à deux mains devant elle, comme une offrande ou une arme. La lumière filtrant entre les lames des volets dessinait des bandes diagonales sur le sol, son corps, les lames métalliques qui scintillaient faiblement. Elle regarda les ciseaux, puis son propre corps vêtu. Le jean bleu délavé, déjà sale, taché de terre du parc, de sperme séché, de sang. Le haut blanc en coton, maintenant grisâtre, avec des déchirures au niveau des manches, des taches sombres autour du col. Ces vêtements lui semblaient appartenir à une autre personne. À l'Ema d'avant. Celle qui se levait à 6h30, prenait une douche, s'habillait soigneusement pour aller travailler au supermarché. Celle qui choisissait ses sous-vêtements en fonction de sa tenue. Celle qui mettait un peu de fond de teint, de mascara, de rouge à lèvres discret. Cette Ema-là n'existait plus. Ou plutôt, elle existait encore, mais comme un fantôme, un souvenir pâle, une photographie qui jaunit. L'Ema d'aujourd'hui, celle qui tenait des ciseaux dans son salon à midi, était différente. Transformée. Contaminée. Désireuse. Elle inspira profondément, sentit l'air chargé des odeurs de son appartement – le café froid, la poussière, son propre parfum résiduel. Puis elle expira lentement, et avec le souffle, sembla expulser les derniers vestiges d'hésitation. "Je ne suis plus celle-là," murmura-t-elle, sa voix ferme maintenant, décidée. "Ces vêtements ne me vont plus. Ils... ils me retiennent. Comme une peau qu'il faut muer." Elle leva les ciseaux plus haut, les pointa vers le bas, vers le bas de son haut. La pointe des lames effleura le tissu, juste au-dessus de son nombril. Elle regarda par la fenêtre, à travers la fente entre les rideaux. La rue. Les gens nus. La liberté. Le désir. Le sperme. Un frisson d'excitation la parcourut. Son vagin se contracta, produisant une nouvelle vague de lubrifiant. Elle sentit la mouille s'étendre dans son jean, tiède, humide. Elle ferma les yeux un instant, visualisa ce qu'elle allait faire. Puis elle les rouvrit, et son regard était clair, déterminé. Elle pressa. La première coupure – La libération du torse Les ciseaux de cuisine étaient affûtés. Ils tranchèrent le coton du haut avec un bruit sec, satisfaisant. Criiic. Ema suivit une ligne droite, du bas du haut vers le haut, en remontant le long de son torse. La lame glissa facilement dans le tissu, le séparant en deux parties. Elle sentit le métal froid effleurer sa peau par endroits, lui donnant des frissons. Quand elle atteignit le niveau de ses seins, elle s'arrêta. Le haut était maintenant ouvert sur le devant, révélant son ventre pâle, ses côtes, le début de sa poitrine. L'air frais de l'appartement (relativement frais comparé à la chaleur étouffante dehors) toucha sa peau, lui donnant des frissons. Elle respira plus profondément, sentant son torse se dilater librement, sans la contrainte du tissu. C'était... libérateur. Elle posa les ciseaux sur la table basse, puis écarta les deux pans du haut, les ouvrit comme un livre. Ses seins tombèrent lourdement, ses mamelons durs pointant vers l'avant. Elle les regarda, les toucha du bout des doigts. La sensation était plus intense sans le tissu. Directe. Primale. "Plus," murmura-t-elle. "Il faut tout enlever." Elle reprit les ciseaux, cette fois pour couper les manches. Elle passa une lame sous la couture de la manche droite, au niveau de l'épaule, et pressa. Criiic. La manche se détacha, tomba par terre avec un léger froissement. Même chose pour la manche gauche. Criiic. Il ne restait plus que le dos du haut, encore attaché autour de son cou et dans le dos. Elle tourna les ciseaux, atteignit difficilement l'arrière, coupa l'élastique au niveau du cou. Criiic. Puis elle fit glisser la lame le long de son dos, sentant le tissu se déchirer, se séparer. Le haut entier tomba par terre, rejoignant les manches. Elle était maintenant torse nu. Elle resta ainsi un moment, respirant, sentant l'air sur sa peau. Ses seins étaient lourds, sensibles. Ses mamelons, d'un rose violacé tuméfié, étaient si sensibles qu'elle pouvait presque sentir les pulsations de son cœur à travers eux. Elle porta les mains à ses seins, les souleva légèrement, les pesa dans ses paumes. Ils semblaient avoir encore gonflé pendant la matinée. Plus lourds. Plus pleins. Prêts. Elle se tourna vers le miroir qui faisait face au canapé – un miroir rectangulaire simple dans un cadre en bois clair. Elle s'approcha, s'examina. Son torse était couvert de marques – les mêmes qu'hier, mais elles semblaient avoir changé de couleur pendant la nuit, passant du violet vif au bleu-vert, au jaune par endroits. Une cartographie en couleurs de ce qui lui était arrivé. Les marques de succion autour de son cou formaient un collier violacé. Les morsures sur ses épaules étaient en croûte maintenant, brunâtres. Les griffures sur ses flancs étaient de fines lignes rouges. Et ses seins... couverts de marques similaires. Des empreintes de dents sur le galbe supérieur. Des griffures sur les côtés. Des marques de succion autour des aréoles. Elle toucha l'une des marques de dents. Pressa légèrement. La douleur était vive, mais elle se transforma instantanément en plaisir, un plaisir aigu qui irradia dans toute sa poitrine, descendit dans son ventre, dans son sexe. "Comme des bijoux," murmura-t-elle, et elle sourit à son reflet. Un sourire étrange, à la fois joyeux et triste, innocent et pervers. "Des bijoux de chair. Des souvenirs en relief." Elle pivota, examina son dos dans le miroir. Les marques étaient là aussi. Les empreintes de mains sur ses hanches. La grande ecchymose dans le bas du dos. Des égratignures sur les omoplates. Chaque marque racontait une histoire. Une main. Une bouche. Un pénis. Un moment. Elle n'avait plus honte de ces marques. Au contraire. Elle en était presque fière. Elles prouvaient qu'elle avait vécu. Qu'elle avait été désirée. Utilisée. Remplie. Elle retourna au centre de la pièce, reprit les ciseaux. La seconde coupure – La libération des jambes Elle baissa les yeux vers son jean. Le denim bleu, épais, résistant. Ce serait plus difficile que le coton. Elle s'assit sur le canapé, étendit sa jambe droite devant elle. Pris les ciseaux, pointa la pointe sur le tissu, au niveau de la cheville, juste au-dessus de la couture. Elle pressa. Les lames rencontrèrent une résistance. Le denim était épais. Elle appuya plus fort, tourna légèrement les ciseaux pour que la coupe démarre. Criiic – un bruit plus sourd cette fois, plus laborieux. Mais les lames étaient affûtées. Elles tranchèrent finalement le tissu. Elle commença à remonter le long de sa jambe, coupant le jean en deux sur le côté extérieur. Criiic... criiic... Le son était régulier, presque musical. La lame séparait le denim, révélant progressivement sa peau pâle en dessous – sa cheville, son mollet, son genou. À mi-cuisse, elle rencontra la fermeture éclair. Elle contourna, continua à couper le long de la couture intérieure maintenant, remontant vers l'entrejambe. Elle sentait l'air frais sur sa peau découverte. Une sensation étrange, excitante. La liberté. Quand elle eut coupé tout le long de la jambe droite, du bas jusqu'à l'entrejambe, elle passa à la jambe gauche. Même rituel. Commencer à la cheville. Remonter. Criiic... criiic... Elle était concentrée, le front légèrement plissé, les lèvres serrées. Ses mains étaient fermes, ne tremblaient pas. Elle savait ce qu'elle faisait. Elle savait pourquoi elle le faisait. Quand les deux jambes furent coupées, le jean tenait encore à sa taille, à l'entrejambe. Elle se leva, fit glisser ce qui restait du pantalon le long de ses hanches, le laissa tomber par terre. Il forma un tas informe de denim bleu à ses pieds. Elle était maintenant en culotte seulement. Une culotte simple, en coton blanc, déjà tachée de secrétions, de sperme résiduel peut-être. Elle la regarda. Ce dernier vêtement. Cette dernière barrière. Elle passa les doigts sous l'élastique à la taille, sentit la peau de son ventre en dessous. Puis elle prit les ciseaux une dernière fois. Elle glissa une lame sous l'élastique, au niveau de sa hanche droite. Pressa. Criiic. Le coton céda facilement. Elle suivit le bord de la culotte, coupant tout le long, de la hanche droite, sous le ventre, jusqu'à la hanche gauche. La culotte s'ouvrit, tomba en deux morceaux, rejoignant les autres vêtements par terre. Elle était maintenant complètement nue. L'examen final – 12h25 – Le corps transformé, prêt Elle resta debout au milieu de son salon, nue, respirant l'air librement sur sa peau entièrement exposée. Le sol en parquet ciré était frais sous ses pieds nus. L'air de l'appartement circulait autour d'elle, caressant chaque centimètre carré de sa peau comme une multitude de petites mains. Elle leva les bras, les étira, arqua le dos. Ses seins se soulevèrent, ses mamelons pointant vers le plafond. Ses muscles, encore douloureux, s'étirèrent, lui donnant une sensation de bien-être profond. Puis elle alla se regarder dans le grand miroir, celui de la salle de bains cette fois, qui montrait tout son corps. Elle s'examina avec attention, objectivité presque. Comme si elle examinait un objet, une œuvre d'art, un outil. Son visage d'abord. Les yeux verts brillants, avec cette lueur étrange qui n'était pas tout à fait naturelle. Les cernes violacés qui donnaient à son regard une profondeur tragique, romantique presque. Les lèvres pulpeuses, rouges, légèrement gonflées. Les marques sur son cou – le collier de blessures qui ressemblait presque à un accessoire de mode provocant. Son torse. Ses seins lourds, tombants mais fermes, avec leurs mamelons foncés, tuméfiés, prêts. Les marques sur sa poitrine – les dents, les griffures, les succions. Comme des décorations tribales. Comme des scarifications. Son ventre. Plat, lisse, avec juste l'ombilic en creux. Pas de marques ici – on ne l'avait pas mordue sur le ventre. Peut-être parce que c'était moins sensible. Ou peut-être par hasard. Ses hanches. Larges, généreuses, féminines. Les marques de mains bien visibles – des empreintes violacées-jaunâtres où les doigts s'étaient enfoncés pour la maintenir, la soulever, la tourner. Ses cuisses. L'intérieur, encore couvert du champ de bataille de marques – morsures, succions, égratignures. L'extérieur, relativement vierge. Et son sexe. Elle écarta légèrement les jambes pour mieux voir. Son pubis, avec son début de repousse – quelques poils bruns, courts. Le mont de Vénus, encore un peu rouge, irrité. Et le sexe lui-même – les petites lèvres tuméfiées, écartées, humides de ses propres sécrétions. L'orifice vaginal, légèrement béant, rose foncé à l'intérieur, luisant de lubrifiant. Elle toucha son sexe du bout des doigts. L'effleura. La sensation fut si intense qu'elle gémit, dut s'appuyer contre le lavabo. "Si sensible," murmura-t-elle, haletante. "Tout est si... sensible." Elle se toucha plus fermement, glissa deux doigts à l'intérieur. Son vagin était chaud, humide, serré mais élastique. Les parois se refermèrent sur ses doigts, les aspirant presque. Elle bougea les doigts, lentement d'abord, puis plus vite. Le plaisir monta, immédiat, intense. Son autre main alla à ses seins, pinça un mamelon. La double sensation fut presque trop forte. Elle ferma les yeux, laissa le plaisir l'envahir. Elle se masturba ainsi pendant peut-être deux minutes, jusqu'à être au bord de l'orgasme. Puis elle s'arrêta brusquement, retira ses doigts. "Non," dit-elle à voix haute, la voix rauque de désir. "Pas ici. Pas seule. Pas comme ça." Elle voulait plus. Elle voulait des partenaires. De vrais partenaires. Des pénis. De la chair. Du sperme. Elle ouvrit les yeux, regarda son reflet. Son visage était rouge, ses lèvres entrouvertes, ses yeux brillants d'un désir sauvage. Elle était prête. La dernière préparation – 12h40 – Les ultimes gestes Elle quitta la salle de bains, retourna dans le salon. Marcha jusqu'à la fenêtre. Écarta complètement le rideau cette fois, ouvrit les volets. La lumière de midi entra à flots, aveuglante, chaude même à travers la vitre. Elle cligna des yeux, s'habitua. La rue était toujours là. Les gens nus. Les couples qui copulaient. Les "reines" entourées d'hommes. Les morts aussi, toujours là, ignorés. Elle ne regarda plus avec horreur. Elle regarda avec... anticipation. Avec envie. "Je viens," murmura-t-elle vers la fenêtre, comme si quelqu'un pouvait l'entendre. "Attendez-moi. Je viens." Elle retourna dans la chambre, prit son sac à main – un sac en cuir noir qu'elle utilisait pour aller travailler. Elle le vida sur le lit : porte-monnaie, clés, téléphone (éteint, plus de batterie), un paquet de mouchoirs, un stick de rouge à lèvres, un miroir de poche, des tickets de caisse. Tout cela lui sembla complètement dérisoire maintenant. Inutile. Le porte-monnaie – pour acheter quoi ? Dans quel magasin ? Avec quelle monnaie ? Le téléphone – pour appeler qui ? Tous les réseaux étaient sûrement tombés. Les clés – pour ouvrir quelle porte ? Elle n'allait plus revenir ici. Elle laissa tout sur le lit, ne prit que les clés de l'appartement – au cas où. Mais elle savait au fond d'elle qu'elle ne reviendrait pas. Ou si elle revenait, ce ne serait pas la même. Elle jeta un dernier regard autour de l'appartement. Son chez-soi. Sa vie d'avant. Le canapé où elle lisait. La table où elle mangeait. Le lit où elle dormait. Les livres. Les tableaux. Les petits objets personnels. Tout cela appartenait à une autre Ema. Une Ema morte peut-être. Ou simplement transformée, métamorphosée, comme la chenille devient papillon et laisse derrière elle l'ancienne peau. Elle n'éprouva aucune tristesse. Aucune nostalgie. Juste une légère curiosité, comme lorsqu'on regarde des photos de vacances d'il y a longtemps. Elle alla à la porte d'entrée. Posa la main sur le verrou de sécurité. Elle hésita une dernière seconde. Juste une. Le temps d'un battement de cœur. Puis elle fit glisser le verrou. Clong. Le son résonna dans le silence de l'appartement. Elle tourna la targette. Clac. Elle tourna la serrure principale. Clic. La porte était déverrouillée maintenant. Une simple pression sur la poignée, et elle s'ouvrirait sur le couloir, sur l'escalier, sur la rue, sur le nouveau monde. Elle respira profondément, sentant son cœur battre plus vite, mais pas de peur. D'excitation. D'anticipation. Puis elle tourna la poignée, tira la porte vers elle. La sortie – 12h55 – Le premier pas dans le nouveau monde Le couloir de l'étage était dans la pénombre, seulement éclairé par une fenêtre au bout qui donnait sur la cage d'escalier. Les murs beiges, le sol en carrelage brun, les portes des autres appartements fermées. Un silence étrange. Pas de bruit de télévision. Pas de radio. Pas de voix. Rien. Ema sortit de son appartement, laissa la porte ouverte derrière elle. Elle n'avait pas besoin de la fermer. Il n'y avait plus rien à voler. Plus rien à protéger. Elle avança dans le couloir, pieds nus sur le carrelage froid. Ses pas étaient silencieux. Elle sentait chaque aspérité du sol sous la plante de ses pieds. Chaque grain de poussière. Elle arriva à la cage d'escalier, s'arrêta à la rampe, regarda en bas. L'escalier descendait en spirale, les marches de pierre usées au centre par des décennies de passages. La lumière venait d'en bas, de la porte d'entrée de l'immeuble qui devait être ouverte. Elle entendit alors des bruits. Des gémissements. Des halètements. Des cris de plaisir. Ils venaient de l'appartement du deuxième étage, celui des Martin, le couple de retraités. La porte était entrebâillée. À travers l'entrebâillement, Ema vit des formes bouger dans la pénombre. Deux silhouettes nues. Les Martin. En train de copuler par terre dans leur entrée. Elle s'arrêta, regarda. Monsieur Martin, soixante-dix ans, bedonnant, chauve, était sur Madame Martin, soixante-huit ans, maigre, les seins tombants. Ils allaient et venaient avec un rythme lent, régulier. Ils ne disaient rien. Juste des halètements. Des petits grognements. Ema resta un moment à les regarder, fascinée. Pas par l'excitation cette fois, mais par... la normalité de la scène. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Deux vieux de soixante-dix ans qui faisaient l'amour dans leur entrée en pleine journée. Nus. Sans honte. Le virus avait fait ça. Il avait effacé la honte. La pudeur. Les conventions. L'âge même. Elle continua à descendre. Au premier étage, la porte de l'appartement de la jeune femme célibataire, Clara, était grande ouverte. Ema jeta un coup d'œil en passant. Clara, vingt-cinq ans, habituellement si élégante, si discrète, était nue, à genoux sur son tapis du salon. Un homme qu'Ema ne connaissait pas, nu lui aussi, la prenait par-derrière. Un autre homme était devant elle, elle lui suçait le pénis. Et une autre femme, nue aussi, était allongée à côté, se masturbant en les regardant. Un petit groupe. Une petite orgie domestique. Clara leva les yeux, vit Ema dans l'encadrement de la porte. Elle ne sembla pas surprise. Ni gênée. Elle sourit même, un sourire de plaisir, de complicité presque. Puis elle se remit à sucer le pénis devant elle avec plus d'ardeur. Ema sourit en retour, puis continua à descendre. Le rez-de-chaussée. La porte d'entrée de l'immeuble était effectivement grande ouverte. La lumière du jour entrait à flots, chaude, aveuglante. Ema s'arrêta sur la dernière marche, juste avant de sortir. Elle regarda par l'ouverture. La rue. En vrai. Pas à travers une vitre. Pas à travers un écran de télévision. En vrai. La chaleur d'abord. Une vague de chaleur étouffante de juillet lyonnais, avec cette qualité particulière de l'air urbain en été – chaud, lourd, chargé d'odeurs. Les odeurs ensuite. Un mélange complexe, riche, presque violent. La chaleur du bitume. La poussière. La sueur. Le sperme. Le sexe. Le sang peut-être. Les fleurs des jardinières municipales qui commençaient à faner. Les ordures qui n'avaient pas été ramassées. Les sons. Pas de circulation. Pas de moteurs. Mais des voix. Des rires. Des gémissements. Des cris de plaisir. Des halètements. Des conversations normales aussi, par intermittence. Le bruit des corps qui se heurtent. Le clapotis mouillé des pénétrations. Et les images. Tout ce qu'elle avait vu de sa fenêtre, mais en plus grand, en plus réel, en plus... immersif. Des gens nus partout. Marchant, discutant, riant, copulant. Des couples, des trios, des groupes. Les "reines" entourées d'hommes. Les morts, ignorés dans les coins. Le sperme, brillant au soleil sur les peaux, sur le bitume. La liberté totale, anarchique, sauvage. Ema respira profondément, remplissant ses poumons de cet air nouveau, de ces odeurs nouvelles. Son cœur battait fort, fort, mais pas de peur. D'excitation. De joie presque. Elle fit le dernier pas. Quitta la fraîcheur relative de l'immeuble. Entra dans la lumière crue du soleil de midi. La chaleur la frappa de plein fouet, l'enveloppa comme une couverture lourde. Le bitume du trottoir était brûlant sous ses pieds nus. Elle le sentit, mais la douleur était lointaine, insignifiante comparée à tout le reste. Elle resta un moment sur le seuil, laissant ses yeux s'habituer à la lumière, à la scène. Puis elle avança. Sur le trottoir. Nu. Comme les autres. Les premières réactions – 13h05 – L'intégration Les premières personnes qui la virent ne réagirent pas particulièrement. Un homme d'une quarantaine d'années, nu, un peu bedonnant, qui traînait sur le trottoir, la regarda, haussa les épaules, continua son chemin. Une femme plus âgée, nue aussi, les seins flasques tombants, lui sourit vaguement, comme on sourit à un voisin qu'on croise. Ema se sentit... normale. Acceptée. Comme si être nue en pleine rue à midi était la chose la plus naturelle du monde. Ce qui était le cas maintenant. Elle avança lentement sur le trottoir, sentant le bitume rugueux et chaud sous ses pieds. Ses pas étaient hésitants au début, puis plus assurés. Elle regardait autour d'elle, absorbant tout. À sa gauche, contre la vitrine de la boulangerie, un homme et une femme étaient en train de copuler. L'homme appuyait la femme contre la vitre, la prenant par-derrière. La vitre tremblait légèrement à chaque coup de bassin. La femme avait les yeux fermés, la bouche ouverte en un "O" silencieux. Ses seins s'écrasaient contre la vitre froide, laissant des empreintes de condensation. Ema s'arrêta un instant, les regarda. Pas avec voyeurisme, mais avec curiosité. Avec... intérêt. Elle vit le pénis de l'homme qui entrait et sortait du vagin de la femme. Le bruit humide, régulier. La façon dont les corps bougeaient en synchronisation. Son propre corps réagit instantanément. Son vagin se contracta, produisant un nouveau flot de lubrifiant. Elle sentit la moiteur entre ses cuisses, une goutte qui coula le long de sa jambe. Elle passa sa main entre ses jambes, toucha son sexe. Il était brûlant, humide, ouvert. Elle passa un doigt sur son clitoris, gémit faiblement. L'homme contre la vitrine tourna la tête, la vit. Son regard croisa celui d'Ema. Il sourit, un sourire complice, animal. Il continua à bouger, mais maintenant son regard était rivé sur Ema, sur son corps nu, sur sa main entre ses jambes. Ema soutint son regard, ne baissa pas les yeux. Elle continua à se toucher légèrement, tout en le regardant, lui, son sexe qui entrait et sortait de la femme. La femme, sentant peut-être que l'attention de son partenaire avait dévié, ouvrit les yeux, vit Ema. Elle ne sembla pas fâchée. Au contraire, elle sourit aussi, un sourire extatique, heureux, et ferma les yeux à nouveau, s'abandonnant au plaisir. Ema se sentit... excitée. Désirée. Faisant partie de quelque chose. Elle retira sa main, continua à avancer. Plus loin, sur la chaussée cette fois (il n'y avait plus de voitures en mouvement, seulement des carcasses abandonnées), une jeune femme particulièrement belle – blonde, avec un corps de déesse, des seins ronds et fermes, une taille fine, des hanches généreuses – était assise sur le capot d'une voiture. Elle était entourée d'au moins quinze hommes. La scène était littéralement celle qu'Ema avait vue de sa fenêtre, mais en plus proche, en plus réel. La femme était dans une position presque royale, adossée au pare-brise de la voiture, les jambes largement écartées. Un homme était entre ses jambes, lui léchant le sexe. Un autre était devant elle, elle lui suçait le pénis. Un troisième était derrière elle, assis sur le capot, elle s'était penchée en arrière et lui suçait le pénis aussi. D'autres hommes attendaient, se masturbant, regardant, touchant parfois la femme – ses seins, ses cuisses, son ventre. La femme avait les yeux mi-clos, un sourire de béatitude absolue sur le visage. Elle était couverte de sperme – sur son ventre, ses seins, son visage, ses cheveux. Des traînées blanches, brillantes au soleil, qui coulaient lentement sur sa peau. Elle ne faisait aucun effort pour les essuyer. Au contraire, de temps en temps, elle passait une main sur son ventre, étalait le sperme, comme une lotion précieuse. Ema s'arrêta à quelques mètres, regarda la scène, fascinée. Son cœur battait à tout rompre. Son propre corps réagissait violemment. Elle sentit son vagin palpiter, comme s'il appelait, réclamait. Un des hommes qui attendaient, un jeune d'une vingtaine d'années, mince, musclé, avec un pénis en érection impressionnant, remarqua Ema. Il la regarda, des pieds à la tête, son regard s'attardant sur ses seins, son sexe, les marques sur son corps. Il sourit, un sourire chaleureux, ouvert. Il se détacha du groupe, s'approcha d'Ema. "Salut," dit-il simplement, sa voix était douce, presque timide, contrastant avec son état d'excitation visible. "Tu es nouvelle ? Je ne t'ai pas vue avant." Ema le regarda. Ses yeux. Son sourire. Son pénis en érection, qui pointait vers elle, dur, veiné, le gland violacé luisant de pré-sperme. "Oui," répondit-elle, et sa propre voix lui parut étrange, calme, presque normale. "Je viens de sortir. De mon appartement." Le jeune homme hocha la tête comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. "Moi c'est Lucas. Enfin, avant. Maintenant... maintenant on est juste nous, non ? Sans noms. Sans étiquettes." Ema hocha la tête à son tour. Ça avait du sens. Dans ce nouveau monde, qu'est-ce que les noms voulaient encore dire ? "Tu veux... rejoindre ?" demanda Lucas, faisant un geste vers la femme sur la voiture, vers le groupe. "Elle, c'est Chloé. Enfin, c'était Chloé. Maintenant on l'appelle... la Reine parfois. Elle aime ça. Être au centre. Être... remplie." Ema regarda Chloé. La Reine. Elle était magnifique. Extatique. Remplie. Couverte. "Je... je veux bien," dit Ema, et les mots sortirent naturellement. Sans hésitation. Sans honte. "Mais je... je ne sais pas comment faire." Lucas sourit plus largement. "Tu fais ce que tu veux. Ce que ton corps te dit de faire. C'est tout. Il n'y a plus de règles. Plus de 'comment faire'. Juste... faire." Il tendit la main. Ema la prit. Sa main était chaude, ferme. Il la conduisit vers le groupe. Les autres hommes les regardèrent approcher. Certains sourirent. D'autres continuèrent à se concentrer sur Chloé. Personne ne sembla surpris ou mécontent. C'était comme si Ema avait toujours fait partie du groupe. Chloé, la Reine, ouvrit les yeux, regarda Ema. Ses yeux étaient d'un bleu très clair, presque transparent, brillant d'un bonheur intense. Elle sourit, un sourire radieux, accueillant. "Une nouvelle sœur," dit Chloé, sa voix était douce, mélodieuse, un peu essoufflée par les plaisirs qu'elle recevait. "Viens. Il y a de la place pour tout le monde." Ema s'approcha. Les hommes lui firent de la place. Elle se retrouva à côté de Chloé, sur le capot de la voiture, qui était tiède au soleil, presque chaud. Lucas s'agenouilla devant elle, entre ses jambes écartées. Il regarda son sexe, les lèvres tuméfiées, humides, ouvertes. "Tu es belle," murmura-t-il. "Tu es prête." Puis il baissa la tête, et sa bouche chaude se posa sur son sexe. SOUS-CHAPITRE 4.4 : L'INTÉGRATION ET LA PREMIÈRE EXPÉRIENCE La bouche de Lucas – 13h15 – La première connexion La sensation fut immédiate, électrique, presque trop intense. La bouche chaude de Lucas sur son sexe, sa langue habile qui trouva instantanément son clitoris, qui commença à le lécher, à le sucer, à le titiller avec une précision experte. Ema laissa échapper un cri, involontaire, aigu, qui résonna dans la rue silencieuse de voitures mais pleine d'autres bruits similaires. Ses mains se refermèrent sur le bord du capot de la voiture, ses doigts cherchant une prise, trouvant le métal tiède, légèrement rugueux sous la peinture écaillée. "Ah ! Oh mon Dieu..." haleta-t-elle, la tête tombant en arrière, ses cheveux châtains balayant le pare-brise derrière elle. Elle avait déjà été léchée la veille, dans le magasin, par plusieurs hommes. Mais c'était différent. Alors, c'était dans la violence, la contrainte, l'urgence compulsive du virus. Maintenant, c'était... choisi. Désiré. Bienvenu. Ou du moins, c'est ce que son cerveau transformé par le virus lui faisait croire. La frontière entre contrainte et consentement s'estompait, devenait poreuse, peut-être même disparaissait. La langue de Lucas était large, plate, habile. Il ne se contentait pas de lécher son clitoris. Il explorait tout son sexe – les grandes lèvres, les petites lèvres tuméfiées, l'entrée du vagin qu'il pénétrait légèrement avec la pointe de sa langue, remuant à l'intérieur, cherchant des points sensibles. Ema gémissait, haletait, son corps se cambrait, ses hanches bougeaient involontairement, cherchant plus de pression, plus de contact. Ses seins, lourds et sensibles, se soulevaient à chaque inspiration profonde, ses mamelons durs pointant vers le ciel bleu sans nuage. À côté d'elle, Chloé, la Reine, continuait à recevoir. Un homme était toujours entre ses jambes, la léchant aussi. Un autre était devant elle, elle lui suçait le pénis avec une ardeur visible. Un troisième avait pris place derrière elle sur le capot, et elle s'était penchée en arrière pour le prendre dans sa bouche aussi. Chloé tourna la tête vers Ema, leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Chloé avait du sperme sur le menton, sur les lèvres, qui brillait au soleil. Elle sourit, un sourire de parfaite complicité. "C'est bon, hein ?" murmura Chloé, sa voix rauque de plaisir. "La première fois qu'on choisit. Qu'on... accueille." Ema ne put que hocher la tête, incapable de parler, trop submergée par les sensations. Chloé rit doucement, puis se remit à sucer le pénis devant elle avec une nouvelle énergie. Lucas, entre les jambes d'Ema, intensifia son travail. Il glissa deux doigts à l'intérieur de son vagin en même temps que sa langue travaillait son clitoris. Ses doigts étaient longs, minces, ils s'enfoncèrent facilement dans le canal chaud et humide, trouvant immédiatement un point sensible sur la paroi antérieure. Ema cria, son corps se raidit, puis fut parcouru de spasmes. Un premier petit orgasme la frappa, rapide, aigu, comme un éclair. Son vagin se contracta violemment autour des doigts de Lucas, expulsant un flot de lubrifiant qui coula sur son menton. "Voilà," murmura Lucas, retirant légèrement sa bouche, mais gardant ses doigts à l'intérieur, bougeant doucement. "Un petit avant-goût. Mais ce n'est que le début." Il regarda Ema, ses yeux bruns étaient doux, chaleurs. "Tu veux continuer ? Tu veux... plus ?" Ema, haletante, le regard fixé sur le ciel bleu au-dessus, sentit la question résonner en elle. Veux-tu continuer ? Veux-tu plus ? La réponse vint instantanément, viscérale, profonde. "Oui," souffla-t-elle. "Plus. Tout." Lucas sourit, retira ses doigts lentement. Puis il se leva, se mit debout devant elle. Son pénis était toujours en érection, dur, imposant, le gland violacé luisant de salive (la sienne peut-être, ou celle de Chloé qu'il avait suçotée avant). "Alors prends," dit-il simplement, faisant un geste de la main vers son sexe. Ema comprit. Elle se pencha en avant, depuis sa position assise sur le capot, et prit le pénis de Lucas dans sa bouche. La bouche d'Ema – 13h20 – Le goût retrouvé Le pénis de Lucas était chaud, ferme, avec une légère odeur musquée, masculine, mais pas désagréable. Au contraire. L'odeur lui parvint, familière presque, et elle sentit sa bouche saliver immédiatement. Elle enveloppa le gland de ses lèvres, le suça doucement d'abord, explorant la texture, le goût. Salé. Légèrement amer. Mais bon. Agréable. Comme un aliment qu'on découvre et qu'on aime immédiatement. Elle se souvint du goût du sperme de la veille. De tous ces spermes différents. Certains plus salés, d'autres plus sucrés, d'autres plus amers. Celui de Lucas était... équilibré. Agréable. Elle suça plus fort, prenant plus de longueur dans sa bouche, sentant le pénis durcir encore, grossir. Sa bouche se remplissait, sa langue glissait le long du frein, explorait le sillon coronaire. Lucas gémit, une main venant se poser sur sa tête, caressant ses cheveux, ne forçant pas, guidant juste légèrement. "Comme ça," murmura-t-il. "Doux. Prends ton temps. Profite." Ema profita. Elle suça, lécha, mordilla doucement, explorant chaque centimètre. Ses mains remontèrent le long des cuisses de Lucas, sentant les muscles fermes sous la peau. Puis elles trouvèrent ses testicules, les caressant doucement, les pressant légèrement. Lucas haletait, ses hanches bougeaient légèrement, poussant son pénis plus profondément dans sa bouche, mais sans violence. Juste un mouvement naturel, rythmique. Ema sentit le goût changer légèrement, devenir plus salé, plus intense. Le pré-sperme. Il coulait plus abondamment maintenant, remplissant sa bouche d'un liquide tiède, salé, épais. Elle l'avala, naturellement, sans y penser. Puis suça plus fort, voulant plus. À côté d'elle, Chloé jouissait bruyamment, son corps secoué de spasmes violents, sa bouche libérant le pénis qu'elle suçait pour crier son plaisir. Les hommes autour d'elle la regardaient, excités, certains éjaculant sur elle en la regardant jouir. Ema tourna légèrement la tête, regarda Chloé du coin de l'œil. La Reine était maintenant couchée sur le dos sur le capot, les jambes grandes ouvertes, un homme en train de la pénétrer vigoureusement, un autre sur son visage, elle le suçait. Du sperme coulait partout sur elle. Elle riait, pleurait presque de plaisir. "C'est beau, hein ?" dit Lucas, suivant son regard. "Elle est... libre. Complètement." Ema hocha la tête, le pénis toujours dans sa bouche. Oui. C'était beau. Dans cet étrange nouveau monde, c'était beau. Elle se remit à sucer avec plus d'ardeur, sentant que Lucas était proche. Sa respiration s'accélérait. Ses mains sur sa tête se crispaient légèrement. Ses hanches bougeaient plus saccadément. "Je vais... je vais venir," haleta Lucas. "Dans ta bouche. Tu veux ?" Ema, au lieu de répondre, suça plus fort, plus profondément, prenant presque toute la longueur dans sa gorge. La réponse était claire. Lucas cria, son corps se raidit, puis il éjacula. La première éjaculation choisie – 13h25 – Le goût de la soumission volontaire La première giclée fut violente, abondante, chaude. Elle frappa le fond de la gorge d'Ema, lui faisant presque tousser. Mais elle avala, rapidement, sentant le liquide épais, salé, légèrement sucré, descendre dans son œsophage. La deuxième giclée fut moins violente, plus continue. Elle remplit sa bouche, déborda sur ses lèvres, coula sur son menton. La troisième fut un long filet tremblotant, moins abondant, plus liquide. Ema suça doucement pendant toute l'éjaculation, avalant tout ce qu'elle pouvait, sentant le goût remplir sa bouche, son palais, sa mémoire gustative. C'était différent du sperme de la veille. Plus... personnel. Venant de quelqu'un avec qui elle avait échangé des regards, des sourires, des mots. Lucas, une fois fini, resta un moment debout, tremblant légèrement, les mains sur la tête d'Ema. Puis il retira lentement son pénis, maintenant mou, de sa bouche. Ema leva les yeux vers lui. Il la regardait, les yeux brillants, un sourire ému sur le visage. "Merci," dit-il simplement. Puis il s'assit sur le capot à côté d'elle, reprenant son souffle. Ema resta assise, sentant le sperme restant dans sa bouche, sur ses lèvres. Elle passa sa langue sur ses lèvres, léchant le reste, savourant le goût. Puis elle avala. C'était bon. Vraiment bon. Pas juste acceptable. Bon. Elle regarda autour d'elle. Les autres hommes la regardaient maintenant plus attentivement. Certains avaient des érections visibles. D'autres souriaient, approbateurs. Chloé, à côté d'elle, se tourna vers elle, un bras tendu pour la caresser doucement sur l'épaule. "Bienvenue," dit Chloé, et cette fois, il y avait de la sincérité profonde dans sa voix. "Bienvenue parmi nous. Parmi les libres." Ema sourit en retour, sentant une chaleur étrange, nouvelle, dans sa poitrine. Un sentiment d'appartenance. De communauté. De partage. Un autre homme s'approcha. Plus âgé, la quarantaine, avec un corps plus lourd, un ventre bedonnant, mais un pénis en érection impressionnant malgré tout. "À mon tour ?" demanda-t-il simplement, sans agressivité, comme on demande si on peut prendre la parole après quelqu'un d'autre. Ema le regarda. Son visage était ordinaire, avec des rides autour des yeux, une barbe de trois jours. Ses yeux étaient bleus, clairs, avec cette même lueur étrange que tout le monde avait maintenant – la lueur du virus, du désir, mais aussi d'une certaine... paix. Elle regarda son pénis. Long, épais, le gland large, violacé. Elle sentit son propre sexe palpiter en réponse. Oui. Elle le voulait. Elle voulait être pénétrée par ça. Remplie. Elle hocha la tête. "Oui. À ton tour." La première pénétration choisie – 13h30 – La plénitude retrouvée L'homme plus âgé – Ema ne demanda pas son nom, les noms n'avaient plus d'importance – s'approcha, se plaça entre ses jambes. Elle était toujours assise sur le capot de la voiture, le dos contre le pare-brise, les jambes écartées. Il passa ses mains sous ses cuisses, les souleva légèrement, l'aidant à se positionner mieux. Puis il aligna son pénis avec l'entrée de son vagin. Ema regarda, fascinée, le gros gland violacé s'approcher de son sexe ouvert, humide, prêt. Elle sentit la pression contre son entrée, douce d'abord, puis plus ferme. Puis il poussa. La pénétration fut immédiate, profonde, remplissante. L'homme était large, et Ema sentit son vagin s'étirer pour l'accueillir, mais sans douleur cette fois. Juste une sensation de plénitude intense, presque trop intense. "Ah !" cria-t-elle, les mains se refermant à nouveau sur le bord du capot. L'homme s'immobilisa un instant, complètement enfoui en elle, lui laissant le temps de s'adapter. Ses yeux étaient fermés, son visage exprimait une concentration intense, un plaisir profond. "Tu es... si serrée," murmura-t-il, haletant. "Si chaude. Si... prête." Puis il commença à bouger. Lentement d'abord, des va-et-vient courts, profonds, qui stimulaient des endroints sensibles à l'intérieur d'Ema qu'elle ne connaissait pas. Le plaisir monta immédiatement, plus intense que tout ce qu'elle avait connu la veille. Parce que cette fois, elle était consentante. Participante active. Ou du moins, son cerveau transformé lui faisait croire qu'elle l'était. Elle gémissait à chaque poussée, ses hanches répondaient, cherchant le rythme, l'angle parfait. Ses seins bougeaient avec les mouvements de son corps, ses mamelons frottaient contre sa propre peau, envoyant des décharges de plaisir supplémentaires. L'homme accéléra progressivement, ses mains maintenant sur ses hanches, les serrant, la guidant. Le bruit de leurs corps qui se heurtaient, mouillés, réguliers, résonnait autour d'eux, se mêlant aux autres bruits similaires de la rue. Ema tourna la tête, regarda Chloé à côté d'elle. La Reune était maintenant en train de se faire prendre par deux hommes simultanément – un devant, un derrière. Elle avait les yeux révulsés, la bouche ouverte en un cri silencieux continue, le corps secoué de spasmes presque continus. "C'est... c'est incroyable," haleta Ema, s'adressant à personne en particulier, à tout le monde. "Oui," répondit l'homme qui la prenait, sa voix rauque, tendue par l'effort et le plaisir. "C'est... ce que nous sommes maintenant. Ce que nous devons être." Il poursuivit son mouvement, de plus en plus vite, de plus en plus profondément. Ema sentit un nouvel orgasme approcher, plus grand, plus puissant que le premier. Une tension énorme s'accumulait dans son bas-ventre, dans son sexe, dans tout son corps. Elle ferma les yeux, se laissa aller complètement, abandonnant tout contrôle, toute pensée, ne devenant plus qu'un corps qui ressent, qui jouit, qui reçoit. L'homme grogna, son rythme devint désordonné, saccadé. "Je vais... je vais venir... dans toi..." "Oui !" cria Ema, et ce n'était pas une réponse à sa déclaration, mais un cri de pure extase alors que l'orgasme la frappait, violent, total, la faisant se cambrer, crier, trembler de la tête aux pieds. En même temps, l'homme éjacula. Elle sentit les jets chauds à l'intérieur d'elle, le remplissant, débordant même, coulant le long de leurs corps joints. Il resta en elle un long moment, tremblant, vidé, puis se retira lentement. Ema resta allongée sur le capot, haletante, le corps couvert de sueur, de sperme (le sien sur son ventre, celui de l'homme qui coulait de son vagin), extatique. L'homme s'assit à côté d'elle, reprenant son souffle. Il la regarda, sourit. "Merci." Ema ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Elle était trop submergée par les sensations, par les émotions. Un autre homme s'approcha. Puis un autre. Et ainsi de suite. La suite – 13h45 à 15h30 – La chaîne de plaisirs Les heures qui suivirent furent un flux continu, un ruisseau qui devient rivière, qui devient fleuve. Ema fut prise, léchée, sucée, pénétrée par plusieurs hommes successivement. Parfois deux en même temps. Parfois trois. Elle suça, lécha, reçut, donna. Elle perdit le compte. Cinq hommes ? Dix ? Quinze ? Comme la veille, mais cette fois, c'était différent. Cette fois, elle était au centre par choix. Cette fois, elle participait activement. Cette fois, elle jouissait presque à chaque fois. Son corps, transformé par le virus, optimisé pour le plaisir, répondait parfaitement. Chaque pénétration déclenchait un orgasme, parfois plusieurs. Chaque bouche sur son sexe la faisait crier. Chaque pénis dans sa bouche la faisait saliver, avaler avec avidité. Elle devint rapidement, comme Chloé, un point focal. Les hommes venaient, attirés par son corps jeune, beau, par ses formes généreuses, par l'expression de plaisir absolu sur son visage. Elle était moins expérimentée que Chloé, moins "royale" peut-être, mais elle avait une fraîcheur, une avidité, une curiosité qui plaisait. Chloé, de son côté, continuait son règne. Les deux femmes étaient souvent côte à côte sur le capot de la voiture, formant comme un double trône, recevant, donnant, partageant parfois le même homme, s'embrassant parfois avec du sperme dans la bouche, riant, criant, pleurant de plaisir. À un moment, Ema se retrouva à quatre pattes sur le capot, un homme la pénétrant par-derrière, un autre devant elle, elle le suçait, et un troisième à côté, elle lui léchait les testicules pendant qu'un quatrième lui caressait les seins, pinçait ses mamelons. À un autre moment, elle était allongée sur le dos, les jambes écartées à l'extrême, un homme entre ses jambes la léchant, un autre à sa droite, elle lui suçait le pénis, un autre à sa gauche, elle lui caressait les testicules, et un quatrième se masturbait au-dessus d'elle, éjaculant sur son ventre, ses seins, son visage. Elle aimait être couverte de sperme. Elle l'étalait sur sa peau comme une lotion, comme Chloé le faisait. Elle le léchait sur ses propres doigts, sur son ventre. Elle le partageait en s'embrassant avec Chloé, leurs langues se mêlant, échangeant les goûts, les textures. Elle avait faim de sperme. Soif de sperme. C'était devenu une obsession. Une nécessité. Une récompense. Le virus avait fait son travail. Il avait transformé son système de récompense. Désormais, le sperme n'était plus un déchet, une souillure. C'était une nourriture. Une bénédiction. Une preuve de désirabilité. Entre les hommes, pendant les courtes pauses où elle reprenait son souffle, elle parlait avec Chloé, avec les hommes, avec d'autres femmes qui passaient, s'arrêtaient, participaient parfois. Les conversations étaient étranges, à la fois normales et complètement folles. "Tu as faim ?" demanda un homme après avoir éjaculé en elle. "De sperme, oui," répondit-elle en riant. "De nourriture normale... moins." "Dans la boulangerie," dit Chloé, essoufflée. "Il reste du pain. Des viennoiseries. Mais c'est moins bon." "Tout est moins bon," conclut Ema, et tout le monde rit. Un autre moment, un homme plus âgé, qui venait de la pénétrer, lui demanda : "Tu te souviens ? D'avant ?" Ema réfléchit. "Oui. Je me souviens. Mais c'est... lointain. Comme un rêve. Ou plutôt, c'était un rêve, et maintenant je suis réveillée." L'homme hocha la tête, semblant comprendre profondément. "Moi aussi. J'étais comptable. Je faisais des chiffres toute la journée. Maintenant... maintenant je fais ça. Et c'est tellement plus... réel." La lucidité revenait par intermittence. Pendant une heure, deux heures après un orgasme, on redevenait presque normal. On pouvait parler, réfléchir, se souvenir. Puis le besoin revenait, progressif d'abord, puis compulsif, irrésistible. Ema expérimenta ce cycle. Après une série d'orgasmes intenses vers 15h00, elle sentit le besoin diminuer. Sa tête devint plus claire. Elle put s'asseoir sur le capot, regarder autour d'elle avec des yeux plus analytiques. Elle vit la rue. Les gens nus. Les corps qui copulaient. Les morts dans les coins. Le sperme partout. La civilisation effondrée. Et au lieu d'horreur, elle ressentit... de l'acceptation. De la résignation peut-être. Mais aussi une étrange forme de paix. "C'est comme ça maintenant," murmura-t-elle à elle-même. "Il n'y a pas de retour en arrière. Alors autant... en profiter." Chloé, à côté d'elle, aussi en période de lucidité, hocha la tête. "Exactement. Avant... avant on était des esclaves. Du travail. Des normes. Des vêtements. De la pudeur. Maintenant... maintenant on est libres. Vraiment libres." "Libres de quoi ?" demanda Ema, curieuse. "Libres de faire ce que notre corps veut. Ce que notre nature veut. Le sexe. Le plaisir. La reproduction. C'est ça, la vraie liberté. Retourner à l'essentiel." Ema réfléchit à ça. C'était une philosophie simple, peut-être simpliste. Mais dans le contexte de l'effondrement total, ça avait du sens. Puis le besoin revint. D'abord léger. Une chaleur dans son bas-ventre. Une humidité entre ses cuisses. Une tension dans ses seins. Elle regarda autour d'elle. Les hommes aussi recommençaient à être excités. Certains avaient déjà des érections. D'autres se masturbaient doucement, en attendant. Chloé sentit le besoin aussi. Elle sourit à Ema. "Et voilà. Ça recommence. Le cycle." Ema sourit en retour. "Oui. Ça recommence." Un homme s'approcha, son pénis déjà dur. Ema ouvrit les jambes, l'accueillit. Et ainsi de suite. CHAPITRE 3 — L'AIMANT DÉVORÉ SOUS-CHAPITRE 5.1 : LA MOAB – MÈRE DE TOUS LES BANGBANGS La chaleur était un animal vivant, écrasant, vorace. Ema marchait nue et titubante au centre de la rue de la République, cet axe large de huit mètres qui traversait Lyon comme une artère malade. Le soleil de juillet frappait le bitume avec une violence qui faisait trembler l'air. À trente-deux degrés, peut-être trente-cinq à l'ombre – mais il n'y avait plus d'ombre. Les parasols des terrasses de café avaient été arrachés, renversés, utilisés comme abris de fortune pour des couples qui copulaient dessous. Les stores des boutiques étaient baissés, certains déchirés, pendants lamentablement comme des ailes cassées. Elle avançait lentement, ses pieds nus – la peau sensible de ses plantes déjà épaissie par les heures de marche sur des surfaces rugueuses – posés directement sur les pavés anciens. Les pierres taillées étaient brûlantes, presque insupportables, mais la douleur faisait partie du tourbillon sensoriel qui l'animait. Chaque pas était ressenti intensément : la texture granuleuse des pavés usés au centre par des siècles de passages, les craquelures du bitume par endroits, les éclats de verre d'une vitrine brisée qu'elle contournait avec l'instinct résiduel d'un animal blessé. Ses cheveux châtains doré, habituellement sa fierté, sa signature, pendait en mèches lourdes, emmêlées, plaquées contre son crâne et son dos par une mixture de sueur, de sperme séché et de poussière. Ils formaient des nœuds impossibles près de la nuque, là où des dizaines de mains s'y étaient agrippées pour lui tenir la tête pendant les fellations. Certaines mèches étaient tressées accidentellement par des doigts fébriles, d'autres collées comme des cordes par des éjaculations séchées qui avaient durci au soleil. Son visage était une carte des derniers jours. Les cernes violacés sous ses yeux verts donnaient à son regard une profondeur tragique, presque spectrale. Ses pommettes étaient saillantes – elle n'avait presque rien mangé depuis deux jours, seulement du sperme avalé, un nutriment étrange dont son corps transformé tirait une énergie paradoxale. Ses lèvres pulpeuses, celles que sa mère lui disait être "sa meilleure caractéristique", étaient gonflées, fendillées par les morsures, les baisers violents, les contacts répétés avec des pénis. Elle passa devant la façade d'une banque, les vitres teintées maintenant étoilées de impacts, probablement des pierres lancées par des pillards. Son reflet s'y dessina vaguement – une silhouette pâle, souillée, magnifique malgré tout. Ses seins de 95D, sa caractéristique physique la plus marquante, se balançaient lourdement avec chaque pas. Ils étaient couverts d'un réseau complexe de marques : des empreintes de dents cerclant les aréoles, des griffures en étoile partant des mamelons comme des rayons solaires, des zones de succion violacées qui formaient des cibles parfaites autour des tétons. Les mamelons eux-mêmes, d'habitude roses pâles et discrets, étaient tuméfiés, rouge foncé, durs comme des petits cailloux, si sensibles que le simple frottement de l'air les faisait palpiter. Son ventre, relativement épargné par rapport au reste, était plat mais strié de fines griffures horizontales – probablement des ongles qui avaient glissé en la tenant. Le nombril, un petit creux ombiliqué, était rempli d'une petite perle blanche de sperme séché. Plus bas, ses hanches larges, généreuses, ces "hanches d'accoucheuse" comme sa grand-mère disait avec fatalisme, portaient les empreintes violacées de mains larges d'hommes – cinq doigts bien marqués sur chaque côté, comme si on lui avait appliqué des tampons d'encre. Les empreintes se chevauchaient parfois, témoignant de prises successives, de mains différentes, de moments différents. L'intérieur de ses cuisses était un véritable champ de bataille. Des morsures de toutes tailles – certaines petites, discrètes, d'autres larges, violentes, avec l'arcade dentaire parfaitement visible. Des marques de succion en forme de cibles concentriques. Des égratignures parallèles, certaines à vif, rose vif au centre, d'autres déjà en croûte brunâtre. La peau délicate de ses cuisses intérieures était tellement marquée qu'on aurait dit un tatouage tribal élaboré, macabre, érotique. Et son sexe. Elle le sentait à chaque pas, à chaque mouvement de ses hanches. Les petites lèvres, tuméfiées, écartées, ne se refermaient plus. Elles restaient ouvertes, exposées, humides en permanence de ses propres sécrétions augmentées par le virus. L'entrée du vagin, un orifice sombre, rose foncé à l'intérieur, laissait échapper un filet continu de fluide blanchâtre – mélange de son propre lubrifiant et du sperme résiduel des derniers hommes. Le filet coulait lentement le long de ses cuisses, formant des traînées brillantes qui séchaient au soleil puis étaient remplacées par de nouvelles. Autour d'elle, la rue était un théâtre de l'effondrement. Des centaines de personnes, presque toutes nues, occupaient l'espace. Certains marchaient d'un pas déterminé, comme s'ils allaient quelque part d'important – une illusion de normalité dans le chaos. D'autres traînaient, assis sur les bordures de trottoir, les marches d'escaliers, les capots de voitures abandonnées. Et beaucoup – beaucoup – copulaient. Partout. Sur le trottoir. Sur la chaussée (maintenant libérée de tout trafic, seulement des carcasses de voitures abandonnées, certaines en travers, portières ouvertes, clés sur le contact). Contre les vitrines des magasins – Ema en vit un couple, un homme appuyant une femme contre la vitre d'une bijouterie, leurs corps se heurtant avec un rythme régulier qui faisait trembler le verre. Sur les bancs publics. Sur les tables des cafés renversées. Dans les fontaines publiques (une femme était assise dans le bassin à moitié vide, un homme entre ses jambes, l'eau éclaboussant autour d'eux à chaque mouvement). Les bruits formaient une symphonie orgiaque. Des gémissements – certains doux, extatiques, d'autres gutturaux, animaux. Des halètements. Des cris de plaisir qui retentissaient dans le canyon de pierre des immeubles haussmanniens. Des rires parfois – des rires hystériques, libérés. Le bruit mouillé, rythmique, des pénétrations répétées. Slap-slap-slap. Le clapotis des fluides. Les odeurs étaient complexes, presque oppressantes dans la chaleur. La sueur – aigre, salée, abondante. Le sperme – cette odeur métallique, musquée, qui semblait imprégner chaque surface. Le sexe – odeur acre, animale, primitive. Et par-dessus tout cela, l'odeur de la mort présente mais pas encore dominante – un cadavre dans un renfoncement de porte, commençant à gonfler sous le soleil, attirant des mouches qui formaient un nuage noir bourdonnant. Ema avançait au milieu de tout cela, comme une revenante, comme une déesse déchue. Les gens qu'elle croisait la regardaient avec des expressions variées. Certains, en périodes de lucidité, détournaient le regard, gênés par sa nudité totale, par les marques évidentes sur son corps. D'autres, déjà repris par le virus, s'arrêtaient, la fixaient avec des yeux brillants, des pupilles dilatées, mais ne faisaient rien – pas encore. Elle arrivait au croisement avec la rue de la Barre. À cet endroit, la rue de la République s'élargissait pour former une petite place. Une fontaine monumentale au centre (tarie). Des bancs en pierre. Et une scène particulièrement intense. Une jeune femme, blonde, avec un corps de déesse – des seins ronds et fermes, une taille de guêpe, des hanches sculpturales – était étendue sur le dos sur le socle de la fontaine. Elle était entourée d'au moins vingt hommes. Certains la pénétraient – un devant, un derrière. D'autres attendaient, se masturbant, la regardant avec adoration. D'autres encore lui léchaient le corps, nettoyaient le sperme des précédents pour le remplacer par le leur. La femme avait les yeux révulsés, la bouche ouverte en un "O" silencieux permanent, le corps secoué de spasmes orgasmiques presque continus. Ema s'arrêta un instant, la regarda. Une sensation étrange l'envahit – non pas de la pitié, mais de l'envie. Cette femme était vénérée. Adorée. Traitée comme une reine. Comme une déesse. Puis elle sentit quelque chose changer en elle. Scène II : L'activation des phéromones Cela commença par une chaleur différente. Pas la chaleur extérieure du soleil sur sa peau. Une chaleur interne, profonde, viscérale. Une chaleur qui naquit dans son bassin, dans son utérus, et qui commença à se répandre dans tout son corps comme un vin chaud versé dans ses veines. Elle s'arrêta net, mit une main sur son ventre. Son vagin palpita violemment, comme un cœur indépendant battant dans son bas-ventre. Une nouvelle vague de lubrifiant s'échappa, plus abondante que les précédentes, tiède, épaisse, coulant le long de ses cuisses avec un léger gargouillis audible. En même temps, quelque chose se mit à émaner d'elle. Quelque chose de palpable, de presque visible dans l'air tremblant de chaleur. Ses phéromones. Le statut de "virus-mère", après des heures d'accumulation de sperme, d'orgasmes répétés, de stimulation sexuelle constante, atteignait son pic d'intensité. Son corps transformé, optimisé par le virus pour la reproduction et la propagation, se mettait en mode production maximum. L'odeur n'était pas désagréable. Au contraire. C'était une odeur complexe, riche, envoûtante. Une base musquée, animale, profonde – l'odeur de la fertilité à son paroxysme. Par-dessus, des notes sucrées, presque florales – comme le parfum d'une fleur tropicale en pleine nuit. Et une note métallique subtile, comme le cuivre ou le sang frais, qui donnait à l'ensemble une urgence, une nécessité biologique. Cette odeur ne flottait pas simplement autour d'elle. Elle semblait se propager activement, comme une onde qui partait d'elle en cercles concentriques, traversant l'air chaud stagnant de la rue, portée par les légers courants d'air chaud qui montaient du bitume. Les premiers à réagir furent les hommes les plus proches. À quinze mètres sur sa gauche, un homme d'une quarantaine d'années, nu, un peu bedonnant, qui était en train de boire à une bouteille d'eau volée, s'immobilisa soudain. La bouteille lui échappa des mains, tomba sur le pavé avec un bruit mat, l'eau se répandant en flaque qui s'évaporait presque instantanément. Il tourna la tête lentement, comme un robot dont les circuits venaient de recevoir une nouvelle instruction prioritaire. Ses yeux – des yeux marrons ordinaires, fatigués – se fixèrent sur Ema. Ses pupilles se dilatèrent instantanément, devenant si larges que l'iris presque disparut, laissant deux trous noirs, profonds, sans reflet. Sa bouche s'entrouvrit. Un filet de salive coula du coin gauche. Son pénis, qui pendait mou entre ses jambes, commença à se dresser. Lentement d'abord, puis plus vite, jusqu'à ce qu'il pointe droit devant lui, dur, veiné, le gland violacé luisant déjà d'une goutte de pré-sperme. Il ne disait rien. Ne bougeait pas. Juste regardait. À vingt mètres sur sa droite, deux hommes qui étaient en train de copuler contre la vitrine d'une boulangerie s'arrêtèrent simultanément. L'homme qui était derrière la femme se retira brusquement, laissant son pénis dressé, ruisselant. Il tourna la tête vers Ema. Sa partenaire, abandonnée contre la vitre, gémit de frustration, mais lui ne la regarda même pas. Trente mètres devant elle. Quarante mètres derrière. Comme des requins qui auraient senti une goutte de sang dans un océan immense, les hommes dans un rayon progressif se figèrent, tournèrent la tête. Un par un. Puis par groupes. Leurs réactions étaient presque identiques. La dilatation pupillaire immédiate. L'érection instantanée. La bouche entrouverte. La respiration qui s'accélérait. Mais il y avait autre chose. Quelque chose de nouveau, que Ema n'avait pas vu la veille dans le magasin. Dans leurs yeux, au-delà du désir compulsif, du besoin irrésistible du virus, il y avait... de la révérence. Du respect. Un instinct protecteur primitif qui se superposait à l'instinct reproductif. Le virus en eux reconnaissait la source ultime. Une "virus-mère". Une magnifique "virus-mère" en pleine production phéromonale. Pas juste une femme à prendre. Une femme à vénérer. À protéger. À chouchouter. À remplir jusqu'à l'épuisement, mais avec soin. La première vague fut de quinze hommes. Ils se détachèrent des groupes, des coins d'ombre, des positions diverses où ils se trouvaient. Ils avancèrent vers elle, mais pas avec l'urgence frénétique, l'agressivité compulsive qu'elle avait connue la veille. Leur démarche était pressée, oui, mais aussi... respectueuse. Comme des fidèles s'approchant d'un autel. Comme des serviteurs répondant à l'appel de leur reine. Ils formèrent un demi-cercle à environ cinq mètres d'elle, s'arrêtant comme si une ligne invisible leur indiquait une distance à respecter. Leurs érections étaient visibles, impressionnantes par leur diversité – certaines longues et minces, d'autres courtes et épaisses, d'autres courbées, d'autres droites comme des piques. Mais leurs expressions n'étaient pas agressives. C'étaient des expressions d'admirations. De fascination. De dévotion presque. Ema, au centre, respirait avec difficulté. Son propre corps réagissait à la réaction qu'elle provoquait. Une nouvelle vague de chaleur la parcourut. Son vagin se contracta violemment, expulsant un petit jet de fluide qui atterrit sur le pavé à ses pieds avec un petit ploc. Elle regarda les hommes. Quinze paires d'yeux fixés sur elle. Quinze respirations haletantes. Quinze corps tendus, prêts. Elle sentit son cœur battre plus fort. Pas de peur cette fois. De l'excitation. Une excitation pure, primitive, amplifiée exponentiellement par le virus en elle. Elle ouvrit légèrement les bras, dans un geste qui pouvait être d'accueil, d'abandon, de soumission, de domination – elle ne savait pas elle-même. L'un des hommes fit un pas en avant. Scène III : Le premier cercle – Le culte instinctif L'homme qui s'avança était un quadragénaire bien bâti – des épaules larges, un torse musclé avec une légère bedaine, des jambes solides. Il avait une barbe de trois jours, grisonnante par endroits, et des cheveux bruns courts, en bataille. Ses yeux étaient gris, intelligents, avec cette même lueur de dévotion que les autres. Il s'arrêta à trois mètres d'Ema, la regarda longuement, des pieds à la tête, comme s'il étudiait une œuvre d'art. Son regard s'attarda sur ses seins, ses hanches, son sexe ouvert, puis remonta à son visage. Puis il fit quelque chose d'étrange. Quelque chose d'impensable dans le contexte de viol et de chaos. Il s'agenouilla. Pas juste fléchi les genoux. Il s'agenouilla complètement, posa un genou à terre sur le pavé brûlant, puis l'autre. Il était maintenant à sa hauteur, légèrement plus bas. Il tendit une main, lentement, comme pour ne pas l'effrayer. Sa main était large, avec des doigts épais, des ongles cassés, sales. Il prit doucement la main droite d'Ema, qui pendait à son côté. Puis il baissa la tête, et baisa le dos de sa main. Ce n'était pas un baiser sensuel, lubrique. C'était un baiser de chevalier. De vassal. Révérencieux. Presque religieux. Il resta ainsi un moment, les lèvres sur sa main, les yeux fermés. Puis il releva la tête, regarda à nouveau dans ses yeux. "Tu es..." dit-il, et sa voix était rauque, grave, chargée d'émotion. "Tu es la plus belle chose que j'ai jamais vue." Pas "je veux te baiser". Pas "donne-moi". Juste une constatation. Une observation révérencieuse. Il se releva lentement, sans lâcher sa main. De son autre main, il la prit par la taille, doucement, délicatement, comme si elle était faite de porcelaine fragile. Ses doigts larges s'enfoncèrent dans la chair de sa hanche, exactement là où les empreintes précédentes étaient déjà marquées. "Tu es blessée," murmura-t-il, ses yeux passant sur les marques, les ecchymoses, les égratignures. "Ils t'ont fait mal." Il y avait de la tristesse dans sa voix. De la colère presque. Puis il passa à l'action. Sans violence. Sans précipitation. Il fit tourner Ema doucement, la plaça dos au mur de l'immeuble le plus proche – un mur en pierre de taille blonde, tiède au soleil, avec des joints de mortier gris. Il aligna son corps contre le sien, son torse contre son dos. De ses mains, il prit ses hanches, les serra doucement mais fermement. Puis il aligna son pénis – long, épais, le gland large et violacé – avec l'entrée de son vagin. Ema sentit la pression contre son ouverture. Une pression ferme, mais pas brutale. Elle était tellement lubrifiée, tellement ouverte, tellement prête, que la pénétration fut presque immédiate, naturelle, comme une clé qui entre dans une serrure parfaitement huilée. L'homme poussa lentement, doucement, en vérifiant son visage par-dessus son épaule pour détecter toute grimace de douleur. Il n'y en eut pas. Seulement une expression de concentration intense, puis de plaisir qui commençait à monter. Quand il fut complètement enfoui, il s'arrêta un instant, la tenant contre le mur, son corps chaud contre son dos, sa respiration chaude sur son cou. "Ça va ?" demanda-t-il, et la question était sincère. Ema hocha la tête, incapable de parler. Il commença alors à bouger. Lentement. Des va-et-vient courts, profonds, qui stimulaient des endroits en elle qu'elle ne connaissait pas. Chaque poussée envoyait une décharge de plaisir dans tout son corps. Ses seins s'écrasaient contre la pierre tiède du mur, ses mamelons frottaient contre la surface rugueuse, ce qui ajoutait une sensation supplémentaire, presque douloureuse, mais transformée en plaisir par le virus. L'homme dura peut-être trois minutes. Il ne précipita pas. Il prit son temps. Chaque mouvement était calculé, destiné à lui donner du plaisir autant qu'à en prendre. Ses mains sur ses hanches la guidaient doucement, l'aidant à trouver le rythme. Quand il fut proche de l'éjaculation, il accéléra légèrement, ses mouvements devinrent plus saccadés, moins contrôlés. Il grogna contre son cou, un son animal, primitif. Puis il éjacula. Ema sentit les jets chauds à l'intérieur d'elle. Plusieurs. Puissants. Abondants. Il resta enfoui en elle pendant toute l'éjaculation, tremblant légèrement. Puis il se retira lentement. Son pénis, maintenant mou, glissa hors d'elle, laissant un nouveau flot de sperme s'échapper et couler le long de ses cuisses. Il resta un moment debout derrière elle, une main posée sur son épaule, comme pour la soutenir. Puis il recula d'un pas, regarda le sperme qui coulait d'elle, hocha la tête comme s'il accomplissait une tâche importante. "Merci," murmura-t-il. Puis il retourna dans le cercle des autres hommes qui attendaient. Scène IV : L'effet d'entraînement viral – La file d'attente biologique Ce premier homme avait établi le modèle. Le rituel. Pendant qu'il la prenait, d'autres hommes étaient arrivés. Non plus quinze, mais vingt. Puis trente. Ils formaient maintenant un cercle complet autour d'elle, à une distance respectueuse de trois à quatre mètres. Quand le premier homme se retira, un deuxième s'avança immédiatement. Plus jeune, une vingtaine d'années, mince, élancé, avec un pénis long et mince. Lui aussi s'approcha avec révérence, mais sans s'agenouiller cette fois. Il la fit s'agenouiller sur une marche d'escalier qui menait à l'entrée d'un immeuble. La marche en pierre était dure sous ses genoux déjà meurtris. Il se plaça derrière elle, la pénétra par-derrière. Cette position était plus profonde, plus intense. Ema crispa les doigts sur le bord de la marche, ses ongles se cassant sur la pierre. Pendant qu'il la prenait, elle remarqua quelque chose d'étrange. Les hommes qui attendaient ne se battaient pas. Ne se poussaient pas. Ils formaient une file d'attente. Une file d'attente ordonnée, comme devant une caisse de supermarché avant l'effondrement. Ils attendaient leur tour patiemment, en regardant, certains se masturbant doucement, d'autres simplement attendant. Et certains... aidaient. Pendant que le deuxième homme la prenait par-derrière, un troisième homme – plus âgé, la cinquantaine, avec un ventre bedonnant – s'approcha sur le côté. Il tenait une bouteille d'eau en plastique à moitié pleine. Sans un mot, il la porta aux lèvres d'Ema. Elle but avidement, l'eau fraîche (relativement) coulant dans sa gorge sèche, se mêlant au goût de sperme déjà présent dans sa bouche. L'homme lui essuya ensuite doucement le menton avec le dos de sa main, essuyant l'eau qui avait coulé mélangée à du sperme. Un autre homme, plus jeune, s'approcha pendant que le deuxième terminait. Il avait un chiffon humide – un morceau de tissu arraché à un vêtement probablement. Il essuya doucement le sperme qui coulait de son vagin après le retrait du deuxième homme. Le geste était délicat, presque tendre. Il nettoyait la zone, non pas par hygiène, mais comme pour préparer le terrain pour le suivant. Comme un serviteur préparant une table pour le prochain repas. C'était contre-productif d'un point de vue viral – le virus voulait l'accumulation de sperme, pas son nettoyage. Mais l'instinct protecteur, l'instinct de "chouchouter" l'hôte précieux, était plus fort. Le troisième homme prit sa place. Il la fit s'allonger sur le capot d'une voiture abandonnée – une Peugeot 308 grise, le capot tiède au soleil mais pas brûlant. Il la pénétra en position missionnaire classique, mais avec une lenteur, une délicatesse qui contrastait avec la violence du contexte. Pendant qu'il la prenait, un quatrième homme s'approcha et commença à lui masser les épaules. Ses mains larges pétrissaient les muscles tendus de ses trapèzes, détendant les tensions accumulées. Ema gémit de plaisir – le massage combiné à la pénétration créait une sensation de bien-être presque trop intense. C'était devenu un rituel. Une cérémonie. Chaque homme avait son tour. Chacun la prenait, de manière généralement douce (mais ferme), pendant quelques minutes. Chacun éjaculait en elle, sur elle, ou dans sa bouche. Et entre chaque homme, il y avait ces moments de "service" – apporter de l'eau, essuyer, masser, soutenir. Le virus avait créé une dynamique sociale complexe. Les hommes n'étaient pas juste des prédateurs compulsifs. Ils étaient devenus des serviteurs. Des adorateurs. Des fertilisateurs. Ema, au centre de tout cela, était dans un état second. Son corps recevait, recevait, recevait. Chaque nouvelle pénétration, chaque nouvel éjaculat, était ressenti intensément. Le sperme s'accumulait en elle, réchauffé par son corps, devenant une masse tiède, épaisse, dans son utérus, son vagin. Après dix hommes, son ventre commença à gonfler légèrement. Pas beaucoup – juste une légère distension, comme après un gros repas. Mais c'était du sperme, pas de la nourriture. Après quinze hommes, le filet continu qui s'échappait de son vagin était devenu un ruisselet constant. Il coulait le long de ses cuisses, sur le capot de la voiture, formant une petite flaque sur le sol qui attirait des mouches avant de sécher au soleil. Scène V : Les orgasmes en cascade – La machine à plaisir La physiologie d'Ema, boostée par le virus, était devenue une machine à plaisir parfaite. Son clitoris, qui dépassait habituellement discrètement sous son capuchon, était maintenant en érection permanente. Une clitoromégalie temporaire causée par l'afflux sanguin constant et la stimulation incessante. Il faisait saillie entre ses petites lèvres tuméfiées, dur comme un petit pois, sensible au point que le simple frottement de l'air lui donnait des frissons. Chaque pénétration déclenchait un orgasme. Pas toujours complet, pas toujours le grand frisson final, mais des vagues de plaisir qui parcouraient son corps, se chevauchant, s'additionnant, créant un état d'extase quasi-permanent. Position 1 : Debout contre le mur, tenue par deux hommes Le vingtième homme (approximativement – elle perdait le compte) adopta une position différente. Deux autres hommes s'approchèrent simultanément. L'un prit son bras droit, le passa autour de son cou pour le soutenir. L'autre fit de même avec son bras gauche. Ils la soutenaient, littéralement, comme des infirmiers soutenant un patient. Le vingtième homme se plaça devant elle, aligna son pénis, la pénétra. Les deux hommes qui la tenaient maintenaient ses jambes écartées en les soulevant légèrement. Une quatrième homme tenta de se placer derrière elle pour une double pénétration. Il pressa son pénis contre son anus. Ema cria – pas de plaisir, mais de douleur pure, aiguë. Le virus transformait beaucoup de sensations en plaisir, mais pas celle-ci. L'anal était une limite que son corps, même transformé, refusait. Immédiatement, les deux hommes qui la tenaient réagirent. L'un lâcha son bras, se tourna vers l'homme qui tentait l'anal, le repoussa violemment. "Elle n'aime pas !" cria-t-il, la voix chargée de colère protectrice. "Respecte !" ajouta l'autre. L'homme qui avait tenté l'anal recula, l'air désolé, confus. Il fit un geste d'excuse, puis retourna dans la file d'attente. Le virus imposait le respect des limites. L'hôte précieux ne devait pas être blessée inutilement. Seulement utilisée de la manière qu'elle "acceptait" – vaginalement, oralement. Position 2 : À quatre pattes sur le capot de la voiture Un homme la fit se mettre à quatre pattes sur le capot de la Peugeot 308. La peinture métallisée grise était tiède sous ses mains et ses genoux. L'homme se plaça derrière elle, la pénétra par-derrière. Cette position permettait une pénétration plus profonde. L'homme tenait ses hanches, ses doigts s'enfonçant dans les empreintes déjà existantes. Il bougea avec un rythme régulier, puissant. Devant elle, quatre autres hommes formaient une ligne. Le premier s'avança, présenta son pénis à sa bouche. Elle le prit, suça avidement. Après deux minutes, il éjacula dans sa bouche – elle avala, mais une partie dégorgea, coula sur son menton. Immédiatement, le deuxième homme prit la place. Pendant qu'elle le suçait, l'homme derrière elle éjacula à son tour, se retira. Un troisième homme prit immédiatement sa place, la pénétra sans même que le sperme du précédent ait fini de couler. C'était une ligne de production. Une chaîne de montage du plaisir et de la fertilisation. Position 3 : Allongée sur le dos sur un banc public Après peut-être trente hommes, elle fut transportée (portée doucement par plusieurs hommes) vers un banc public en bois et fer forgé, à l'ombre relative d'un platane. On l'allongea sur le dos sur le banc. Le bois était dur sous son dos, mais des hommes placèrent des vêtements pliés sous sa tête comme un oreiller. Un homme prit place entre ses jambes, les soulevant et les posant sur ses épaules. Il la pénétra profondément. En même temps, un autre homme s'agenouilla près de sa tête, à cheval sur son visage. Elle ouvrit la bouche, prit son pénis. Il ne bougea pas beaucoup – il la laissa sucer, lécher, pendant que l'homme entre ses jambes faisait le travail principal. Un troisième homme s'assit près de son côté, prit un de ses seins dans sa main, commença à le masser doucement en pinçant le mamelon entre le pouce et l'index. La sensation était électrique. Ema était dans un état second. Son monde se réduisait à des sensations. La pénétration profonde et régulière dans son vagin. Le pénis chaud et salé dans sa bouche. Les mains sur ses seins. Le bois dur sous son dos. La chaleur de l'air. Les odeurs de sperme, de sueur, de sexe, d'hommes. Elle jouissait presque continuellement. Des petits orgasmes qui se succédaient comme des vagues sur une plage par marée haute. Des contractions vaginales rythmiques qui serraient le pénis en elle. Des tremblements dans ses jambes. Des cris étouffés par le pénis dans sa bouche. Son corps était devenu un instrument. Un réceptacle. Un temple où se célébrait un culte étrange, primitif, viral. Scène VI : La saturation sensorielle – Le corps devenu réceptacle Après une heure, peut-être plus, les effets de l'accumulation devenaient visibles, palpables, olfactifs. Le sperme accumulé : Son ventre était maintenant visiblement distendu. Pas énormément – elle n'avait pas l'air de six mois de grossesse – mais suffisamment pour qu'on remarque la rondeur anormale. Quand elle était allongée sur le dos, son ventre formait un petit dôme lisse, tendu, qui brillait légèrement au soleil de la sueur et des résidus de sperme. Quand un homme la pénétrait en position missionnaire, et qu'il poussait profondément, on pouvait parfois entendre un gargouillis léger – le sperme déjà présent dans son vagin et son utérus qui était brassé, déplacé. À chaque fois qu'un homme se retirait de son vagin, un flot blanchâtre s'échappait. Pas juste un filet. Un véritable flot, épais, chaud, qui coulait sur le banc, sur le sol, sur les jambes des hommes qui attendaient. Le flot était parfois strié de légères traînées rosées – du sang microscopique provenant des micro-déchirures de ses muqueuses trop sollicitées. Après plusieurs de ces retraits, une flaque s'était formée sous le banc. Une flaque de sperme, d'environ trente centimètres de diamètre, qui brillait au soleil avant de commencer à sécher en une croûte blanchâtre, craquelée. Ses seins étaient couverts d'une couche de sperme qui avait séché par endroits, formant une croûte. Sous cette croûte, de nouvelles éjaculations fraîches avaient été ajoutées, créant des strates, comme des couches géologiques. Certains hommes, avant de la pénétrer, léchaient cette croûte pour la ramollir, la nettoyer partiellement, avant d'y ajouter leur propre contribution. Ses cheveux étaient particulièrement affectés. Plusieurs hommes avaient éjaculé sur sa tête, dans ses cheveux. Le sperme séché collait les mèches entre elles, formant des dreadlocks blanchâtres par endroits. D'autres mèches étaient encore humides, luisantes, avec du sperme frais qui coulait lentement le long des longueurs jusqu'à la pointe, où il formait de petites perles qui finissaient par tomber. La bouche utilisée : Elle suçait presque continuellement. Chaque homme qui n'était pas en train de la pénétrer vaginalement se présentait souvent à sa bouche. Elle avait développé une technique, une efficacité qui venait de l'expérience et de l'instinct boosté par le virus. Elle prenait le pénis dans sa bouche, enveloppait le gland de ses lèvres, utilisait sa langue pour masser le frein, suçait avec une pression rythmée. Elle avalait souvent le sperme directement, sentant le liquide chaud, salé, parfois légèrement amer ou sucré selon l'homme, couler dans sa gorge. Mais certaines éjaculations étaient trop abondantes, trop pressurisées. Elles remplissaient sa bouche trop vite, débordaient. Le sperme coulait alors de ses commissures, formant des traînées blanches sur ses joues, son menton, son cou. Il s'accumulait dans le creux de sa clavicule, formant une petite mare qui débordait à chaque mouvement. Sa bouche était constamment pleine. Même quand elle ne suçait pas activement, elle avait du sperme dans la bouche – soit qu'elle l'avait gardé pour le savourer, soit qu'il restait des résidus. Quand elle respirait par la bouche, ce qui arrivait souvent étant donné l'effort physique, on entendait parfois un léger gargouillis, un clapotis. La célébration instinctive : Les hommes, après avoir éjaculé, ne partaient pas toujours. Beaucoup restaient un moment, observant leur œuvre. Ils regardaient le sperme qu'ils avaient déposé en elle, sur elle, avec une expression de satisfaction, de fierté presque. Certains caressaient ses cheveirs souillés, doucement, comme on caresse un animal précieux. D'autres murmuraient des compliments, des remerciements. "Tu es parfaite." "Merci." "Tu nous donnes tellement." "Tu es la plus belle." "Continue, s'il te plaît." Ces mots, prononcés par des voix rauques, essoufflées, chargées d'émotion, avaient un effet étrange sur Ema. Ils la touchaient. Littéralement et métaphoriquement. Ils ajoutaient une dimension émotionnelle, relationnelle, à ce qui était fondamentalement une utilisation de son corps comme outil de reproduction virale. Elle se sentait... appréciée. Désirée. Pas juste comme un objet sexuel, mais comme une entité importante. Une reine. Une déesse. Son cerveau, transformé par le virus, interprétait cette attention comme de l'affection, de l'amour même. Les circuits de récompense s'activaient non seulement pour le plaisir physique, mais aussi pour cette satisfaction émotionnelle. Elle souriait parfois, entre deux pénétration, entre deux bouches pleines. Un sourire épuisé, extatique, reconnaissant. Scène VII : La seconde heure – La folie exponentielle Le temps passait. Le soleil commençait sa descente vers l'horizon, mais la chaleur restait étouffante. L'ombre du platane s'était allongée, couvrant maintenant une plus grande partie du banc, offrant un répit relatif. Mais le rituel continuait. Et s'amplifiait. L'aimant s'amplifie : La rumeur – ou plutôt, l'odeur phéromonale – s'était propagée au-delà de la place. Les hommes venaient maintenant de rues adjacentes. Ils débouchaient des ruelles, traversaient les places, accouraient. Le groupe qui entourait Ema passa de trente à quarante. Puis cinquante. Peut-être soixante. La scène était devenue un spectacle public à part entière. Non seulement les hommes y participaient activement (soit en prenant part, soit en attendant), mais d'autres personnes – des femmes, des hommes en période de lucidité, même quelques enfants survivants – regardaient depuis les fenêtres des immeubles, depuis les coins de rue, avec des expressions variées. Certaines femmes contaminées regardaient avec envie. Elles se masturbaient en la regardant, rêvant peut-être d'être à sa place – au centre de l'attention, vénérées, désirées. D'autres regardaient avec horreur, avec pitié, mais n'intervenaient pas – ne pouvaient pas intervenir. Organisation émergente : Face à l'afflux, les hommes s'organisèrent de manière plus structurée. Une organisation émergente, instinctive, dictée par le virus. Un groupe de cinq ou six hommes, visiblement un peu plus âgés, prit le rôle de "coordinateurs". Ils ne participaient pas activement (ou moins), mais ils géraient la file d'attente, assuraient que chacun ait son tour, empêchaient les débordements. Un autre groupe s'occupait spécifiquement d'Ema. Un homme en permanence avec une bouteille d'eau, lui donnant à boire régulièrement. Un autre avec des chiffons humides, essuyant doucement le sperme de son visage entre deux fellations (geste étrangement hygiénique dans ce contexte). Un troisième lui soutenait la tête quand elle était allongée, pour qu'elle soit plus confortable. Ils pratiquaient ce que le virus dictait : chouchouter l'hôte précieux. La garder en "bon état". Hydratée. Relative propre (malgré tout). Confiante. Moments de lucidité brève : Entre deux orgasmes particulièrement intenses, Ema avait parfois des éclairs de conscience. De brefs moments où le plaisir retombait suffisamment pour que sa pensée émerge de la brume sensorielle. Dans ces moments, elle voyait la foule d'hommes autour d'elle. Elle sentait le sperme couler de son corps. Elle voyait son ventre distendu. Elle sentait la douleur dans ses muscles, dans ses articulations, dans ses muqueuses. Et au lieu d'horreur, au lieu de honte, elle ressentait... une fierté primitive. Une puissance sexuelle démesurée. Un sentiment d'importance, de centralité. Elle était le centre du monde. Littéralement. Tous ces hommes tournaient autour d'elle, pour elle, à cause d'elle. C'était terrifiant et exaltant à la fois. Refus anal respecté instantanément : Une autre tentative anal eut lieu. Un homme, excité par la vue de son corps offert, tenta de la pénétrer par l'anus alors qu'elle était à quatre pattes. Elle cria – un cri de douleur pure, aiguë, qui trancha avec les gémissements de plaisir. Immédiatement, trois hommes se jetèrent sur l'offenseur. Ils le tirèrent en arrière, le repoussèrent violemment. L'un lui donna même un coup de poing au visage. "Elle n'aime pas !" hurla l'un. "Respecte !" cria un autre. "Tu la blesses !" gronda un troisième. L'homme, étourdi, honteux, recula en titubant. Il fut immédiatement exclu du cercle, poussé vers l'extérieur par les autres hommes. Le message était clair : l'hôte précieux avait des limites. Ces limites devaient être respectées. Le virus imposait cette règle pour protéger son vecteur optimal. Scène VIII : L'état final – La déesse souillée et vénérée 17h30 – Après environ deux heures Le soleil était maintenant bas sur l'horizon, teintant le ciel de Lyon d'orangé et de rose. La chaleur commençait enfin à diminuer légèrement, mais l'air restait lourd, saturé d'odeurs. Ema était allongée sur le dos au milieu de la chaussée. Les hommes avaient dégagé une zone pour elle, poussant les débris, les carcasses de voitures sur le côté. Ils avaient étalé une couverture volée dans un magasin de sport – une couverture de pique-nique en polyester bleu, maintenant tachée de sperme, de sueur, de terre. Elle était allongée dessus, les membres écartés, dans une position d'abandon total. Description corporelle : Ventre : Clairement distendu. Pas énormément, mais suffisamment pour former un dôme lisse et tendu. Quand elle respirait, le dôme se soulevait et s'abaissait légèrement. Si on avait appuyé dessus, on aurait probablement senti la masse liquide à l'intérieur – des litres de sperme accumulés dans son utérus et son vagin, réchauffés à la température de son corps. Seins : Recouverts d'une croûte blanche épaisse de plusieurs millimètres par endroits. La croûte était craquelée, comme de la glaçure sur un gâteau laissé trop longtemps. Sous les craquelures, on voyait du sperme plus frais, plus liquide. Les mamelons étaient complètement invisibles, ensevelis sous la couche solidifiée. Visage : Un masque de sperme séchant. Ses yeux verts, cernés de violet profond, regardaient le ciel avec une expression vide, extatique. Autour de ses yeux, des traînées blanches séchées formaient comme un maquillage tribal. Ses lèvres étaient entrouvertes, une bulle de sperme se formant à l'ouverture à chaque expiration, éclatant à l'inspiration suivante, puis se reformant. Cheveux : Une masse emmêlée, tressée accidentellement par des dizaines de mains, enduite de sperme séché qui les faisait briller étrangement dans la lumière du soir. Certaines mèches étaient complètement blanches, d'autres gardaient leur couleur châtain par endroits. Sexe : Sa vulve était tuméfiée, ouverte en permanence, béante. Les petites lèvres, normalement discrètes, étaient gonflées, écartées, rouge foncé violacé. De l'entrée du vagin, un flot continu blanchâtre s'échappait. Pas un filet. Un véritable flot, d'environ un centimètre d'épaisseur, qui coulait sur la couverture, formant une flaque qui s'étendait lentement. Le flot n'était pas constant. Il avait des pulsations, comme si son utérus se contractait légèrement pour expulser le surplus. À chaque pulsation, un nouveau jet plus abondant jaillissait, arrosant la couverture sur plusieurs centimètres. Bouche : Entrouverte. À l'intérieur, on voyait sa langue, elle-même recouverte d'un enduit blanchâtre. Quand elle respirait, on entendait un léger gargouillis – du sperme dans sa gorge, dans ses sinus peut-être. De temps en temps, elle avalait machinalement, et on voyait sa pomme d'Adam bouger, faisant remonter un peu plus de sperme dans sa bouche. Les hommes autour : Vingt à trente hommes étaient encore présents. Certains étaient assis en tailleur sur le sol, à distance respectueuse, la regardant avec adoration. D'autres étaient debout, se masturbant doucement en la regardant, mais sans plus s'approcher – comme si un accord tacite avait été trouvé : elle avait donné assez, pour l'instant. Certains parlaient à voix basse entre eux, discutant peut-être de ce qu'ils venaient de vivre. D'autres regardaient le ciel, l'air vide. Ils formaient comme une garde d'honneur. Une garde primitive, animal, mais une garde quand même. Ils protégeaient leur déesse, leur reine, leur virus-mère. Dialogue impossible : Ema essaya de parler. Elle voulait dire quelque chose. Demander de l'eau peut-être. Ou simplement exprimer... quelque chose. Elle ouvrit la bouche plus grand. "Je..." commença-t-elle, mais le mot fut immédiatement noyé dans du sperme. Trop de sperme dans sa bouche, dans sa gorge. Quand elle essaya de former le son, la pression expulsa du sperme liquide. Un jet blanc, épais, sortit de sa bouche, coula sur son menton, son cou, atterrit sur sa poitrine avec un petit ploc. Elle essaya encore. "Je... je peux plus..." Mais à nouveau, le sperme déborda. Cette fois, il coula des deux commissures, formant deux traînées blanches qui se rejoignirent sous son menton. Elle ne pouvait pas parler. Sa bouche était trop pleine. Sa gorge était trop pleine. Même son nez était probablement rempli – elle respirait avec un léger sifflement. Elle se contenta de fermer les yeux, de laisser un gémissement guttural s'échapper – un son qui pouvait être de plaisir, de douleur, d'épuisement, de tout à la fois. Autour d'elle, les hommes regardaient, silencieux, comme attendant des instructions. Comme attendant qu'elle se relève, qu'elle les regarde, qu'elle leur dise quoi faire. Mais elle ne pouvait pas. Pas maintenant. Elle était épuisée. Remplie à ras bord. Saturée. La déesse était souillée, vénérée, et temporairement hors service. SOUS-CHAPITRE 5.2 : L'INTERCEPTION DANS LA RUELLE Durée : 17h30 à 18h15 – La rencontre avec les résistants Scène I : L'observation depuis la hauteur Trois étages au-dessus de la rue de la République, dans un appartement au rideau de tulle déchiré qui flottait dans l'air chaud du soir, quatre hommes étaient penchés à la fenêtre ouverte. Ils n'étaient pas nus. Cette simple différence les distinguait immédiatement de la foule en contrebas. Ils portaient des vêtements – des jeans sales mais complets, des t-shirts maculés de sueur et de poussière, des vestes en jean ou en cuir usé. Des vêtements qui parlaient de jours à fuir, à se cacher, à survivre. L'appartement était celui d'un parfait inconnu – une porte fracturée il y a deux jours, les occupants probablement partis rejoindre le chaos ou morts quelque part. La pièce principale, un salon-salle à manger de vingt-cinq mètres carrés, sentait la poussière, la nourriture avariée (des restes de repas sur la table depuis plusieurs jours), et cette odeur distinctive des lieux abandonnés en été – une odeur de renfermé, de moisi léger, de chaleur stagnante. Le mobilier était banal, impersonnel – un canapé gris en tissu, une table basse en verre, une télévision à écran plat encore accrochée au mur. Mais sur le sol, près de la fenêtre, des sacs à dos militaires vert olive étaient ouverts, laissant voir leur contenu : des boîtes de conserve (thon, maïs, raviolis), des bouteilles d'eau, des piles, des lampes torches, des talkies-walkies éteints, des rouleaux de bandages, et des armes improvisées – des machettes, des barres de fer, des couteaux de chasse. Gabriel, trente-huit ans, était accroupi près de la fenêtre, les avant-bras posés sur le rebord en pierre, les yeux scrutant la scène en contrebas. Son visage était celui d'un homme qui avait vu trop de choses trop vite – des rides prématurées aux coins des yeux, une barbe de plusieurs jours grisonnante par endroits, des poches violacées sous des yeux bleus fatigués mais toujours alertes. Il avait été infirmier dans une vie antérieure – on le devinait à la manière précise, presque clinique, dont il observait. À sa droite, Nathan, vingt-quatre ans, le plus jeune du groupe, était assis par terre, le dos contre le mur sous la fenêtre. Il avait les genoux remontés contre sa poitrine, les bras enserrant ses jambes, une position fœtale de protection. Ses cheveux blonds coupés courts étaient collés par la sueur à son front. Il regardait par la fenêtre par à-coups, détournant rapidement le regard comme si la vue lui brûlait les yeux. À gauche de Gabriel, Leo, quarante-cinq ans, massif, carré, l'ancien militaire. Il était debout, une main sur le mur pour s'équilibrer, penché pour voir. Son visage était un bloc de granit – mâchoire carrée, nez cassé (probablement pas à cause du virus), cicatrice pâle sur la joue droite. Ses yeux bruns ne clignaient presque pas, fixant la scène avec une intensité qui aurait pu être de la concentration ou du dégoût. Le quatrième, Thomas, trente et un ans, était assis sur le canapé, légèrement en retrait. Il tenait un carnet à spirales sur ses genoux, un stylo à bille à la main. De temps en temps, il notait quelque chose – des observations, des chiffres. Il avait des lunettes à monture fine, l'une des branches était réparée avec du ruban adhésif. Ancien étudiant en biologie, doctorant interrompu. Ils regardaient tous la même chose. Ema. Allongée au milieu de la rue, sur la couverture bleue souillée, entourée d'hommes nus qui la contemplaient avec une dévotion primitive. "Putain de merde," murmura Leo, sa voix était grave, rauque, comme du gravier frotté. "Regardez-moi ça. C'est... c'est une boucherie. Une boucherie érotique." Gabriel ne répondit pas tout de suite. Ses yeux balayaient la scène, prenant des détails. La distension du ventre d'Ema. Le flot continu de son vagin. La foule d'hommes autour. L'organisation étrange – certains nettoyant, d'autres attendant, d'autres regardant. "Ce n'est pas une boucherie," dit-il enfin, sa voix plus calme, plus analytique. "Regardez les hommes. Ils ne sont pas violents. Ils sont... révérencieux. Ils la traitent comme une déesse." Nathan frissonna, enfouit son visage entre ses genoux un instant. "Une déesse couverte de sperme. Une déesse qu'ils viennent de baiser à cinquante. Une belle déesse." Thomas leva les yeux de son carnet. "C'est cohérent avec ce qu'on a observé. Les femmes les plus belles deviennent des aimants. Des points focaux. Le virus les désigne comme vecteurs privilégiés." Il consulta ses notes. "Hypothèse : le virus reconnaît les caractéristiques physiques associées à une fertilité optimale. Jeunesse. Symétrie faciale. Rapport taille-hanches. Poitrine développée. Et il amplifie cette attirance chez les mâles contaminés." Gabriel hocha la tête lentement. "Elle est l'une des leurs. Une 'aimante'. Comme on les appelle." Leo se tourna vers lui, un pli méfiant entre les sourcils. "Une des leurs ? Tu veux dire qu'elle est infectée ? Comme tout le monde ?" "Plus que ça," répondit Gabriel. "Regardez-la. Elle n'a pas l'air de souffrir. Elle a l'air... extatique. Le virus ne se contente pas de la contraindre. Il la transforme. Il lui fait aimer ce qui lui arrive." Thomas ajouta, le stylo tapotant sur le carnet : "Modification des circuits de récompense. Assoication positive avec les stimuli qui normalement déclencheraient du dégoût ou de la peur. Le sperme. Les pénétrations multiples. L'attention masculine." Nathan leva la tête, son visage pâle, les yeux rougis. "Alors elle est perdue. Comme les autres. Pourquoi on s'intéresse à elle ?" Gabriel se redressa lentement, s'étira, les vertèbres craquant. "Parce qu'elle est une des premières. Une des plus puissantes. Regardez combien d'hommes elle attire. Regardez comment ils s'organisent autour d'elle. Si on veut comprendre le virus... si on veut trouver un moyen de l'arrêter... on a besoin d'étudier les cas extrêmes. Les aimantes." Il fit une pause, regarda ses trois compagnons un par un. "On la sort de là." Leo fronça les sourcils. "La sortir ? Tu es fou ? Il y a cinquante types autour d'elle ! Ils nous déchireront !" "Pas si on est rapides. Pas si on utilise ça." Gabriel se baissa, ouvrit un des sacs à dos, en sortit un petit vaporisateur en plastique blanc avec une étiquette manuscrite : "I-7". "L'inhibiteur. Version diluée, mais ça devrait les désorienter quelques minutes." Thomas se leva, s'approcha de la fenêtre, ajusta ses lunettes. "L'odeur de ses phéromones doit être à un niveau critique. Même avec l'inhibiteur, ça va être dangereux. Pour nous aussi." Gabriel leva le vaporisateur. "On prend nos doses maintenant. On en met sur nos masques." Il sortit de son sac des masques chirurgicaux – des reliques d'une autre époque. "Ça ne bloquera pas tout, mais ça réduira l'exposition." Nathan se leva à son tour, les jambes tremblantes. "Et... et après ? Si on l'attrape ? On fait quoi avec elle ?" "On l'emmène à la cachette. On l'étudie. On voit ce que le virus a fait à son corps. À son esprit." Gabriel parlait avec une détermination froide qui contrastait avec le chaos dehors. "C'est notre mission. Comprendre. Survivre. Trouver un moyen." Leo grogna, mais hocha la tête. "D'accord. Mais si les types deviennent agressifs, je ne reste pas à discuter." Ils se préparèrent rapidement. Mirent les masques. Vaporisèrent l'inhibiteur dessus – une odeur chimique, mentholée, médicinale qui couvrait à peine l'odeur de moisi de l'appartement. Pris chacun une pilule d'inhibiteur oral – petite, blanche, amère. Gabriel vérifia ses armes – une barre de fer d'environ soixante centimètres, lourde, solide. Leo avait une machette, la lame ternie mais toujours tranchante. Nathan avait un couteau de chasse qu'il tenait comme s'il ne savait pas vraiment quoi en faire. Thomas n'avait qu'une lampe torche lourde – une arme improvisée. Ils se regardèrent une dernière fois, dans la pénombre de l'appartement. Quatre hommes contre cinquante. Quatre hommes à moitié protégés contre le virus qui avait détruit le monde. "On y va," dit Gabriel. Ils sortirent de l'appartement, descendirent l'escalier sombre, silencieux, comme des fantômes dans un monde de chair. Scène II : La descente et l'approche L'escalier de l'immeuble sentait l'urine et la pourriture. Quelque part, au deuxième étage, une porte était entrebâillée, d'où sortaient des gémissements rythmiques, des halètements. La vie normale du nouveau monde. Ils sortirent sur le trottoir par une porte latérale, évitant l'entrée principale où deux hommes nus étaient en train de copuler contre le mur, indifférents à tout sauf à leur besoin compulsif. La chaleur du soir les frappa comme un mur. Moins intense qu'en journée, mais toujours lourde, humide, chargée d'odeurs. L'odeur du sperme était particulièrement forte ici, près de la place où Ema était allongée. Ils restèrent un moment dans l'ombre du bâtiment, observant. La scène était encore plus impressionnante de près. La taille de la foule – une soixantaine d'hommes maintenant, certains s'étant ajoutés pendant qu'ils descendaient. La manière dont ils étaient disposés – en cercles concentriques, les plus proches assis ou agenouillés, les plus éloignés debout, tous tournés vers le centre. Et au centre, Ema. Gabriel sentit son estomac se nouer. Même à travers le masque, même avec l'inhibiteur, quelque chose en lui réagissait. Une vibration sourde, primitive. Une attraction qu'il devait combattre activement. Il regarda ses compagnons. Leo serrait la poignée de sa machette jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Nathan respirait trop vite, trop superficiellement, à la limite de l'hyperventilation. Thomas ajustait ses lunettes nerveusement, ses yeux derrière les verres fixant Ema avec une fascination scientifique teintée d'autre chose. "Calme," murmura Gabriel. "Respirez. Concentrez-vous sur la mission. On traverse, on vaporise, on la prend, on repart. Pas de combat si on peut l'éviter." Ils avancèrent. Les premiers hommes qu'ils croisèrent, à la périphérie du groupe, leur jetèrent à peine un regard. Deux hommes assis sur le trottoir, nus, regardant dans le vague, l'air épuisé. Ils levèrent les yeux quand les quatre résistants passèrent, mais ne réagirent pas. Le virus, après l'orgasme, laissait une période de lucidité relative, d'indifférence. Plus ils s'approchaient du centre, plus les hommes étaient nombreux, et plus ils étaient "actifs" – certains se masturbaient doucement en regardant Ema, d'autres chuchotaient entre eux, d'autres la regardaient avec cette expression de dévotion qui glaçait le sang. À dix mètres d'Ema, ils rencontrèrent la première résistance. Un homme d'une quarantaine d'années, nu, musclé, avec des tatouages sur les bras, se leva brusquement quand il les vit approcher. Il se plaça entre eux et Ema, les bras légèrement écartés, dans une posture défensive. "Arrêtez," dit l'homme, sa voix était rauque, tendue. "Elle se repose." Gabriel s'arrêta, leva une main en signe de paix. "On vient l'aider." L'homme secoua la tête. "Elle n'a pas besoin d'aide. Elle est... parfaite. Elle nous a donné. Maintenant elle se repose." Autour d'eux, d'autres hommes commençaient à se lever, à regarder dans leur direction. Une vingtaine d'yeux se fixèrent sur eux. Des expressions qui passaient de l'indifférence à la méfiance. Leo avança d'un pas, sa machette baissée mais visible. "Écarte-toi." L'homme au tatouage ne bougea pas. Au contraire, il se cambra, son pénis qui pendait mou commença à se dresser légèrement – pas de désir cette fois, mais de tension, d'agressivité. "Vous ne la touchez pas." Gabriel comprit qu'ils n'avaient pas le temps. Il sortit le vaporisateur, le leva. "Désolé," dit-il. Il pressa le bouton. Scène III : L'extraction Le vaporisateur émit un jet fin, presque invisible, qui se répandit dans l'air sous forme d'un brouillard microscopique. L'odeur – chimique, métallique, mentholée – se répandit instantanément, se mélangeant aux odeurs de sperme, de sueur, de sexe. L'effet sur les hommes fut immédiat et spectaculaire. L'homme aux tatouages porta une main à son visage, cligna des yeux rapidement, comme s'il venait de recevoir du poivre dans les yeux. Il recula d'un pas, puis deux, l'air désorienté. Autour de lui, les autres hommes réagirent de manière similaire – certains se frottèrent le nez, d'autres firent des grimaces, d'autres secouèrent la tête comme pour chasser une mouche. L'inhibiteur, même dilué, agissait sur les récepteurs olfactifs, brouillant temporairement la perception des phéromones. Pour des hommes dont l'instinct était guidé par ces signaux chimiques, c'était comme éteindre une lampe dans une pièce sombre. Ils perdaient leur centre, leur focalisation. Gabriel profita de la confusion pour avancer. Leo à ses côtés, Nathan et Thomas derrière. Ils atteignirent Ema. De près, c'était encore pire. Ou plus intense. Ou les deux. Elle était allongée sur le dos, les yeux mi-clos, regardant le ciel qui commençait à virer au mauve. Son ventre distendu se soulevait et s'abaissait régulièrement avec sa respiration. Le flot continu de son vagin avait formé une flaque de plusieurs centimètres de diamètre sur la couverture, une flaque qui débordait lentement sur les pavés. Son visage, sous la couche de sperme séché, était d'une beauté éclatante, tragique. Des traits réguliers, harmonieux. Un nez droit, fin. Des pommettes hautes. Des cils longs, maintenant collés par des résidus blanchâtres. Des lèvres pulpeuses, entrouvertes. Elle sentait. Même à travers le masque et l'inhibiteur, Gabriel pouvait sentir son odeur – cette odeur musquée, sucrée, profondément animale qui semblait émaner de chaque pore de sa peau. Une odeur qui parlait directement à la partie primitive de son cerveau, contournant la raison, l'éthique, la morale. Il secoua la tête, chassa la pensée. Se concentra. Il se baissa près d'elle. "On va t'aider," dit-il, sachant qu'elle ne pouvait probablement pas entendre ou comprendre. Il fit signe à Leo et Nathan. Ensemble, ils l'enveloppèrent dans la couverture bleue souillée. Le tissu râpa contre sa peau sensible, elle gémit faiblement – un son qui pouvait être de douleur ou de plaisir. La soulever fut difficile. Elle n'était pas particulièrement lourde (peut-être soixante kilos), mais elle était molle, inerte, et le fait qu'elle était couverte de fluides glissants rendait la prise difficile. De plus, la distension de son ventre changeait son centre de gravité. Ils la prirent à quatre – Gabriel aux épaules, Leo aux pieds, Nathan et Thomas de chaque côté au niveau du bassin. Quand ils la soulevèrent, quelque chose d'extraordinaire se produisit. Un nouveau flot de sperme, plus abondant que les précédents, s'échappa de son vagin. Ce n'était pas un filet. C'était un véritable jet, comme si le fait de la soulever avait fait basculer le contenu de son utérus. Le sperme, tiède, épais, jaillit, arrosa les jambes de Nathan qui poussa un cri étouffé de dégoût. Le liquide coula le long de la couverture, dégoulina sur les mains de Gabriel, tiède, gluant. "Putain," murmura Leo, les dents serrées. Autour d'eux, les hommes commençaient à se remettre de l'effet de l'inhibiteur. Certains se frottaient les yeux, regardaient autour d'eux avec une expression confuse, puis fixaient Ema qu'on emportait, et leur confusion se transformait en grognements, en agitation. "On se casse," dit Gabriel, sa voix tendue. "Maintenant." Ils partirent en direction de la ruelle la plus proche – une ruelle étroite qui débouchait sur la rue de la République à une cinquantaine de mètres, entre une boulangerie au vitrail brisé et une pharmacie aux portes fracturées. Derrière eux, les hommes commençaient à se lever, à avancer. Pas encore en courant, pas encore en mode attaque, mais avec une détermination croissante. Leur déesse, leur virus-mère, leur centre, était en train de leur être enlevée. Gabriel et ses hommes entrèrent dans la ruelle. Scène IV : La ruelle La ruelle était un monde différent. Alors que la rue de la République était large, ouverte, ensoleillée (même en fin de journée), la ruelle était étroite, sombre, oppressante. Large d'à peine deux mètres, bordée de hauts murs en pierre de taille grise (les murs aveugles des arrières d'immeubles), avec des fenêtres grillagées à intervalles irréguliers, certaines ouvertes, d'autres fermées, beaucoup brisées. Le sol était en pavés inégaux, usés au centre par des siècles de passages, avec une rigole centrale pour l'écoulement des eaux – maintenant remplie de détritus, de débris, d'ordures qui n'avaient pas été ramassées depuis des jours. L'odeur y était encore plus concentrée qu'ailleurs – odeur d'urine rance, de pourriture (des poubelles renversées, leur contenu éparpillé), de moisi humide provenant des murs qui ne voyaient jamais le soleil. La lumière y était rare, tamisée. Le soleil du soir n'atteignait le fond de la ruelle que par réflexion sur les façades plus hautes, créant une pénombre gris-bleu, avec des zones d'ombre presque complètes sous les surplombs, dans les renfoncements de portes condamnées. Ils avancèrent d'une vingtaine de mètres, jusqu'à un renfoncement plus large où se trouvait un conteneur à poubelles en métal vert, renversé sur le côté, son contenu – sacs plastique déchirés, restes de nourriture, emballages – répandu sur les pavés. Des mouches bourdonnaient autour, formant un nuage noir et bruyant. "Ici," souffla Gabriel. "On pose-la ici. On voit si on est suivis." Ils déposèrent Ema doucement contre le mur, dans la position la moins inconfortable possible – assise, le dos contre la pierre froide, les jambes étendues devant elle. La couverture, maintenant encore plus souillée, glissa partiellement, révélant son corps nu, couvert de séchages, de marques, brillant faiblement dans la pénombre. Gabriel se retourna, regarda vers l'entrée de la ruelle. Pas de poursuivants immédiats. Les hommes étaient probablement encore désorientés par l'inhibiteur, ou peut-être qu'une fois Ema hors de leur champ de vision direct, l'attraction phéromonale diminuait. Il se retourna vers Ema, retira son masque – l'odeur de l'inhibiteur était trop forte, il avait besoin de respirer. Les autres firent de même. Ils étaient maintenant tous les quatre face à elle, dans la semi-obscurité de la ruelle. Et c'est à ce moment que la réalité les frappa de plein fouet. Scène V : La confrontation avec la beauté dévastée Assise contre le mur, le dos contre la pierre froide, Ema était un spectacle qui dépassait tout ce qu'ils avaient imaginé. La lumière tamisée du soir tombant en oblique dans la ruelle éclairait son corps d'une manière presque cinématographique. Des rais de lumière dorée traversaient la pénombre, frappant ses épaules, ses seins, une partie de son visage, laissant le reste dans l'ombre. Cela créait un contraste saisissant entre les parties éclairées – où on voyait chaque détail, chaque marque, chaque goutte de sperme – et les parties sombres qui restaient mystérieuses, suggérées. Ses cheveux, emmêlés et enduits, tombaient en mèches lourdes sur ses épaules, certaines collant à sa peau. Dans la lumière rasante, on voyait les cristaux de sperme séché qui scintillaient comme de minuscules diamants. Son visage était tourné légèrement vers le haut, les yeux mi-clos, les cils longs projetant des ombres sur ses joues. Ses lèvres entrouvertes laissaient voir un éclat humide à l'intérieur – du sperme encore liquide. De ses commissures, deux minces filets blancs avaient coulé, traçant un chemin sur son menton jusqu'à son cou. Ses seins, lourds, tombants mais fermes, étaient éclairés directement. La croûte de sperme séché qui les recouvrait craquelait comme de l'ancienne peinture, révélant par endroits une peau rose pâle en dessous. Ses mamelons, invisibles sous la couche, devaient être d'une sensibilité extrême – on le devinait à la façon dont sa poitrine se soulevait rapidement avec sa respiration, chaque mouvement semblant provoquer un léger frémissement. Son ventre distendu formait une courbe douce, lisse. Sous la peau tendue, on imaginait la masse liquide à l'intérieur – des litres de sperme, réchauffés à la température de son corps, brassés à chaque mouvement. Quand elle respirait, le dôme se soulevait et s'abaissait avec une régularité hypnotique. Entre ses jambes écartées, son sexe était pleinement visible. Les petites lèvres, tuméfiées, rouge foncé violacé, étaient écartées comme les pétales d'une fleur trop mûre. De l'entrée béante du vagin, un filet continu de fluide blanchâtre s'écoulait. Pas aussi abondant que tout à l'heure, mais constant. Le filet coulait sur ses cuisses intérieures, déjà sillonnées de marques, et s'écoulait sur le pavé où il formait une petite flaque qui reflétait faiblement la lumière. Elle sentait. Même dans la ruelle, même avec les odeurs de pourriture et d'urine, son odeur dominait. Cette odeur musquée, sucrée, animale, qui semblait émaner de chaque pore de sa peau. Une odeur de fertilité à son paroxysme. Une odeur qui parlait directement au cerveau reptilien, aux instincts les plus primitifs. Les quatre hommes la regardèrent. Et dans leur regard, on pouvait voir le combat intérieur. Gabriel, le leader, l'ancien infirmier. Ses yeux bleus balayaient son corps avec une froideur clinique d'abord – évaluant les blessures, les marques, l'état général. Mais cette froideur se fissurait par endroits. Sa pomme d'Adam bougeait quand il avalait sa salive. Ses mains, posées sur ses genoux alors qu'il était accroupi devant elle, tremblaient légèrement. Il luttait. Il avait pris l'inhibiteur, il était protégé, mais elle était trop forte. Trop proche. Trop... réelle. Leo, l'ancien militaire, le dur. Son visage de granit était impassible, mais ses yeux bruns ne quittaient pas son corps. Ils parcouraient chaque courbe, chaque marque, avec une intensité qui n'avait rien de clinique. Ses mains serraient et desserraient le manche de sa machette, ses jointures passant du blanc au rose. Il respirait par le nez, des inspirations courtes, contrôlées, comme s'il retenait quelque chose. Nathan, le jeune, le fragile. Il était le plus affecté. Il s'était reculé contre le mur opposé, à trois mètres d'elle, comme si la distance pouvait le protéger. Ses yeux, grands ouverts, étaient pleins d'horreur, de fascination, de peur, de désir – un mélange contradictoire qui le déchirait visiblement. Il regardait, puis détournait le regard, puis regardait à nouveau. Ses mains tremblaient violemment. Il avait du sperme sur son jean – celui qui avait giclé quand ils l'avaient soulevée – et il regardait cette tache avec dégoût, mais aussi avec une curiosité morbide. Thomas, l'intellectuel. Lui avait sorti son carnet, son stylo. Il prenait des notes, mais ses yeux derrière les lunettes ne quittaient pas Ema. Il notait des observations objectives : "Ventre distendu d'environ 5 cm au-dessus de la symphyse pubienne... Débit vaginal continu estimé à 10 ml/minute... Croûte épithéliale sur les seins suggère au moins 20 éjaculations externes..." Mais sa main tremblait en écrivant. Sa respiration était trop rapide. Et de temps en temps, il s'arrêtait de noter, s'absorbait dans la contemplation, le stylo suspendu au-dessus du papier. Le silence dura peut-être trente secondes. Trente secondes pendant lesquelles le seul bruit était la respiration haletante d'Ema, le léger clapotis du fluide qui coulait d'elle, et le bourdonnement des mouches autour des poubelles. Puis Ema bougea. Elle ouvrit complètement les yeux. Des yeux verts, d'un vert émeraude intense, qui brillaient dans la pénombre avec une lucidité étrange, troublante. Elle regarda autour d'elle, vit les quatre hommes. Son regard passa de l'un à l'autre, sans peur, sans surprise, sans honte. Avec une curiosité presque détachée. Elle essaya de parler. Ouvrit la bouche. Et du sperme en sortit. Pas juste un filet. Une véritable bulle, grosse comme une balle de ping-pong, qui se forma entre ses lèvres, grossit, devint opaque et blanche, puis éclata, laissant couler un flot épais sur son menton. Elle essaya encore. "Je..." Mais le mot fut noyé dans du sperme liquide qui remontait de sa gorge. Elle ferma la bouche, avala avec difficulté. On vit sa pomme d'Adam bouger. Puis elle ouvrit à nouveau la bouche. Cette fois, quelques mots sortirent, étranglés, rauques, mais compréhensibles. "Trop... plein..." dit-elle, et sa voix était usée, cassée par les cris, les gémissements, les fellations. "Bouche... pleine." Puis elle tourna légèrement la tête et cracha. Un jet de sperme épais, blanc, sortit de sa bouche, atterrit sur le pavé à côté d'elle avec un bruit humide. Elle cracha encore. Et encore. Comme si elle vidangeait son estomac, sa gorge, ses sinus. Les quatre hommes la regardaient faire, horrifiés, fascinés. Quand elle eut fini de cracher (ou du moins, quand le flot diminua), elle reprit son souffle, haletante. Puis elle regarda à nouveau Gabriel. "Qui... êtes-vous ?" demanda-t-elle, chaque mot étant un effort. Gabriel se ressaisit. Il prit une respiration profonde, concentra sa volonté, lutta contre l'attraction, contre le désir qui montait en lui malgré l'inhibiteur. "Nous sommes des résistants," dit-il, sa voix plus ferme qu'il ne se sentait. "Nous luttons contre le virus. Nous avons un inhibiteur... mais toi... tu es trop forte." Il fit une pause, cherchant les mots. "Tes phéromones... c'est comme un aimant. Tu attires les hommes. Tu les rends fous. Mais pas juste fous... tu les rends protecteurs. Serviles." Ema écoutait, ses yeux verts fixés sur lui. Elle ne semblait pas surprise. Plutôt... intéressée. Comme si on lui expliquait quelque chose qu'elle savait déjà intuitivement. "Je... je sais," dit-elle, sa voix un peu plus claire maintenant qu'elle avait vidé une partie du sperme de sa bouche. "Ils... viennent. Ils prennent soin. Ils... me remplissent." Elle porta une main à son ventre distendu, le tapota légèrement. Le geste produisit un léger clapotis audible. "Trop plein. Mais... bon." Nathan, depuis son coin, murmura : "Elle aime ça. Elle aime être comme ça." Ema tourna la tête vers lui, le regarda. Ses yeux verts scintillèrent dans la pénombre. "J'aime... le goût," dit-elle, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. "J'aime... être pleine. C'est... c'est ce que je suis maintenant." Thomas écrivit frénétiquement dans son carnet. "Auto-identification avec le statut de réceptacle. Association positive avec les fonctions reproductrices et nutritives du sperme." Gabriel hocha la tête, luttant pour rester concentré sur la mission, sur la raison. "Le virus t'a transformée. Tu es ce qu'on appelle une 'virus-mère'. Tu propages l'infection plus efficacement que quiconque. Les hommes... on a l'instinct de te chouchouter. De te nourrir, te protéger. Mais aussi de... te baiser. Sans cesse." Ema sourit faiblement. Un sourire étrange, triste, extatique. "Oui. C'est... mon rôle." Leo, qui n'avait encore rien dit, parla soudain, sa voix rauque comme du gravier frotté. "Et tu aimes ce rôle ? Tu aimes être une poupée de chair qu'on baise à cinquante ?" La question était brutale, directe. Gabriel lui lança un regard d'avertissement, mais il était trop tard. Ema regarda Leo. Son sourire ne disparut pas. Il s'élargit même légèrement. "Pas... poupée," dit-elle lentement, comme si elle cherchait les mots. "Déesse. Reine. Ils... m'honorent. Ils me... vénèrent. En me remplissant." Elle porta une main à son sexe, passa les doigts sur l'entrée béante, recueillit du sperme frais sur ses doigts. Puis elle porta les doigts à sa bouche, les lécha lentement, avec une expression de plaisir intense, presque sensuel. "Bon," murmura-t-elle. "Toujours bon." Les quatre hommes la regardèrent faire. Nathan détourna le regard, le visage écarlate. Thomas s'arrêta d'écrire, le stylo suspendu. Leo serra si fort le manche de sa machette qu'on aurait pu croire qu'il allait le briser. Gabriel sentit la lutte intérieure atteindre un nouveau paroxysme. La vue d'elle en train de lécher son propre sperme, l'expression de plaisir sur son visage, l'odeur qui semblait s'intensifier... C'était trop. Même avec l'inhibiteur. Il ferma les yeux un instant, se concentra sur sa respiration. Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. Puis il rouvrit les yeux. "On doit t'emmener," dit-il, la voix tendue. "Dans un endroit sûr. Où on pourra t'étudier. Comprendre ce que le virus t'a fait." Ema le regarda, les yeux mi-clos maintenant. "Étudier ? Comme... un animal ?" "Comme une clé," corrigea Gabriel. "Une clé pour comprendre. Pour arrêter tout ça." Il fit un geste vague autour de lui, englobant la ruelle, la ville, le monde. "Dans quelques mois..." continua-t-il, cherchant à la convaincre, à se convaincre lui-même. "Plus de nourriture. Les centrales électriques vont tomber. Les hôpitaux sont déjà morts. L'eau pourrait être contaminée. La civilisation va s'effondrer complètement. On va revenir à l'âge de pierre... mais avec ce virus." Il se pencha légèrement vers elle, captant son regard. "Il faut comprendre. Pour arrêter. Ou au moins survivre." Ema écoutait, son expression devenant plus sérieuse, plus réfléchie. Le plaisir, l'extase, semblaient reculer momentanément, laissant place à une lucidité troublante. "Et... vous ?" demanda-t-elle, son regard passant de l'un à l'autre. "Vous résistez. Mais... je vous sens. Vous voulez aussi. Vous voulez... m'honorer. Comme les autres." La vérité de ses mots frappa les quatre hommes comme un coup de poing. Nathan poussa un gémissement étouffé. Thomas baissa la tête, honteux. Leo grogna, tourna la tête vers le mur. Gabriel, lui, soutint son regard. "Oui," admit-il, et l'aveu lui coûta. "On veut. Le virus en nous le veut. Mais on lutte. On a un inhibiteur. On a... une mission." Ema hocha lentement la tête, comme si elle comprenait parfaitement. Puis elle fit quelque chose d'inattendu. Elle essaya de se lever. Scène VI : La beauté insoutenable et la chute Le mouvement fut lent, laborieux. Elle s'appuya contre le mur derrière elle, posa ses mains plates sur les pierres froides, poussa. Ses bras tremblaient violemment. Ses jambes, quand elle essaya de les plier pour prendre appui, semblaient faites de caoutchouc. Gabriel fit un mouvement pour l'aider, mais s'arrêta à mi-geste. Toucher était dangereux. Toucher pouvait être la fin de sa résistance. Elle réussit finalement à se mettre debout, chancelante, les jambes écartées pour l'équilibre. La couverture tomba complètement, révélant tout son corps nu, magnifique, dévasté, dans la pénombre de la ruelle. Elle était debout. Et debout, c'était encore pire. Ou mieux. Selon le point de vue. Ses seins, lourds, sensibles, se balançaient légèrement avec son mouvement. La croûte de sperme séché craqua par endroits, des morceaux tombant, révélant la peau rose en dessous. Ses mamelons, toujours invisibles, devaient pointer sous la couche. Son ventre distendu était maintenant plus visible – un dôme lisse et tendu qui faisait saillie devant elle. Elle posa une main dessus, comme pour le soutenir, et ce simple geste était d'une féminité écrasante, primitive. Ses hanches larges, généreuses, portaient encore les empreintes violacées des mains d'hommes. Ses cuisses, couvertes de marques, tremblaient sous l'effort de la station debout. Entre ses jambes écartées, le filet de sperme continuait à couler. Maintenant qu'elle était debout, il coulait plus directement, formant un mince ruisseau qui descendait le long de l'intérieur de ses cuisses, traversait ses genoux, coulait sur ses mollets, pour finalement atterrir sur le pavé avec de petits ploc réguliers. Elle était magnifique. D'une beauté à couper le souffle. Une beauté sauvage, primitive, dangereuse. Une beauté qui parlait directement aux instincts les plus bas, les plus profonds, les plus irrépressibles. Les quatre hommes la regardèrent se lever. Et ce fut comme si un cordon invisible, déjà tendu à l'extrême, venait de se rompre. Nathan fut le premier. Il était resté accroupi contre le mur opposé, essayant de se faire petit, invisible. Mais quand Ema se leva, quand il vit son corps entier se révéler dans la pénombre, quelque chose en lui se brisa. Un gémissement étouffé lui échappa. Il porta les mains à son entrejambe, où une érection visible gonflait déjà le tissu de son jean. Ses yeux, grands ouverts, fixaient Ema avec une intensité paniquée, comme s'il regardait à la fois son salut et sa damnation. "Il... je..." balbutia-t-il, sa voix était un murmure brisé. "Je peux pas..." Il se leva brusquement, vacillant. Ses yeux ne quittaient pas Ema. Il fit un pas vers elle, puis un autre. Gabriel tourna la tête vers lui, tendit une main. "Nathan, non ! L'inhibiteur ! Souviens-toi !" Mais Nathan n'entendait plus. Ou n'écoutait plus. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, noires, sans reflet. Sa respiration était devenue saccadée, haletante. Il avait l'air d'un homme en train de se noyer. Il tomba à genoux devant Ema. Pas avec révérence cette fois. Avec urgence. Avec désespoir. Il posa ses mains sur ses cuisses couvertes de sperme. Ses doigts tremblants s'enfoncèrent dans la chair molle, laissant des empreintes roses là où ils pressaient. "Désolé..." murmura-t-il, et des larmes coulaient sur ses joues. "Désolé... je dois... je peux pas résister..." Il baissa son jean à mi-hauteur, juste assez pour libérer son pénis déjà en érection complète – long, mince, le gland violacé luisant de pré-sperme. Il n'y avait pas de préliminaires, pas de douceur, pas de révérence cette fois. Juste l'urgence compulsive du virus qui reprenait le contrôle. Il aligna son pénis avec l'entrée de son vagin, toujours béante, ruisselante. Et poussa. Scène VII : La deuxième session – Le viol résigné Ema, debout contre le mur, ne résista pas. Elle ne pouvait pas. Elle était trop épuisée, trop "pleine", et une partie d'elle voulait ça de toute façon. Quand Nathan la pénétra, elle poussa un gémissement – un mélange de douleur (elle était déjà tellement pleine, tellement sensible) et de plaisir (le virus transformait tout en plaisir). Son corps fut poussé contre le mur, ses seins s'écrasant contre la pierre froide. Nathan dura à peine deux minutes. Des mouvements saccadés, frénétiques, compulsifs. Il la tenait par les hanches, ses doigts s'enfonçant dans les empreintes déjà existantes. Il gémissait, pleurait presque, tout en la prenant avec une brutalité mécanique. "Je voulais pas... je voulais aider..." sanglotait-il entre deux halètements. "Désolé... désolé..." Puis il éjacula. Un grognement animal lui échappa. Il resta enfoui en elle un moment, tremblant, puis se retira brusquement. Son sperme, chaud, liquide, coula immédiatement, se mélangeant à l'océan déjà présent. Nathan resta à genoux devant elle, la tête baissée, pleurant silencieusement, son pénis mollissant déjà. À ce moment, Leo tomba. L'ancien militaire avait lutté plus longtemps. Il s'était tourné vers le mur, avait frappé la pierre du poing jusqu'à ce que ses jointures saignent. Il avait serré les dents si fort qu'on aurait pu les entendre grincer. Mais quand Nathan éjacula, quand l'odeur du sperme frais se mélangea à l'odeur déjà présente, quelque chose céda. Il se retourna brusquement. Ses yeux étaient injectés de sang, ses narines frémissaient. Il ne dit rien. Pas un mot. Juste un grognement profond, guttural, qui venait du fond de sa poitrine. Il s'approcha, écarta Nathan d'une poussée (le jeune homme tomba sur le côté, sans protester). Il prit Ema par les hanches, la fit tourner, la plaqua à quatre pattes sur le sol froid de la ruelle. Les pavés étaient rugueux sous ses mains et ses genoux déjà meurtris. Leo baissa son pantalon, pas complètement, juste assez. Son pénis était impressionnant – court mais très épais, le gland large, violacé. Sans préparation, sans délicatesse, il la pénétra par-derrière. Cette position était plus profonde, plus intense. Leo tenait ses hanches à pleines mains, ses doigts larges s'enfonçant dans sa chair. Il bougeait avec une puissance, une régularité mécanique. Pas de tendresse. Pas de révérence. Juste une efficacité animale. Il grognait à chaque poussée, comme un animal. Ses mouvements étaient puissants, rythmés, destinés à une seule chose : éjaculer le plus vite possible. Le virus était aux commandes, et le virus voulait terminer, vider, marquer. Ema, à quatre pattes, la tête basse, gémissait à chaque poussée. Ses seins se balançaient lourdement sous elle, frottant contre le sol. De sa bouche, un filet de salive mélangée à du sperme coulait, formant une petite flaque sous son visage. Leo dura peut-être trois minutes. Puis il éjacula avec un grognement qui résonna dans la ruelle étroite. Il resta enfoui un moment, puis se retira. À son tour, Thomas céda. L'intellectuel avait observé toute la scène, son carnet et son stylo tombés par terre. Il avait les yeux rivés sur Ema, sur son corps utilisé, sur le sperme qui coulait. Son expression était étrange – un mélange de fascination scientifique et de désir pur. Quand Leo se retira, Thomas s'approcha. Mais pas avec la brutalité des autres. Avec une curiosité presque clinique. Il fit asseoir Ema contre le mur à nouveau (elle était trop épuisée pour résister). Il s'assit lui-même par terre, dos contre le mur opposé, et la fit s'asseoir sur ses genoux, face à lui. Cette position était intime, presque tendre. Il avait son pénis en érection (il avait baissé son pantalon), et elle s'asseyait dessus, le prenant en elle. Mais au lieu de bouger frénétiquement, il resta immobile un moment, la tenant par la taille. Puis il l'embrassa. Un baiser profond, passionné. Sa langue chercha la sienne. Et dans ce baiser, il y eut un échange – le sperme encore présent dans la bouche d'Ema passa dans la sienne. Thomas n'eut pas l'air dégoûté. Au contraire. Il sembla savourer, goûter, analyser. "Salé," murmura-t-il contre ses lèvres, sa voix était étrangement calme, analytique. "Légèrement amer. Notes de... potassium peut-être. Protéines en décomposition." Puis il commença à bouger. Lentement. Rythmiquement. Des mouvements de bassin précis, calculés. Ses mains sur sa taille la guidaient. Il la regardait dans les yeux, comme s'il étudiait ses réactions. "Chaque pénétration déclenche une réponse orgasmique ?" demanda-t-il, comme s'il menait une interview. "La distension utérine augmente-t-elle la sensibilité ?" Ema, trop submergée par les sensations, ne pouvait répondre. Elle gémissait, la tête tombée en arrière. Thomas poursuivit ses mouvements, tout en continuant à parler, à moitié pour lui-même, à moitié pour elle. "L'utérus agit comme un réservoir. Le col doit être dilaté en permanence. Les phéromones sont probablement sécrétées par les glandes de Bartholin, stimulées par la présence de sperme..." Il éjacula finalement, en silence, son corps se raidissant légèrement. Il resta en elle un moment, puis la souleva doucement, la posa à côté de lui. Puis vint Gabriel. Le leader avait regardé ses hommes tomber un par un. Il avait lutté. Il avait serré les poings jusqu'à ce que ses ongles s'enfoncent dans ses paumes, laissant des demi-lunes sanglantes. Il avait fermé les yeux, avait récité mentalement les procédures d'urgence qu'il connaissait par cœur de son temps d'infirmier. Mais rien n'y faisait. Quand Thomas fut fini, Gabriel était le dernier. Le dernier résistant. Le dernier à tenir. Il s'approcha lentement. Ses pas étaient lourds, comme s'il marchait dans de la glu. Ses yeux bleus étaient pleins d'un conflit intérieur déchirant. Il s'agenouilla devant Ema, qui était à nouveau assise contre le mur, les jambes écartées, le souffle court, le corps ruisselant de nouvelles couches de sperme. Il la regarda dans les yeux. Ses yeux à elle étaient verts, brillants, extatiques, pleins de cette lucidité étrange que le virus donnait dans les moments entre les orgasmes. "Je suis désolé," dit Gabriel, et sa voix était chargée d'une émotion vraie, profonde. "Pour tout. Pour ce monde. Pour ce qui t'es arrivé. Pour ce qui va t'arriver." Ema le regarda, ne dit rien. Juste hocha légèrement la tête, comme si elle acceptait ses excuses. Gabriel se pencha, l'embrassa doucement sur le front. Un baiser chaste, presque paternel. Puis il la prit dans ses bras, la tourna, la plaça à quatre pattes. Il baissa son pantalon, aligna son pénis – d'une taille moyenne, normale – avec son vagin. Et il la pénétra. Mais contrairement aux autres, il fut doux. Lent. Il prit son temps. Ses mains sur ses hanches étaient fermes mais pas brutales. Ses mouvements étaient réguliers, profonds, mais pas frénétiques. Il la tenait par la taille, tout en se penchant pour murmurer à son oreille. "Je te promets... on va essayer de t'aider. De comprendre. De te sauver. Toi et les autres." Ema gémissait à chaque poussée, mais ses gémissements étaient différents – moins de douleur, plus de plaisir pur. Gabriel savait comment stimuler, comment faire durer, comment donner du plaisir. Il dura peut-être cinq minutes – le plus long des quatre. Quand il fut proche, il accéléra légèrement, mais garda un rythme contrôlé. Puis il éjacula. Un long gémissement lui échappa – pas un grognement animal, mais un son presque triste, résigné. Il resta enfoui en elle un long moment, tremblant légèrement, ses mains sur ses hanches se relâchant progressivement. Puis il se retira lentement. Scène VIII : L'après dans la ruelle – L'explication entre deux souffles Ils étaient tous les cinq maintenant assis ou allongés dans la ruelle, dans la pénombre de plus en plus profonde du soir. La lumière avait presque complètement disparu, ne laissant que des reflets bleutés sur les pierres les plus hautes. Ema était allongée sur le côté, dans une position fœtale lâche. Son ventre distendu faisait saillie, l'empêchant de se recroqueviller complètement. De son vagin, un nouveau flot de sperme coulait – le mélange des quatre derniers hommes ajouté à l'océan précédent. Le flot était plus épais maintenant, plus blanc, strié de filaments translucides. Sa bouche était entrouverte, et de temps en temps, une bulle de sperme se formait, éclatait. Elle respirait avec difficulté, chaque inspiration étant un petit sifflement. Les quatre hommes étaient assis autour d'elle, à distance variable, habillés à nouveau (ils avaient remonté leurs pantalons), l'air honteux, vide, épuisé. Nathan pleurait silencieusement, le visage caché dans ses mains. Leo regardait le mur opposé, l'expression vide, les mains serrées en poing sur ses genoux. Thomas avait ramassé son carnet et son stylo, mais ne notait plus rien – il regardait le carnet sans le voir, l'air absent. Gabriel était le premier à se ressaisir. Il prit une nouvelle pilule d'inhibiteur de sa poche, l'avala sans eau. Puis il en donna une à chacun de ses hommes. Ils les prirent mécaniquement, sans protestation. L'effet fut lent, mais progressif. Les regards qui s'étaient fixés sur Ema avec cette intensité compulsive commencèrent à se détacher. Les respirations haletantes se calmèrent. La tension dans l'air diminua légèrement. Gabriel s'approcha d'Ema, s'assit près d'elle, mais sans la toucher. "Le virus..." commença-t-il, sa voix était rauque, fatiguée, mais déterminée. "Il a une logique. Une logique biologique, darwinienne. Il protège les plus belles. Les femmes comme toi... vous êtes des 'virus-mères'. Vous propagez l'infection plus efficacement que quiconque." Ema tourna légèrement la tête pour le regarder. Ses yeux verts brillaient dans la pénombre. "Les hommes..." continua Gabriel. "On a l'instinct de vous chouchouter. De vous nourrir, protéger. De vous garder en bonne santé. Parce qu'un hôte en bonne santé propage mieux. Mais aussi... de te baiser. Sans cesse. Parce que chaque pénétration, chaque éjaculation, propage le virus." Il fit une pause, regarda ses mains comme s'il ne les reconnaissait pas. "Nous, on résiste. On a un inhibiteur. Ça bloque les récepteurs. Ça nous donne des moments de lucidité. Mais toi... tu es trop puissante. Tes phéromones traversent la protection. Tu es... l'aimant ultime." Ema essaya de parler. Ouvrit la bouche. Du sperme coula. Elle avala, essaya encore. "Je... je sens," dit-elle, la voix rauque. "Quand... ils regardent. Quand... ils veulent. C'est... chaud. Bon." Thomas releva la tête, intéressé malgré tout. "Association positive. Le virus a recalibré ton système de récompense. Ce qui serait normalement une agression est perçu comme une récompense." Gabriel hocha la tête. "Oui. Et c'est ça le danger. Pour toi. Et pour tout le monde." Il se pencha légèrement vers elle, captant son regard. "Écoute-moi. Écoute bien. Dans quelques mois... les réserves de nourriture vont s'épuiser. Les centrales électriques vont tomber – plus de courant. Les hôpitaux sont déjà morts. L'eau du robinet pourrait être contaminée. Les usines de traitement ne fonctionnent plus." Il parlait lentement, clairement, s'assurant qu'elle comprenne. "La civilisation va s'effondrer complètement. On va revenir à l'âge de pierre... mais avec ce virus. Les gens vont mourir de faim, de soif, de maladie. Les plus forts – ceux qui résistent le mieux au virus, ou ceux qui l'utilisent le mieux – vont survivre. Les autres vont mourir." Ema l'écoutait, ses yeux verts s'élargissant légèrement. Une lueur de compréhension, de peur peut-être, y apparut. "Il faut comprendre," insista Gabriel. "Pour arrêter. Ou au moins survivre. Il y a un labo. Artemis. Isolé, protégé. Ils ont réussi à développer un inhibit SOUS-CHAPITRE 5.4 : L'EXPLICATION ET L'INHIBITEUR Durée : 20h15 à 22h00 – Les tests scientifiques et l'ultime rechute Scène I : La préparation du "laboratoire" d'urgence La grande salle souterraine de l'abri anti-aérien était maintenant divisée en deux mondes distincts, séparés par une frontière invisible mais palpable. D'un côté, près de l'entrée et des zones de stockage, les neuf femmes résistantes – le Dr. Sophie, Clara et les sept autres – préparaient fébrilement ce qui allait servir de zone d'examen médical sommaire. De l'autre côté, regroupés contre le mur opposé, les vingt-huit hommes (les vingt-quatre initiaux plus Gabriel, Leo, Nathan et Thomas) étaient assis ou debout, formant une masse silencieuse, tourmentée, dont les yeux ne pouvaient s'empêcher de revenir sans cesse vers le centre de la pièce. Au centre, sur la table en formica blanc maintenant complètement souillée, Ema était toujours allongée. Elle n'avait pas bougé depuis que le dernier homme s'était retiré d'elle. Elle était un spectacle de désolation absolue et de fécondité pervertie. Sa respiration était ralentie, mais chaque inspiration soulevait son ventre distendu avec difficulté, comme si l'air devait lutter contre les litres de sperme qui comprimaient ses organes internes. Le Dr. Sophie, les mains gantées de latex, disposait des instruments sur une petite table roulante qu'elle avait approchée. L'équipement était hétéroclite, volé dans diverses pharmacies et cabinets médicaux lors de raids de survie : un spéculum métallique stérilisé à la flamme, des pinces hémostatiques, des compresses stériles, des seringues, des tubes à essai, et au centre, un vaporisateur argenté aux lignes épurées qui contrastait avec la rusticité du reste. "Clara, la lampe," dit le Dr. Sophie d'une voix calme, professionnelle, qui semblait vouloir imposer un semblant de normalité dans l'horreur. Clara approcha une lampe chirurgicale à pédale, alimentée par une batterie de voiture. La lumière blanche et crue frappa le corps d'Ema, accentuait chaque détail, chaque contraste : la pâleur cireuse de sa peau contre les marques violacées, la blancheur du sperme séchant contre le rose des muqueuses tuméfiées. L'odeur dans cette zone avait changé. L'eau de Javel utilisée pour nettoyer rapidement le sol autour de la table se mélangeait aux effluves persistantes de sperme et aux phéromones musquées d'Ema, créant un cocktail chimique écœurant. "On va commencer par des mesures de base," annonça le Dr. Sophie, comme si elle s'adressait à des étudiants. "Pouls, pression, température. Ensuite, prélèvements." Elle s'approcha de la tête d'Ema. Les yeux verts, fixes sur le plafond, clignèrent légèrement à l'approche de l'ombre. Le Dr. Sophie posa deux doigts gantés sur la carotide. La peau était moite, froide. "Pouls rapide et faible. Cent trente. Tachycardie compensatoire probable due à l'hypovolémie relative." Elle enroula un brassard de tension artérielle manuel autour du bras d'Ema, qui était marbré d'ecchymoses en forme d'empreintes digitales. "Quatre-vingt-quinze sur cinquante. Hypotension. Choc hypovolémique en développement." Elle prit un thermomètre numérique, le glissa avec précaution dans l'oreille d'Ema. "Trente-huit degrés deux. Fièvre légère. Réaction inflammatoire ou infection débutante." Pendant qu'elle parlait, ses yeux parcouraient le corps allongé, enregistrant, analysant. C'était un corps en crise, poussé au-delà de ses limites physiologiques, mais qui tenait encore, soutenu par les modifications aberrantes du virus. Scène II : Les tests sous observation – La science face à l'abomination "Test un : mesure des émissions phéromonales," annonça le Dr. Sophie. Elle prit sur la table roulante un petit appareil électronique, un détecteur de composés organiques volatils modifié, branché à un ordinateur portable à l'écran fissuré. Elle l'approcha à une trentaine de centimètres de la peau d'Ema, au niveau du cou, puis des aisselles, puis de l'aine. L'écran afficha des courbes qui montaient en flèche, dépassant toutes les échelles prédéfinies. "Concentrations hors normes," commenta Clara, qui regardait par-dessus son épaule. "Même comparé aux autres aimantes qu'on a croisées." "Le ratio des composés est intéressant," ajouta le Dr. Sophie, zoomant sur un graphique. "Prédominance des phéromones de classe alpha, celles associées à l'ovulation et à la fertilité maximale. Le virus a verrouillé son système endocrinien dans un état de pseudo-ovulation permanente." Elle se tourna vers les femmes qui prenaient des notes. "Notez : l'aimante ne présente pas de cycle menstruel normal. Le virus a supprimé les règles pour optimiser la fenêtre de réceptivité. L'utérus est en état de préparation permanente à l'implantation... ou dans ce cas, à l'accumulation." Test deux : prélèvement vaginal. Ce fut l'étape la plus délicate. Le Dr. Sophie approcha le spéculum. L'instrument métallique, conçu pour s'ouvrir doucement et permettre l'examen du col de l'utérus, semblait dérisoire face à l'ouverture béante, tuméfiée, qui laissait déjà s'échapper un flot continu. "Je vais devoir... l'insérer," dit-elle, et pour la première fois, sa voix trahiss une hésitation. Ce n'était pas de la répugnance, mais la conscience aiguë de la douleur qu'elle allait infliger. Elle enduisit le spéculum de gel lubrifiant, puis, avec une main ferme mais posée, commença à l'introduire. Ema, qui était restée silencieuse jusque-là, émit un gémissement rauque, un son qui venait du fond de sa gorge. Son corps se tendit, ses doigts crispés s'agrippèrent au bord de la table. "Pardon," murmura le Dr. Sophie, sans cesser son mouvement. Le spéculum rencontra peu de résistance. Les parois vaginales, distendues à l'extrême, s'écartèrent. Quand le Dr. Sophie actionna la vis pour ouvrir les valves, un jaillissement de sperme pressurisé s'échappa, arrosa sa blouse, le sol, les instruments. Un flot épais, blanc, qui semblait ne jamais devoir s'arrêter. Elle éclaira l'intérieur avec une petite lampe frontale. Son visage, habituellement si contrôlé, afficha une expression de profonde stupéfaction. "Le col..." dit-elle, voix empreinte d'incrédulité. "Il est dilaté. Complètement. Au moins huit centimètres. Comme en travail actif avancé. Mais ce n'est pas un fœtus... c'est du sperme. Il remplit la cavité utérine. Je vois des bulles, des strates." Elle préleva un échantillon avec une longue pipette, aspira une vingtaine de millilitres de liquide blanchâtre qu'elle transféra dans un tube à essai. Le liquide était hétérogène – des parties plus liquides, transparentes, d'autres épaisses, granuleuses, avec des petits amas blanchâtres. "Microscopie directe," ordonna-t-elle. Clara prépara une lame, déposa une goutte, la couvrit d'une lamelle, et la plaça sous l'un des microscopes. Le Dr. Sophie se pencha, ajusta la mise au point. "Incroyable," souffla-t-elle après un moment. "Les spermatozoïdes sont toujours mobiles. Une partie d'entre eux, du moins. Ils nagent dans un milieu riche en glucose, en protéines... ce ne sont pas seulement des sécrétions vaginales. L'endomètre utérin sécrète activement des nutriments. Le virus a transformé l'utérus en... en incubateur. En milieu de culture." Elle se releva, les yeux brillants d'une horreur fascinée. "Le virus ne se contente pas d'utiliser le sperme comme vecteur. Il l'utilise comme nourriture. L'utérus absorbe les nutriments, métabolise les protéines pour alimenter l'hôte et la production de phéromones. C'est une symbiose... monstrueuse." Test trois : réponse neurologique. Le Dr. Sophie prit un petit marteau à réflexe, tapota le tendon sous la rotule d'Ema. La jambe tressauta nettement. "Réflexes ostéo-tendineux préservés. Le virus n'a pas endommagé les voies motrices principales." Elle approcha une plume stérile de la plante de son pied, traça une ligne. Les orteils se recroquevillèrent vers le bas. "Réflexe cutané plantaire en flexion. Pas de signe d'atteinte des voies pyramidales." Elle se pencha alors près du visage d'Ema. "Ema. Pouvez-vous me serrer la main ?" Les yeux verts clignèrent. Une main tremblante se souleva légèrement de la table, les doigts se refermèrent faiblement autour des doigts gantés du médecin. "Force musculaire diminuée, mais présente," nota le Dr. Sophie. "La conscience est intacte. L'altération du comportement est purement chimique, limbique. Les centres de la peur, du dégoût, sont court-circuités. Les centres de la récompense sont suractivés." Elle se tourna vers ses notes. "Conclusion : le sujet conserve ses fonctions neurologiques de base. La transformation est essentiellement neuro-endocrinienne et comportementale. Le 'moi' est toujours là, mais emprisonné dans un système de récompense qui célèbre sa propre destruction." Pendant qu'elle parlait, du coin de l'œil, elle surveillait les hommes regroupés à l'autre bout de la salle. Une tension montait. Une agitation sourde. Comme un chaudron qui commence à frémir avant de bouillir. Scène III : La quatrième rechute – la faille dans le protocole La cause de l'échauffement fut banale, presque stupide. Lucas, vingt-deux ans, l'un des plus jeunes résistants, chargé de la surveillance des stocks d'eau, avait oublié de prendre sa dose d'inhibiteur. L'heure était passée, la routine perturbée par l'arrivée d'Ema, le chaos qui avait suivi. Dans le stress, il avait oublié la petite pilule blanche qui le maintenait à flot. Les premiers symptômes étaient subtils. Une transpiration plus abondante. Une difficulté à détacher son regard d'Ema. Une érection gênante qui poussait contre son jean. Il se frotta les yeux, secoua la tête, essaya de se concentrer sur les bouteilles d'eau qu'il comptait. Mais les chiffres dansaient devant ses yeux, remplacés par l'image du corps d'Ema allongé sur la table, de son ventre distendu, de ses seins recouverts de sperme. Il geignit, un son faible, animal. Ses mains lâchèrent la bouteille qu'il tenait. Elle tomba sur le sol de béton avec un bruit mat et roula. À quelques mètres de lui, un autre homme, Antoine, la quarantaine, sentit le changement. Ce n'était pas conscient. C'était comme un courant dans l'air, une vibration. Il tourna la tête vers Lucas, vit son expression, son corps tendu, et quelque chose en lui répondit. Son propre inhibiteur, pris à l'heure, était solide, mais pas imperméable à la contagion émotionnelle, à l'excitation collective. Il fit un pas vers Lucas. Puis un autre. Autour d'eux, d'autres hommes relevèrent la tête. L'air, déjà saturé de phéromones, semblait s'épaissir davantage. La présence d'un homme en train de succomber agissait comme un catalyseur, affaiblissant la résistance des autres. Le Dr. Sophie, penchée sur son microscope, leva les yeux juste à temps pour voir Lucas s'avancer d'un pas chancelant vers la zone centrale. "Non," murmura-t-elle. "Clara, l'inhibiteur ! Vite !" Mais c'était déjà trop tard. Le point de bascule était franchi. L'effondrement en chaîne, deuxième acte. Lucas ne marchait plus, il avançait en titubant, comme un somnambule. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, noires, sans reflet. Une bave épaisse coulait du coin de sa bouche. Il avait déjà ouvert sa braguette, sorti son pénis en érection. Derrière lui, Antoine le suivait, puis un troisième, un quatrième. Pas tous les vingt-huit cette fois, mais un noyau dur d'une dizaine d'hommes dont la résistance, déjà mise à mal par la première session, cédait complètement. Gabriel, qui observait depuis près de la table de commandement, se dressa d'un bond. "Contenez-les !" Leo, Nathan et Thomas, ainsi que quelques hommes encore lucides, se jetèrent en avant pour faire barrage. Mais ils étaient moins nombreux, et ils luttaient eux-mêmes contre la tentation. Leurs mouvements étaient lents, hésitants. La scène qui suivit fut brève, brutale, et d'une obscénité presque chirurgicale. Les dix hommes en transe atteignirent la table. Ils ne formèrent pas de file cette fois. L'urgence était trop grande, l'organisation primitive du virus balayée par la frénésie de la rechute. Premier assaut : Lucas, le déclencheur, se jeta littéralement sur Ema. Il n'y eut aucune délicatesse, aucune révérence. Il écarta ses jambes déjà grandes ouvertes, et sans même aligner correctement son pénis, poussa, entra d'un seul coup profond. Ema hurla – un cri de douleur pure, aiguë, qui déchira l'air de la salle souterraine. Réaction des autres : Au lieu de le repousser, comme l'auraient fait les hommes sous l'influence complète du virus protecteur, les autres se ruèrent. Un deuxième homme tenta de forcer son pénis dans sa bouche, la saisissant par les cheveux pour lui maintenir la tête. Un troisième se mit à cheval sur sa poitrine, éjaculant sur ses seins en quelques secondes de mouvements saccadés. C'était du viol pur, simple, sans le vernis de "soin" que le virus imposait habituellement. Les inhibiteurs partiels avaient créé un état hybride, dangereux – le désir compulsif était là, mais les instincts protecteurs étaient affaiblis. Ema se débattait faiblement, ses bras frappant l'air, ses jambes donnant des coups. Ses cris étaient étouffés par le pénis dans sa bouche. Ses yeux, grands ouverts, exprimaient une terreur que le virus n'arrivait plus à transformer complètement en plaisir. C'était la douleur brute, la violation extrême. Les femmes résistantes hurlèrent, tentèrent d'intervenir. Clara saisit Lucas par les épaules, essaya de le tirer en arrière. Il la repoussa d'un coude, sans même la regarder. L'intervention de la force : Leo, enfin, réagit avec la violence de l'ancien militaire. Il ne tenta pas de raisonner. Il frappa. Son poing s'écrasa sur la tempe d'Antoine, qui s'effondra. Il attrapa Lucas par le cou, le tira violemment en arrière, le projetant au sol. Nathan et deux autres hommes encore lucides maîtrisèrent les autres agresseurs. La scène dura moins de deux minutes. Mais elle laissa des traces. Ema, sur la table, sanglotait maintenant, des hoquets secs qui secouaient son corps épuisé. Du sang frais se mêlait au sperme sur ses lèvres – elle s'était mordue la langue ou l'intérieur de la joue. Son sexe saignait aussi légèrement – une déchirure superficielle probablement. Le calme revint, lourd, chargé de honte et d'horreur. Les agresseurs, maintenant maîtrisés, reprenaient conscience, leurs yeux exprimant une confusion horrifiée. Lucas, allongé par terre, pleurait à chaudes larmes. Gabriel s'approcha de la table, le visage décomposé. "Désolé... je... on a échoué." Le Dr. Sophie, blême mais déterminée, s'était déjà remise au travail. Elle nettoyait les blessures avec des compresses stériles. "Ce n'est pas de votre faute. La combinaison inhibiteur partiel et phéromones à ce niveau crée un état dangereux. Il faut quelque chose de plus fort. Il faut le protocole B." Elle se tourna vers la table roulante, vers le vaporisateur argenté. Scène IV : L'arrivée de l'inhibiteur puissant – le "Souffle de Clarté" Le vaporisateur en question n'était pas un objet banal. C'était un prototype, l'un des rares à avoir été extrait d'un laboratoire de recherche pharmaceutique lors des premiers jours du chaos. Son corps était en aluminium brossé, avec un réservoir en verre teinté bleu où l'on voyait un liquide clair, presque incolore. Il était équipé d'un embout réglable, d'un compte-gouttes intégré et d'un petit écran LCD affichant la pression interne. Clara l'apportait comme on apporte un objet sacré. "Protocole B. Le 'Souffle de Clarté'. Trois unités seulement ont été synthétisées. Celle-ci est la dernière." Le Dr. Sophie prit le vaporisateur avec une précaution extrême. "Composition : un analogue de la naltrexone modifié pour cibler spécifiquement les récepteurs V9, combiné à un bloqueur olfactif à large spectre et à un anxiolytique à action rapide. Administration par inhalation pour une diffusion systémique immédiate." Elle s'approcha d'Ema, mais ne pointa pas le vaporisateur directement sur elle. Elle commença par vaporiser dans l'air autour de la table. Une fine brume, presque invisible, se répandit. Elle sentait... neutre. Pas d'odeur mentholée ou chimique prononcée. Juste une fraîcheur subtile, comme l'air après la pluie en haute montagne. L'effet sur l'air fut immédiat. L'odeur écrasante de phéromones, de sperme, sembla s'atténuer, comme si un filtre venait d'être activé. Ce n'était pas qu'elle disparaissait, mais elle devenait... distante. Moins pressante. Puis le Dr. Sophie vaporisa directement sur Ema. D'abord sur son visage – un léger nuage qui enveloppa ses traits. Ema inspira par réflexe, et son corps se raidit légèrement. Puis sur son torse, son ventre, enfin, avec précaution, sur son sexe et ses cuisses. À chaque vaporisation, Ema réagissait. Un frisson. Un clignement des yeux plus rapide. Sa respiration, haletante, commença à se calmer, à devenir plus régulière, plus profonde. L'effet sur les hommes fut spectaculaire. Ceux qui étaient encore debout, agités, semblaient frappés par une vague de torpeur. Leurs érections diminuèrent visiblement. Leurs regards, qui s'étaient fixés sur Ema avec une intensité brûlante, devinrent flous, perdirent leur focalisation. Certains clignèrent des yeux, secouèrent la tête comme pour chasser une illusion. Ceux qui étaient assis par terre, honteux, relevèrent la tête, l'air soudain plus lucide, plus présent. Lucas, qui pleurait encore, s'arrêta net, regarda autour de lui avec une expression de complète incompréhension, comme s'il venait de se réveiller d'un cauchemar dont il avait oublié le contenu. L'air de la salle changea. La tension sexuelle palpable, compulsive, se dissipa, remplacée par une atmosphère de stupeur, de honte, et d'une fatigue immense. Le Dr. Sophie observait attentivement Ema. Elle posa une main sur son front. "La température semble baisser légèrement. La tachycardie aussi. L'effet est rapide." Elle se tourna vers Clara. "Monitorez les paramètres vitaux toutes les cinq minutes. Je vais vérifier les récepteurs phéromonaux." Elle reprit le détecteur, l'approcha à nouveau d'Ema. Les courbes sur l'écran avaient chuté de manière drastique. Elles n'étaient pas à zéro – les phéromones étaient toujours produites, toujours émises – mais leur puissance, leur portée, semblait considérablement diminuée. "L'inhibiteur agit comme un leurre," expliqua-t-elle aux autres femmes. "Il occupe les récepteurs olfactifs, les saturant avec une molécule neutre. Et il bloque les récepteurs V9 dans le cerveau, empêchant la cascade de neurotransmetteurs qui mène à l'excitation compulsive." Elle regarda Ema. Les yeux verts étaient maintenant grands ouverts, clairs, et ils regardaient autour d'eux avec une expression radicalement différente. Scène V : La lucidité retrouvée – l'horreur dans le miroir de la dégoulinance Ema cligna plusieurs fois, lentement. Sa poitrine se souleva dans un soupir profond, qui se transforma en une quinte de toux sèche. Elle toussa, et du sperme résiduel jaillit de sa bouche, atterrissant en gouttes sur son menton, sa poitrine. Elle ne tenta pas de l'essuyer. Elle tourna simplement la tête, et son regard rencontra celui de Gabriel, qui se tenait près d'elle, le visage empreint d'une inquiétude et d'une culpabilité profondes. "Je..." commença-t-elle, et sa voix était changée. Moins rauque, moins éteinte. Elle était faible, mais claire, et chargée d'une émotion nouvelle : la confusion. "Je... où... ?" "Vous êtes en sécurité," dit Gabriel, mais les mots sonnaient faux dans cette salle souterraine, entourée d'hommes qui venaient de la violer, devant son corps couvert de séquelles. Ema baissa les yeux. Lentement, elle leva une main tremblante devant son visage. Elle vit la peau souillée, les traces de sperme séché, les petites coupures, les ecchymoses. Ses doigts se refermèrent lentement. Puis son regard descendit le long de son corps. Elle vit ses seins, recouverts de cette croûte blanchâtre. Son ventre, énorme, distendu, tendu comme un ballon. Elle posa sa main dessus. La sensation sous ses doigts était étrange – ferme, liquide, lourde. Elle appuya légèrement, et un nouveau flot de sperme s'échappa d'elle avec un gargouillis audible. Elle retira sa main comme si elle s'était brûlée. Ses yeux s'élargirent. La réalité, dans toute son horreur, semblait la frapper en pleine conscience. "Qu'est-ce que... c'est ?" murmura-t-elle, et sa voix était maintenant empreinte d'une terreur naissante. "C'est du sperme," dit le Dr. Sophie, se penchant pour entrer dans son champ de vision. Sa voix était douce, mais clinique. "Une accumulation importante dans votre utérus et votre vagin. Conséquence des... événements." Ema la regarda, les yeux brillants d'une incompréhension douloureuse. "Événements ?" Gabriel prit la parole, sa voix basse, grave. "Vous avez été... utilisée. Par beaucoup d'hommes. Ici, et avant. Dans la rue. Vous vous souvenez ?" Ema ferma les yeux. Son visage se contracta. Des images devaient défiler – des flashes, des sensations. La foule d'hommes. Les mains sur elle. Les pénétrations. Les gémissements. Le plaisir. Le plaisir. Son visage exprima un conflit déchirant. L'horreur de se souvenir, mais aussi... une trace de ce plaisir, attachée au souvenir même. Le virus était toujours là, tapi dans ses circuits neuronaux. L'inhibiteur le muselait, mais ne l'avait pas effacé. "Je... je me souviens," dit-elle enfin, d'une voix à peine audible. "Mais... c'était... bien. C'était... ce que je voulais." Puis elle ouvrit les yeux, et cette fois, ils étaient pleins d'une horreur lucide. "Mais... je ne veux pas ça. Pas comme ça. Pas... ça." Son regard redescendit sur son ventre distendu. "Le virus vous a fait croire que vous le vouliez," expliqua le Dr. Sophie. "Il a remodelé vos désirs. Vos récompenses. Ce qui serait normalement une agression, une violation, devient... satisfaisant. Désirable." Ema hocha la tête lentement, comme si elle comprenait intellectuellement, mais pas viscéralement. Puis elle fit quelque chose d'inattendu. Elle porta de nouveau sa main à son ventre, mais cette fois, elle appuya plus fermement, explorant la forme, la consistance. Une expression étrange passa sur son visage – de la dégoût, oui, mais aussi... de la curiosité. De la fascination. "Ça... bouge ?" demanda-t-elle, étonnée. "C'est le liquide," corrigea le Dr. Sophie. "Quand vous bougez, ça se déplace. C'est... physiologique." Ema retira sa main, la regarda. Elle était couverte d'un film humide, blanchâtre. Elle la porta lentement à son nez, renifla. Son visage se plissa légèrement, mais sans l'expression de dégoût pur qu'on aurait attendue. "Ça sent... fort," dit-elle. "Métallique. Salé. Mais... pas mauvais." Elle la porta ensuite à ses lèvres, effleura le bout de ses doigts avec sa langue. Un geste machinal, presque réflexe. Le goût sembla la surprendre. Elle cligna des yeux. "C'est... le goût," murmura-t-elle. "Je connais ce goût. Je... j'aime ce goût." L'aveu la fit frémir. Elle secoua la tête violemment, comme pour chasser la pensée. "Non. Je... je ne devrais pas. C'est... c'est du sperme. De... combien d'hommes ?" "Des dizaines," répondit Gabriel, la voix empreinte de pitié. "Peut-être une centaine depuis hier." Ema ferma les yeux, une larme coula, traçant un sillon propre dans la saleté de sa joue. "Une centaine..." Puis elle ouvrit les yeux, et son regard croisa à nouveau celui de Gabriel. "Et vous ? Vous... vous en faites partie ?" Gabriel baissa la tête, honteux. "Oui. Deux fois. Dans la ruelle. Et ici. Je... je n'ai pas pu résister. L'inhibiteur... face à vous, il n'était pas assez fort." Ema le regarda longuement. Son expression n'était pas de colère, ni même d'accusation. C'était de la tristesse. De la compréhension. "Le virus..." dit-elle. "Il vous contrôle, vous aussi. Même en luttant." Gabriel hocha la tête, incapable de soutenir son regard plus longtemps. Le Dr. Sophie intervint, ramenant la conversation vers le médical. "L'inhibiteur que je viens d'utiliser est plus puissant. Il devrait vous donner plusieurs heures de lucidité complète. Mais Ema... il ne guérit pas. Il masque les symptômes. Le virus est toujours en vous. Et votre corps... il est transformé." Elle fit un geste vers son ventre. "Cette distension est dangereuse. Il faut évacuer une partie de ce liquide. Sinon, risque de compression rénale, de détresse respiratoire." Ema regarda son ventre, puis le Dr. Sophie. "Évacuer ? Comment ?" "Par une sonde. Une aspiration douce. Ce sera... inconfortable." Ema hocha la tête d'un air résigné. "Faites-le." Scène VI : L'évacuation et la conversation dans la dépouillement La procédure fut réalisée avec les moyens du bord. Le Dr. Sophie inséra un cathéter urinaire stérile, mais au lieu de le diriger vers la vessie, elle le guida doucement à travers le col dilaté jusque dans la cavité utérine. À l'autre extrémité, Clara tenait une grande seringue de 60 ml, sans aiguille, attachée au cathéter. Le Dr. Sophie aspira lentement. Le liquide qui remonta dans la seringue était épais, laiteux, strié de grumeaux plus épais. Elle en préleva une soixantaine de millilitres, puis une autre, puis une autre. À chaque aspiration, le ventre d'Ema diminuait légèrement, devenait moins tendu. Elle gémissait à chaque fois, mais c'était des gémissements de gêne, de pression, pas de douleur aiguë. Au total, ils évacuèrent près de deux litres. Le ventre d'Ema redevenait simplement très gonflé, plutôt que grotesquement distendu. La pression sur son diaphragme diminua, et sa respiration devint nettement plus facile, plus profonde. Pendant ce temps, la conversation continua, étrangement calme, presque banale, au milieu de l'horreur. "Vous parliez d'un laboratoire," dit Ema, regardant Gabriel qui restait près d'elle. "Artemis. C'est votre espoir ?" Gabriel s'assit sur un tabouret près de la table. "C'est plus qu'un espoir. C'est une réalité. Un complexe de recherche bio-médicale de haut niveau, construit dans les années 2000 pour étudier les pandémies. Isolé, autonome en énergie, avec des réserves pour des années. L'équipe qui y travaillait a survécu. Ils ont développé les premiers inhibiteurs. Celui que vous venez de recevoir est leur dernière version." "Et ils veulent... m'étudier ?" demanda Ema. "Oui. Pour comprendre. Les aimantes comme vous sont la clé de la propagation exponentielle. Si on comprend comment le virus vous modifie, comment il utilise votre corps comme amplificateur... on pourrait trouver un moyen de bloquer cette amplification. Peut-être même un vaccin. Ou un antidote." Ema réfléchit, ses yeux sur le plafond de béton. "Et pour y aller ?" "Deux jours de marche. À travers la campagne. C'est risqué. Mais ici... vous n'êtes pas en sécurité. Et nous non plus. Vous êtes comme un aimant. Vous allez continuer à attirer les hommes, encore et encore, jusqu'à ce que... jusqu'à ce que votre corps cède." Ema ferma les yeux. "Et si j'y vais... qu'est-ce qui m'attend ? D'autres examens ? D'autres... prélèvements ? D'autres hommes qui... ne pourront pas résister ?" Gabriel hésita. "Je ne mentirai pas. Oui. Des examens. Des études. Et... le risque que des hommes, même là-bas, soient attirés. Mais ils ont des installations de confinement. Des chambres isolées. Des inhibiteurs plus puissants. Et surtout... ils ont un but. Guérir. Pas juste utiliser." Ema resta silencieuse un long moment. La seule dans la salle souterraine, avec ses blessures, son corps souillé, son ventre encore plein, mais maintenant lucide, terriblement lucide. "Je veux aider," dit-elle finalement, sa voix ferme malgré sa faiblesse. "Je ne veux pas... finir comme ça. Et je ne veux pas que le monde finisse comme ça. Si mon... mon état peut servir à quelque chose. À comprendre. À arrêter cette chose... alors oui. J'irai." Elle tourna la tête vers Gabriel. "Mais j'ai une condition." "Laquelle ?" "Je veux... comprendre aussi. On me dit ce qu'on découvre. On ne me traite pas juste comme un échantillon. Comme une chose." Gabriel hocha la tête. "C'est promis." Le Dr. Sophie, qui avait fini l'évacuation, s'essuyait les mains. "Il faudra vous nettoyer. Vous nourrir. Vous reposer quelques heures. Puis on partira à l'aube." Ema regarda son corps, les résidus de sperme, de sang, de saleté. "Nettoyer... oui." Mais même en disant cela, une partie d'elle, une partie profonde, transformée, ressentait une étrange réticence. La saleté, le sperme... c'était une preuve. Une marque. La marque de ce qu'elle était devenue. L'effacer... c'était comme effacer une partie d'elle-même. Scène VII : La préparation au départ et la dernière tentation Le nettoyage fut une épreuve en soi. Impossible de la déplacer vers une douche – il n'y en avait pas. Les femmes résistantes apportèrent des bassines d'eau tiède (chauffée sur le réchaud à gaz), des linges propres, du savon doux volé dans une pharmacie. Elles travaillèrent avec une sollicitude qui contrastait avec la brutalité des heures précédentes. Clara lava doucement ses cheveux, rinçant les mèches emmêlées de sperme séché. Une autre femme nettoya son visage, essuyant le masque de résidus. Une troisième s'occupa de son torse, de ses bras. Mais quand vint le moment de nettoyer son ventre et son sexe, Ema tendit la main. "Laissez," dit-elle, doucement. "Je... je vais le faire." Elles lui donnèrent un linge humide et se reculèrent, respectant sa pudeur soudaine, ou son besoin de contrôle. Ema prit le linge, le regarda un moment. Puis elle le passa sur son ventre, encore arrondi, tendre. L'eau chaude ramollissait les croûtes, les traces. Elle frotta doucement, voyant la peau rose réapparaître peu à peu sous la saleté. C'était sa peau. Son corps. Mais transformé. Différent. Elle descendit plus bas. Les linges passèrent sur ses cuisses, sur les marques, les morsures. Elle les nettoya mécaniquement, sans émotion visible. Puis elle arriva à son sexe. Elle s'arrêta, le linge suspendu au-dessus de la zone tuméfiée, ruisselante encore d'un fluide clair maintenant que le sperme épais avait été évacué. Elle respira un grand coup, puis essuya doucement. La sensation était étrange. Une douleur sourde, une sensibilité extrême. Mais aussi... une familiarité. Cette partie d'elle avait été tellement utilisée, tellement sollicitée, qu'elle semblait presque ne plus lui appartenir. C'était une zone érotique devenue zone de service, de fonction. Elle finit de nettoyer, jeta le linge souillé dans un seau. Pendant ce temps, les hommes, sous l'effet persistant de l'inhibiteur puissant, avaient repris leurs activités normales, ou du moins, une apparence de normalité. Certains vérifiaient les armes, d'autres emballaient des provisions pour le voyage, d'autres enfin dormaient, épuisés par l'effort physique et la lutte psychologique. Mais les regards, parfois, se perdaient vers elle. Pas avec l'avidité compulsive d'avant, mais avec une fascination troublée, une attirance résiduelle que l'inhibiteur étouffait mais n'éliminait pas. Nathan fut l'un de ceux qui s'approchèrent une dernière fois. Il avait l'air d'un enfant perdu. Il s'agenouilla près de la table, pas trop près, à distance respectueuse. "Ema..." dit-il, sa voix brisée. "Je... je suis désolé. Pour tout. Pour... ce que j'ai fait. Ce que nous avons tous fait." Ema le regarda. Son visage jeune, ravagé par la culpabilité. Elle ne trouva pas de colère en elle. Juste de la pitié. "Ce n'était pas vous," dit-elle doucement. "C'était le virus. En vous. Et en moi." Nathan secoua la tête, des larmes aux yeux. "Mais une partie de moi... une partie voulait. Voulait vraiment. Vous êtes si... belle. Même maintenant." Il tendit une main hésitante, comme pour effleurer son bras, mais s'arrêta avant de la toucher. "Je voulais vous protéger. Vous aider. Et j'ai fini par... faire partie du problème." Ema soupira. "On est tous le problème, maintenant. Et peut-être... la solution." Il hocha la tête, incapable d'ajouter autre chose. Il resta agenouillé un moment, puis se releva et s'éloigna, les épaules voûtées. La préparation au départ avançait. Des sacs à dos étaient remplis : nourriture, eau, inhibiteurs, armes, matériel médical. Une civière pliante fut sortie – au cas où Ema ne pourrait pas marcher. Elle, pendant ce temps, était assise au bord de la table, enveloppée dans une couverture propre. On lui avait donné à manger – des biscuits énergétiques, une boîte de fruits au sirop. Elle mangeait lentement, mécaniclement. La nourriture normale avait un goût fade, étrange, comparée au goût intense, salé, métallique du sperme auquel son palais s'était habitué. Elle finit par reposer la boîte. "Je ne peux plus," dit-elle à Clara, qui veillait sur elle. "C'est... ça n'a pas de goût." Clara la regarda, compatissante. "Votre système s'est adapté à un autre type de nutrition. Ça reviendra. Il faut forcer." Ema secoua la tête, but une gorgée d'eau à la place. L'eau, au moins, était neutre. C'est alors que Leo s'approcha. L'ancien militaire, le dur, avait quelque chose de changé. Son visage était moins fermé, moins dur. Il avait une expression presque... tendre. Une tendresse terrible, coupable. Il ne dit rien d'abord. Il resta debout à quelques pas, la regardant. Puis il fit ce que personne n'avait fait depuis qu'elle avait retrouvé sa lucidité : il s'approcha, et doucement, il posa une main large et calleuse sur son ventre, à travers la couverture. Ema sursauta, mais ne le repoussa pas. Leo la regarda dans les yeux. "C'est lourd ?" demanda-t-il, sa voix rauque plus douce que d'habitude. Ema hocha la tête. "Oui. Comme... comme si j'avais avalé un ballon de plomb." Leo hocha la tête à son tour. Sa main resta un moment, comme s'il cherchait à sentir, à comprendre. Puis il la retira. "Demain, on marche. Ce sera dur. Mais je serai là. Je vous porterai si il le faut." Ema le regarda, surprise par cette promesse, par cette douceur inattendue. "Pourquoi ?" Leo détourna le regard, fixa le mur derrière elle. "Parce que... vous valez mieux que ça. Que ce qui vous est arrivé. Et parce que..." Il fit une pause, cherchant ses mots. "... parce que quand je vous ai prise, dans la ruelle, et ici... une partie de moi, une partie qui n'est pas le virus, a... a vu quelque chose. De la beauté. De la force. Même dans... ça." Il fit un geste vague vers elle, vers la table souillée, vers tout ce qu'elle représentait. Ema sentit une boule se former dans sa gorge. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça. Pas depuis l'effondrement. Pas depuis que le virus l'avait transformée en cela. "Merci," murmura-t-elle. Leo hocha la tête, tourna les talons et s'éloigna, rejoignant les préparatifs. La nuit avançait. Dans l'abri souterrain, les lampes LED furent baissées pour économiser les batteries. Une semi-obscurité bleutée enveloppa la salle. La plupart des gens essayaient de dormir, de reposer leurs corps et leurs esprits meurtris avant l'épreuve du voyage. Ema était allongée sur un lit de camp qu'on avait dressé pour elle, loin de la table souillée. Elle était propre, couverte, mais le sentiment... la sensation intérieure était toujours là. Le vide étrange dans son ventre partiellement évacué, mais toujours présent. La sensibilité exacerbée entre ses jambes. Le goût résiduel dans sa bouche. Et surtout, la conscience. Terrible, lucide, douloureuse. La conscience de ce qu'elle était devenue. De ce qu'on lui avait fait. De ce qu'elle avait laissé faire, avait même encouragé, désiré. Elle ferma les yeux, essayant de trouver le sommeil. Mais les images revenaient. Les visages des hommes. Leurs mains. Leurs corps. Leurs gémissements. Le sien. Et au milieu de l'horreur, une petite flamme persistante de plaisir, de satisfaction, qui refusait de s'éteindre, même maintenant, sous l'effet de l'inhibiteur. Le virus était toujours là. Tapis. Patient. Elle n'était pas guérie. Elle était juste... en pause. Et demain, le voyage commencerait. Vers un laboratoire, vers l'espoir. Vers plus d'examens, plus d'études. Vers peut-être, un jour, une solution. Ou vers plus de la même chose. Elle ne savait pas. Mais elle avait choisi d'essayer. Elle tourna la tête sur l'oreiller mince, regarda dans la pénombre les formes endormies des hommes et des femmes autour d'elle. Ses sauveurs. Ses violeurs. Ses compagnons d'infortune. Elle ferma les yeux, et finalement, l'épuisement l'emporta. Dans son sommeil, elle rêva. Pas de viol, pas de foule. Elle rêva qu'elle était propre, habillée, et qu'elle marchait dans une rue normale, avec des gens normaux, et que personne ne la regardait deux fois. Et dans ce rêve, elle se sentait incroyablement, terriblement seule. CHAPITRE 4 — LE VILLAGE DES REINES **Sous-chapitre 7.2 : Le Cercle de Soumission Instantané** Le silence était si absolu qu’Ema entendait le battement de son propre cœur dans ses oreilles, un rythme sourd et précipité qui résonnait dans la cage de ses côtes. Autour d’elle, dans un rayon de cinquante mètres, la foule était pétrifiée. Trois cents personnes, peut-être plus, nues ou à demi-vêtues, toutes les pupilles dilatées, tous les regards braqués sur ce point unique au centre du cercle : elle. **L’espace** était devenu une arène organique. La place centrale du village, large de trente mètres environ, était dallée de vieilles pierres grises usées par le temps. Au centre, un bassin à sec, orné d’une statue de pierre effritée – une nymphe aux seins érodés par les intempéries, qui semblait maintenant observer la scène avec un air de parenté ironique. Les maisons en pierre ocrée, aux volets de bois bleu ou vert défraîchis, formaient un amphithéâtre naturel autour de cette scène. L’air sentait la poussière chaude, l’herbe sèche des jardins négligés, et maintenant, surtout, **elle** : ce mélange écrasant de musc, de sucre vanillé et de fertilité animale qui émanait de chaque pore de sa peau comme un parfum de pouvoir. **Les résistants** étaient les premières sentinelles de ce nouveau règne. Ils formaient un petit cercle intérieur, à moins de cinq mètres d’elle. - **Nathan**, à sa gauche, était agenouillé sur les pavés chauds. Ses genoux étaient écorchés, mais il ne semblait pas le sentir. Son corps maigre, vêtu seulement d’un jean déchiré, était penché en avant, les mains à plat sur ses cuisses. Son visage pâle, habituellement nerveux, était lisse, presque enfantin. Ses yeux verts étaient grands ouverts, sans aucune pensée visible derrière, seulement une attente patiente et un désir si simple qu’il en était presque touchant. Un filet de salive brillante pendait du coin de sa bouche entrouverte et tremblait au rythme de sa respiration rapide. - **Leo** se tenait debout à sa droite. L’ancien militaire était une colonne de chair et de muscles tendus. Pieds nus sur le sol, il portait un pantalon de treillis militaire déchiré au genou et taché de boue séchée. Son torse nu, large et velu, luisait de sueur qui ruisselait le long des plaques de muscles de son abdomen. Sa cicatrice sur la joue gauche, une balafre blanche et irrégulière, semblait plus pâle que jamais contre sa peau bronzée. Ses mains, énormes et calleuses, étaient légèrement ouvertes à ses côtés, les doigts légèrement recourbés comme s’ils cherchaient déjà à saisir quelque chose – ou à servir. Son regard bleu acier était fixe, perçant, mais il n’y avait plus de calcul dedans. Seulement une attention totale, une disponibilité complète. Un chien de garde attendant l’ordre d’attaquer ou de se coucher. - **Gabriel et Thomas** étaient côte à côte, légèrement en retrait par rapport aux deux autres, comme s’ils formaient un deuxième rang de conseillers. Gabriel, avec ses lunettes à monture fine qui reflétaient le soleil, avait les traits encore marqués par la fatigue et la tension des jours précédents, mais toute la lutte intérieure avait fui son visage. Ses yeux bleus fatigués fixaient Ema avec une clarté étrange, une soumission intellectuelle qui semblait presque plus profonde que celle, purement instinctive, des autres. Il avait les bras croisés sur son torse, mais ce n’était pas un geste défensif. C’était une posture d’attente. Thomas, à ses côtés, semblait plus jeune, plus vulnérable sans sa carapace d’analyse permanente. Il tripotait nerveusement le bas de son t-shirt sale, mais son regard ne quittait pas Ema non plus. C’était le regard d’un élève fasciné par son professeur, d’un fidèle devant son idole. **Les femmes** – Clara et le Dr Sophie – se tenaient un peu à l’écart, près du bassin à sec. Clara avait les mains jointes devant sa bouche, ses yeux bruns larges et humides. Elle secouait la tête lentement, comme incapable de comprendre ce qu’elle voyait, mais incapable aussi de détacher son regard. Le Dr Sophie, plus rigide, les bras croisés fermement, observait avec l’intensité d’un scientifique devant un phénomène inexplicable. Mais ses lèvres étaient légèrement entrouvertes, et son souffle était visiblement accéléré. Elles étaient sous l’emprise, mais différemment. Fascinées, attirées par le centre de gravité qu’Ema était devenue, mais pas obéissantes au même degré absolu. Et puis, au-delà de ce noyau, **le village**. Des hommes et des femmes de tous âges, certains nus, d’autres en sous-vêtements, d’autres encore en vêtements de travail souillés. Ils sortaient lentement des ruelles adjacentes, des portes qui grinçaient, des jardins potagers. Ils avançaient sans se presser, mais avec une détermination qui glaçait le sang – ou qui, dans le cas d’Ema, le faisait bouillir. Ils venaient se joindre au cercle extérieur, élargissant le diamètre de l’arène humaine minute après minute. Leurs visages étaient vides de toute expression hostile. Juste une attention profonde, une soumission immédiate. Pour les hommes, le désir était visible, physique, leurs sexes en érection sous leurs vêtements ou à l’air libre. Pour les femmes, c’était une fascination mêlée d’une attirance confuse et d’un instinct de service. Au centre de tout cela, **Ema**. Elle était debout, les pieds nus sur les pierres chaudes, vêtue seulement du pantalon de survêtement trop large et du t-shirt fin déchiré qui collait à sa peau moite. Ses longs cheveux châtains, sales et emmêlés, lui tombaient dans le dos et sur les épaules. Elle pouvait sentir leur poids, leur chaleur. Mais ce n’était rien comparé à ce qui se passait **en elle**. La peur initiale – ce réflexe de petite proie entourée de prédateurs – avait fondu comme neige au soleil, consumée par une réaction bien plus puissante. Son **virus-mère** ne percevait pas de menace. Il percevait de la **soumission**. Et il se délectait. Une vibration profonde, presque audible pour elle seule, s’était mise à bourdonner dans son bas-ventre. Là où son utérus transformé résidait. Ce n’était pas une douleur. C’était une pulsation de plaisir anticipé, de **faim** reconnue et satisfaite d’avance. Son ventre, vidé et plat depuis l’expulsion de la nuit précédente, se serra doucement, comme un estomac qui grogne. Mais la faim n’était pas dans son estomac. Elle était plus bas, plus profond. Une faim de matrice. Une faim organique, cellulaire, pour la substance masculine, pour le **sperme** qui était à la fois la marque de sa domination et la nourriture vitale de son être altéré. Cette faim s’accompagnait d’une **excitation sexuelle** si aiguë qu’elle en avait les jambes molles. Une chaleur humide et familière avait commencé à suinter entre ses cuisses, imbibant la mince couche de tissu de son pantalon. Ses mamelons, déjà durs et sensibles sous le t-shirt, frottaient douloureusement contre le tissu à chaque léger mouvement de sa respiration. Elle avait envie d’être touchée. Pénétrée. Remplie. Mais plus encore que la faim ou l’excitation, il y avait **l’ivresse**. Une ivresse de pouvoir si pure, si nouvelle, qu’elle lui donnait le vertige. Elle les regardait tous, ces visages tournés vers elle. Ils n’attendaient pas de lui faire du mal. Ils attendaient **ses ordres**. Sa permission. Son bon vouloir. *Ils sont à moi*, pensa-t-elle, et la pensée lui envoya un frisson électrique de la nuque jusqu’au coccyx. *Tous à moi.* Un sourire naquit au coin de ses lèvres pulpeuses. Un vrai sourire, le premier depuis… elle ne savait plus. Le silence dura encore une minute entière. Une minute où l’on n’entendait que le léger vent dans les feuilles des tilleuls bordant la place, et le bruit collectif de centaines de respirations synchronisées. Puis Ema bougea. Elle ne dit rien d’abord. Elle fit un pas en avant. Un pas simple, mesuré, qui résonna faiblement sur la pierre. Le cercle entier sembla retenir son souffle. Elle s’avança vers le premier rang – ses résistants. Ses sujets les plus proches. Sa cour immédiate. Son regard parcourut leurs visages, lentement, savourant chaque détail de leur soumission. Elle s’arrêta devant **Nathan**. Le plus fragile. Le plus prompt à succomber. Le plus facile à modeler. Il leva les yeux vers elle. Ses yeux verts étaient des lacs limpides de dévotion absolue. La salive brillait sur son menton. Il tremblait légèrement, mais pas de peur. D’excitation contenue. Ema tendit sa main droite. Ses doigts étaient fins, pâles, encore propres. Elle les posa sur la joue brûlante et moite de Nathan. Sa peau était douce, malgré la barbe naissante. Il ferma instantanément les yeux et pencha la tête dans sa paume avec un gémissement étouffé, presque un sanglot de bonheur. Il frotta sa joue contre sa main comme un chat affamé de caresses. « Nathan », dit-elle. Sa voix. Elle était différente. Plus grave. Plus veloutée. Elle portait sans effort dans le silence. Ce n’était pas la voix d’une fille de dix-neuf ans. C’était la voix d’une souveraine. Nathan ouvrit les yeux, les noyant dans les siens. « Déshabille-moi », ordonna-t-elle. Les mots étaient simples. Directs. Il n’y avait pas de place pour le doute. Nathan obéit. Ses mains, longues et fines, se levèrent. Elles tremblaient violemment, mais leur mouvement était sûr. Il attrapa le bord inférieur du t-shirt déchiré d’Ema. Le tissu était humide de sueur, collant à sa peau. Il commença à le soulever, lentement, avec une révérence qui frisait le sacrilège. Le tissu glissa sur son ventre plat, révélant la peau pâle et douce de son abdomen, le nombril discret. Il passa sur la courbe basse de ses seins, et Nathan ralentit encore, comme s’il savourait chaque centimètre carré de peau découvert. Puis les seins apparurent. Ils étaient lourds, pleins, avec une rondeur parfaite qui semblait défier la gravité malgré leur poids. Les aréoles, larges et d’un brun rosé, étaient déjà ourlées de chair granuleuse. Les mamelons, d’un brun plus foncé, étaient dressés, durs et sensibles, pointant droit vers le ciel. Un murmure collectif, un souffle de centaines de poitrines, parcourut la foule. Nathan leva le t-shirt plus haut, le faisant passer par-dessus la tête d’Ema. Ses longs cheveux châtains s’éparpillèrent dans un désordre odorant, tombant sur ses épaules et ses seins nus. L’air de l’après-midi, tiède et chargé de son propre parfum, caressa sa peau nue. Elle eut un léger frisson. Ce n’était pas de la honte. C’était de l’excitation. De l’exposition triomphale. Elle laissa tomber le t-shirt, qui forma une petite touffe de tissu gris à ses pieds. Elle était maintenant nue jusqu’à la taille, ses seins offerts aux regards de tous, pointant fièrement, les mamelons si durs qu’ils faisaient mal. Nathan la regardait, la bouche ouverte, les yeux brillants de larmes d’émotion. Son propre sexe était visiblement tendu contre son jean. « Continue », dit Ema, d’une voix calme. Nathan s’agenouilla à nouveau, cette fois devant son bassin. Ses doigts tremblants attrapèrent la cordelière du pantalon de survêtement. Il tira sur le nœud, le défit. Puis il attrapa les bords du pantalon, aux hanches d’Ema. Il tira vers le bas. Le tissu glissa sur ses hanches arrondies, révélant la courbe douce de son pubis, couvert d’une toison châtaine soyeuse et frisée, plus foncée que les cheveux de sa tête. Le pantalon descendit le long de ses cuisses fermes, révélant des jambes longues et pâles, aux mollets bien dessinés. Quand le tissu fut au niveau de ses genoux, Ema leva un pied, puis l’autre, pour s’en débarrasser complètement. Nathan retira le pantalon et le posa soigneusement à côté du t-shirt. Ema était maintenant complètement nue. Au centre de la place. Sous le soleil. Devant trois cents paires d’yeux. Sa nudité n’était plus une vulnérabilité. C’était une **déclaration**. Un uniforme. La tenue de la Reine dans son royaume de chair et de désir. Elle se tenait droite, les épaules légèrement en arrière, le ventre rentré, les seins haut perchés. Sa posture n’était pas provocante. Elle était **impériale**. La faim en elle, qui s’était calmée un instant pendant le déshabillage, revint en force, accompagnée d’un désir si aigu qu’elle en eut le souffle coupé. Son sexe était humide, chaud, et elle sentait les petites lèvres légèrement gonflées, prêtes. Elle regarda Nathan, toujours à genoux devant elle, son visage à la hauteur de son pubis. « Lèche-moi », ordonna-t-elle. Sa voix n’avait pas besoin d’être forte. L’autorité y était absolue. Nathan n’hésita pas une microseconde. Il se pencha en avant, et sa langue sortit, large, rose et humide. Il ne plongea pas directement. Il commença par un lent coup de langue le long de l’intérieur de sa cuisse droite, remontant progressivement vers son pubis. Le contact était chaud, humide, doux. Ema frissonna. Puis sa langue atteignit les lèvres externes de son sexe. Elle les écarta doucement, puis glissa la pointe de sa langue dans le sillon déjà ruisselant de son propre fluide. Ema poussa un soupir rauque. La sensation était divine. Habile, dévouée, parfaitement au service de son plaisir à elle. Nathan léchait avec application, explorant chaque pli, chaque zone sensible, comme un serviteur dévoué nettoyant un objet sacré. Il suçait doucement son clitoris, déjà dur et sensible, faisant jaillir en elle une vague de plaisir qui lui fit plier légèrement les genoux. Il inséra deux doigts fins en elle, tout en continuant à lécher, à sucer, fouillant doucement son intérieur déjà détendu et avide. Ema laissa sa tête tomber en arrière, les yeux fermés, savourant. C’était bon. Mais ce n’était **pas** la chose principale qu’elle voulait. La faim de sperme, celle de son virus, grondait en elle, plus forte que le plaisir de la langue. « Assez », dit-elle après une minute peut-être, la voix un peu haletante. Nathan s’écarta immédiatement, comme si on l’avait frappé. Il resta à genoux, sa bouche et son menton brillants de son fluide, le regard empli d’une interrogation inquiète. Avait-il mal servi ? « C’était bien », dit-elle, apaisante. « Mais j’ai besoin de plus. » Son regard se tourna alors vers **Leo**. L’homme massif, le roc, le garde. « Leo », appela-t-elle. Il fit un pas en avant, immédiatement. Ses pieds nus firent un bruit mat sur la pierre. « Allonge-moi », ordonna-t-elle. « Et prépare-toi. » Leo hocha la tête, un simple mouvement du menton. Ses yeux bleus ne quittaient pas son visage. Il s’approcha d’elle, et sans un mot, il passa un bras derrière ses genoux et l’autre derrière son dos, sous ses omoplates. Ses mains, vastes et calleuses, enveloppèrent complètement ses cuisses et son torse. Il la souleva comme si elle était une plume. Ema se laissa faire, s’abandonnant à sa force. Elle posa un bras autour de son cou musculeux, sentant la chaleur et la sueur de sa peau. Il sentait le cuir, la terre, et une odeur masculine brute et non lavée qui, dans ce contexte, était excitante. Il la porta sur dix mètres, s’éloignant du centre exact de la place, vers une zone plus ombragée près du bassin à sec. Là, le sol était recouvert d’une herbe rase et sèche, mais plus douce que la pierre. Il s’agenouilla d’abord, puis la déposa délicatement sur le dos sur cette petite étendue verte. L’herbe crissa sous son poids, piquant légèrement sa peau nue. Ema était maintenant allongée, le dos sur le sol, la tête tournée vers le ciel bleu pâle, entre les branches des tilleuls. Autour d’elle, le cercle humain s’était déplacé pour se recentrer sur cette nouvelle position. Les visages formaient toujours un dôme autour d’elle, bloquant une partie de la lumière, créant une intimité paradoxale au milieu de la foule. Leo se releva et se déshabilla rapidement. Il était déjà presque nu. Il défit la ceinture de son treillis, le fit glisser sur ses hanches puissantes et ses cuisses massives, et le jeta de côté. Il était maintenant complètement nu lui aussi. Son corps était une sculpture de muscles travaillés par l’entraînement militaire et les récentes épreuves. Large d’épaules, torse en V, abdomen strié malgré son âge. Une toison noire et épaisse couvrait son pubis, d’où émergeait son sexe. Il était impressionnant. Long, très épais, veiné, déjà totalement en érection, la tête violacée et luisante de pré-sperme. Il était courbé légèrement vers le haut. Une arme parfaite. Il se mit à genoux entre ses jambes, qui étaient restées légèrement écartées dans la position où il l’avait déposée. Ema leva la tête pour le regarder. Il attendait, ses mains posées sur ses propres cuisses, les muscles de ses bras tendus. « Vous tous », dit Ema, en élevant la voix pour s’adresser aux quatre résistants – Nathan, Leo, Gabriel, Thomas, qui s’étaient tous rapprochés et formaient maintenant un demi-cercle immédiat autour d’elle, à genoux dans l’herbe. « Vous allez me servir. Maintenant. Vous allez me nourrir. » Leurs yeux brillèrent d’une excitation renouvelée. L’ordre était clair. C’était à la fois une permission et une directive. « Nathan », dit-elle, revenant au premier. « Tu commences. Viens. Prends-moi. Pas comme tout à l’heure. Pour de bon. » Nathan, qui s’était rhabillé mentalement d’une certaine dignité après son service à la langue, perdit à nouveau toute contenance. Une expression de joie pure et bestiale déforma ses traits juvéniles. Il se débarrassa de son jean en quelques gestes brusques, le jetant derrière lui. Il était mince, presque maigre, son sexe était droit, de taille moyenne, déjà ruisselant à son tour. Il se positionna entre ses cuisses, qui s’écartèrent davantage pour l’accueillir. Il prit son membre dans une main et le guida à l’entrée de son sexe, déjà largement ouvert, brillant et humide des attentions de sa langue et de son propre désir. Il poussa. La pénétration fut douce, facile, mais profonde. Nathan était mince, mais il avait une certaine longueur. Ema sentit la tête de son sexe glisser le long de ses parois internes, frottant juste au bon endroit. Elle laissa échapper un long soupir. Ce n’était pas la première fois, loin de là. Mais c’était la première fois où **chaque sensation** était filtrée, amplifiée, par le contexte. Elle regardait le visage de Nathan au-dessus d’elle. Ses traits étaient déformés par une extase qui était à moitié physique, à moitié spirituelle. Il la regardait avec une adoration si totale que c’en était presque comique. Ses mains se posèrent sur ses hanches, mais elles ne serrèrent pas, ne la clouèrent pas au sol. Elles se contentaient de reposer là, tremblantes, comme pour prendre contact avec la divinité qu’il pénétrait. **Il la prenait, mais c’était elle qui lui avait donné la permission.** Cette pensée, cette réalité tangible, lui envoya une décharge de plaisir si intense qu’elle crispa les orteils et arqua le dos. Un petit gémissement lui échappa. Nathan commença à bouger. Des mouvements lents, profonds, exploratoires au début. Chaque poussée était mesurée, comme s’il cherchait à maximiser son plaisir à elle. Il regardait son visage, lisant ses réactions, ajustant son angle, sa profondeur. Ema se laissa emporter. La faim en elle grandissait à chaque va-et-vient. Elle sentait la pression monter en lui, la promesse de l’éjaculation. C’était cela qu’elle voulait. La substance. La nourriture. « Plus vite », haleta-t-elle, les yeux mi-clos. Nathan obéit. Son rythme s’accéléra, devenant plus régulier, plus mécanique. Sa respiration devint saccadée, des petits grognements lui échappant à chaque poussée. Il perdait le contrôle, mais même dans cette perte de contrôle, il gardait les yeux sur elle, comme un fil à sa dévotion. Ema sentit l’orgasme monter en elle, rapide, insistant. La combinaison de la stimulation physique et de l’ivresse du pouvoir était trop forte. « Dans moi », cria-t-elle soudain, les yeux grands ouverts, le fixant. « Donne-le moi ! Maintenant ! » Ce fut comme si elle avait appuyé sur un bouton. Nathan poussa un cri étranglé, ses mouvements devinrent saccadés, désordonnés. Il s’enfonça en elle une dernière fois, profondément, jusqu’à ce que leurs pubis se heurtent. Il resta là, immobilisé, le corps parcouru de tremblements violents. Ema sentit le premier jet. C’était chaud. Liquide. Abondant. Une pulsation forte et régulière qui remplissait son vagin, inondant les parois, atteignant son col de l’utérus légèrement entrouvert. Son utérus transformé se contracta de plaisir, accueillant avidement la première offrande. Nathan gémit, un son continu et brisé, tandis qu’il déversait tout ce qu’il avait en elle. Cela semblait durer une éternité. Puis les pulsations ralentirent, s’espacèrent, et finalement cessèrent. Il resta enfoui en elle, pantelant, la tête baissée sur sa poitrine, comme épuisé par un effort surhumain. Ema respirait profondément, savourant la sensation de plénitude chaude et liquide en son sein. C’était bon. Mais ce n’était qu’un début. « Bien », murmura-t-elle. « Maintenant, laisse la place. » Nathan, comme un somnambule, se retira d’elle. Son sexe, ramolli et couvert de leur mélange de fluides, glissa hors d’elle avec un bruit humide. Un flot de sperme blanc et crémeux suivit immédiatement, coulant sur ses lèvres et sur l’herbe sèche. Il s’écarta en chancelant, pour être immédiatement remplacé. **Leo** était déjà là. L’homme massif s’agenouilla entre ses jambes sans un mot. Son sexe imposant, toujours aussi dur, luisait dans la lumière tamisée. Il regarda Ema droit dans les yeux, une question silencieuse dans son regard bleu. Elle hocha la tête. « Vas-y. Fort. » Un léger sourire – le premier qu’elle lui voyait – étira les lèvres fines de Leo. C’était un sourire de prédateur heureux d’avoir reçu l’autorisation de chasser. Il ne fut pas doux. Il ne fut pas brutal non plus, dans le sens où il ne cherchait pas à lui faire mal. Mais il fut **direct**. **Puissant**. **Écrasant**. Il prit ses hanches dans ses énormes mains et les souleva légèrement du sol, ajustant l’angle. Puis, sans autre préliminaire, il entra en elle. Ema cria. Ce n’était pas un cri de douleur. C’était un cri de surprise face à la taille, à la force, à la **présence** de l’homme. Son pénis épais et long la pénétra avec une fermeté implacable, écartant des muscles déjà détendus mais confrontés à une circonférence bien plus grande. Il alla jusqu’au fond en une seule poussée profonde et continue. Le souffle d’Ema fut expulsé de ses poumons. Elle était pleine. Terriblement, merveilleusement pleine. Il semblait occuper tout l’espace en elle, touchant des parois que Nathan n’avait pas atteintes. Puis il commença à bouger. Son rythme était régulier, profond, imperturbable. Chaque va-et-vient était une affirmation de sa force et de sa soumission à la fois. Il la prenait avec toute la puissance de son corps de soldat, mais chaque mouvement était au service de **son** plaisir à elle. Il regardait son visage, ajustait la force de ses poussées en fonction de ses réactions. La sensation était écrasante, enveloppante. Ema sentit un autre orgasme monter en elle, plus profond, plus viscéral que le premier. La force brute de Leo, canalisée et offerte à elle, était un aphrodisiaque incroyable. « Oui… comme ça… », haleta-t-elle, les mains agrippant l’herbe sèche de chaque côté de son corps. Leo grogna en réponse, accéléra légèrement. Ses mains sur ses hanches la maintenaient fermement, l’empêchant de bouger, la forçant à recevoir chacune de ses poussées de plein fouet. Ema jouit en criant à nouveau, son corps se cambrant violemment sous lui, son vagin se contractant en spasmes rapides et puissants autour de son membre. Leo sentit les contractions et perdit à son tour le contrôle. Avec un grognement rauque qui ressemblait presque à un rugissement, il s’enfonça une dernière fois en elle, profondément, et explosa. L’éjaculation de Leo fut différente. Plus volumineuse. Plus pressante. Comme si son corps tout entier se vidait en elle. Ema sentit le flot chaud et abondant inonder son intérieur déjà rempli, ajoutant une nouvelle couche de substance à celle de Nathan, pressant contre les parois de son utérus qui se dilatait doucement pour l’accueillir. Cela dura longtemps. Très longtemps. Leo resta enfoui en elle, déversant sans relâche, jusqu’à ce que finalement, épuisé, il s’affaisse légèrement sur elle, son poids colossal l’écrasant doucement contre le sol. Il resta ainsi un moment, respirant fort dans son cou, son sexe encore à l’intérieur d’elle, pulsant doucement des derniers restes. Puis il se retira, lentement, avec un bruit humide et obscène. Un nouveau flot de sperme, encore plus abondant, s’écoula d’elle, formant une petite flaque blanchâtre sur l’herbe entre ses cuisses. Leo s’écarta, titubant, pour laisser la place au suivant. **Thomas** s’avança. L’intellectuel. L’homme qui analysait tout. Il était nu maintenant lui aussi, son corps mince et pâle contrastant avec la masse de Leo. Son sexe était d’une longueur respectable, mince et droit. Son visage était empreint d’une concentration intense, comme s’il s’apprêtait à réaliser une expérience cruciale. Il ne se précipita pas. Il s’agenouilla d’abord près de sa tête. « Ma Reine », murmura-t-il, sa voix étonnamment douce. « Puis-je ? » Il désigna sa bouche de la main. Ema, haletante, couverte de sueur et de sperme, le regarda. L’idée de goûter, d’avoir cette autre forme de soumission, l’excita. Elle ouvrit la bouche. Thomas hocha la tête, reconnaissant. Il se positionna à genoux au-dessus de son visage, son sexe à quelques centimètres de ses lèvres. Ema tendit la langue et fit le premier mouvement, léchant la tête déjà luisante. Le goût salé, musqué, lui parvint. C’était la saveur de la soumission, de l’offrande. Elle ouvrit plus grand la bouche. Thomas poussa doucement, glissant dans sa bouche chaude. Il ne la prit pas brutalement. Il se contenta de déposer son membre dans cet autre sanctuaire, se contentant d’y aller et venir lentement, doucement, tandis que sa langue et ses lèvres travaillaient. Pendant ce temps, ses mains se posèrent sur ses seins, les caressant, pinçant doucement les mamelons déjà hypersensibles. Ema gémit autour de son sexe, la double stimulation – bouche et seins – faisant monter en elle une nouvelle vague de désir. Elle suçait avec application, sentant son membre durcir encore plus dans sa bouche. Au bout d’une minute, Thomas se retira de sa bouche. « Je… je vais… », haleta-t-il, les yeux brillants. « Dans ma bouche », ordonna Ema, les lèvres brillantes de salive. « Je veux le goûter. » Thomas acquiesça, incapable de parler. Il se repositionna, guida son membre à ses lèvres, et après deux ou trois poussées rapides, il se raidit et explosa. Le sperme de Thomas avait un goût différent. Plus amer, plus âcre peut-être. Il jaillit au fond de sa gorge en pulsations chaudes. Ema avala avidement, sentant la substance chaude descendre dans son œsophage, nourrissant son virus d’une autre manière. Quand il eut fini, Thomas se retira, chancelant, laissant un filet blanc au coin de sa bouche. Ema lécha ses lèvres, savourant le goût résiduel. Puis elle tourna la tête vers le dernier. **Gabriel**. Le leader. L’homme qui avait voulu la sauver d’elle-même. Il était debout, nu, la regardant. Son visage était un masque de conflit résolu. Toute trace de lutte avait disparu. Il n’y avait plus que de la détermination. Une détermination de serviteur. Il s’agenouilla entre ses jambes écartées. Son sexe était imposant lui aussi, bien proportionné, solide. Il regarda longuement son sexe, rouge, luisant, ouvert, ruisselant des offrandes des autres. « Ma Reine », dit-il, sa voix grave et calme. « Permets-moi de te servir à mon tour. » Ema sourit. Un vrai sourire, chargé de triomphe. « Ser-moi, Gabriel. Remplis-moi. Fais de ton désir une offrande. » Gabriel inclina la tête, comme devant un ordre royal. Puis il se pencha et, avec une lenteur presque cérémonielle, il entra en elle. Sa pénétration fut différente de toutes les autres. Lente. Profonde. **Réfléchie**. Chaque centimètre qu’il avançait semblait être un acte de dévotion calculé. Il la regardait fixement dans les yeux pendant qu’il la pénétrait, et dans son regard bleu fatigué, elle pouvait lire la capitulation totale. L’acceptation. Le chef était devenu le serviteur. Le sauveur était devenu l’offrande. Quand il fut pleinement enfoncé, il resta immobile un moment, comme pour savourer la sensation, ou pour lui permettre de savourer la sienne. Puis il commença à bouger. Un rythme lent, régulier, profond. Chaque poussée était mesurée, précise, visant à lui donner du plaisir. Il utilisait tout son savoir-faire, toute son intelligence, maintenant mise au service de son corps à elle. Ema ferma les yeux, submergée par l’émotion de ce triomphe absolu. Elle sentait son plaisir monter à nouveau, nourri par la signification de l’acte autant que par la stimulation physique. « Plus vite », murmura-t-elle. Gabriel obéit, son rythme s’accéléra, devenant plus urgent. Sa respiration s’emballa. Il perdait le contrôle, mais même dans cela, il restait élégant. Ema sentit son propre orgasme approcher, énorme, catastrophique. « Maintenant, Gabriel ! Donne-le moi ! » Gabriel poussa un cri étouffé, un son qui était à moitié souffrance, à moitié extase. Il s’enfonça une dernière fois en elle, et elle sentit le jet chaud de son sperme se mêler aux autres, inondant son utérus déjà plein à craquer. Il resta en elle pendant de longues secondes, déversant tout ce qu’il avait, gémissant son nom encore et encore comme une litanie. Puis, finalement, il se retira, vidé, abattu, transcendé. Ema resta allongée sur l’herbe, haletante, le ventre plein et lourd, le corps couvert de sueur, de sperme, de fluides. Elle était épuisée physiquement, mais électrifiée mentalement. Elle venait de prendre ses quatre premiers sujets, de les marquer, de les **posséder** dans l’acte le plus intime. Et elle savait que ce n’était que le début. Elle ouvrit les yeux et leva la tête. La foule était toujours là, silencieuse, respectueuse. Les hommes, excités, attendaient. Les femmes regardaient avec une fascination renouvelée. Elle étendit un bras, désignant la file qui commençait déjà à se former instinctivement parmi les hommes du village. « J’ai encore faim », annonça-t-elle d’une voix qui, malgré la fatigue, portait clairement. « Apportez-moi vos offrandes. » Et la procession commença. Elle dura plus d’une heure. Homme après homme, jeune ou vieux, fort ou faible, ils s’avançaient, s’agenouillaient, et servaient leur Reine. Certains la prenaient rapidement, fonctionnellement, ne cherchant qu’à décharger en elle. D’autres lui demandaient, par un regard, s’ils pouvaient utiliser sa bouche, ses mains, entre ses seins. Beaucoup voulaient simplement éjaculer sur elle – marquer sa peau de leur substance. Elle les laissait faire. Elle dirigeait parfois. « Ici », disait-elle en tapotant son ventre déjà arrondi. « Là », en désignant ses lèvres entrouvertes. Elle goûtait chaque offrande. Le sperme frais et salé sur sa langue était une nourriture divine, une confirmation de son pouvoir. Son ventre se gonfla progressivement. Doucement d’abord, puis visiblement, alors que dizaine après dizaine, les charges s’accumulaient dans son utérus-réservoir. Il devint tendu, légèrement convexe, une courbe douce et pleine sous le soleil. Sa peau devint une carte blanche et luisante, couverte d’éclaboussures blanches qui séchaient au soleil pour être recouvertes par de nouvelles couches fraîches et chaudes. Ses cheveux furent collés par des filets épais. Ses cils alourdies par des gouttelettes blanches. Elle était transformée en une idole vivante de fertilité et de pouvoir. Et pendant toute cette heure, elle ne cessa de jouir. Parfois, de petits orgasmes rapides, des secousses électriques déclenchées par une pénétration particulièrement habile ou par la vue d’un nouvel homme s’agenouillant devant elle avec une dévotion absolue. Parfois, des orgasmes plus profonds, plus longs, quand elle concentrait son attention sur les sensations à l’intérieur de son ventre qui se remplissait peu à peu, sur la pression chaude et vivante qui y reposait. Mais toujours, toujours, chaque pic de plaisir était **décuplé** par la conscience aiguë, brillante, enivrante, qu’elle était en contrôle total. Elle choisissait qui. Elle choisissait comment. Elle pouvait arrêter d’un mot. Elle pouvait reprendre d’un geste. Ce pouvoir absolu sur le sexe lui-même – sur l’acte qui l’avait tant terrorisée, humiliée, réduite à l’état d’objet au début – était devenu l’aphrodisiaque le plus puissant qu’elle ait jamais connu. Vers la fin de l’heure, alors que la lumière de l’après-midi commençait à dorer les tuiles des toits, Ema était assise sur un tas de vêtements et de couvertures que des femmes du village avaient apportés pour son confort. Elle ne pouvait plus rester allongée – son ventre était trop plein, trop lourd. Sa respiration était lourde mais régulière. Son corps était une seule grande terminaison nerveuse sensible, épuisée mais vibrionnante d’une énergie neuve, nourrie. La file des hommes s’était finalement épuisée. Les derniers s’étaient retirés dans le cercle extérieur, l’air à la fois satisfait et empreint d’une attente renouvelée. Un silence respectueux, paisible, était retombé sur la place. On n’entendait plus que le bourdonnement lointain des insectes et le souffle du vent. Ema regarda autour d’elle, lentement. Ses serviteurs les plus proches – Gabriel, Thomas, Nathan, Leo – étaient toujours là, proches. Ils s’étaient rhabillés sommairement ou avaient enroulé des tissus autour de leur taille. Leurs visages étaient empreints d’une satisfaction profonde, physique, mais aussi de cette attente silencieuse, de cette disponibilité totale qui était maintenant leur état naturel. Ils avaient servi leur Reine. Ils l’avaient nourrie. Et maintenant, ils attendaient ses directives. Des mains se tendirent vers elle – des mains féminines cette fois. Clara et le Dr Sophie s’approchèrent avec des chiffons humides et des bols d’eau claire. Sans un mot, avec des gestes doux et révérencieux, elles commencèrent à la nettoyer. Pas pour tout enlever – la couche de sperme séché sur sa peau semblait faire partie d’elle maintenant – mais pour essuyer les excès, rafraîchir son visage, ses mains. Ema se laissa faire, fermant les yeux un instant sous la caresse des chiffons humides et frais. Quand elle les rouvrit, elle regarda la foule immense qui l’entourait toujours. Des centaines de visages. Tous tournés vers elle. Tous calmes. Tous à elle. Une émotion puissante, chaude, la submergea. Ce n’était pas de l’amour. C’était quelque chose de plus primitif. De la possession. De la fierté. Du **pouvoir** réalisé. « Merci », dit-elle, simplement. Sa voix était douce, mais elle porta. Un murmure collectif lui répondit, un soupir de centaines de poitrines, comme une vague douce d’affirmation. Elle se tourna vers Gabriel et Thomas, qui se tenaient près d’elle. « Nous restons », déclara-t-elle, sans ambiguïté. Ils inclinèrent la tête en même temps, sans la moindre hésitation, sans la moindre trace de l’ancienne résistance. « Comme vous le souhaitez, ma Reine », dit Gabriel, sa voix calme et ferme. Thomas hocha la tête à son tour. « Ce village est à vous. Nous sommes à vous. » Ema sourit. Un sourire large, vrai, qui illumina son visage encore taché de blanc séché. Le cercle de soumission était complet. Le lien était scellé. Elle n’était plus Ema Clair, la caissière violée. Elle n’était plus l’objet de convoitise chaotique d’une foule anonyme. Elle n’était plus la patiente potentielle d’un laboratoire distant. Elle était **la Reine**. Et son règne, ici, dans ce village de trois mille âmes qui étaient désormais ses sujets, venait de commencer. SOUS-CHAPITRE 7.5 : L'ORGANISATION DU ROYAUME VILLAGEOIS La nuit avait été courte, mais profonde. Ema s'était endormie dans la plus grande maison du village, une demeure en pierre aux volets bleus qui avait été transformée en palais improvisé. On lui avait préparé une chambre au premier étage avec un lit à baldaquin ancien dont les rideaux de velours rouge étaient un peu râpés mais imposants. Elle s'était couchée seule, mais entourée : des gardes postés dans l'escalier, des servantes qui veillaient dans la pièce adjacente, et cette sensation constante, vibrante, de présence soumise qui émanait de tout le village endormi autour d'elle. Elle s'était réveillée au petit jour, vers six heures du matin. La lumière du soleil levant filtrait à travers les fissures des volets, traçant des raies dorées sur les vieilles poutres du plafond. Elle était couchée sur le dos, les draps de lin propres tirés jusqu'à sa poitrine. Son corps était reposé, régénéré. Mais son ventre... son ventre était vide. Une faim sourde, profonde, pulsait au plus bas de son abdomen. Elle n'avait pas besoin de se lever pour savoir ce qui l'attendait. Elle pouvait le sentir. Une activité silencieuse, ordonnée, se déroulait déjà dans le village. Le murmure étouffé de voix qui s'affairaient, le grincement d'une pompe à eau qu'on actionnait, l'odeur de bois brûlé qui montait d'une cheminée. Son royaume fonctionnait déjà. Ema poussa les draps et s'assit au bord du lit. Ses pieds nus rencontrèrent le parquet de bois ciré, frais. Elle était nue, comme elle l'avait été lorsqu'elle s'était couchée. Une nudité qui n'était plus une vulnérabilité, mais un état naturel, royal. Elle se leva et marcha jusqu'à la fenêtre, poussant les volets vers l'intérieur. La vue qui s'offrit à elle lui coupa le souffle. La place centrale, théâtre de son couronnement la veille, était transformée. Il ne restait plus trace du chaos organique de l'après-midi précédent. À la place, une scène d'activité ordonnée, presque militaire dans sa précision. La place était nettoyée. Les traces de sperme séché, les vêtements abandonnés, tout avait disparu. Les pavés gris brillaient légèrement, comme s'ils avaient été lavés à grande eau pendant la nuit. Le bassin à sec au centre avait été curé, ses parois grattées. Maintenant, il était rempli d'eau claire qui miroitait sous les premiers rayons du soleil. Les hommes travaillaient par groupes spécialisés. Un groupe d'une vingtaine d'hommes, tous nus ou en simple short, s'affairait autour des potagers qui bordaient la place. Ils arrachaient les mauvaises herbes, retournaient la terre avec des outils rustiques, plantaient des légumes qu'ils avaient dû trouver dans les caves du village. Leurs mouvements étaient synchronisés, efficaces, sans perte d'énergie en bavardages inutiles. Ils travaillaient avec une concentration intense, comme si chaque carotte plantée était une offrande à leur Reine. Un deuxième groupe, plus nombreux, formait une chaîne humaine entre le puits principal situé à l'extrémité nord de la place et le bassin central. Ils se passaient des seaux d'eau en bois, les remplissaient au puits, les vidaient dans le bassin. L'eau débordait légèrement par-dessus les bords de pierre, formant de petites flaques qui brillaient au soleil. Pourquoi remplir un bassin décoratif ? Ema comprit immédiatement : c'était pour elle. Pour qu'elle puisse s'y baigner, s'y rafraîchir. C'était un présent. Un troisième groupe s'activait autour de la grande bâtisse qui devait être l'ancienne salle des fêtes du village. Des hommes entraient et sortaient, portant des sacs de farine, des paniers de légumes, des morceaux de viande emballés dans du papier. La cuisine centrale. On préparait son petit-déjeuner. Le leur aussi, probablement, mais avec une priorité claire : elle d'abord. Les femmes avaient leurs propres tâches. Clara dirigeait un petit groupe de femmes près de la fontaine. Elles lavaient du linge – des draps, des serviettes, probablement ceux de la maison où Ema avait dormi. Elles frottaient, rinçaient, étendaient sur des cordes tendues entre deux poteaux. Leurs mouvements étaient rapides, mais leurs visages étaient sereins. Elles parlaient entre elles à voix basse, avec des sourires timides. Elles jetaient des regards furtifs vers la fenêtre où Ema se tenait, et lorsqu'elles croisaient son regard, elles baissaient les yeux avec respect, mais sans la peur servile des hommes. Le Dr Sophie était assise sur un banc de pierre à l'ombre d'un tilleul. Elle avait une planche à dessin sur les genoux et semblait prendre des notes. Elle observait les différents groupes, notant leurs activités, leurs interactions. Son visage était concentré, analytique, mais Ema pouvait voir, même à distance, que ses yeux brillaient d'une fascination qu'elle ne cherchait plus à cacher. Et puis il y avait les enfants. Une douzaine d'enfants, âgés de quatre à douze ans environ, jouaient dans un coin de la place, près d'un vieux jeu de boules abandonné. Ils couraient, riaient, se poursuivaient. Ils n'étaient pas nus – certains portaient encore leurs petits vêtements d'été. Ils semblaient... normaux. Heureux. Insouciants. Mais Ema remarqua que leurs jeux les maintenaient toujours à une distance respectueuse des adultes au travail. Et lorsqu'un petit garçon d'environ six ans, dans son élan, faillit bousculer un homme qui portait un seau d'eau, l'homme s'arrêta net, posa son seau, et se pencha vers l'enfant avec un sourire patient. Il lui parla doucement, lui indiquant de jouer plus loin. L'enfant hocha la tête et retourna vers ses camarades sans pleurer, sans protester. Ils sont sous l'emprise aussi, pensa Ema, mais différemment. Comme les femmes. Une fascination douce. Une obéissance naturelle. Elle sentit une onde de satisfaction chaude parcourir son corps. Son virus approuvait. Cette organisation, cette harmonie au service du centre – c'était bon. C'était juste. Son ventre gargouilla bruyamment, rappelant à son attention la faim qui ne demandait qu'à être apaisée. Ema quitta la fenêtre et traversa la chambre jusqu'à la porte. Elle n'eut pas besoin de l'ouvrir. Au moment où sa main effleura la poignée, la porte s'ouvrit vers l'extérieur, poussée par une main invisible de l'autre côté. Gabriel se tenait dans l'embrasure. Il était habillé maintenant – proprement. Il portait un pantalon de toile beige propre et une chemise à carreaux bleus et blancs, un peu grande pour lui, mais repassée. Ses cheveux bruns étaient mouillés et peignés en arrière. Ses lunettes à monture fine étaient propres. Il avait l'air... présentable. Sérieux. Mais ses yeux, derrière les verres, trahissaient la réalité. Ils fixaient Ema avec cette attention totale, cette soumission intellectuelle qu'elle avait remarquée la veille. Il n'y avait plus de lutte en lui. Juste une acceptation complète de son rôle. « Bonjour », dit-il. Sa voix était calme, neutre, respectueuse. Ema hocha la tête, traversant le seuil pour entrer dans le couloir sombre et frais. « Bonjour, Gabriel. » Il s'effaça pour la laisser passer, puis se plaça naturellement un demi-pas derrière elle, sur sa droite. Un positionnement de conseiller, de chambellan. « Le village est en ordre », informa-t-il tandis qu'ils descendaient l'escalier de bois qui craquait sous leurs pas. « Nous avons organisé les équipes pendant la nuit. L'eau est disponible. La nourriture est en préparation. Les sanitaires de la salle des fours ont été nettoyés et aménagés pour vous. » Ema écoutait, absorbant les informations. « Et les autres ? Nathan ? Thomas ? Leo ? » « Nathan supervise les potagers. Thomas s'occupe de l'inventaire des ressources – médicaments, outils, vêtements. Leo... » Gabriel hésita une fraction de seconde. « Leo attend vos instructions. Il est devant la maison. » Ils atteignirent le rez-de-chaussée et sortirent par la porte d'entrée grande ouverte. L'air matinal était frais et sentait l'herbe mouillée et le pain qui cuisait quelque part. Leo était effectivement là. Il se tenait debout sur le perron de pierre, tourné vers la place, les bras croisés sur son torse massif. Mais contrairement à Gabriel, il n'était pas habillé proprement. Il portait le même pantalon de treillis militaire déchiré et taché de la veille, et il était torse nu. Sa peau bronzée luisait légèrement de sueur matinale. Ses muscles, sculptés par des années d'entraînement militaire, se dessinaient sous la peau comme des cordes d'acier. Sa cicatrice sur la joue semblait plus blanche que jamais dans la lumière crue du matin. Quand Ema apparut, il tourna la tête vers elle. Ses yeux bleus acier la percèrent avec une intensité qui aurait dû être intimidante. Mais il n'y avait pas d'agressivité dans ce regard. Seulement une disponibilité totale. Une attente. Ema s'arrêta devant lui, le dévisageant. Elle pouvait sentir son odeur – sueur masculine, terre, un relent de poudre peut-être imaginaire. C'était une odeur de force brute, de violence canalisée. « Leo », dit-elle. Il ne répondit pas verbalement. Il inclina simplement la tête, un mouvement presque imperceptible, qui signifiait : Je t'écoute. Ema parcourut son corps des yeux, réfléchissant rapidement. La veille, il avait été un outil sexuel puissant et efficace. Mais ce matin, elle voyait autre chose en lui. Une utilité différente. « Tu as été militaire », déclara-t-elle, ce n'était pas une question. Leo hocha à nouveau la tête. « Tu sais te battre. Tu sais utiliser des armes. » Nouveau hochement. Ema fit un pas vers lui, réduisant la distance entre eux à moins d'un mètre. Elle pouvait sentir la chaleur qui irradiait de son corps nu. « Ce village est mon royaume maintenant. Mais le monde dehors... » Elle jeta un regard vers les collines au-delà des maisons. « Le monde dehors est dangereux. Il y a encore des gens qui ne sont pas sous mon influence. Des gens qui pourraient vouloir me faire du mal. » Leo ne cligna pas des yeux. Son regard resta fixé sur elle. « Je veux que tu sois mon garde du corps », ordonna-t-elle, sa voix devenant plus ferme, plus impériale. « Mon protecteur personnel. Tu me suivras partout. Tu veilleras sur moi. Et si quelqu'un – n'importe qui – essaie de me menacer, tu le neutraliseras. Compris ? » Leo déplia ses bras croisés. Ses mains énormes se tinrent naturellement à ses côtés, les paumes ouvertes, prêtes à agir. Il inclina profondément la tête cette fois-ci. Compris. « Bien », approuva Ema. « Mais pour ça... tu ne peux pas rester nu comme les autres. » Son regard parcourut son torse musclé, ses bras puissants. « Tu vas t'habiller. Tu vas trouver des vêtements solides. Et surtout... » Elle baissa la voix, même si personne autour n'aurait osé écouter sans permission. « Tu vas trouver une arme. Une vraie arme. Pas un couteau de cuisine. Un fusil, un pistolet... ce que tu peux trouver dans le village ou aux alentours. Tu seras habillé et armé pour me protéger. » Leo ne sourit pas, mais quelque chose changea dans son expression. Une lueur de... satisfaction ? De but retrouvé ? Il releva la tête et hocha une dernière fois, plus vigoureusement. « Va », ordonna Ema en faisant un geste de la main vers le village. « Trouve ce dont tu as besoin et reviens me voir avant midi. » Leo tourna les talons sans un mot et descendit les marches du perron d'un pas lourd mais décidé. Il se dirigea vers les ruelles adjacentes, son regard balayant déjà les environs avec une acuité professionnelle retrouvée. Ema le regarda s'éloigner, un sourire satisfait aux lèvres. Un garde du corps loyal et compétent. Parfait. Mais son ventre gargouilla à nouveau, plus insistamment cette fois-ci. La faim devenait pressante. Elle se tourna vers Gabriel qui attendait toujours silencieusement derrière elle. « J'ai faim », déclara-t-elle simplement. Gabriel comprit immédiatement le double sens. « De la nourriture ? Ou... » « Des deux », coupa Ema. « Mais d'abord... » Son regard parcourut la place, cherchant parmi les hommes qui travaillaient. Sa faim n'était pas seulement celle d'un estomac vide. C'était cette faim plus basse, plus urgente, celle de son virus-mère qui réclamait sa nourriture première. Son regard se posa sur un homme qui venait de sortir de la salle des fêtes avec un plateau chargé de fruits frais. C'était un homme d'une trentaine d'années peut-être, avec des cheveux noirs bouclés qui lui tombaient sur le front, une barbe de trois jours bien taillée qui soulignait une mâchoire carrée. Il était grand, bien bâti, avec des épaules larges et un torse nu sculpté par un travail manuel probablement agricole. Sa peau était hâlée uniformément, lisse, sans cicatrices visibles. Il avait des yeux noirs profonds qui brillaient même à distance. Il était beau. Pas juste séduisant. Beau d'une manière classique, presque sculpturale. Et il était nu. Complètement nu. Il portait le plateau de fruits avec une aisance naturelle, comme si sa nudité était la chose la plus normale du monde – ce qui, dans ce nouveau monde, était le cas. Son sexe pendait lourdement entre ses cuisses musclées, au repos mais imposant déjà par sa taille. Ema sentit un pic d'intérêt – autant esthétique que biologique – traverser son corps. Son virus sembla s'agiter en le voyant. « Qui est-ce ? » demanda-t-elle à Gabriel sans quitter l'homme des yeux. Gabriel suivit son regard. « Je ne connais pas son nom. Un habitant du village. Il s'est présenté cette nuit pour le service de cuisine. Il est... efficace. » « Appelle-le », ordonna Ema. Gabriel ne protesta pas, ne posa pas de question. Il leva simplement une main et fit un geste discret vers l'homme. L'homme noir aux yeux noirs leva instantanément les yeux depuis son plateau. Son regard croisa celui d'Ema, puis celui de Gabriel. Il posa le plateau sur une table près de la porte de la salle des fêtes et se dirigea vers eux d'une démarche souple et assurée. Quand il arriva devant le perron, il s'arrêta à trois mètres de distance et s'inclina légèrement, les mains naturellement à ses côtés. Sa nudité était totale, sans pudeur ni exhibitionnisme. C'était simplement un fait. « Reine », dit-il d'une voix grave et chaude, avec un léger accent du Sud peut-être. Ema descendit les deux marches qui la séparaient de lui jusqu'à se trouver à sa hauteur, à moins d'un mètre de distance. Elle pouvait maintenant voir les détails : les muscles définis de son abdomen, la courbe de ses hanches étroites, la texture de sa peau légèrement velue sur les pectoraux. Et son sexe – long, épais, avec un gland large et foncé qui semblait déjà légèrement humide à son extrémité. « Comment t'appelles-tu ? » demanda-t-elle. « Mathis », répondit-il simplement. « Tu es beau, Mathis », constata Ema d'une voix neutre, comme si elle évaluait un objet d'art. Un frisson parcourut le corps nu de Mathis. Ses muscles se tendirent légèrement sous sa peau. Ses yeux noirs brillèrent d'une gratitude intense. « Merci, Reine », murmura-t-il. Ema fit un pas de plus, réduisant la distance à cinquante centimètres. Elle pouvait sentir sa chaleur corporelle maintenant, son odeur – savon simple et sueur propre masculine. « Tu vas me suivre », décréta-t-elle. « Partout où j'irai aujourd'hui. Tu seras ma... réserve personnelle. » Elle laissa le mot pendre dans l'air un instant avant de préciser : « Ma réserve de sperme. » Mathis ne broncha pas. Son visage resta impassible, mais ses yeux trahirent une fierté immense, comme si on venait de lui confier la mission la plus honorable qui soit. « Si j'ai faim – et j'aurai faim souvent – tu seras là. Si je croise d'autres hommes et que je les prends, tu attendras ton tour après eux. Mais si personne n'est disponible immédiatement... tu seras mon recours immédiat. Compris ? » Mathis inclina profondément la tête. « Oui, Reine. Je suis votre réserve. À votre service toujours. » « Bien », approuva Ema. Elle se tourna vers Gabriel. « Petit-déjeuner d'abord. Puis... nous ferons le tour du village. Je veux voir tout mon royaume. » LE PETIT-DÉJEUNER ROYAL On lui servit le petit-déjeuner dans la salle des fêtes transformée en salle à manger royale. Une longue table en chêne massif avait été dressée près d'une grande fenêtre donnant sur la place. Une seule chaître était placée à la tête de la table – un fauteuil ancien à dossier haut avec des coussins de velours rouge. Ema s'assit tandis que des servantes – Clara et deux autres femmes du village – apportaient les plats. Ce n'était pas un petit-déjeuner ordinaire. Il y avait une assiette de fruits frais coupés en morceaux parfaits : melon juteux, fraises rouges vif, raisins noirs luisants. Il y avait du pain frais sorti du four – encore chaud, avec une croûte dorée et croustillante – accompagné de beurre frais dans une coupelle en porcelaine. Il y avait des œufs brouillés crémeux dans un plat en argent. Il y avait du fromage de chèvre local et du miel dans un petit pot en verre. Il y avait une carafe d'eau fraîche avec des tranches de citron qui flottaient. Et il y avait un grand verre de lait entier – probablement tiré ce matin même d'une vache trouvée dans une étable aux abords du village. Ema mangea lentement, savourant chaque bouchée. La nourriture était excellente – fraîche, simple, mais préparée avec un soin évident. Les servantes se tenaient à distance respectueuse, prêtes à remplir son verre ou à apporter autre chose au moindre signe. Mathis se tenait debout contre le mur près de la porte, nu et immobile comme une statue vivante. Ses yeux noirs ne quittaient pas Ema, attendant l'ordre qui pourrait venir à tout moment. Gabriel était assis à l'autre bout de la table – assez loin pour montrer la hiérarchie, mais assez près pour être disponible si elle avait besoin de parler. « Le village compte trois mille habitants environ », informa Gabriel tandis qu'Ema trempait un morceau de pain dans le miel. « Nous en avons compté environ huit cents hier soir sur la place. Les autres étaient probablement cachés dans leurs maisons ou... indisponibles. Mais ils émergeront aujourd'hui au fur et à mesure que votre présence se diffuse. » Ema mâcha lentement le pain sucré. « Et les ressources ? » « Abondantes pour l'instant », répondit Gabriel. « Des potagers bien entretenus avant l'effondrement. Des réserves dans les caves – conserves, farine, légumes racines. Deux puits fonctionnels avec une eau propre après ébullition. Du bétail – trois vaches laitières, une douzaine de poules, deux chèvres. Des outils agricoles en quantité. Des médicaments basiques dans l'armoire du médecin du village. Nous pouvons tenir des semaines, peut-être des mois, sans problème si nous organisons bien les rotations et les cultures nouvelles. » Ema hocha la tête, satisfaite. Elle termina son verre de lait – riche et crémeux – et essuya ses lèvres avec la serviette en lin blanc qu'on lui avait donnée. Sa faim alimentaire était apaisée. Mais l'autre faim... celle-là grandissait. Elle sentait son utérus palpiter doucement au fond de son ventre maintenant plein de nourriture. Une pulsation régulière, comme un cœur secondaire qui battait au rythme de ses besoins biologiques profonds. Elle repoussa son assiette vide et se leva. Mathis se redressa instantanément contre le mur. Gabriel se leva aussi. « Promenons-nous », annonça Ema. LA PROMENATION ROYALE – PREMIÈRE PARTIE Ema sortit de la salle des fêtes et descendit les deux marches qui donnaient sur la place pavée. L'air matinal était maintenant tiède, promesse d'une journée chaude de juillet. Mathis descendit derrière elle, gardant une distance d'un pas et demi exactement – assez près pour être immédiatement disponible, assez loin pour ne pas gêner ses mouvements. Gabriel prit position sur son flanc gauche. Clara apparut discrètement et se joignit à eux à quelques pas derrière – peut-être par fascination personnelle, peut-être par instinct de service. Ils formèrent ainsi un petit cortège royal improvisé : la Reine nue en tête, suivie de sa réserve personnelle nue, flanquée de son conseiller habillé et précédée par... personne pour ouvrir la voie. Mais la voie s'ouvrit d'elle-même. Au moment où Ema mit le pied sur les pavés de la place et commença à marcher vers la première ruelle au sud-est, tous les hommes qui travaillaient dans son champ de vision s'arrêtèrent net. Ils se tournèrent vers elle. Ils s'inclinèrent. Puis ils s'écartèrent pour lui créer un passage parfaitement dégagé. Aucun ordre n'avait été donné. C'était instinctif. Rituel. Ema sentit un frisson de plaisir lui parcourir l'échine. C'est ça le pouvoir, pensa-t-elle. On n'a même pas besoin de demander. Elle avança d'un pas lent et mesuré, savourant chaque regard baissé sur son passage, chaque posture soumise. La première ruelle était étroite, bordée de petites maisons en pierre aux portes colorées – bleue, verte, rouge écaillée par le soleil. Des pots de géraniums défraîchis étaient accrochés aux fenêtres. Et il y avait des hommes ici aussi. Un homme d'une quarantaine d'années était en train de réparer un volet qui pendait dangereusement à une charnière rouillée. Il était nu, comme presque tous maintenant, avec un ventre bedonnant et des épaules larges de travailleur manuel. Il tenait un marteau dans une main main. Quand Ema apparut au coin de la ruelle et s'engagea dans l'étroit passage, l'homme leva les yeux. Son visage – ridé par le soleil, avec une moustache grisonnante – se figa quand il vit qui approchait. Il baissa instantanément son marteau. Il se tourna vers elle. Il s'agenouilla sur le pavé inégal. « Reine », murmura-t-il d'une voix rauque et respectueuse. Ema s'arrêta devant lui. Elle le dominait maintenant de toute sa hauteur debout face à son agenouillement. Elle le regarda – vraiment regarda – pour la première fois. Ce n'était pas un bel homme comme Mathis. C'était un homme ordinaire, marqué par l'âge et le travail. Il avait des enfants peut-être. Une femme quelque part. Une vie avant le virus. Mais maintenant... Maintenant il n'y avait que cela : lui à genoux devant elle. Et elle debout avec son ventre qui gargouillait sourdement. « Tu travailles bien », constata-t-elle d'une voix neutre. L'homme baissa encore plus la tête, presque jusqu'à toucher les pavés avec son front. « Merci, Reine », balbutia-t-il. Ema sentit la pulsation dans son bas-ventre s'accélérer. Sa faim devenait précise. Ciblée. « Lève-toi », ordonna-t-elle. L'homme obéit aussitôt, se relevant avec une souplesse surprenante pour sa corpulence. Il se tint debout devant elle, les mains le long du corps. Son sexe – pas particulièrement impressionnant mais déjà en érection complète sous l'influence du virus et de sa présence – pointait vers elle comme une offrande involontaire mais sincère. Ema ne dit rien d'autre. Elle fit simplement un geste de la main vers le mur contre lequel il travaillait auparavant. Un geste clair : Va contre le mur. L'homme comprit. Il tourna les talons et pressa son dos nu contre la pierre chaude du mur de la maison. Il écarta légèrement les jambes. Il leva les mains et les posa à plat contre la pierre au-dessus de sa tête. Une posture d'attente. D'offrande. Ema s'approcha. Elle pouvait sentir son odeur maintenant – sueur aigre de travail mélangée à l'excitation sucrée du virus. Elle posa une main sur son ventre bedonnant. La peau était chaude, moite. Le muscle dur sous la couche de graisse. Elle glissa sa main plus bas. Plus bas encore. Elle trouva son sexe en érection. Elle l'enveloppa dans sa paume. C'était chaud. Dur. Palpitant. L'homme ferma les yeux et retint son souffle. Ema se pencha légèrement en avant. Elle posa son autre main sur son épaule pour s'équilibrer. Puis elle guida son sexe vers l'entrée de son propre corps. Elle était déjà humide. Très humide. L'excitation du pouvoir mélangée à la faim biologique avait préparé son corps sans qu'elle ait besoin de se concentrer. La pénétration fut facile. Douce. Profonde. L'homme entra en elle d'un seul mouvement fluide jusqu'à la racine. Il était large – pas autant que Leo ou certains autres – mais suffisamment pour remplir agréablement. Ema poussa un petit soupir satisfait en sentant son ventre s'étirer pour l'accueillir. Puis elle commença à bouger. Ce n'était pas rapide. Ce n'était pas brutal. C'était méthodique. Rythmique. Elle contrôlait chaque mouvement. Elle décidait de l'angle. De la profondeur. De la vitesse. L'homme contre le mur ne faisait rien. Il restait immobile. Les mains plaquées contre la pierre. Les yeux fermés. Le visage tendu par un plaisir qu'il ne cherchait pas à accélérer. Il attendait. Il recevait. Il servait. Ema accéléra progressivement. Elle sentait son propre plaisir monter – une vague chaude qui partait du point où ils étaient connectés et se répandait dans tout son bassin. Mais plus encore que le plaisir physique... C'était le contrôle qui l'excitait. Chaque pensée "c'est moi qui décide" envoyait une décharge supplémentaire à son clitoris. Chaque constatation "il ne bouge pas sans ma permission" faisait frémir ses parois internes. Chaque réalisation "je pourrais m'arrêter maintenant et il s'arrêterait aussitôt" lui donnait des frissons dans tout le corps. Elle augmenta encore le rythme. Sa propre respiration devint plus rapide. Ses seins lourds ballotèrent librement avec ses mouvements. Ses mamelons frottaient contre la peau moite du torse de l'homme à chaque poussée en avant. La sensation était double – interne et externe – et merveilleuse. Elle sentit l'homme commencer à trembler contre le mur. Sa respiration devenait saccadée. Il approchait. Ema ralentit soudainement. Presque arrêta. L'homme gémit – un son étouffé de frustration et de soumission. Non, pensa Ema avec une satisfaction sadique douce. Pas encore. Elle reprit un mouvement lent. Très lent. Chaque poussée était mesurée. Calculée pour maximiser la tension sans permettre la libération. L'homme tremblait de tout son corps maintenant. Des gouttes de sueur coulaient sur son front ridé. Ses mains sur le mur blanchissaient aux jointures tellement il serrait les poings. Mais il ne bougeait pas. Il n'accélérait pas. Il attendait son signal. Quand Ema décida qu'il avait assez souffert – et qu'elle avait assez joui du contrôle – elle accéléra brusquement. Un rythme rapide. Puissant. Profond. Trois poussées. Quatre. Cinq... L'homme explosa. Un grognement rauque lui échappa alors qu'il éjaculait en elle. Ema sentit le jet chaud et épais emplir son vagin puis son utérus. C'était une sensation immédiate de remplissage. De nourriture reçue. Son propre orgasme la frappa presque simultanément – une vague écrasante de plaisir qui partit de son clitoris et inonda tout son bassin avant de se propager dans ses jambes jusqu'à lui donner des faiblesses dans les genoux. Elle resta connectée à lui pendant quelques secondes encore, savourant les dernières pulsations de son sexe dans son corps et les dernières gouttes chaudes qui semblaient couler en elle. Puis elle se retira lentement. Un filet blanc et crémeux coula immédiatement de son sexe ouvert et ruissela le long de ses cuisses intérieures jusqu'à atteindre ses genoux. Elle ne fit rien pour l'arrêter. Au contraire – elle écarta légèrement les jambes pour permettre un meilleur écoulement visible. L'homme glissa lentement le long du mur jusqu'à s'effondrer en position assise sur le pavé. Il était épuisé. Extatique. Son sexe ramolli ruisselait encore légèrement sur son ventre. Ema le regarda un instant puis tourna les yeux vers Mathis qui attendait toujours à distance respectueuse. « Donne-moi ta main », ordonna-t-elle. Mathis s'approcha immédiatement et tendit sa main droite. Ema y essuya ses doigts humides et collants du sperme mélangé à ses propres fluides. Puis elle se tourna vers l'homme assis contre le mur. « Merci », dit-elle simplement. L'homme releva des yeux noyés d'une gratitude intense. « Merci à vous... Reine », murmura-t-il d'une voix brisée par l'émotion et l'orgasme. Ema hocha la tête puis reprit sa marche dans la ruelle sans un regard en arrière. Derrière elle, Clara s'approcha discrètement avec une petite serviette humide et nettoya rapidement les cuisses d'Ema tout en marchant – non pas pour effacer les traces, mais pour empêcher que ça ne devienne inconfortable en séchant trop vite. Le cortège royal reprit sa progression. LA PROMENATION ROYALE – DEUXIÈME PARTIE La ruelle déboucha sur une petite place secondaire moins bien entretenue que la place principale. Ici aussi il y avait des hommes au travail – trois hommes nus en train de déblayer des gravats devant une maison dont le toit semblait avoir partiellement cédé. Quand Ema apparut sur cette nouvelle place, les trois hommes s'arrêtèrent simultanément. Ils se tournèrent. Ils s'inclinèrent profondément. Ema s'arrêta au centre de la petite place et les regarda tour à tour. Le premier était jeune – dix-neuf ou vingt ans peut-être – avec un corps mince et anguleux d'adolescent attardé. Le deuxième était d'âge moyen avec des bras couverts de tatouages bleuâtres défraîchis. Le troisième était plus âgé – soixante ans peut-être – avec une poitrine creuse et des jambes maigres mais encore solides. Sa faim... Sa faim n'était pas apaisée par l'homme précédent. Au contraire – le premier orgasme et la première injection de sperme avaient stimulé son appétit virale. Son utérus digérait déjà avidement l'offrande et en réclamait plus. Beaucoup plus. « Vous trois », dit-elle d'une voix claire qui porta sur toute la petite place. « Approchez ». Les trois hommes obéirent immédiatement. Ils s'avancèrent jusqu'à se trouver à deux mètres d'elle puis s'arrêtèrent net, attendant les instructions suivantes. Ema parcourut leurs corps des yeux rapidement. Le jeune... trop frêle. Le vieux... trop faible peut-être. Celui du milieu – tatoué et bien bâti – semblait le meilleur candidat pour l'instant. Elle pointa un doigt vers lui. « Toi d'abord ». L'homme tatoué fit un pas en avant. Son sexe était déjà en érection complète – long et mince avec un gland large. Il avait des cicatrices sur les avant-bras en plus des tatouages. « Mets-toi à quatre pattes », ordonna Ema. L'homme ne posa aucune question. Il se baissa immédiatement et se mit à quatre pattes sur les gravats et la poussière du sol. Son dos formait une ligne droite depuis ses épaules jusqu'à ses hanches. Son sexe pendait entre ses cuisses musclées. Ema s'approcha par derrière. Elle posa une main sur le bas de son dos – chaud et moite – pour s'équilibrer. Puis elle guida son propre corps vers lui. Elle choisit cette position spécifiquement pour deux raisons : Premièrement – c'était une position de dominance claire : elle debout lui dictant sa position soumise. Deuxièmement – c'était une position qui permettait une profondeur maximale et une stimulation intense du point G si elle trouvait le bon angle. Elle pénétra l'homme d'un seul mouvement ferme et profond. Il gémit – un son étouffé dans la poussière – mais resta parfaitement immobile en position. Ema commença à bouger immédiatement cette fois-ci – pas besoin de préliminaires longs maintenant qu'elle était déjà excitée et lubrifiée par l'homme précédent. Elle prit un rythme rapide dès le début. Profond. Pénétrant. Chaque poussée envoyait une onde de plaisir dans son bassin. Mais elle voulait plus que du plaisir aujourd'hui. Elle voulait du sperme. Beaucoup de sperme. Alors elle accéléra encore. Sa propre respiration devint haletante. Ses seins ballotèrent violemment avec ses mouvements rapides. Ses cheveux lui fouettaient le visage à chaque mouvement avant-arrière. L'homme sous elle tremblait mais tenait sa position impeccablement. Seuls ses doigts qui creusaient la terre trahissaient l'intensité qu'il subissait. Ema sentit qu'il approchait rapidement – trop rapidement pour sa faim insatiable. Elle ralentit légèrement juste au moment où il semblait sur le point d'exploser. Puis elle reprit un rythme soutenu mais moins frénétique pour prolonger l'acte. Elle continua ainsi pendant plusieurs minutes – accélérant quand il semblait trop calme ralentissant quand il semblait trop excité jouant avec sa limite comme un chef d'orchestre joue avec les cordes d'un instrument Finalement quand elle estima qu'il avait assez donné - et qu'elle avait assez pris - elle accéléra pour de bon Un rythme final rapide brutal presque violent Trois quatre cinq poussées profondes L'homme éjacula en elle avec un cri rauque étouffé dans la poussière Ema sentit le jet chaud - moins abondant que le premier homme mais tout aussi satisfaisant - emplir son vagin déjà partiellement rempli Elle resta connectée à lui quelques secondes savourant le remplissage supplémentaire puis se retira Le sperme coula immédiatement de son sexe ouvert rejoignant celui déjà présent sur ses cuisses Elle tourna alors son attention vers les deux autres hommes Le jeune garçonnet aux formes anguleuses Le vieil homme aux jambes maigres Sa faim était toujours là Brûlante Insistante "Vous deux maintenant" ordonna-t-elle "Ensemble" Les deux hommes obéirent immédiatement Ils avancèrent Ils échangèrent un regard rapide - non pas de complicité mais de compréhension instinctive de ce qui était attendu Le vieil homme s'allongea sur le dos sur les gravats Il écarta les jambes Il posa ses mains sur sa poitrine creuse Une position d'accueil total Le jeune homme regarda Ema attendant ses instructions "Sur lui" dit-elle simplement Le jeune homme comprit Il s'agenouilla entre les jambes du vieil homme Il prit position au-dessus sans toucher - seulement aligné Ema s'approcha Elle regarda cette configuration étrange - deux hommes empilés l'un sur l'autre attendant qu'elle les utilise Elle monta sur le jeune homme d'abord S'accroupissant au-dessus de lui guidant son sexe mince mais dur en elle Puis une fois connectée elle se pencha en avant Et pris le sexe du vieil homme - plus court mais encore ferme - dans sa bouche Les deux simultanément La sensation fut intense immédiate Double Complète Un sexe dans son vagin qui pénétrait profondément Un autre dans sa bouche qu'elle pouvait sucer goûter sentir grandir sous sa langue Elle bougea sur le jeune homme tout en travaillant le vieil homme avec sa bouche Un rythme complexe mais instinctif Chaque mouvement descendant sur le jeune homme envoyait une onde de plaisir Chaque aspiration sur le vieil homme lui remplissait la bouche du goût précoce du sperme - salé métallique excitant Le jeune homme sous elle gémissait doucement Ses mains tremblaient près de ses hanches mais il ne touchait pas Ema sans permission Le vieil homme avait fermé les yeux un sourire paisible sur ses lèvres fissurées Ema accéléra Elle voulait leur sperme Tout leur sperme Elle sentit le jeune homme approcher en premier Son sexe dans son vagin devenait plus dur encore pulsait plus vite Elle concentra ses mouvements sur lui maintenant Profonds rapides insistants Il éjacula en elle avec un petit cri aigu Un jet chaud qui emplissait encore un peu plus son utérus déjà bien rempli Elle continua à bouger sur lui pendant qu'il finissait de jouir Puis se retira Tournant immédiatement toute son attention vers le vieil homme dans sa bouche Elle prit tout son sexe maintenant Profondément jusqu'au fond de sa gorge Et suça avec une intensité vorace Le vieil homme dura moins longtemps Peut-être trente secondes après qu'elle ait commencé à le concentrer Il éjacula dans sa bouche Un jet moins abondant mais chaud et épais Ema garda tout dans sa bouche Savoura le goût Le fit tourner sur sa langue Puis avala lentement délibérément en regardant les yeux du vieil homme qui s'ouvraient pleins d'une gratitude extatique Elle se releva alors Sa bouche encore humide du sperme du vieil homme Son vagin ruisselant du sperme des trois hommes Elle était pleine Très pleine maintenant Son ventre commençait à montrer un léger renflement visible Mais sa faim... Sa faim n'était toujours pas satisfaite Elle regarda Mathis qui attendait toujours "À toi maintenant" dit-elle Mathis s'avança immédiatement Son beau corps nu brillant au soleil Son sexe imposant complètement en érection maintenant - visiblement excité par le spectacle qu'il venait de voir "Comment veux-tu que je te serve Reine?" demanda-t-il d'une voix rauque Ema réfléchit une seconde "Allonge-toi" ordonna-t-elle "Sur le dos" Mathis obéit Il s'allongea sur les gravats sans hésitation Son beau corps sculpté s'étala sur le sol Son sexe pointa droit vers le ciel Ema s'accroupit au-dessus de lui Mais au lieu de s'asseoir directement dessus elle prit son temps D'abord elle posa ses mains sur son torse Sentit les muscles définis sous ses paumes Puis descendit lentement Traça du bout des doigts les lignes de son abdomen Puis enfin prit son sexe dans sa main Il était chaud Très dur Imposant par sa longueur et surtout par sa circonférence Elle le guida vers son entrée déjà largement ouverte et ruisselante Puis s'assit dessus lentement Très lentement Savourant chaque centimètre qui entrait en elle Sentant son vagin déjà bien rempli s'étirer encore pour accueillir cette nouvelle offrande plus large que les précédentes Quand il fut complètement en elle jusqu'à la racine elle poussa un long soupir satisfait C'était une plénitude parfaite Une sensation d'être bourrée au sens littéral du terme Puis elle commença à bouger Un mouvement lent d'abord Circulaire Faisant tourner ses hanches pour frotter chaque point interne sensible contre l'imposante masse en elle Mathis ferma les yeux Son beau visage se tendit dans une expression de plaisir intense mais contrôlé Ema accéléra progressivement Chaque mouvement maintenant lui envoyait des ondes de plaisir renforcées par toute la charge spermatique déjà présente en elle C'était comme faire bouger un liquide chaud à l'intérieur Chaque poussée envoyait une vague de sperme chaud contre ses parois internes Elle sentit qu'elle allait jouir très vite cette fois-ci L'accumulation physique et psychologique était trop importante Mais Mathis aussi approchait rapidement Son beau corps se tendait sous elle Ses mains se crispaient sur les gravats mais restaient à ses côtés - ne touchant pas Ema sans permission Ema décida d'accélérer encore Un rythme final rapide puissant Elle jouit en premier - un orgasme violent qui la secoua des pieds à la tête Son vagin se contracta violemment autour du sexe de Mathis Ce qui déclencha immédiatement son éjaculation à lui Il explosa en elle avec une force impressionnante Un jet abondant chaud qui sembla remplir encore les derniers espaces disponibles en elle Ema resta assise sur lui pendant qu'il finissait de jouir Sentant son ventre devenir distinctement gonflé maintenant Visiblement plein Puis elle se retira lentement Une véritable cascade blanche et crémeuse coula d'elle alors Sur les cuisses de Mathis Sur les gravats Formant une petite flaque blanchâtre au sol Elle resta debout tremblante légèrement les jambes écartées Laissant couler Savourant la sensation de plénitude extrême Son ventre était maintenant arrondi comme après un repas copieux Mais ce n'était pas de la nourriture ordinaire C'était sa nourriture royale Elle regarda Mathis allongé sous elle extatique Puis les trois autres hommes - celui contre le mur encore assis les deux sur les gravats Tous étaient satisfaits Tous étaient reconnaissants Et elle... Elle était pleine Pour l'instant Clara s'approcha avec deux serviettes humides cette fois-ci Elle nettoya rapidement Ema - pas pour tout enlever mais pour enlever l'excédent qui coulait encore activement Puis elle tendit une gourde d'eau fraîche Ema but longuement Sa gorge était sèche après tout ça Puis elle reprit sa marche La promenade royale continuait