LA MOAB – MÈRE DE TOUS LES BANGBANGS
SOUS-CHAPITRE 5.1 : LA MOAB – MÈRE DE TOUS LES BANGBANGSLa chaleur était un animal vivant, écrasant, vorace.
Ema marchait nue et titubante au centre de la rue de la République, cet axe large de huit mètres qui traversait Lyon comme une artère malade. Le soleil de juillet frappait le bitume avec une violence qui faisait trembler l'air. À trente-deux degrés, peut-être trente-cinq à l'ombre – mais il n'y avait plus d'ombre. Les parasols des terrasses de café avaient été arrachés, renversés, utilisés comme abris de fortune pour des couples qui copulaient dessous. Les stores des boutiques étaient baissés, certains déchirés, pendants lamentablement comme des ailes cassées.
Elle avançait lentement, ses pieds nus – la peau sensible de ses plantes déjà épaissie par les heures de marche sur des surfaces rugueuses – posés directement sur les pavés anciens. Les pierres taillées étaient brûlantes, presque insupportables, mais la douleur faisait partie du tourbillon sensoriel qui l'animait. Chaque pas était ressenti intensément : la texture granuleuse des pavés usés au centre par des siècles de passages, les craquelures du bitume par endroits, les éclats de verre d'une vitrine brisée qu'elle contournait avec l'instinct résiduel d'un animal blessé.
Ses cheveux châtains doré, habituellement sa fierté, sa signature, pendait en mèches lourdes, emmêlées, plaquées contre son crâne et son dos par une mixture de sueur, de sperme séché et de poussière. Ils formaient des nœuds impossibles près de la nuque, là où des dizaines de mains s'y étaient agrippées pour lui tenir la tête pendant les fellations. Certaines mèches étaient tressées accidentellement par des doigts fébriles, d'autres collées comme des cordes par des éjaculations séchées qui avaient durci au soleil.
Son visage était une carte des derniers jours. Les cernes violacés sous ses yeux verts donnaient à son regard une profondeur tragique, presque spectrale. Ses pommettes étaient saillantes – elle n'avait presque rien mangé depuis deux jours, seulement du sperme avalé, un nutriment étrange dont son corps transformé tirait une énergie paradoxale. Ses lèvres pulpeuses, celles que sa mère lui disait être "sa meilleure caractéristique", étaient gonflées, fendillées par les morsures, les baisers violents, les contacts répétés avec des pénis.
Elle passa devant la façade d'une banque, les vitres teintées maintenant étoilées de impacts, probablement des pierres lancées par des pillards. Son reflet s'y dessina vaguement – une silhouette pâle, souillée, magnifique malgré tout. Ses seins de 95D, sa caractéristique physique la plus marquante, se balançaient lourdement avec chaque pas. Ils étaient couverts d'un réseau complexe de marques : des empreintes de dents cerclant les aréoles, des griffures en étoile partant des mamelons comme des rayons solaires, des zones de succion violacées qui formaient des cibles parfaites autour des tétons. Les mamelons eux-mêmes, d'habitude roses pâles et discrets, étaient tuméfiés, rouge foncé, durs comme des petits cailloux, si sensibles que le simple frottement de l'air les faisait palpiter.
Son ventre, relativement épargné par rapport au reste, était plat mais strié de fines griffures horizontales – probablement des ongles qui avaient glissé en la tenant. Le nombril, un petit creux ombiliqué, était rempli d'une petite perle blanche de sperme séché.
Plus bas, ses hanches larges, généreuses, ces "hanches d'accoucheuse" comme sa grand-mère disait avec fatalisme, portaient les empreintes violacées de mains larges d'hommes – cinq doigts bien marqués sur chaque côté, comme si on lui avait appliqué des tampons d'encre. Les empreintes se chevauchaient parfois, témoignant de prises successives, de mains différentes, de moments différents.
L'intérieur de ses cuisses était un véritable champ de bataille. Des morsures de toutes tailles – certaines petites, discrètes, d'autres larges, violentes, avec l'arcade dentaire parfaitement visible. Des marques de succion en forme de cibles concentriques. Des égratignures parallèles, certaines à vif, rose vif au centre, d'autres déjà en croûte brunâtre. La peau délicate de ses cuisses intérieures était tellement marquée qu'on aurait dit un tatouage tribal élaboré, macabre, érotique.
Et son sexe. Elle le sentait à chaque pas, à chaque mouvement de ses hanches. Les petites lèvres, tuméfiées, écartées, ne se refermaient plus. Elles restaient ouvertes, exposées, humides en permanence de ses propres sécrétions augmentées par le virus. L'entrée du vagin, un orifice sombre, rose foncé à l'intérieur, laissait échapper un filet continu de fluide blanchâtre – mélange de son propre lubrifiant et du sperme résiduel des derniers hommes. Le filet coulait lentement le long de ses cuisses, formant des traînées brillantes qui séchaient au soleil puis étaient remplacées par de nouvelles.
Autour d'elle, la rue était un théâtre de l'effondrement.
Des centaines de personnes, presque toutes nues, occupaient l'espace. Certains marchaient d'un pas déterminé, comme s'ils allaient quelque part d'important – une illusion de normalité dans le chaos. D'autres traînaient, assis sur les bordures de trottoir, les marches d'escaliers, les capots de voitures abandonnées. Et beaucoup – beaucoup – copulaient.
Partout. Sur le trottoir. Sur la chaussée (maintenant libérée de tout trafic, seulement des carcasses de voitures abandonnées, certaines en travers, portières ouvertes, clés sur le contact). Contre les vitrines des magasins – Ema en vit un couple, un homme appuyant une femme contre la vitre d'une bijouterie, leurs corps se heurtant avec un rythme régulier qui faisait trembler le verre. Sur les bancs publics. Sur les tables des cafés renversées. Dans les fontaines publiques (une femme était assise dans le bassin à moitié vide, un homme entre ses jambes, l'eau éclaboussant autour d'eux à chaque mouvement).
Les bruits formaient une symphonie orgiaque. Des gémissements – certains doux, extatiques, d'autres gutturaux, animaux. Des halètements. Des cris de plaisir qui retentissaient dans le canyon de pierre des immeubles haussmanniens. Des rires parfois – des rires hystériques, libérés. Le bruit mouillé, rythmique, des pénétrations répétées. Slap-slap-slap. Le clapotis des fluides.
Les odeurs étaient complexes, presque oppressantes dans la chaleur. La sueur – aigre, salée, abondante. Le sperme – cette odeur métallique, musquée, qui semblait imprégner chaque surface. Le sexe – odeur acre, animale, primitive. Et par-dessus tout cela, l'odeur de la mort présente mais pas encore dominante – un cadavre dans un renfoncement de porte, commençant à gonfler sous le soleil, attirant des mouches qui formaient un nuage noir bourdonnant.
Ema avançait au milieu de tout cela, comme une revenante, comme une déesse déchue. Les gens qu'elle croisait la regardaient avec des expressions variées. Certains, en périodes de lucidité, détournaient le regard, gênés par sa nudité totale, par les marques évidentes sur son corps. D'autres, déjà repris par le virus, s'arrêtaient, la fixaient avec des yeux brillants, des pupilles dilatées, mais ne faisaient rien – pas encore.
Elle arrivait au croisement avec la rue de la Barre. À cet endroit, la rue de la République s'élargissait pour former une petite place. Une fontaine monumentale au centre (tarie). Des bancs en pierre. Et une scène particulièrement intense.
Une jeune femme, blonde, avec un corps de déesse – des seins ronds et fermes, une taille de guêpe, des hanches sculpturales – était étendue sur le dos sur le socle de la fontaine. Elle était entourée d'au moins vingt hommes. Certains la pénétraient – un devant, un derrière. D'autres attendaient, se masturbant, la regardant avec adoration. D'autres encore lui léchaient le corps, nettoyaient le sperme des précédents pour le remplacer par le leur. La femme avait les yeux révulsés, la bouche ouverte en un "O" silencieux permanent, le corps secoué de spasmes orgasmiques presque continus.
Ema s'arrêta un instant, la regarda. Une sensation étrange l'envahit – non pas de la pitié, mais de l'envie. Cette femme était vénérée. Adorée. Traitée comme une reine. Comme une déesse.
Puis elle sentit quelque chose changer en elle.
L'activation des phéromones
Scène II : L'activation des phéromonesCela commença par une chaleur différente.
Pas la chaleur extérieure du soleil sur sa peau. Une chaleur interne, profonde, viscérale. Une chaleur qui naquit dans son bassin, dans son utérus, et qui commença à se répandre dans tout son corps comme un vin chaud versé dans ses veines.
Elle s'arrêta net, mit une main sur son ventre. Son vagin palpita violemment, comme un cœur indépendant battant dans son bas-ventre. Une nouvelle vague de lubrifiant s'échappa, plus abondante que les précédentes, tiède, épaisse, coulant le long de ses cuisses avec un léger gargouillis audible.
En même temps, quelque chose se mit à émaner d'elle. Quelque chose de palpable, de presque visible dans l'air tremblant de chaleur.
Ses phéromones.
Le statut de "virus-mère", après des heures d'accumulation de sperme, d'orgasmes répétés, de stimulation sexuelle constante, atteignait son pic d'intensité. Son corps transformé, optimisé par le virus pour la reproduction et la propagation, se mettait en mode production maximum.
L'odeur n'était pas désagréable. Au contraire. C'était une odeur complexe, riche, envoûtante. Une base musquée, animale, profonde – l'odeur de la fertilité à son paroxysme. Par-dessus, des notes sucrées, presque florales – comme le parfum d'une fleur tropicale en pleine nuit. Et une note métallique subtile, comme le cuivre ou le sang frais, qui donnait à l'ensemble une urgence, une nécessité biologique.
Cette odeur ne flottait pas simplement autour d'elle. Elle semblait se propager activement, comme une onde qui partait d'elle en cercles concentriques, traversant l'air chaud stagnant de la rue, portée par les légers courants d'air chaud qui montaient du bitume.
Les premiers à réagir furent les hommes les plus proches.
À quinze mètres sur sa gauche, un homme d'une quarantaine d'années, nu, un peu bedonnant, qui était en train de boire à une bouteille d'eau volée, s'immobilisa soudain. La bouteille lui échappa des mains, tomba sur le pavé avec un bruit mat, l'eau se répandant en flaque qui s'évaporait presque instantanément.
Il tourna la tête lentement, comme un robot dont les circuits venaient de recevoir une nouvelle instruction prioritaire. Ses yeux – des yeux marrons ordinaires, fatigués – se fixèrent sur Ema. Ses pupilles se dilatèrent instantanément, devenant si larges que l'iris presque disparut, laissant deux trous noirs, profonds, sans reflet.
Sa bouche s'entrouvrit. Un filet de salive coula du coin gauche.
Son pénis, qui pendait mou entre ses jambes, commença à se dresser. Lentement d'abord, puis plus vite, jusqu'à ce qu'il pointe droit devant lui, dur, veiné, le gland violacé luisant déjà d'une goutte de pré-sperme.
Il ne disait rien. Ne bougeait pas. Juste regardait.
À vingt mètres sur sa droite, deux hommes qui étaient en train de copuler contre la vitrine d'une boulangerie s'arrêtèrent simultanément. L'homme qui était derrière la femme se retira brusquement, laissant son pénis dressé, ruisselant. Il tourna la tête vers Ema. Sa partenaire, abandonnée contre la vitre, gémit de frustration, mais lui ne la regarda même pas.
Trente mètres devant elle. Quarante mètres derrière.
Comme des requins qui auraient senti une goutte de sang dans un océan immense, les hommes dans un rayon progressif se figèrent, tournèrent la tête. Un par un. Puis par groupes.
Leurs réactions étaient presque identiques. La dilatation pupillaire immédiate. L'érection instantanée. La bouche entrouverte. La respiration qui s'accélérait.
Mais il y avait autre chose. Quelque chose de nouveau, que Ema n'avait pas vu la veille dans le magasin.
Dans leurs yeux, au-delà du désir compulsif, du besoin irrésistible du virus, il y avait... de la révérence. Du respect. Un instinct protecteur primitif qui se superposait à l'instinct reproductif.
Le virus en eux reconnaissait la source ultime. Une "virus-mère". Une magnifique "virus-mère" en pleine production phéromonale. Pas juste une femme à prendre. Une femme à vénérer. À protéger. À chouchouter. À remplir jusqu'à l'épuisement, mais avec soin.
La première vague fut de quinze hommes.
Ils se détachèrent des groupes, des coins d'ombre, des positions diverses où ils se trouvaient. Ils avancèrent vers elle, mais pas avec l'urgence frénétique, l'agressivité compulsive qu'elle avait connue la veille. Leur démarche était pressée, oui, mais aussi... respectueuse. Comme des fidèles s'approchant d'un autel. Comme des serviteurs répondant à l'appel de leur reine.
Ils formèrent un demi-cercle à environ cinq mètres d'elle, s'arrêtant comme si une ligne invisible leur indiquait une distance à respecter. Leurs érections étaient visibles, impressionnantes par leur diversité – certaines longues et minces, d'autres courtes et épaisses, d'autres courbées, d'autres droites comme des piques. Mais leurs expressions n'étaient pas agressives. C'étaient des expressions d'admirations. De fascination. De dévotion presque.
Ema, au centre, respirait avec difficulté. Son propre corps réagissait à la réaction qu'elle provoquait. Une nouvelle vague de chaleur la parcourut. Son vagin se contracta violemment, expulsant un petit jet de fluide qui atterrit sur le pavé à ses pieds avec un petit ploc.
Elle regarda les hommes. Quinze paires d'yeux fixés sur elle. Quinze respirations haletantes. Quinze corps tendus, prêts.
Elle sentit son cœur battre plus fort. Pas de peur cette fois. De l'excitation. Une excitation pure, primitive, amplifiée exponentiellement par le virus en elle.
Elle ouvrit légèrement les bras, dans un geste qui pouvait être d'accueil, d'abandon, de soumission, de domination – elle ne savait pas elle-même.
L'un des hommes fit un pas en avant.
Le premier cercle – Le culte instinctif
Scène III : Le premier cercle – Le culte instinctifL'homme qui s'avança était un quadragénaire bien bâti – des épaules larges, un torse musclé avec une légère bedaine, des jambes solides. Il avait une barbe de trois jours, grisonnante par endroits, et des cheveux bruns courts, en bataille. Ses yeux étaient gris, intelligents, avec cette même lueur de dévotion que les autres.
Il s'arrêta à trois mètres d'Ema, la regarda longuement, des pieds à la tête, comme s'il étudiait une œuvre d'art. Son regard s'attarda sur ses seins, ses hanches, son sexe ouvert, puis remonta à son visage.
Puis il fit quelque chose d'étrange. Quelque chose d'impensable dans le contexte de viol et de chaos.
Il s'agenouilla.
Pas juste fléchi les genoux. Il s'agenouilla complètement, posa un genou à terre sur le pavé brûlant, puis l'autre. Il était maintenant à sa hauteur, légèrement plus bas.
Il tendit une main, lentement, comme pour ne pas l'effrayer. Sa main était large, avec des doigts épais, des ongles cassés, sales. Il prit doucement la main droite d'Ema, qui pendait à son côté.
Puis il baissa la tête, et baisa le dos de sa main.
Ce n'était pas un baiser sensuel, lubrique. C'était un baiser de chevalier. De vassal. Révérencieux. Presque religieux.
Il resta ainsi un moment, les lèvres sur sa main, les yeux fermés. Puis il releva la tête, regarda à nouveau dans ses yeux.
"Tu es..." dit-il, et sa voix était rauque, grave, chargée d'émotion. "Tu es la plus belle chose que j'ai jamais vue."
Pas "je veux te baiser". Pas "donne-moi". Juste une constatation. Une observation révérencieuse.
Il se releva lentement, sans lâcher sa main. De son autre main, il la prit par la taille, doucement, délicatement, comme si elle était faite de porcelaine fragile. Ses doigts larges s'enfoncèrent dans la chair de sa hanche, exactement là où les empreintes précédentes étaient déjà marquées.
"Tu es blessée," murmura-t-il, ses yeux passant sur les marques, les ecchymoses, les égratignures. "Ils t'ont fait mal."
Il y avait de la tristesse dans sa voix. De la colère presque.
Puis il passa à l'action. Sans violence. Sans précipitation. Il fit tourner Ema doucement, la plaça dos au mur de l'immeuble le plus proche – un mur en pierre de taille blonde, tiède au soleil, avec des joints de mortier gris. Il aligna son corps contre le sien, son torse contre son dos.
De ses mains, il prit ses hanches, les serra doucement mais fermement. Puis il aligna son pénis – long, épais, le gland large et violacé – avec l'entrée de son vagin.
Ema sentit la pression contre son ouverture. Une pression ferme, mais pas brutale. Elle était tellement lubrifiée, tellement ouverte, tellement prête, que la pénétration fut presque immédiate, naturelle, comme une clé qui entre dans une serrure parfaitement huilée.
L'homme poussa lentement, doucement, en vérifiant son visage par-dessus son épaule pour détecter toute grimace de douleur. Il n'y en eut pas. Seulement une expression de concentration intense, puis de plaisir qui commençait à monter.
Quand il fut complètement enfoui, il s'arrêta un instant, la tenant contre le mur, son corps chaud contre son dos, sa respiration chaude sur son cou.
"Ça va ?" demanda-t-il, et la question était sincère.
Ema hocha la tête, incapable de parler.
Il commença alors à bouger. Lentement. Des va-et-vient courts, profonds, qui stimulaient des endroits en elle qu'elle ne connaissait pas. Chaque poussée envoyait une décharge de plaisir dans tout son corps. Ses seins s'écrasaient contre la pierre tiède du mur, ses mamelons frottaient contre la surface rugueuse, ce qui ajoutait une sensation supplémentaire, presque douloureuse, mais transformée en plaisir par le virus.
L'homme dura peut-être trois minutes. Il ne précipita pas. Il prit son temps. Chaque mouvement était calculé, destiné à lui donner du plaisir autant qu'à en prendre. Ses mains sur ses hanches la guidaient doucement, l'aidant à trouver le rythme.
Quand il fut proche de l'éjaculation, il accéléra légèrement, ses mouvements devinrent plus saccadés, moins contrôlés. Il grogna contre son cou, un son animal, primitif.
Puis il éjacula.
Ema sentit les jets chauds à l'intérieur d'elle. Plusieurs. Puissants. Abondants. Il resta enfoui en elle pendant toute l'éjaculation, tremblant légèrement.
Puis il se retira lentement. Son pénis, maintenant mou, glissa hors d'elle, laissant un nouveau flot de sperme s'échapper et couler le long de ses cuisses.
Il resta un moment debout derrière elle, une main posée sur son épaule, comme pour la soutenir. Puis il recula d'un pas, regarda le sperme qui coulait d'elle, hocha la tête comme s'il accomplissait une tâche importante.
"Merci," murmura-t-il.
Puis il retourna dans le cercle des autres hommes qui attendaient.
L'effet d'entraînement viral – La file d'attente biologique
Scène IV : L'effet d'entraînement viral – La file d'attente biologiqueCe premier homme avait établi le modèle. Le rituel.
Pendant qu'il la prenait, d'autres hommes étaient arrivés. Non plus quinze, mais vingt. Puis trente. Ils formaient maintenant un cercle complet autour d'elle, à une distance respectueuse de trois à quatre mètres.
Quand le premier homme se retira, un deuxième s'avança immédiatement. Plus jeune, une vingtaine d'années, mince, élancé, avec un pénis long et mince. Lui aussi s'approcha avec révérence, mais sans s'agenouiller cette fois.
Il la fit s'agenouiller sur une marche d'escalier qui menait à l'entrée d'un immeuble. La marche en pierre était dure sous ses genoux déjà meurtris. Il se plaça derrière elle, la pénétra par-derrière. Cette position était plus profonde, plus intense. Ema crispa les doigts sur le bord de la marche, ses ongles se cassant sur la pierre.
Pendant qu'il la prenait, elle remarqua quelque chose d'étrange.
Les hommes qui attendaient ne se battaient pas. Ne se poussaient pas. Ils formaient une file d'attente. Une file d'attente ordonnée, comme devant une caisse de supermarché avant l'effondrement. Ils attendaient leur tour patiemment, en regardant, certains se masturbant doucement, d'autres simplement attendant.
Et certains... aidaient.
Pendant que le deuxième homme la prenait par-derrière, un troisième homme – plus âgé, la cinquantaine, avec un ventre bedonnant – s'approcha sur le côté. Il tenait une bouteille d'eau en plastique à moitié pleine. Sans un mot, il la porta aux lèvres d'Ema.
Elle but avidement, l'eau fraîche (relativement) coulant dans sa gorge sèche, se mêlant au goût de sperme déjà présent dans sa bouche. L'homme lui essuya ensuite doucement le menton avec le dos de sa main, essuyant l'eau qui avait coulé mélangée à du sperme.
Un autre homme, plus jeune, s'approcha pendant que le deuxième terminait. Il avait un chiffon humide – un morceau de tissu arraché à un vêtement probablement. Il essuya doucement le sperme qui coulait de son vagin après le retrait du deuxième homme. Le geste était délicat, presque tendre. Il nettoyait la zone, non pas par hygiène, mais comme pour préparer le terrain pour le suivant. Comme un serviteur préparant une table pour le prochain repas.
C'était contre-productif d'un point de vue viral – le virus voulait l'accumulation de sperme, pas son nettoyage. Mais l'instinct protecteur, l'instinct de "chouchouter" l'hôte précieux, était plus fort.
Le troisième homme prit sa place. Il la fit s'allonger sur le capot d'une voiture abandonnée – une Peugeot 308 grise, le capot tiède au soleil mais pas brûlant. Il la pénétra en position missionnaire classique, mais avec une lenteur, une délicatesse qui contrastait avec la violence du contexte.
Pendant qu'il la prenait, un quatrième homme s'approcha et commença à lui masser les épaules. Ses mains larges pétrissaient les muscles tendus de ses trapèzes, détendant les tensions accumulées. Ema gémit de plaisir – le massage combiné à la pénétration créait une sensation de bien-être presque trop intense.
C'était devenu un rituel. Une cérémonie.
Chaque homme avait son tour. Chacun la prenait, de manière généralement douce (mais ferme), pendant quelques minutes. Chacun éjaculait en elle, sur elle, ou dans sa bouche. Et entre chaque homme, il y avait ces moments de "service" – apporter de l'eau, essuyer, masser, soutenir.
Le virus avait créé une dynamique sociale complexe. Les hommes n'étaient pas juste des prédateurs compulsifs. Ils étaient devenus des serviteurs. Des adorateurs. Des fertilisateurs.
Ema, au centre de tout cela, était dans un état second. Son corps recevait, recevait, recevait. Chaque nouvelle pénétration, chaque nouvel éjaculat, était ressenti intensément. Le sperme s'accumulait en elle, réchauffé par son corps, devenant une masse tiède, épaisse, dans son utérus, son vagin.
Après dix hommes, son ventre commença à gonfler légèrement. Pas beaucoup – juste une légère distension, comme après un gros repas. Mais c'était du sperme, pas de la nourriture.
Après quinze hommes, le filet continu qui s'échappait de son vagin était devenu un ruisselet constant. Il coulait le long de ses cuisses, sur le capot de la voiture, formant une petite flaque sur le sol qui attirait des mouches avant de sécher au soleil.
Les orgasmes en cascade – La machine à plaisir
Scène V : Les orgasmes en cascade – La machine à plaisirLa physiologie d'Ema, boostée par le virus, était devenue une machine à plaisir parfaite.
Son clitoris, qui dépassait habituellement discrètement sous son capuchon, était maintenant en érection permanente. Une clitoromégalie temporaire causée par l'afflux sanguin constant et la stimulation incessante. Il faisait saillie entre ses petites lèvres tuméfiées, dur comme un petit pois, sensible au point que le simple frottement de l'air lui donnait des frissons.
Chaque pénétration déclenchait un orgasme. Pas toujours complet, pas toujours le grand frisson final, mais des vagues de plaisir qui parcouraient son corps, se chevauchant, s'additionnant, créant un état d'extase quasi-permanent.
Position 1 : Debout contre le mur, tenue par deux hommes
Le vingtième homme (approximativement – elle perdait le compte) adopta une position différente.
Deux autres hommes s'approchèrent simultanément. L'un prit son bras droit, le passa autour de son cou pour le soutenir. L'autre fit de même avec son bras gauche. Ils la soutenaient, littéralement, comme des infirmiers soutenant un patient.
Le vingtième homme se plaça devant elle, aligna son pénis, la pénétra. Les deux hommes qui la tenaient maintenaient ses jambes écartées en les soulevant légèrement.
Une quatrième homme tenta de se placer derrière elle pour une double pénétration. Il pressa son pénis contre son anus. Ema cria – pas de plaisir, mais de douleur pure, aiguë. Le virus transformait beaucoup de sensations en plaisir, mais pas celle-ci. L'anal était une limite que son corps, même transformé, refusait.
Immédiatement, les deux hommes qui la tenaient réagirent. L'un lâcha son bras, se tourna vers l'homme qui tentait l'anal, le repoussa violemment.
"Elle n'aime pas !" cria-t-il, la voix chargée de colère protectrice.
"Respecte !" ajouta l'autre.
L'homme qui avait tenté l'anal recula, l'air désolé, confus. Il fit un geste d'excuse, puis retourna dans la file d'attente.
Le virus imposait le respect des limites. L'hôte précieux ne devait pas être blessée inutilement. Seulement utilisée de la manière qu'elle "acceptait" – vaginalement, oralement.
Position 2 : À quatre pattes sur le capot de la voiture
Un homme la fit se mettre à quatre pattes sur le capot de la Peugeot 308. La peinture métallisée grise était tiède sous ses mains et ses genoux. L'homme se plaça derrière elle, la pénétra par-derrière.
Cette position permettait une pénétration plus profonde. L'homme tenait ses hanches, ses doigts s'enfonçant dans les empreintes déjà existantes. Il bougea avec un rythme régulier, puissant.
Devant elle, quatre autres hommes formaient une ligne. Le premier s'avança, présenta son pénis à sa bouche. Elle le prit, suça avidement. Après deux minutes, il éjacula dans sa bouche – elle avala, mais une partie dégorgea, coula sur son menton.
Immédiatement, le deuxième homme prit la place. Pendant qu'elle le suçait, l'homme derrière elle éjacula à son tour, se retira. Un troisième homme prit immédiatement sa place, la pénétra sans même que le sperme du précédent ait fini de couler.
C'était une ligne de production. Une chaîne de montage du plaisir et de la fertilisation.
Position 3 : Allongée sur le dos sur un banc public
Après peut-être trente hommes, elle fut transportée (portée doucement par plusieurs hommes) vers un banc public en bois et fer forgé, à l'ombre relative d'un platane.
On l'allongea sur le dos sur le banc. Le bois était dur sous son dos, mais des hommes placèrent des vêtements pliés sous sa tête comme un oreiller.
Un homme prit place entre ses jambes, les soulevant et les posant sur ses épaules. Il la pénétra profondément.
En même temps, un autre homme s'agenouilla près de sa tête, à cheval sur son visage. Elle ouvrit la bouche, prit son pénis. Il ne bougea pas beaucoup – il la laissa sucer, lécher, pendant que l'homme entre ses jambes faisait le travail principal.
Un troisième homme s'assit près de son côté, prit un de ses seins dans sa main, commença à le masser doucement en pinçant le mamelon entre le pouce et l'index. La sensation était électrique.
Ema était dans un état second. Son monde se réduisait à des sensations. La pénétration profonde et régulière dans son vagin. Le pénis chaud et salé dans sa bouche. Les mains sur ses seins. Le bois dur sous son dos. La chaleur de l'air. Les odeurs de sperme, de sueur, de sexe, d'hommes.
Elle jouissait presque continuellement. Des petits orgasmes qui se succédaient comme des vagues sur une plage par marée haute. Des contractions vaginales rythmiques qui serraient le pénis en elle. Des tremblements dans ses jambes. Des cris étouffés par le pénis dans sa bouche.
Son corps était devenu un instrument. Un réceptacle. Un temple où se célébrait un culte étrange, primitif, viral.
La saturation sensorielle – Le corps devenu réceptacle
Scène VI : La saturation sensorielle – Le corps devenu réceptacleAprès une heure, peut-être plus, les effets de l'accumulation devenaient visibles, palpables, olfactifs.
Le sperme accumulé :
Son ventre était maintenant visiblement distendu. Pas énormément – elle n'avait pas l'air de six mois de grossesse – mais suffisamment pour qu'on remarque la rondeur anormale. Quand elle était allongée sur le dos, son ventre formait un petit dôme lisse, tendu, qui brillait légèrement au soleil de la sueur et des résidus de sperme.
Quand un homme la pénétrait en position missionnaire, et qu'il poussait profondément, on pouvait parfois entendre un gargouillis léger – le sperme déjà présent dans son vagin et son utérus qui était brassé, déplacé.
À chaque fois qu'un homme se retirait de son vagin, un flot blanchâtre s'échappait. Pas juste un filet. Un véritable flot, épais, chaud, qui coulait sur le banc, sur le sol, sur les jambes des hommes qui attendaient. Le flot était parfois strié de légères traînées rosées – du sang microscopique provenant des micro-déchirures de ses muqueuses trop sollicitées.
Après plusieurs de ces retraits, une flaque s'était formée sous le banc. Une flaque de sperme, d'environ trente centimètres de diamètre, qui brillait au soleil avant de commencer à sécher en une croûte blanchâtre, craquelée.
Ses seins étaient couverts d'une couche de sperme qui avait séché par endroits, formant une croûte. Sous cette croûte, de nouvelles éjaculations fraîches avaient été ajoutées, créant des strates, comme des couches géologiques. Certains hommes, avant de la pénétrer, léchaient cette croûte pour la ramollir, la nettoyer partiellement, avant d'y ajouter leur propre contribution.
Ses cheveux étaient particulièrement affectés. Plusieurs hommes avaient éjaculé sur sa tête, dans ses cheveux. Le sperme séché collait les mèches entre elles, formant des dreadlocks blanchâtres par endroits. D'autres mèches étaient encore humides, luisantes, avec du sperme frais qui coulait lentement le long des longueurs jusqu'à la pointe, où il formait de petites perles qui finissaient par tomber.
La bouche utilisée :
Elle suçait presque continuellement. Chaque homme qui n'était pas en train de la pénétrer vaginalement se présentait souvent à sa bouche. Elle avait développé une technique, une efficacité qui venait de l'expérience et de l'instinct boosté par le virus.
Elle prenait le pénis dans sa bouche, enveloppait le gland de ses lèvres, utilisait sa langue pour masser le frein, suçait avec une pression rythmée. Elle avalait souvent le sperme directement, sentant le liquide chaud, salé, parfois légèrement amer ou sucré selon l'homme, couler dans sa gorge.
Mais certaines éjaculations étaient trop abondantes, trop pressurisées. Elles remplissaient sa bouche trop vite, débordaient. Le sperme coulait alors de ses commissures, formant des traînées blanches sur ses joues, son menton, son cou. Il s'accumulait dans le creux de sa clavicule, formant une petite mare qui débordait à chaque mouvement.
Sa bouche était constamment pleine. Même quand elle ne suçait pas activement, elle avait du sperme dans la bouche – soit qu'elle l'avait gardé pour le savourer, soit qu'il restait des résidus. Quand elle respirait par la bouche, ce qui arrivait souvent étant donné l'effort physique, on entendait parfois un léger gargouillis, un clapotis.
La célébration instinctive :
Les hommes, après avoir éjaculé, ne partaient pas toujours. Beaucoup restaient un moment, observant leur œuvre. Ils regardaient le sperme qu'ils avaient déposé en elle, sur elle, avec une expression de satisfaction, de fierté presque.
Certains caressaient ses cheveirs souillés, doucement, comme on caresse un animal précieux. D'autres murmuraient des compliments, des remerciements.
"Tu es parfaite."
"Merci."
"Tu nous donnes tellement."
"Tu es la plus belle."
"Continue, s'il te plaît."
Ces mots, prononcés par des voix rauques, essoufflées, chargées d'émotion, avaient un effet étrange sur Ema. Ils la touchaient. Littéralement et métaphoriquement. Ils ajoutaient une dimension émotionnelle, relationnelle, à ce qui était fondamentalement une utilisation de son corps comme outil de reproduction virale.
Elle se sentait... appréciée. Désirée. Pas juste comme un objet sexuel, mais comme une entité importante. Une reine. Une déesse.
Son cerveau, transformé par le virus, interprétait cette attention comme de l'affection, de l'amour même. Les circuits de récompense s'activaient non seulement pour le plaisir physique, mais aussi pour cette satisfaction émotionnelle.
Elle souriait parfois, entre deux pénétration, entre deux bouches pleines. Un sourire épuisé, extatique, reconnaissant.
La seconde heure – La folie exponentielle
Scène VII : La seconde heure – La folie exponentielleLe temps passait. Le soleil commençait sa descente vers l'horizon, mais la chaleur restait étouffante. L'ombre du platane s'était allongée, couvrant maintenant une plus grande partie du banc, offrant un répit relatif.
Mais le rituel continuait. Et s'amplifiait.
L'aimant s'amplifie :
La rumeur – ou plutôt, l'odeur phéromonale – s'était propagée au-delà de la place. Les hommes venaient maintenant de rues adjacentes. Ils débouchaient des ruelles, traversaient les places, accouraient.
Le groupe qui entourait Ema passa de trente à quarante. Puis cinquante. Peut-être soixante.
La scène était devenue un spectacle public à part entière. Non seulement les hommes y participaient activement (soit en prenant part, soit en attendant), mais d'autres personnes – des femmes, des hommes en période de lucidité, même quelques enfants survivants – regardaient depuis les fenêtres des immeubles, depuis les coins de rue, avec des expressions variées.
Certaines femmes contaminées regardaient avec envie. Elles se masturbaient en la regardant, rêvant peut-être d'être à sa place – au centre de l'attention, vénérées, désirées. D'autres regardaient avec horreur, avec pitié, mais n'intervenaient pas – ne pouvaient pas intervenir.
Organisation émergente :
Face à l'afflux, les hommes s'organisèrent de manière plus structurée. Une organisation émergente, instinctive, dictée par le virus.
Un groupe de cinq ou six hommes, visiblement un peu plus âgés, prit le rôle de "coordinateurs". Ils ne participaient pas activement (ou moins), mais ils géraient la file d'attente, assuraient que chacun ait son tour, empêchaient les débordements.
Un autre groupe s'occupait spécifiquement d'Ema. Un homme en permanence avec une bouteille d'eau, lui donnant à boire régulièrement. Un autre avec des chiffons humides, essuyant doucement le sperme de son visage entre deux fellations (geste étrangement hygiénique dans ce contexte). Un troisième lui soutenait la tête quand elle était allongée, pour qu'elle soit plus confortable.
Ils pratiquaient ce que le virus dictait : chouchouter l'hôte précieux. La garder en "bon état". Hydratée. Relative propre (malgré tout). Confiante.
Moments de lucidité brève :
Entre deux orgasmes particulièrement intenses, Ema avait parfois des éclairs de conscience. De brefs moments où le plaisir retombait suffisamment pour que sa pensée émerge de la brume sensorielle.
Dans ces moments, elle voyait la foule d'hommes autour d'elle. Elle sentait le sperme couler de son corps. Elle voyait son ventre distendu. Elle sentait la douleur dans ses muscles, dans ses articulations, dans ses muqueuses.
Et au lieu d'horreur, au lieu de honte, elle ressentait... une fierté primitive. Une puissance sexuelle démesurée. Un sentiment d'importance, de centralité.
Elle était le centre du monde. Littéralement. Tous ces hommes tournaient autour d'elle, pour elle, à cause d'elle.
C'était terrifiant et exaltant à la fois.
Refus anal respecté instantanément :
Une autre tentative anal eut lieu. Un homme, excité par la vue de son corps offert, tenta de la pénétrer par l'anus alors qu'elle était à quatre pattes.
Elle cria – un cri de douleur pure, aiguë, qui trancha avec les gémissements de plaisir.
Immédiatement, trois hommes se jetèrent sur l'offenseur. Ils le tirèrent en arrière, le repoussèrent violemment. L'un lui donna même un coup de poing au visage.
"Elle n'aime pas !" hurla l'un.
"Respecte !" cria un autre.
"Tu la blesses !" gronda un troisième.
L'homme, étourdi, honteux, recula en titubant. Il fut immédiatement exclu du cercle, poussé vers l'extérieur par les autres hommes.
Le message était clair : l'hôte précieux avait des limites. Ces limites devaient être respectées. Le virus imposait cette règle pour protéger son vecteur optimal.
L'état final – La déesse souillée et vénérée
Scène VIII : L'état final – La déesse souillée et vénérée17h30 – Après environ deux heures
Le soleil était maintenant bas sur l'horizon, teintant le ciel de Lyon d'orangé et de rose. La chaleur commençait enfin à diminuer légèrement, mais l'air restait lourd, saturé d'odeurs.
Ema était allongée sur le dos au milieu de la chaussée. Les hommes avaient dégagé une zone pour elle, poussant les débris, les carcasses de voitures sur le côté. Ils avaient étalé une couverture volée dans un magasin de sport – une couverture de pique-nique en polyester bleu, maintenant tachée de sperme, de sueur, de terre.
Elle était allongée dessus, les membres écartés, dans une position d'abandon total.
Description corporelle :
Ventre : Clairement distendu. Pas énormément, mais suffisamment pour former un dôme lisse et tendu. Quand elle respirait, le dôme se soulevait et s'abaissait légèrement. Si on avait appuyé dessus, on aurait probablement senti la masse liquide à l'intérieur – des litres de sperme accumulés dans son utérus et son vagin, réchauffés à la température de son corps.
Seins : Recouverts d'une croûte blanche épaisse de plusieurs millimètres par endroits. La croûte était craquelée, comme de la glaçure sur un gâteau laissé trop longtemps. Sous les craquelures, on voyait du sperme plus frais, plus liquide. Les mamelons étaient complètement invisibles, ensevelis sous la couche solidifiée.
Visage : Un masque de sperme séchant. Ses yeux verts, cernés de violet profond, regardaient le ciel avec une expression vide, extatique. Autour de ses yeux, des traînées blanches séchées formaient comme un maquillage tribal. Ses lèvres étaient entrouvertes, une bulle de sperme se formant à l'ouverture à chaque expiration, éclatant à l'inspiration suivante, puis se reformant.
Cheveux : Une masse emmêlée, tressée accidentellement par des dizaines de mains, enduite de sperme séché qui les faisait briller étrangement dans la lumière du soir. Certaines mèches étaient complètement blanches, d'autres gardaient leur couleur châtain par endroits.
Sexe : Sa vulve était tuméfiée, ouverte en permanence, béante. Les petites lèvres, normalement discrètes, étaient gonflées, écartées, rouge foncé violacé. De l'entrée du vagin, un flot continu blanchâtre s'échappait. Pas un filet. Un véritable flot, d'environ un centimètre d'épaisseur, qui coulait sur la couverture, formant une flaque qui s'étendait lentement.
Le flot n'était pas constant. Il avait des pulsations, comme si son utérus se contractait légèrement pour expulser le surplus. À chaque pulsation, un nouveau jet plus abondant jaillissait, arrosant la couverture sur plusieurs centimètres.
Bouche : Entrouverte. À l'intérieur, on voyait sa langue, elle-même recouverte d'un enduit blanchâtre. Quand elle respirait, on entendait un léger gargouillis – du sperme dans sa gorge, dans ses sinus peut-être. De temps en temps, elle avalait machinalement, et on voyait sa pomme d'Adam bouger, faisant remonter un peu plus de sperme dans sa bouche.
Les hommes autour :
Vingt à trente hommes étaient encore présents. Certains étaient assis en tailleur sur le sol, à distance respectueuse, la regardant avec adoration. D'autres étaient debout, se masturbant doucement en la regardant, mais sans plus s'approcher – comme si un accord tacite avait été trouvé : elle avait donné assez, pour l'instant.
Certains parlaient à voix basse entre eux, discutant peut-être de ce qu'ils venaient de vivre. D'autres regardaient le ciel, l'air vide.
Ils formaient comme une garde d'honneur. Une garde primitive, animal, mais une garde quand même. Ils protégeaient leur déesse, leur reine, leur virus-mère.
Dialogue impossible :
Ema essaya de parler. Elle voulait dire quelque chose. Demander de l'eau peut-être. Ou simplement exprimer... quelque chose.
Elle ouvrit la bouche plus grand. "Je..." commença-t-elle, mais le mot fut immédiatement noyé dans du sperme.
Trop de sperme dans sa bouche, dans sa gorge. Quand elle essaya de former le son, la pression expulsa du sperme liquide. Un jet blanc, épais, sortit de sa bouche, coula sur son menton, son cou, atterrit sur sa poitrine avec un petit ploc.
Elle essaya encore. "Je... je peux plus..." Mais à nouveau, le sperme déborda. Cette fois, il coula des deux commissures, formant deux traînées blanches qui se rejoignirent sous son menton.
Elle ne pouvait pas parler. Sa bouche était trop pleine. Sa gorge était trop pleine. Même son nez était probablement rempli – elle respirait avec un léger sifflement.
Elle se contenta de fermer les yeux, de laisser un gémissement guttural s'échapper – un son qui pouvait être de plaisir, de douleur, d'épuisement, de tout à la fois.
Autour d'elle, les hommes regardaient, silencieux, comme attendant des instructions. Comme attendant qu'elle se relève, qu'elle les regarde, qu'elle leur dise quoi faire.
Mais elle ne pouvait pas. Pas maintenant. Elle était épuisée. Remplie à ras bord. Saturée.
La déesse était souillée, vénérée, et temporairement hors service.
L'INTERCEPTION DANS LA RUELLE
SOUS-CHAPITRE 5.2 : L'INTERCEPTION DANS LA RUELLEDurée : 17h30 à 18h15 – La rencontre avec les résistants
L'observation depuis la hauteur
Scène I : L'observation depuis la hauteurTrois étages au-dessus de la rue de la République, dans un appartement au rideau de tulle déchiré qui flottait dans l'air chaud du soir, quatre hommes étaient penchés à la fenêtre ouverte. Ils n'étaient pas nus. Cette simple différence les distinguait immédiatement de la foule en contrebas. Ils portaient des vêtements – des jeans sales mais complets, des t-shirts maculés de sueur et de poussière, des vestes en jean ou en cuir usé. Des vêtements qui parlaient de jours à fuir, à se cacher, à survivre.
L'appartement était celui d'un parfait inconnu – une porte fracturée il y a deux jours, les occupants probablement partis rejoindre le chaos ou morts quelque part. La pièce principale, un salon-salle à manger de vingt-cinq mètres carrés, sentait la poussière, la nourriture avariée (des restes de repas sur la table depuis plusieurs jours), et cette odeur distinctive des lieux abandonnés en été – une odeur de renfermé, de moisi léger, de chaleur stagnante.
Le mobilier était banal, impersonnel – un canapé gris en tissu, une table basse en verre, une télévision à écran plat encore accrochée au mur. Mais sur le sol, près de la fenêtre, des sacs à dos militaires vert olive étaient ouverts, laissant voir leur contenu : des boîtes de conserve (thon, maïs, raviolis), des bouteilles d'eau, des piles, des lampes torches, des talkies-walkies éteints, des rouleaux de bandages, et des armes improvisées – des machettes, des barres de fer, des couteaux de chasse.
Gabriel, trente-huit ans, était accroupi près de la fenêtre, les avant-bras posés sur le rebord en pierre, les yeux scrutant la scène en contrebas. Son visage était celui d'un homme qui avait vu trop de choses trop vite – des rides prématurées aux coins des yeux, une barbe de plusieurs jours grisonnante par endroits, des poches violacées sous des yeux bleus fatigués mais toujours alertes. Il avait été infirmier dans une vie antérieure – on le devinait à la manière précise, presque clinique, dont il observait.
À sa droite, Nathan, vingt-quatre ans, le plus jeune du groupe, était assis par terre, le dos contre le mur sous la fenêtre. Il avait les genoux remontés contre sa poitrine, les bras enserrant ses jambes, une position fœtale de protection. Ses cheveux blonds coupés courts étaient collés par la sueur à son front. Il regardait par la fenêtre par à-coups, détournant rapidement le regard comme si la vue lui brûlait les yeux.
À gauche de Gabriel, Leo, quarante-cinq ans, massif, carré, l'ancien militaire. Il était debout, une main sur le mur pour s'équilibrer, penché pour voir. Son visage était un bloc de granit – mâchoire carrée, nez cassé (probablement pas à cause du virus), cicatrice pâle sur la joue droite. Ses yeux bruns ne clignaient presque pas, fixant la scène avec une intensité qui aurait pu être de la concentration ou du dégoût.
Le quatrième, Thomas, trente et un ans, était assis sur le canapé, légèrement en retrait. Il tenait un carnet à spirales sur ses genoux, un stylo à bille à la main. De temps en temps, il notait quelque chose – des observations, des chiffres. Il avait des lunettes à monture fine, l'une des branches était réparée avec du ruban adhésif. Ancien étudiant en biologie, doctorant interrompu.
Ils regardaient tous la même chose.
Ema.
Allongée au milieu de la rue, sur la couverture bleue souillée, entourée d'hommes nus qui la contemplaient avec une dévotion primitive.
"Putain de merde," murmura Leo, sa voix était grave, rauque, comme du gravier frotté. "Regardez-moi ça. C'est... c'est une boucherie. Une boucherie érotique."
Gabriel ne répondit pas tout de suite. Ses yeux balayaient la scène, prenant des détails. La distension du ventre d'Ema. Le flot continu de son vagin. La foule d'hommes autour. L'organisation étrange – certains nettoyant, d'autres attendant, d'autres regardant.
"Ce n'est pas une boucherie," dit-il enfin, sa voix plus calme, plus analytique. "Regardez les hommes. Ils ne sont pas violents. Ils sont... révérencieux. Ils la traitent comme une déesse."
Nathan frissonna, enfouit son visage entre ses genoux un instant. "Une déesse couverte de sperme. Une déesse qu'ils viennent de baiser à cinquante. Une belle déesse."
Thomas leva les yeux de son carnet. "C'est cohérent avec ce qu'on a observé. Les femmes les plus belles deviennent des aimants. Des points focaux. Le virus les désigne comme vecteurs privilégiés." Il consulta ses notes. "Hypothèse : le virus reconnaît les caractéristiques physiques associées à une fertilité optimale. Jeunesse. Symétrie faciale. Rapport taille-hanches. Poitrine développée. Et il amplifie cette attirance chez les mâles contaminés."
Gabriel hocha la tête lentement. "Elle est l'une des leurs. Une 'aimante'. Comme on les appelle."
Leo se tourna vers lui, un pli méfiant entre les sourcils. "Une des leurs ? Tu veux dire qu'elle est infectée ? Comme tout le monde ?"
"Plus que ça," répondit Gabriel. "Regardez-la. Elle n'a pas l'air de souffrir. Elle a l'air... extatique. Le virus ne se contente pas de la contraindre. Il la transforme. Il lui fait aimer ce qui lui arrive."
Thomas ajouta, le stylo tapotant sur le carnet : "Modification des circuits de récompense. Assoication positive avec les stimuli qui normalement déclencheraient du dégoût ou de la peur. Le sperme. Les pénétrations multiples. L'attention masculine."
Nathan leva la tête, son visage pâle, les yeux rougis. "Alors elle est perdue. Comme les autres. Pourquoi on s'intéresse à elle ?"
Gabriel se redressa lentement, s'étira, les vertèbres craquant. "Parce qu'elle est une des premières. Une des plus puissantes. Regardez combien d'hommes elle attire. Regardez comment ils s'organisent autour d'elle. Si on veut comprendre le virus... si on veut trouver un moyen de l'arrêter... on a besoin d'étudier les cas extrêmes. Les aimantes."
Il fit une pause, regarda ses trois compagnons un par un. "On la sort de là."
Leo fronça les sourcils. "La sortir ? Tu es fou ? Il y a cinquante types autour d'elle ! Ils nous déchireront !"
"Pas si on est rapides. Pas si on utilise ça." Gabriel se baissa, ouvrit un des sacs à dos, en sortit un petit vaporisateur en plastique blanc avec une étiquette manuscrite : "I-7". "L'inhibiteur. Version diluée, mais ça devrait les désorienter quelques minutes."
Thomas se leva, s'approcha de la fenêtre, ajusta ses lunettes. "L'odeur de ses phéromones doit être à un niveau critique. Même avec l'inhibiteur, ça va être dangereux. Pour nous aussi."
Gabriel leva le vaporisateur. "On prend nos doses maintenant. On en met sur nos masques." Il sortit de son sac des masques chirurgicaux – des reliques d'une autre époque. "Ça ne bloquera pas tout, mais ça réduira l'exposition."
Nathan se leva à son tour, les jambes tremblantes. "Et... et après ? Si on l'attrape ? On fait quoi avec elle ?"
"On l'emmène à la cachette. On l'étudie. On voit ce que le virus a fait à son corps. À son esprit." Gabriel parlait avec une détermination froide qui contrastait avec le chaos dehors. "C'est notre mission. Comprendre. Survivre. Trouver un moyen."
Leo grogna, mais hocha la tête. "D'accord. Mais si les types deviennent agressifs, je ne reste pas à discuter."
Ils se préparèrent rapidement. Mirent les masques. Vaporisèrent l'inhibiteur dessus – une odeur chimique, mentholée, médicinale qui couvrait à peine l'odeur de moisi de l'appartement. Pris chacun une pilule d'inhibiteur oral – petite, blanche, amère.
Gabriel vérifia ses armes – une barre de fer d'environ soixante centimètres, lourde, solide. Leo avait une machette, la lame ternie mais toujours tranchante. Nathan avait un couteau de chasse qu'il tenait comme s'il ne savait pas vraiment quoi en faire. Thomas n'avait qu'une lampe torche lourde – une arme improvisée.
Ils se regardèrent une dernière fois, dans la pénombre de l'appartement. Quatre hommes contre cinquante. Quatre hommes à moitié protégés contre le virus qui avait détruit le monde.
"On y va," dit Gabriel.
Ils sortirent de l'appartement, descendirent l'escalier sombre, silencieux, comme des fantômes dans un monde de chair.
La descente et l'approche
Scène II : La descente et l'approcheL'escalier de l'immeuble sentait l'urine et la pourriture. Quelque part, au deuxième étage, une porte était entrebâillée, d'où sortaient des gémissements rythmiques, des halètements. La vie normale du nouveau monde.
Ils sortirent sur le trottoir par une porte latérale, évitant l'entrée principale où deux hommes nus étaient en train de copuler contre le mur, indifférents à tout sauf à leur besoin compulsif.
La chaleur du soir les frappa comme un mur. Moins intense qu'en journée, mais toujours lourde, humide, chargée d'odeurs. L'odeur du sperme était particulièrement forte ici, près de la place où Ema était allongée.
Ils restèrent un moment dans l'ombre du bâtiment, observant.
La scène était encore plus impressionnante de près. La taille de la foule – une soixantaine d'hommes maintenant, certains s'étant ajoutés pendant qu'ils descendaient. La manière dont ils étaient disposés – en cercles concentriques, les plus proches assis ou agenouillés, les plus éloignés debout, tous tournés vers le centre.
Et au centre, Ema.
Gabriel sentit son estomac se nouer. Même à travers le masque, même avec l'inhibiteur, quelque chose en lui réagissait. Une vibration sourde, primitive. Une attraction qu'il devait combattre activement.
Il regarda ses compagnons. Leo serrait la poignée de sa machette jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Nathan respirait trop vite, trop superficiellement, à la limite de l'hyperventilation. Thomas ajustait ses lunettes nerveusement, ses yeux derrière les verres fixant Ema avec une fascination scientifique teintée d'autre chose.
"Calme," murmura Gabriel. "Respirez. Concentrez-vous sur la mission. On traverse, on vaporise, on la prend, on repart. Pas de combat si on peut l'éviter."
Ils avancèrent.
Les premiers hommes qu'ils croisèrent, à la périphérie du groupe, leur jetèrent à peine un regard. Deux hommes assis sur le trottoir, nus, regardant dans le vague, l'air épuisé. Ils levèrent les yeux quand les quatre résistants passèrent, mais ne réagirent pas. Le virus, après l'orgasme, laissait une période de lucidité relative, d'indifférence.
Plus ils s'approchaient du centre, plus les hommes étaient nombreux, et plus ils étaient "actifs" – certains se masturbaient doucement en regardant Ema, d'autres chuchotaient entre eux, d'autres la regardaient avec cette expression de dévotion qui glaçait le sang.
À dix mètres d'Ema, ils rencontrèrent la première résistance.
Un homme d'une quarantaine d'années, nu, musclé, avec des tatouages sur les bras, se leva brusquement quand il les vit approcher. Il se plaça entre eux et Ema, les bras légèrement écartés, dans une posture défensive.
"Arrêtez," dit l'homme, sa voix était rauque, tendue. "Elle se repose."
Gabriel s'arrêta, leva une main en signe de paix. "On vient l'aider."
L'homme secoua la tête. "Elle n'a pas besoin d'aide. Elle est... parfaite. Elle nous a donné. Maintenant elle se repose."
Autour d'eux, d'autres hommes commençaient à se lever, à regarder dans leur direction. Une vingtaine d'yeux se fixèrent sur eux. Des expressions qui passaient de l'indifférence à la méfiance.
Leo avança d'un pas, sa machette baissée mais visible. "Écarte-toi."
L'homme au tatouage ne bougea pas. Au contraire, il se cambra, son pénis qui pendait mou commença à se dresser légèrement – pas de désir cette fois, mais de tension, d'agressivité. "Vous ne la touchez pas."
Gabriel comprit qu'ils n'avaient pas le temps. Il sortit le vaporisateur, le leva.
"Désolé," dit-il.
Il pressa le bouton.
L'extraction
Scène III : L'extractionLe vaporisateur émit un jet fin, presque invisible, qui se répandit dans l'air sous forme d'un brouillard microscopique. L'odeur – chimique, métallique, mentholée – se répandit instantanément, se mélangeant aux odeurs de sperme, de sueur, de sexe.
L'effet sur les hommes fut immédiat et spectaculaire.
L'homme aux tatouages porta une main à son visage, cligna des yeux rapidement, comme s'il venait de recevoir du poivre dans les yeux. Il recula d'un pas, puis deux, l'air désorienté. Autour de lui, les autres hommes réagirent de manière similaire – certains se frottèrent le nez, d'autres firent des grimaces, d'autres secouèrent la tête comme pour chasser une mouche.
L'inhibiteur, même dilué, agissait sur les récepteurs olfactifs, brouillant temporairement la perception des phéromones. Pour des hommes dont l'instinct était guidé par ces signaux chimiques, c'était comme éteindre une lampe dans une pièce sombre. Ils perdaient leur centre, leur focalisation.
Gabriel profita de la confusion pour avancer. Leo à ses côtés, Nathan et Thomas derrière.
Ils atteignirent Ema.
De près, c'était encore pire. Ou plus intense. Ou les deux.
Elle était allongée sur le dos, les yeux mi-clos, regardant le ciel qui commençait à virer au mauve. Son ventre distendu se soulevait et s'abaissait régulièrement avec sa respiration. Le flot continu de son vagin avait formé une flaque de plusieurs centimètres de diamètre sur la couverture, une flaque qui débordait lentement sur les pavés.
Son visage, sous la couche de sperme séché, était d'une beauté éclatante, tragique. Des traits réguliers, harmonieux. Un nez droit, fin. Des pommettes hautes. Des cils longs, maintenant collés par des résidus blanchâtres. Des lèvres pulpeuses, entrouvertes.
Elle sentait. Même à travers le masque et l'inhibiteur, Gabriel pouvait sentir son odeur – cette odeur musquée, sucrée, profondément animale qui semblait émaner de chaque pore de sa peau. Une odeur qui parlait directement à la partie primitive de son cerveau, contournant la raison, l'éthique, la morale.
Il secoua la tête, chassa la pensée. Se concentra.
Il se baissa près d'elle. "On va t'aider," dit-il, sachant qu'elle ne pouvait probablement pas entendre ou comprendre.
Il fit signe à Leo et Nathan. Ensemble, ils l'enveloppèrent dans la couverture bleue souillée. Le tissu râpa contre sa peau sensible, elle gémit faiblement – un son qui pouvait être de douleur ou de plaisir.
La soulever fut difficile. Elle n'était pas particulièrement lourde (peut-être soixante kilos), mais elle était molle, inerte, et le fait qu'elle était couverte de fluides glissants rendait la prise difficile. De plus, la distension de son ventre changeait son centre de gravité.
Ils la prirent à quatre – Gabriel aux épaules, Leo aux pieds, Nathan et Thomas de chaque côté au niveau du bassin.
Quand ils la soulevèrent, quelque chose d'extraordinaire se produisit.
Un nouveau flot de sperme, plus abondant que les précédents, s'échappa de son vagin. Ce n'était pas un filet. C'était un véritable jet, comme si le fait de la soulever avait fait basculer le contenu de son utérus. Le sperme, tiède, épais, jaillit, arrosa les jambes de Nathan qui poussa un cri étouffé de dégoût.
Le liquide coula le long de la couverture, dégoulina sur les mains de Gabriel, tiède, gluant.
"Putain," murmura Leo, les dents serrées.
Autour d'eux, les hommes commençaient à se remettre de l'effet de l'inhibiteur. Certains se frottaient les yeux, regardaient autour d'eux avec une expression confuse, puis fixaient Ema qu'on emportait, et leur confusion se transformait en grognements, en agitation.
"On se casse," dit Gabriel, sa voix tendue. "Maintenant."
Ils partirent en direction de la ruelle la plus proche – une ruelle étroite qui débouchait sur la rue de la République à une cinquantaine de mètres, entre une boulangerie au vitrail brisé et une pharmacie aux portes fracturées.
Derrière eux, les hommes commençaient à se lever, à avancer. Pas encore en courant, pas encore en mode attaque, mais avec une détermination croissante. Leur déesse, leur virus-mère, leur centre, était en train de leur être enlevée.
Gabriel et ses hommes entrèrent dans la ruelle.
La ruelle
Scène IV : La ruelleLa ruelle était un monde différent.
Alors que la rue de la République était large, ouverte, ensoleillée (même en fin de journée), la ruelle était étroite, sombre, oppressante. Large d'à peine deux mètres, bordée de hauts murs en pierre de taille grise (les murs aveugles des arrières d'immeubles), avec des fenêtres grillagées à intervalles irréguliers, certaines ouvertes, d'autres fermées, beaucoup brisées.
Le sol était en pavés inégaux, usés au centre par des siècles de passages, avec une rigole centrale pour l'écoulement des eaux – maintenant remplie de détritus, de débris, d'ordures qui n'avaient pas été ramassées depuis des jours. L'odeur y était encore plus concentrée qu'ailleurs – odeur d'urine rance, de pourriture (des poubelles renversées, leur contenu éparpillé), de moisi humide provenant des murs qui ne voyaient jamais le soleil.
La lumière y était rare, tamisée. Le soleil du soir n'atteignait le fond de la ruelle que par réflexion sur les façades plus hautes, créant une pénombre gris-bleu, avec des zones d'ombre presque complètes sous les surplombs, dans les renfoncements de portes condamnées.
Ils avancèrent d'une vingtaine de mètres, jusqu'à un renfoncement plus large où se trouvait un conteneur à poubelles en métal vert, renversé sur le côté, son contenu – sacs plastique déchirés, restes de nourriture, emballages – répandu sur les pavés. Des mouches bourdonnaient autour, formant un nuage noir et bruyant.
"Ici," souffla Gabriel. "On pose-la ici. On voit si on est suivis."
Ils déposèrent Ema doucement contre le mur, dans la position la moins inconfortable possible – assise, le dos contre la pierre froide, les jambes étendues devant elle. La couverture, maintenant encore plus souillée, glissa partiellement, révélant son corps nu, couvert de séchages, de marques, brillant faiblement dans la pénombre.
Gabriel se retourna, regarda vers l'entrée de la ruelle. Pas de poursuivants immédiats. Les hommes étaient probablement encore désorientés par l'inhibiteur, ou peut-être qu'une fois Ema hors de leur champ de vision direct, l'attraction phéromonale diminuait.
Il se retourna vers Ema, retira son masque – l'odeur de l'inhibiteur était trop forte, il avait besoin de respirer. Les autres firent de même.
Ils étaient maintenant tous les quatre face à elle, dans la semi-obscurité de la ruelle.
Et c'est à ce moment que la réalité les frappa de plein fouet.
La confrontation avec la beauté dévastée
Scène V : La confrontation avec la beauté dévastéeAssise contre le mur, le dos contre la pierre froide, Ema était un spectacle qui dépassait tout ce qu'ils avaient imaginé.
La lumière tamisée du soir tombant en oblique dans la ruelle éclairait son corps d'une manière presque cinématographique. Des rais de lumière dorée traversaient la pénombre, frappant ses épaules, ses seins, une partie de son visage, laissant le reste dans l'ombre. Cela créait un contraste saisissant entre les parties éclairées – où on voyait chaque détail, chaque marque, chaque goutte de sperme – et les parties sombres qui restaient mystérieuses, suggérées.
Ses cheveux, emmêlés et enduits, tombaient en mèches lourdes sur ses épaules, certaines collant à sa peau. Dans la lumière rasante, on voyait les cristaux de sperme séché qui scintillaient comme de minuscules diamants.
Son visage était tourné légèrement vers le haut, les yeux mi-clos, les cils longs projetant des ombres sur ses joues. Ses lèvres entrouvertes laissaient voir un éclat humide à l'intérieur – du sperme encore liquide. De ses commissures, deux minces filets blancs avaient coulé, traçant un chemin sur son menton jusqu'à son cou.
Ses seins, lourds, tombants mais fermes, étaient éclairés directement. La croûte de sperme séché qui les recouvrait craquelait comme de l'ancienne peinture, révélant par endroits une peau rose pâle en dessous. Ses mamelons, invisibles sous la couche, devaient être d'une sensibilité extrême – on le devinait à la façon dont sa poitrine se soulevait rapidement avec sa respiration, chaque mouvement semblant provoquer un léger frémissement.
Son ventre distendu formait une courbe douce, lisse. Sous la peau tendue, on imaginait la masse liquide à l'intérieur – des litres de sperme, réchauffés à la température de son corps, brassés à chaque mouvement. Quand elle respirait, le dôme se soulevait et s'abaissait avec une régularité hypnotique.
Entre ses jambes écartées, son sexe était pleinement visible. Les petites lèvres, tuméfiées, rouge foncé violacé, étaient écartées comme les pétales d'une fleur trop mûre. De l'entrée béante du vagin, un filet continu de fluide blanchâtre s'écoulait. Pas aussi abondant que tout à l'heure, mais constant. Le filet coulait sur ses cuisses intérieures, déjà sillonnées de marques, et s'écoulait sur le pavé où il formait une petite flaque qui reflétait faiblement la lumière.
Elle sentait.
Même dans la ruelle, même avec les odeurs de pourriture et d'urine, son odeur dominait. Cette odeur musquée, sucrée, animale, qui semblait émaner de chaque pore de sa peau. Une odeur de fertilité à son paroxysme. Une odeur qui parlait directement au cerveau reptilien, aux instincts les plus primitifs.
Les quatre hommes la regardèrent. Et dans leur regard, on pouvait voir le combat intérieur.
Gabriel, le leader, l'ancien infirmier. Ses yeux bleus balayaient son corps avec une froideur clinique d'abord – évaluant les blessures, les marques, l'état général. Mais cette froideur se fissurait par endroits. Sa pomme d'Adam bougeait quand il avalait sa salive. Ses mains, posées sur ses genoux alors qu'il était accroupi devant elle, tremblaient légèrement. Il luttait. Il avait pris l'inhibiteur, il était protégé, mais elle était trop forte. Trop proche. Trop... réelle.
Leo, l'ancien militaire, le dur. Son visage de granit était impassible, mais ses yeux bruns ne quittaient pas son corps. Ils parcouraient chaque courbe, chaque marque, avec une intensité qui n'avait rien de clinique. Ses mains serraient et desserraient le manche de sa machette, ses jointures passant du blanc au rose. Il respirait par le nez, des inspirations courtes, contrôlées, comme s'il retenait quelque chose.
Nathan, le jeune, le fragile. Il était le plus affecté. Il s'était reculé contre le mur opposé, à trois mètres d'elle, comme si la distance pouvait le protéger. Ses yeux, grands ouverts, étaient pleins d'horreur, de fascination, de peur, de désir – un mélange contradictoire qui le déchirait visiblement. Il regardait, puis détournait le regard, puis regardait à nouveau. Ses mains tremblaient violemment. Il avait du sperme sur son jean – celui qui avait giclé quand ils l'avaient soulevée – et il regardait cette tache avec dégoût, mais aussi avec une curiosité morbide.
Thomas, l'intellectuel. Lui avait sorti son carnet, son stylo. Il prenait des notes, mais ses yeux derrière les lunettes ne quittaient pas Ema. Il notait des observations objectives : "Ventre distendu d'environ 5 cm au-dessus de la symphyse pubienne... Débit vaginal continu estimé à 10 ml/minute... Croûte épithéliale sur les seins suggère au moins 20 éjaculations externes..." Mais sa main tremblait en écrivant. Sa respiration était trop rapide. Et de temps en temps, il s'arrêtait de noter, s'absorbait dans la contemplation, le stylo suspendu au-dessus du papier.
Le silence dura peut-être trente secondes. Trente secondes pendant lesquelles le seul bruit était la respiration haletante d'Ema, le léger clapotis du fluide qui coulait d'elle, et le bourdonnement des mouches autour des poubelles.
Puis Ema bougea.
Elle ouvrit complètement les yeux. Des yeux verts, d'un vert émeraude intense, qui brillaient dans la pénombre avec une lucidité étrange, troublante. Elle regarda autour d'elle, vit les quatre hommes. Son regard passa de l'un à l'autre, sans peur, sans surprise, sans honte. Avec une curiosité presque détachée.
Elle essaya de parler.
Ouvrit la bouche.
Et du sperme en sortit.
Pas juste un filet. Une véritable bulle, grosse comme une balle de ping-pong, qui se forma entre ses lèvres, grossit, devint opaque et blanche, puis éclata, laissant couler un flot épais sur son menton.
Elle essaya encore. "Je..." Mais le mot fut noyé dans du sperme liquide qui remontait de sa gorge.
Elle ferma la bouche, avala avec difficulté. On vit sa pomme d'Adam bouger. Puis elle ouvrit à nouveau la bouche.
Cette fois, quelques mots sortirent, étranglés, rauques, mais compréhensibles.
"Trop... plein..." dit-elle, et sa voix était usée, cassée par les cris, les gémissements, les fellations. "Bouche... pleine."
Puis elle tourna légèrement la tête et cracha. Un jet de sperme épais, blanc, sortit de sa bouche, atterrit sur le pavé à côté d'elle avec un bruit humide. Elle cracha encore. Et encore. Comme si elle vidangeait son estomac, sa gorge, ses sinus.
Les quatre hommes la regardaient faire, horrifiés, fascinés.
Quand elle eut fini de cracher (ou du moins, quand le flot diminua), elle reprit son souffle, haletante. Puis elle regarda à nouveau Gabriel.
"Qui... êtes-vous ?" demanda-t-elle, chaque mot étant un effort.
Gabriel se ressaisit. Il prit une respiration profonde, concentra sa volonté, lutta contre l'attraction, contre le désir qui montait en lui malgré l'inhibiteur.
"Nous sommes des résistants," dit-il, sa voix plus ferme qu'il ne se sentait. "Nous luttons contre le virus. Nous avons un inhibiteur... mais toi... tu es trop forte."
Il fit une pause, cherchant les mots. "Tes phéromones... c'est comme un aimant. Tu attires les hommes. Tu les rends fous. Mais pas juste fous... tu les rends protecteurs. Serviles."
Ema écoutait, ses yeux verts fixés sur lui. Elle ne semblait pas surprise. Plutôt... intéressée. Comme si on lui expliquait quelque chose qu'elle savait déjà intuitivement.
"Je... je sais," dit-elle, sa voix un peu plus claire maintenant qu'elle avait vidé une partie du sperme de sa bouche. "Ils... viennent. Ils prennent soin. Ils... me remplissent."
Elle porta une main à son ventre distendu, le tapota légèrement. Le geste produisit un léger clapotis audible. "Trop plein. Mais... bon."
Nathan, depuis son coin, murmura : "Elle aime ça. Elle aime être comme ça."
Ema tourna la tête vers lui, le regarda. Ses yeux verts scintillèrent dans la pénombre. "J'aime... le goût," dit-elle, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. "J'aime... être pleine. C'est... c'est ce que je suis maintenant."
Thomas écrivit frénétiquement dans son carnet. "Auto-identification avec le statut de réceptacle. Association positive avec les fonctions reproductrices et nutritives du sperme."
Gabriel hocha la tête, luttant pour rester concentré sur la mission, sur la raison. "Le virus t'a transformée. Tu es ce qu'on appelle une 'virus-mère'. Tu propages l'infection plus efficacement que quiconque. Les hommes... on a l'instinct de te chouchouter. De te nourrir, te protéger. Mais aussi de... te baiser. Sans cesse."
Ema sourit faiblement. Un sourire étrange, triste, extatique. "Oui. C'est... mon rôle."
Leo, qui n'avait encore rien dit, parla soudain, sa voix rauque comme du gravier frotté. "Et tu aimes ce rôle ? Tu aimes être une poupée de chair qu'on baise à cinquante ?"
La question était brutale, directe. Gabriel lui lança un regard d'avertissement, mais il était trop tard.
Ema regarda Leo. Son sourire ne disparut pas. Il s'élargit même légèrement. "Pas... poupée," dit-elle lentement, comme si elle cherchait les mots. "Déesse. Reine. Ils... m'honorent. Ils me... vénèrent. En me remplissant."
Elle porta une main à son sexe, passa les doigts sur l'entrée béante, recueillit du sperme frais sur ses doigts. Puis elle porta les doigts à sa bouche, les lécha lentement, avec une expression de plaisir intense, presque sensuel.
"Bon," murmura-t-elle. "Toujours bon."
Les quatre hommes la regardèrent faire. Nathan détourna le regard, le visage écarlate. Thomas s'arrêta d'écrire, le stylo suspendu. Leo serra si fort le manche de sa machette qu'on aurait pu croire qu'il allait le briser.
Gabriel sentit la lutte intérieure atteindre un nouveau paroxysme. La vue d'elle en train de lécher son propre sperme, l'expression de plaisir sur son visage, l'odeur qui semblait s'intensifier... C'était trop. Même avec l'inhibiteur.
Il ferma les yeux un instant, se concentra sur sa respiration. Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer.
Puis il rouvrit les yeux. "On doit t'emmener," dit-il, la voix tendue. "Dans un endroit sûr. Où on pourra t'étudier. Comprendre ce que le virus t'a fait."
Ema le regarda, les yeux mi-clos maintenant. "Étudier ? Comme... un animal ?"
"Comme une clé," corrigea Gabriel. "Une clé pour comprendre. Pour arrêter tout ça."
Il fit un geste vague autour de lui, englobant la ruelle, la ville, le monde.
"Dans quelques mois..." continua-t-il, cherchant à la convaincre, à se convaincre lui-même. "Plus de nourriture. Les centrales électriques vont tomber. Les hôpitaux sont déjà morts. L'eau pourrait être contaminée. La civilisation va s'effondrer complètement. On va revenir à l'âge de pierre... mais avec ce virus."
Il se pencha légèrement vers elle, captant son regard. "Il faut comprendre. Pour arrêter. Ou au moins survivre."
Ema écoutait, son expression devenant plus sérieuse, plus réfléchie. Le plaisir, l'extase, semblaient reculer momentanément, laissant place à une lucidité troublante.
"Et... vous ?" demanda-t-elle, son regard passant de l'un à l'autre. "Vous résistez. Mais... je vous sens. Vous voulez aussi. Vous voulez... m'honorer. Comme les autres."
La vérité de ses mots frappa les quatre hommes comme un coup de poing.
Nathan poussa un gémissement étouffé. Thomas baissa la tête, honteux. Leo grogna, tourna la tête vers le mur.
Gabriel, lui, soutint son regard. "Oui," admit-il, et l'aveu lui coûta. "On veut. Le virus en nous le veut. Mais on lutte. On a un inhibiteur. On a... une mission."
Ema hocha lentement la tête, comme si elle comprenait parfaitement. Puis elle fit quelque chose d'inattendu.
Elle essaya de se lever.
La beauté insoutenable et la chute
Scène VI : La beauté insoutenable et la chuteLe mouvement fut lent, laborieux. Elle s'appuya contre le mur derrière elle, posa ses mains plates sur les pierres froides, poussa. Ses bras tremblaient violemment. Ses jambes, quand elle essaya de les plier pour prendre appui, semblaient faites de caoutchouc.
Gabriel fit un mouvement pour l'aider, mais s'arrêta à mi-geste. Toucher était dangereux. Toucher pouvait être la fin de sa résistance.
Elle réussit finalement à se mettre debout, chancelante, les jambes écartées pour l'équilibre. La couverture tomba complètement, révélant tout son corps nu, magnifique, dévasté, dans la pénombre de la ruelle.
Elle était debout. Et debout, c'était encore pire. Ou mieux. Selon le point de vue.
Ses seins, lourds, sensibles, se balançaient légèrement avec son mouvement. La croûte de sperme séché craqua par endroits, des morceaux tombant, révélant la peau rose en dessous. Ses mamelons, toujours invisibles, devaient pointer sous la couche.
Son ventre distendu était maintenant plus visible – un dôme lisse et tendu qui faisait saillie devant elle. Elle posa une main dessus, comme pour le soutenir, et ce simple geste était d'une féminité écrasante, primitive.
Ses hanches larges, généreuses, portaient encore les empreintes violacées des mains d'hommes. Ses cuisses, couvertes de marques, tremblaient sous l'effort de la station debout.
Entre ses jambes écartées, le filet de sperme continuait à couler. Maintenant qu'elle était debout, il coulait plus directement, formant un mince ruisseau qui descendait le long de l'intérieur de ses cuisses, traversait ses genoux, coulait sur ses mollets, pour finalement atterrir sur le pavé avec de petits ploc réguliers.
Elle était magnifique. D'une beauté à couper le souffle. Une beauté sauvage, primitive, dangereuse. Une beauté qui parlait directement aux instincts les plus bas, les plus profonds, les plus irrépressibles.
Les quatre hommes la regardèrent se lever. Et ce fut comme si un cordon invisible, déjà tendu à l'extrême, venait de se rompre.
Nathan fut le premier.
Il était resté accroupi contre le mur opposé, essayant de se faire petit, invisible. Mais quand Ema se leva, quand il vit son corps entier se révéler dans la pénombre, quelque chose en lui se brisa.
Un gémissement étouffé lui échappa. Il porta les mains à son entrejambe, où une érection visible gonflait déjà le tissu de son jean. Ses yeux, grands ouverts, fixaient Ema avec une intensité paniquée, comme s'il regardait à la fois son salut et sa damnation.
"Il... je..." balbutia-t-il, sa voix était un murmure brisé. "Je peux pas..."
Il se leva brusquement, vacillant. Ses yeux ne quittaient pas Ema. Il fit un pas vers elle, puis un autre.
Gabriel tourna la tête vers lui, tendit une main. "Nathan, non ! L'inhibiteur ! Souviens-toi !"
Mais Nathan n'entendait plus. Ou n'écoutait plus. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, noires, sans reflet. Sa respiration était devenue saccadée, haletante. Il avait l'air d'un homme en train de se noyer.
Il tomba à genoux devant Ema. Pas avec révérence cette fois. Avec urgence. Avec désespoir.
Il posa ses mains sur ses cuisses couvertes de sperme. Ses doigts tremblants s'enfoncèrent dans la chair molle, laissant des empreintes roses là où ils pressaient.
"Désolé..." murmura-t-il, et des larmes coulaient sur ses joues. "Désolé... je dois... je peux pas résister..."
Il baissa son jean à mi-hauteur, juste assez pour libérer son pénis déjà en érection complète – long, mince, le gland violacé luisant de pré-sperme. Il n'y avait pas de préliminaires, pas de douceur, pas de révérence cette fois. Juste l'urgence compulsive du virus qui reprenait le contrôle.
Il aligna son pénis avec l'entrée de son vagin, toujours béante, ruisselante.
Et poussa.
La deuxième session – Le viol résigné
Scène VII : La deuxième session – Le viol résignéEma, debout contre le mur, ne résista pas. Elle ne pouvait pas. Elle était trop épuisée, trop "pleine", et une partie d'elle voulait ça de toute façon.
Quand Nathan la pénétra, elle poussa un gémissement – un mélange de douleur (elle était déjà tellement pleine, tellement sensible) et de plaisir (le virus transformait tout en plaisir). Son corps fut poussé contre le mur, ses seins s'écrasant contre la pierre froide.
Nathan dura à peine deux minutes. Des mouvements saccadés, frénétiques, compulsifs. Il la tenait par les hanches, ses doigts s'enfonçant dans les empreintes déjà existantes. Il gémissait, pleurait presque, tout en la prenant avec une brutalité mécanique.
"Je voulais pas... je voulais aider..." sanglotait-il entre deux halètements. "Désolé... désolé..."
Puis il éjacula. Un grognement animal lui échappa. Il resta enfoui en elle un moment, tremblant, puis se retira brusquement.
Son sperme, chaud, liquide, coula immédiatement, se mélangeant à l'océan déjà présent. Nathan resta à genoux devant elle, la tête baissée, pleurant silencieusement, son pénis mollissant déjà.
À ce moment, Leo tomba.
L'ancien militaire avait lutté plus longtemps. Il s'était tourné vers le mur, avait frappé la pierre du poing jusqu'à ce que ses jointures saignent. Il avait serré les dents si fort qu'on aurait pu les entendre grincer. Mais quand Nathan éjacula, quand l'odeur du sperme frais se mélangea à l'odeur déjà présente, quelque chose céda.
Il se retourna brusquement. Ses yeux étaient injectés de sang, ses narines frémissaient. Il ne dit rien. Pas un mot. Juste un grognement profond, guttural, qui venait du fond de sa poitrine.
Il s'approcha, écarta Nathan d'une poussée (le jeune homme tomba sur le côté, sans protester). Il prit Ema par les hanches, la fit tourner, la plaqua à quatre pattes sur le sol froid de la ruelle. Les pavés étaient rugueux sous ses mains et ses genoux déjà meurtris.
Leo baissa son pantalon, pas complètement, juste assez. Son pénis était impressionnant – court mais très épais, le gland large, violacé. Sans préparation, sans délicatesse, il la pénétra par-derrière.
Cette position était plus profonde, plus intense. Leo tenait ses hanches à pleines mains, ses doigts larges s'enfonçant dans sa chair. Il bougeait avec une puissance, une régularité mécanique. Pas de tendresse. Pas de révérence. Juste une efficacité animale.
Il grognait à chaque poussée, comme un animal. Ses mouvements étaient puissants, rythmés, destinés à une seule chose : éjaculer le plus vite possible. Le virus était aux commandes, et le virus voulait terminer, vider, marquer.
Ema, à quatre pattes, la tête basse, gémissait à chaque poussée. Ses seins se balançaient lourdement sous elle, frottant contre le sol. De sa bouche, un filet de salive mélangée à du sperme coulait, formant une petite flaque sous son visage.
Leo dura peut-être trois minutes. Puis il éjacula avec un grognement qui résonna dans la ruelle étroite. Il resta enfoui un moment, puis se retira.
À son tour, Thomas céda.
L'intellectuel avait observé toute la scène, son carnet et son stylo tombés par terre. Il avait les yeux rivés sur Ema, sur son corps utilisé, sur le sperme qui coulait. Son expression était étrange – un mélange de fascination scientifique et de désir pur.
Quand Leo se retira, Thomas s'approcha. Mais pas avec la brutalité des autres. Avec une curiosité presque clinique.
Il fit asseoir Ema contre le mur à nouveau (elle était trop épuisée pour résister). Il s'assit lui-même par terre, dos contre le mur opposé, et la fit s'asseoir sur ses genoux, face à lui.
Cette position était intime, presque tendre. Il avait son pénis en érection (il avait baissé son pantalon), et elle s'asseyait dessus, le prenant en elle. Mais au lieu de bouger frénétiquement, il resta immobile un moment, la tenant par la taille.
Puis il l'embrassa.
Un baiser profond, passionné. Sa langue chercha la sienne. Et dans ce baiser, il y eut un échange – le sperme encore présent dans la bouche d'Ema passa dans la sienne. Thomas n'eut pas l'air dégoûté. Au contraire. Il sembla savourer, goûter, analyser.
"Salé," murmura-t-il contre ses lèvres, sa voix était étrangement calme, analytique. "Légèrement amer. Notes de... potassium peut-être. Protéines en décomposition."
Puis il commença à bouger. Lentement. Rythmiquement. Des mouvements de bassin précis, calculés. Ses mains sur sa taille la guidaient. Il la regardait dans les yeux, comme s'il étudiait ses réactions.
"Chaque pénétration déclenche une réponse orgasmique ?" demanda-t-il, comme s'il menait une interview. "La distension utérine augmente-t-elle la sensibilité ?"
Ema, trop submergée par les sensations, ne pouvait répondre. Elle gémissait, la tête tombée en arrière.
Thomas poursuivit ses mouvements, tout en continuant à parler, à moitié pour lui-même, à moitié pour elle. "L'utérus agit comme un réservoir. Le col doit être dilaté en permanence. Les phéromones sont probablement sécrétées par les glandes de Bartholin, stimulées par la présence de sperme..."
Il éjacula finalement, en silence, son corps se raidissant légèrement. Il resta en elle un moment, puis la souleva doucement, la posa à côté de lui.
Puis vint Gabriel.
Le leader avait regardé ses hommes tomber un par un. Il avait lutté. Il avait serré les poings jusqu'à ce que ses ongles s'enfoncent dans ses paumes, laissant des demi-lunes sanglantes. Il avait fermé les yeux, avait récité mentalement les procédures d'urgence qu'il connaissait par cœur de son temps d'infirmier. Mais rien n'y faisait.
Quand Thomas fut fini, Gabriel était le dernier. Le dernier résistant. Le dernier à tenir.
Il s'approcha lentement. Ses pas étaient lourds, comme s'il marchait dans de la glu. Ses yeux bleus étaient pleins d'un conflit intérieur déchirant.
Il s'agenouilla devant Ema, qui était à nouveau assise contre le mur, les jambes écartées, le souffle court, le corps ruisselant de nouvelles couches de sperme.
Il la regarda dans les yeux. Ses yeux à elle étaient verts, brillants, extatiques, pleins de cette lucidité étrange que le virus donnait dans les moments entre les orgasmes.
"Je suis désolé," dit Gabriel, et sa voix était chargée d'une émotion vraie, profonde. "Pour tout. Pour ce monde. Pour ce qui t'es arrivé. Pour ce qui va t'arriver."
Ema le regarda, ne dit rien. Juste hocha légèrement la tête, comme si elle acceptait ses excuses.
Gabriel se pencha, l'embrassa doucement sur le front. Un baiser chaste, presque paternel. Puis il la prit dans ses bras, la tourna, la plaça à quatre pattes.
Il baissa son pantalon, aligna son pénis – d'une taille moyenne, normale – avec son vagin.
Et il la pénétra.
Mais contrairement aux autres, il fut doux. Lent. Il prit son temps. Ses mains sur ses hanches étaient fermes mais pas brutales. Ses mouvements étaient réguliers, profonds, mais pas frénétiques.
Il la tenait par la taille, tout en se penchant pour murmurer à son oreille. "Je te promets... on va essayer de t'aider. De comprendre. De te sauver. Toi et les autres."
Ema gémissait à chaque poussée, mais ses gémissements étaient différents – moins de douleur, plus de plaisir pur. Gabriel savait comment stimuler, comment faire durer, comment donner du plaisir.
Il dura peut-être cinq minutes – le plus long des quatre. Quand il fut proche, il accéléra légèrement, mais garda un rythme contrôlé.
Puis il éjacula. Un long gémissement lui échappa – pas un grognement animal, mais un son presque triste, résigné.
Il resta enfoui en elle un long moment, tremblant légèrement, ses mains sur ses hanches se relâchant progressivement.
Puis il se retira lentement.
L'après dans la ruelle – L'explication entre deux souffles
Scène VIII : L'après dans la ruelle – L'explication entre deux soufflesIls étaient tous les cinq maintenant assis ou allongés dans la ruelle, dans la pénombre de plus en plus profonde du soir. La lumière avait presque complètement disparu, ne laissant que des reflets bleutés sur les pierres les plus hautes.
Ema était allongée sur le côté, dans une position fœtale lâche. Son ventre distendu faisait saillie, l'empêchant de se recroqueviller complètement. De son vagin, un nouveau flot de sperme coulait – le mélange des quatre derniers hommes ajouté à l'océan précédent. Le flot était plus épais maintenant, plus blanc, strié de filaments translucides.
Sa bouche était entrouverte, et de temps en temps, une bulle de sperme se formait, éclatait. Elle respirait avec difficulté, chaque inspiration étant un petit sifflement.
Les quatre hommes étaient assis autour d'elle, à distance variable, habillés à nouveau (ils avaient remonté leurs pantalons), l'air honteux, vide, épuisé.
Nathan pleurait silencieusement, le visage caché dans ses mains. Leo regardait le mur opposé, l'expression vide, les mains serrées en poing sur ses genoux. Thomas avait ramassé son carnet et son stylo, mais ne notait plus rien – il regardait le carnet sans le voir, l'air absent.
Gabriel était le premier à se ressaisir. Il prit une nouvelle pilule d'inhibiteur de sa poche, l'avala sans eau. Puis il en donna une à chacun de ses hommes. Ils les prirent mécaniquement, sans protestation.
L'effet fut lent, mais progressif. Les regards qui s'étaient fixés sur Ema avec cette intensité compulsive commencèrent à se détacher. Les respirations haletantes se calmèrent. La tension dans l'air diminua légèrement.
Gabriel s'approcha d'Ema, s'assit près d'elle, mais sans la toucher.
"Le virus..." commença-t-il, sa voix était rauque, fatiguée, mais déterminée. "Il a une logique. Une logique biologique, darwinienne. Il protège les plus belles. Les femmes comme toi... vous êtes des 'virus-mères'. Vous propagez l'infection plus efficacement que quiconque."
Ema tourna légèrement la tête pour le regarder. Ses yeux verts brillaient dans la pénombre.
"Les hommes..." continua Gabriel. "On a l'instinct de vous chouchouter. De vous nourrir, protéger. De vous garder en bonne santé. Parce qu'un hôte en bonne santé propage mieux. Mais aussi... de te baiser. Sans cesse. Parce que chaque pénétration, chaque éjaculation, propage le virus."
Il fit une pause, regarda ses mains comme s'il ne les reconnaissait pas. "Nous, on résiste. On a un inhibiteur. Ça bloque les récepteurs. Ça nous donne des moments de lucidité. Mais toi... tu es trop puissante. Tes phéromones traversent la protection. Tu es... l'aimant ultime."
Ema essaya de parler. Ouvrit la bouche. Du sperme coula. Elle avala, essaya encore. "Je... je sens," dit-elle, la voix rauque. "Quand... ils regardent. Quand... ils veulent. C'est... chaud. Bon."
Thomas releva la tête, intéressé malgré tout. "Association positive. Le virus a recalibré ton système de récompense. Ce qui serait normalement une agression est perçu comme une récompense."
Gabriel hocha la tête. "Oui. Et c'est ça le danger. Pour toi. Et pour tout le monde."
Il se pencha légèrement vers elle, captant son regard. "Écoute-moi. Écoute bien. Dans quelques mois... les réserves de nourriture vont s'épuiser. Les centrales électriques vont tomber – plus de courant. Les hôpitaux sont déjà morts. L'eau du robinet pourrait être contaminée. Les usines de traitement ne fonctionnent plus."
Il parlait lentement, clairement, s'assurant qu'elle comprenne. "La civilisation va s'effondrer complètement. On va revenir à l'âge de pierre... mais avec ce virus. Les gens vont mourir de faim, de soif, de maladie. Les plus forts – ceux qui résistent le mieux au virus, ou ceux qui l'utilisent le mieux – vont survivre. Les autres vont mourir."
Ema l'écoutait, ses yeux verts s'élargissant légèrement. Une lueur de compréhension, de peur peut-être, y apparut.
"Il faut comprendre," insista Gabriel. "Pour arrêter. Ou au moins survivre. Il y a un labo. Artemis. Isolé, protégé. Ils ont réussi à développer un inhibit
L'EXPLICATION ET L'INHIBITEUR
SOUS-CHAPITRE 5.4 : L'EXPLICATION ET L'INHIBITEURDurée : 20h15 à 22h00 – Les tests scientifiques et l'ultime rechute
La préparation du "laboratoire" d'urgence
Scène I : La préparation du "laboratoire" d'urgenceLa grande salle souterraine de l'abri anti-aérien était maintenant divisée en deux mondes distincts, séparés par une frontière invisible mais palpable. D'un côté, près de l'entrée et des zones de stockage, les neuf femmes résistantes – le Dr. Sophie, Clara et les sept autres – préparaient fébrilement ce qui allait servir de zone d'examen médical sommaire. De l'autre côté, regroupés contre le mur opposé, les vingt-huit hommes (les vingt-quatre initiaux plus Gabriel, Leo, Nathan et Thomas) étaient assis ou debout, formant une masse silencieuse, tourmentée, dont les yeux ne pouvaient s'empêcher de revenir sans cesse vers le centre de la pièce.
Au centre, sur la table en formica blanc maintenant complètement souillée, Ema était toujours allongée. Elle n'avait pas bougé depuis que le dernier homme s'était retiré d'elle. Elle était un spectacle de désolation absolue et de fécondité pervertie. Sa respiration était ralentie, mais chaque inspiration soulevait son ventre distendu avec difficulté, comme si l'air devait lutter contre les litres de sperme qui comprimaient ses organes internes.
Le Dr. Sophie, les mains gantées de latex, disposait des instruments sur une petite table roulante qu'elle avait approchée. L'équipement était hétéroclite, volé dans diverses pharmacies et cabinets médicaux lors de raids de survie : un spéculum métallique stérilisé à la flamme, des pinces hémostatiques, des compresses stériles, des seringues, des tubes à essai, et au centre, un vaporisateur argenté aux lignes épurées qui contrastait avec la rusticité du reste.
"Clara, la lampe," dit le Dr. Sophie d'une voix calme, professionnelle, qui semblait vouloir imposer un semblant de normalité dans l'horreur.
Clara approcha une lampe chirurgicale à pédale, alimentée par une batterie de voiture. La lumière blanche et crue frappa le corps d'Ema, accentuait chaque détail, chaque contraste : la pâleur cireuse de sa peau contre les marques violacées, la blancheur du sperme séchant contre le rose des muqueuses tuméfiées.
L'odeur dans cette zone avait changé. L'eau de Javel utilisée pour nettoyer rapidement le sol autour de la table se mélangeait aux effluves persistantes de sperme et aux phéromones musquées d'Ema, créant un cocktail chimique écœurant.
"On va commencer par des mesures de base," annonça le Dr. Sophie, comme si elle s'adressait à des étudiants. "Pouls, pression, température. Ensuite, prélèvements."
Elle s'approcha de la tête d'Ema. Les yeux verts, fixes sur le plafond, clignèrent légèrement à l'approche de l'ombre. Le Dr. Sophie posa deux doigts gantés sur la carotide. La peau était moite, froide.
"Pouls rapide et faible. Cent trente. Tachycardie compensatoire probable due à l'hypovolémie relative." Elle enroula un brassard de tension artérielle manuel autour du bras d'Ema, qui était marbré d'ecchymoses en forme d'empreintes digitales. "Quatre-vingt-quinze sur cinquante. Hypotension. Choc hypovolémique en développement."
Elle prit un thermomètre numérique, le glissa avec précaution dans l'oreille d'Ema. "Trente-huit degrés deux. Fièvre légère. Réaction inflammatoire ou infection débutante."
Pendant qu'elle parlait, ses yeux parcouraient le corps allongé, enregistrant, analysant. C'était un corps en crise, poussé au-delà de ses limites physiologiques, mais qui tenait encore, soutenu par les modifications aberrantes du virus.
Les tests sous observation – La science face à l'abomination
Scène II : Les tests sous observation – La science face à l'abomination"Test un : mesure des émissions phéromonales," annonça le Dr. Sophie.
Elle prit sur la table roulante un petit appareil électronique, un détecteur de composés organiques volatils modifié, branché à un ordinateur portable à l'écran fissuré. Elle l'approcha à une trentaine de centimètres de la peau d'Ema, au niveau du cou, puis des aisselles, puis de l'aine.
L'écran afficha des courbes qui montaient en flèche, dépassant toutes les échelles prédéfinies.
"Concentrations hors normes," commenta Clara, qui regardait par-dessus son épaule. "Même comparé aux autres aimantes qu'on a croisées."
"Le ratio des composés est intéressant," ajouta le Dr. Sophie, zoomant sur un graphique. "Prédominance des phéromones de classe alpha, celles associées à l'ovulation et à la fertilité maximale. Le virus a verrouillé son système endocrinien dans un état de pseudo-ovulation permanente."
Elle se tourna vers les femmes qui prenaient des notes. "Notez : l'aimante ne présente pas de cycle menstruel normal. Le virus a supprimé les règles pour optimiser la fenêtre de réceptivité. L'utérus est en état de préparation permanente à l'implantation... ou dans ce cas, à l'accumulation."
Test deux : prélèvement vaginal.
Ce fut l'étape la plus délicate. Le Dr. Sophie approcha le spéculum. L'instrument métallique, conçu pour s'ouvrir doucement et permettre l'examen du col de l'utérus, semblait dérisoire face à l'ouverture béante, tuméfiée, qui laissait déjà s'échapper un flot continu.
"Je vais devoir... l'insérer," dit-elle, et pour la première fois, sa voix trahiss une hésitation. Ce n'était pas de la répugnance, mais la conscience aiguë de la douleur qu'elle allait infliger.
Elle enduisit le spéculum de gel lubrifiant, puis, avec une main ferme mais posée, commença à l'introduire. Ema, qui était restée silencieuse jusque-là, émit un gémissement rauque, un son qui venait du fond de sa gorge. Son corps se tendit, ses doigts crispés s'agrippèrent au bord de la table.
"Pardon," murmura le Dr. Sophie, sans cesser son mouvement.
Le spéculum rencontra peu de résistance. Les parois vaginales, distendues à l'extrême, s'écartèrent. Quand le Dr. Sophie actionna la vis pour ouvrir les valves, un jaillissement de sperme pressurisé s'échappa, arrosa sa blouse, le sol, les instruments. Un flot épais, blanc, qui semblait ne jamais devoir s'arrêter.
Elle éclaira l'intérieur avec une petite lampe frontale. Son visage, habituellement si contrôlé, afficha une expression de profonde stupéfaction.
"Le col..." dit-elle, voix empreinte d'incrédulité. "Il est dilaté. Complètement. Au moins huit centimètres. Comme en travail actif avancé. Mais ce n'est pas un fœtus... c'est du sperme. Il remplit la cavité utérine. Je vois des bulles, des strates."
Elle préleva un échantillon avec une longue pipette, aspira une vingtaine de millilitres de liquide blanchâtre qu'elle transféra dans un tube à essai. Le liquide était hétérogène – des parties plus liquides, transparentes, d'autres épaisses, granuleuses, avec des petits amas blanchâtres.
"Microscopie directe," ordonna-t-elle.
Clara prépara une lame, déposa une goutte, la couvrit d'une lamelle, et la plaça sous l'un des microscopes. Le Dr. Sophie se pencha, ajusta la mise au point.
"Incroyable," souffla-t-elle après un moment. "Les spermatozoïdes sont toujours mobiles. Une partie d'entre eux, du moins. Ils nagent dans un milieu riche en glucose, en protéines... ce ne sont pas seulement des sécrétions vaginales. L'endomètre utérin sécrète activement des nutriments. Le virus a transformé l'utérus en... en incubateur. En milieu de culture."
Elle se releva, les yeux brillants d'une horreur fascinée. "Le virus ne se contente pas d'utiliser le sperme comme vecteur. Il l'utilise comme nourriture. L'utérus absorbe les nutriments, métabolise les protéines pour alimenter l'hôte et la production de phéromones. C'est une symbiose... monstrueuse."
Test trois : réponse neurologique.
Le Dr. Sophie prit un petit marteau à réflexe, tapota le tendon sous la rotule d'Ema. La jambe tressauta nettement. "Réflexes ostéo-tendineux préservés. Le virus n'a pas endommagé les voies motrices principales."
Elle approcha une plume stérile de la plante de son pied, traça une ligne. Les orteils se recroquevillèrent vers le bas. "Réflexe cutané plantaire en flexion. Pas de signe d'atteinte des voies pyramidales."
Elle se pencha alors près du visage d'Ema. "Ema. Pouvez-vous me serrer la main ?"
Les yeux verts clignèrent. Une main tremblante se souleva légèrement de la table, les doigts se refermèrent faiblement autour des doigts gantés du médecin.
"Force musculaire diminuée, mais présente," nota le Dr. Sophie. "La conscience est intacte. L'altération du comportement est purement chimique, limbique. Les centres de la peur, du dégoût, sont court-circuités. Les centres de la récompense sont suractivés."
Elle se tourna vers ses notes. "Conclusion : le sujet conserve ses fonctions neurologiques de base. La transformation est essentiellement neuro-endocrinienne et comportementale. Le 'moi' est toujours là, mais emprisonné dans un système de récompense qui célèbre sa propre destruction."
Pendant qu'elle parlait, du coin de l'œil, elle surveillait les hommes regroupés à l'autre bout de la salle. Une tension montait. Une agitation sourde. Comme un chaudron qui commence à frémir avant de bouillir.
La quatrième rechute – la faille dans le protocole
Scène III : La quatrième rechute – la faille dans le protocoleLa cause de l'échauffement fut banale, presque stupide. Lucas, vingt-deux ans, l'un des plus jeunes résistants, chargé de la surveillance des stocks d'eau, avait oublié de prendre sa dose d'inhibiteur. L'heure était passée, la routine perturbée par l'arrivée d'Ema, le chaos qui avait suivi. Dans le stress, il avait oublié la petite pilule blanche qui le maintenait à flot.
Les premiers symptômes étaient subtils. Une transpiration plus abondante. Une difficulté à détacher son regard d'Ema. Une érection gênante qui poussait contre son jean. Il se frotta les yeux, secoua la tête, essaya de se concentrer sur les bouteilles d'eau qu'il comptait. Mais les chiffres dansaient devant ses yeux, remplacés par l'image du corps d'Ema allongé sur la table, de son ventre distendu, de ses seins recouverts de sperme.
Il geignit, un son faible, animal. Ses mains lâchèrent la bouteille qu'il tenait. Elle tomba sur le sol de béton avec un bruit mat et roula.
À quelques mètres de lui, un autre homme, Antoine, la quarantaine, sentit le changement. Ce n'était pas conscient. C'était comme un courant dans l'air, une vibration. Il tourna la tête vers Lucas, vit son expression, son corps tendu, et quelque chose en lui répondit. Son propre inhibiteur, pris à l'heure, était solide, mais pas imperméable à la contagion émotionnelle, à l'excitation collective.
Il fit un pas vers Lucas. Puis un autre.
Autour d'eux, d'autres hommes relevèrent la tête. L'air, déjà saturé de phéromones, semblait s'épaissir davantage. La présence d'un homme en train de succomber agissait comme un catalyseur, affaiblissant la résistance des autres.
Le Dr. Sophie, penchée sur son microscope, leva les yeux juste à temps pour voir Lucas s'avancer d'un pas chancelant vers la zone centrale.
"Non," murmura-t-elle. "Clara, l'inhibiteur ! Vite !"
Mais c'était déjà trop tard. Le point de bascule était franchi.
L'effondrement en chaîne, deuxième acte.
Lucas ne marchait plus, il avançait en titubant, comme un somnambule. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, noires, sans reflet. Une bave épaisse coulait du coin de sa bouche. Il avait déjà ouvert sa braguette, sorti son pénis en érection.
Derrière lui, Antoine le suivait, puis un troisième, un quatrième. Pas tous les vingt-huit cette fois, mais un noyau dur d'une dizaine d'hommes dont la résistance, déjà mise à mal par la première session, cédait complètement.
Gabriel, qui observait depuis près de la table de commandement, se dressa d'un bond. "Contenez-les !"
Leo, Nathan et Thomas, ainsi que quelques hommes encore lucides, se jetèrent en avant pour faire barrage. Mais ils étaient moins nombreux, et ils luttaient eux-mêmes contre la tentation. Leurs mouvements étaient lents, hésitants.
La scène qui suivit fut brève, brutale, et d'une obscénité presque chirurgicale.
Les dix hommes en transe atteignirent la table. Ils ne formèrent pas de file cette fois. L'urgence était trop grande, l'organisation primitive du virus balayée par la frénésie de la rechute.
Premier assaut : Lucas, le déclencheur, se jeta littéralement sur Ema. Il n'y eut aucune délicatesse, aucune révérence. Il écarta ses jambes déjà grandes ouvertes, et sans même aligner correctement son pénis, poussa, entra d'un seul coup profond. Ema hurla – un cri de douleur pure, aiguë, qui déchira l'air de la salle souterraine.
Réaction des autres : Au lieu de le repousser, comme l'auraient fait les hommes sous l'influence complète du virus protecteur, les autres se ruèrent. Un deuxième homme tenta de forcer son pénis dans sa bouche, la saisissant par les cheveux pour lui maintenir la tête. Un troisième se mit à cheval sur sa poitrine, éjaculant sur ses seins en quelques secondes de mouvements saccadés.
C'était du viol pur, simple, sans le vernis de "soin" que le virus imposait habituellement. Les inhibiteurs partiels avaient créé un état hybride, dangereux – le désir compulsif était là, mais les instincts protecteurs étaient affaiblis.
Ema se débattait faiblement, ses bras frappant l'air, ses jambes donnant des coups. Ses cris étaient étouffés par le pénis dans sa bouche. Ses yeux, grands ouverts, exprimaient une terreur que le virus n'arrivait plus à transformer complètement en plaisir. C'était la douleur brute, la violation extrême.
Les femmes résistantes hurlèrent, tentèrent d'intervenir. Clara saisit Lucas par les épaules, essaya de le tirer en arrière. Il la repoussa d'un coude, sans même la regarder.
L'intervention de la force : Leo, enfin, réagit avec la violence de l'ancien militaire. Il ne tenta pas de raisonner. Il frappa. Son poing s'écrasa sur la tempe d'Antoine, qui s'effondra. Il attrapa Lucas par le cou, le tira violemment en arrière, le projetant au sol. Nathan et deux autres hommes encore lucides maîtrisèrent les autres agresseurs.
La scène dura moins de deux minutes. Mais elle laissa des traces. Ema, sur la table, sanglotait maintenant, des hoquets secs qui secouaient son corps épuisé. Du sang frais se mêlait au sperme sur ses lèvres – elle s'était mordue la langue ou l'intérieur de la joue. Son sexe saignait aussi légèrement – une déchirure superficielle probablement.
Le calme revint, lourd, chargé de honte et d'horreur. Les agresseurs, maintenant maîtrisés, reprenaient conscience, leurs yeux exprimant une confusion horrifiée. Lucas, allongé par terre, pleurait à chaudes larmes.
Gabriel s'approcha de la table, le visage décomposé. "Désolé... je... on a échoué."
Le Dr. Sophie, blême mais déterminée, s'était déjà remise au travail. Elle nettoyait les blessures avec des compresses stériles. "Ce n'est pas de votre faute. La combinaison inhibiteur partiel et phéromones à ce niveau crée un état dangereux. Il faut quelque chose de plus fort. Il faut le protocole B."
Elle se tourna vers la table roulante, vers le vaporisateur argenté.
L'arrivée de l'inhibiteur puissant – le "Souffle de Clarté"
Scène IV : L'arrivée de l'inhibiteur puissant – le "Souffle de Clarté"Le vaporisateur en question n'était pas un objet banal. C'était un prototype, l'un des rares à avoir été extrait d'un laboratoire de recherche pharmaceutique lors des premiers jours du chaos. Son corps était en aluminium brossé, avec un réservoir en verre teinté bleu où l'on voyait un liquide clair, presque incolore. Il était équipé d'un embout réglable, d'un compte-gouttes intégré et d'un petit écran LCD affichant la pression interne.
Clara l'apportait comme on apporte un objet sacré. "Protocole B. Le 'Souffle de Clarté'. Trois unités seulement ont été synthétisées. Celle-ci est la dernière."
Le Dr. Sophie prit le vaporisateur avec une précaution extrême. "Composition : un analogue de la naltrexone modifié pour cibler spécifiquement les récepteurs V9, combiné à un bloqueur olfactif à large spectre et à un anxiolytique à action rapide. Administration par inhalation pour une diffusion systémique immédiate."
Elle s'approcha d'Ema, mais ne pointa pas le vaporisateur directement sur elle. Elle commença par vaporiser dans l'air autour de la table. Une fine brume, presque invisible, se répandit. Elle sentait... neutre. Pas d'odeur mentholée ou chimique prononcée. Juste une fraîcheur subtile, comme l'air après la pluie en haute montagne.
L'effet sur l'air fut immédiat. L'odeur écrasante de phéromones, de sperme, sembla s'atténuer, comme si un filtre venait d'être activé. Ce n'était pas qu'elle disparaissait, mais elle devenait... distante. Moins pressante.
Puis le Dr. Sophie vaporisa directement sur Ema. D'abord sur son visage – un léger nuage qui enveloppa ses traits. Ema inspira par réflexe, et son corps se raidit légèrement. Puis sur son torse, son ventre, enfin, avec précaution, sur son sexe et ses cuisses.
À chaque vaporisation, Ema réagissait. Un frisson. Un clignement des yeux plus rapide. Sa respiration, haletante, commença à se calmer, à devenir plus régulière, plus profonde.
L'effet sur les hommes fut spectaculaire.
Ceux qui étaient encore debout, agités, semblaient frappés par une vague de torpeur. Leurs érections diminuèrent visiblement. Leurs regards, qui s'étaient fixés sur Ema avec une intensité brûlante, devinrent flous, perdirent leur focalisation. Certains clignèrent des yeux, secouèrent la tête comme pour chasser une illusion.
Ceux qui étaient assis par terre, honteux, relevèrent la tête, l'air soudain plus lucide, plus présent.
Lucas, qui pleurait encore, s'arrêta net, regarda autour de lui avec une expression de complète incompréhension, comme s'il venait de se réveiller d'un cauchemar dont il avait oublié le contenu.
L'air de la salle changea. La tension sexuelle palpable, compulsive, se dissipa, remplacée par une atmosphère de stupeur, de honte, et d'une fatigue immense.
Le Dr. Sophie observait attentivement Ema. Elle posa une main sur son front. "La température semble baisser légèrement. La tachycardie aussi. L'effet est rapide."
Elle se tourna vers Clara. "Monitorez les paramètres vitaux toutes les cinq minutes. Je vais vérifier les récepteurs phéromonaux."
Elle reprit le détecteur, l'approcha à nouveau d'Ema. Les courbes sur l'écran avaient chuté de manière drastique. Elles n'étaient pas à zéro – les phéromones étaient toujours produites, toujours émises – mais leur puissance, leur portée, semblait considérablement diminuée.
"L'inhibiteur agit comme un leurre," expliqua-t-elle aux autres femmes. "Il occupe les récepteurs olfactifs, les saturant avec une molécule neutre. Et il bloque les récepteurs V9 dans le cerveau, empêchant la cascade de neurotransmetteurs qui mène à l'excitation compulsive."
Elle regarda Ema. Les yeux verts étaient maintenant grands ouverts, clairs, et ils regardaient autour d'eux avec une expression radicalement différente.
La lucidité retrouvée – l'horreur dans le miroir de la dégoulinance
Scène V : La lucidité retrouvée – l'horreur dans le miroir de la dégoulinanceEma cligna plusieurs fois, lentement. Sa poitrine se souleva dans un soupir profond, qui se transforma en une quinte de toux sèche. Elle toussa, et du sperme résiduel jaillit de sa bouche, atterrissant en gouttes sur son menton, sa poitrine.
Elle ne tenta pas de l'essuyer. Elle tourna simplement la tête, et son regard rencontra celui de Gabriel, qui se tenait près d'elle, le visage empreint d'une inquiétude et d'une culpabilité profondes.
"Je..." commença-t-elle, et sa voix était changée. Moins rauque, moins éteinte. Elle était faible, mais claire, et chargée d'une émotion nouvelle : la confusion. "Je... où... ?"
"Vous êtes en sécurité," dit Gabriel, mais les mots sonnaient faux dans cette salle souterraine, entourée d'hommes qui venaient de la violer, devant son corps couvert de séquelles.
Ema baissa les yeux. Lentement, elle leva une main tremblante devant son visage. Elle vit la peau souillée, les traces de sperme séché, les petites coupures, les ecchymoses. Ses doigts se refermèrent lentement.
Puis son regard descendit le long de son corps. Elle vit ses seins, recouverts de cette croûte blanchâtre. Son ventre, énorme, distendu, tendu comme un ballon. Elle posa sa main dessus. La sensation sous ses doigts était étrange – ferme, liquide, lourde. Elle appuya légèrement, et un nouveau flot de sperme s'échappa d'elle avec un gargouillis audible.
Elle retira sa main comme si elle s'était brûlée. Ses yeux s'élargirent. La réalité, dans toute son horreur, semblait la frapper en pleine conscience.
"Qu'est-ce que... c'est ?" murmura-t-elle, et sa voix était maintenant empreinte d'une terreur naissante.
"C'est du sperme," dit le Dr. Sophie, se penchant pour entrer dans son champ de vision. Sa voix était douce, mais clinique. "Une accumulation importante dans votre utérus et votre vagin. Conséquence des... événements."
Ema la regarda, les yeux brillants d'une incompréhension douloureuse. "Événements ?"
Gabriel prit la parole, sa voix basse, grave. "Vous avez été... utilisée. Par beaucoup d'hommes. Ici, et avant. Dans la rue. Vous vous souvenez ?"
Ema ferma les yeux. Son visage se contracta. Des images devaient défiler – des flashes, des sensations. La foule d'hommes. Les mains sur elle. Les pénétrations. Les gémissements. Le plaisir. Le plaisir.
Son visage exprima un conflit déchirant. L'horreur de se souvenir, mais aussi... une trace de ce plaisir, attachée au souvenir même. Le virus était toujours là, tapi dans ses circuits neuronaux. L'inhibiteur le muselait, mais ne l'avait pas effacé.
"Je... je me souviens," dit-elle enfin, d'une voix à peine audible. "Mais... c'était... bien. C'était... ce que je voulais."
Puis elle ouvrit les yeux, et cette fois, ils étaient pleins d'une horreur lucide. "Mais... je ne veux pas ça. Pas comme ça. Pas... ça." Son regard redescendit sur son ventre distendu.
"Le virus vous a fait croire que vous le vouliez," expliqua le Dr. Sophie. "Il a remodelé vos désirs. Vos récompenses. Ce qui serait normalement une agression, une violation, devient... satisfaisant. Désirable."
Ema hocha la tête lentement, comme si elle comprenait intellectuellement, mais pas viscéralement. Puis elle fit quelque chose d'inattendu. Elle porta de nouveau sa main à son ventre, mais cette fois, elle appuya plus fermement, explorant la forme, la consistance. Une expression étrange passa sur son visage – de la dégoût, oui, mais aussi... de la curiosité. De la fascination.
"Ça... bouge ?" demanda-t-elle, étonnée.
"C'est le liquide," corrigea le Dr. Sophie. "Quand vous bougez, ça se déplace. C'est... physiologique."
Ema retira sa main, la regarda. Elle était couverte d'un film humide, blanchâtre. Elle la porta lentement à son nez, renifla. Son visage se plissa légèrement, mais sans l'expression de dégoût pur qu'on aurait attendue.
"Ça sent... fort," dit-elle. "Métallique. Salé. Mais... pas mauvais."
Elle la porta ensuite à ses lèvres, effleura le bout de ses doigts avec sa langue. Un geste machinal, presque réflexe. Le goût sembla la surprendre. Elle cligna des yeux.
"C'est... le goût," murmura-t-elle. "Je connais ce goût. Je... j'aime ce goût."
L'aveu la fit frémir. Elle secoua la tête violemment, comme pour chasser la pensée. "Non. Je... je ne devrais pas. C'est... c'est du sperme. De... combien d'hommes ?"
"Des dizaines," répondit Gabriel, la voix empreinte de pitié. "Peut-être une centaine depuis hier."
Ema ferma les yeux, une larme coula, traçant un sillon propre dans la saleté de sa joue. "Une centaine..."
Puis elle ouvrit les yeux, et son regard croisa à nouveau celui de Gabriel. "Et vous ? Vous... vous en faites partie ?"
Gabriel baissa la tête, honteux. "Oui. Deux fois. Dans la ruelle. Et ici. Je... je n'ai pas pu résister. L'inhibiteur... face à vous, il n'était pas assez fort."
Ema le regarda longuement. Son expression n'était pas de colère, ni même d'accusation. C'était de la tristesse. De la compréhension.
"Le virus..." dit-elle. "Il vous contrôle, vous aussi. Même en luttant."
Gabriel hocha la tête, incapable de soutenir son regard plus longtemps.
Le Dr. Sophie intervint, ramenant la conversation vers le médical. "L'inhibiteur que je viens d'utiliser est plus puissant. Il devrait vous donner plusieurs heures de lucidité complète. Mais Ema... il ne guérit pas. Il masque les symptômes. Le virus est toujours en vous. Et votre corps... il est transformé."
Elle fit un geste vers son ventre. "Cette distension est dangereuse. Il faut évacuer une partie de ce liquide. Sinon, risque de compression rénale, de détresse respiratoire."
Ema regarda son ventre, puis le Dr. Sophie. "Évacuer ? Comment ?"
"Par une sonde. Une aspiration douce. Ce sera... inconfortable."
Ema hocha la tête d'un air résigné. "Faites-le."
L'évacuation et la conversation dans la dépouillement
Scène VI : L'évacuation et la conversation dans la dépouillementLa procédure fut réalisée avec les moyens du bord. Le Dr. Sophie inséra un cathéter urinaire stérile, mais au lieu de le diriger vers la vessie, elle le guida doucement à travers le col dilaté jusque dans la cavité utérine. À l'autre extrémité, Clara tenait une grande seringue de 60 ml, sans aiguille, attachée au cathéter.
Le Dr. Sophie aspira lentement.
Le liquide qui remonta dans la seringue était épais, laiteux, strié de grumeaux plus épais. Elle en préleva une soixantaine de millilitres, puis une autre, puis une autre. À chaque aspiration, le ventre d'Ema diminuait légèrement, devenait moins tendu. Elle gémissait à chaque fois, mais c'était des gémissements de gêne, de pression, pas de douleur aiguë.
Au total, ils évacuèrent près de deux litres. Le ventre d'Ema redevenait simplement très gonflé, plutôt que grotesquement distendu. La pression sur son diaphragme diminua, et sa respiration devint nettement plus facile, plus profonde.
Pendant ce temps, la conversation continua, étrangement calme, presque banale, au milieu de l'horreur.
"Vous parliez d'un laboratoire," dit Ema, regardant Gabriel qui restait près d'elle. "Artemis. C'est votre espoir ?"
Gabriel s'assit sur un tabouret près de la table. "C'est plus qu'un espoir. C'est une réalité. Un complexe de recherche bio-médicale de haut niveau, construit dans les années 2000 pour étudier les pandémies. Isolé, autonome en énergie, avec des réserves pour des années. L'équipe qui y travaillait a survécu. Ils ont développé les premiers inhibiteurs. Celui que vous venez de recevoir est leur dernière version."
"Et ils veulent... m'étudier ?" demanda Ema.
"Oui. Pour comprendre. Les aimantes comme vous sont la clé de la propagation exponentielle. Si on comprend comment le virus vous modifie, comment il utilise votre corps comme amplificateur... on pourrait trouver un moyen de bloquer cette amplification. Peut-être même un vaccin. Ou un antidote."
Ema réfléchit, ses yeux sur le plafond de béton. "Et pour y aller ?"
"Deux jours de marche. À travers la campagne. C'est risqué. Mais ici... vous n'êtes pas en sécurité. Et nous non plus. Vous êtes comme un aimant. Vous allez continuer à attirer les hommes, encore et encore, jusqu'à ce que... jusqu'à ce que votre corps cède."
Ema ferma les yeux. "Et si j'y vais... qu'est-ce qui m'attend ? D'autres examens ? D'autres... prélèvements ? D'autres hommes qui... ne pourront pas résister ?"
Gabriel hésita. "Je ne mentirai pas. Oui. Des examens. Des études. Et... le risque que des hommes, même là-bas, soient attirés. Mais ils ont des installations de confinement. Des chambres isolées. Des inhibiteurs plus puissants. Et surtout... ils ont un but. Guérir. Pas juste utiliser."
Ema resta silencieuse un long moment. La seule dans la salle souterraine, avec ses blessures, son corps souillé, son ventre encore plein, mais maintenant lucide, terriblement lucide.
"Je veux aider," dit-elle finalement, sa voix ferme malgré sa faiblesse. "Je ne veux pas... finir comme ça. Et je ne veux pas que le monde finisse comme ça. Si mon... mon état peut servir à quelque chose. À comprendre. À arrêter cette chose... alors oui. J'irai."
Elle tourna la tête vers Gabriel. "Mais j'ai une condition."
"Laquelle ?"
"Je veux... comprendre aussi. On me dit ce qu'on découvre. On ne me traite pas juste comme un échantillon. Comme une chose."
Gabriel hocha la tête. "C'est promis."
Le Dr. Sophie, qui avait fini l'évacuation, s'essuyait les mains. "Il faudra vous nettoyer. Vous nourrir. Vous reposer quelques heures. Puis on partira à l'aube."
Ema regarda son corps, les résidus de sperme, de sang, de saleté. "Nettoyer... oui."
Mais même en disant cela, une partie d'elle, une partie profonde, transformée, ressentait une étrange réticence. La saleté, le sperme... c'était une preuve. Une marque. La marque de ce qu'elle était devenue. L'effacer... c'était comme effacer une partie d'elle-même.
La préparation au départ et la dernière tentation
Scène VII : La préparation au départ et la dernière tentationLe nettoyage fut une épreuve en soi. Impossible de la déplacer vers une douche – il n'y en avait pas. Les femmes résistantes apportèrent des bassines d'eau tiède (chauffée sur le réchaud à gaz), des linges propres, du savon doux volé dans une pharmacie.
Elles travaillèrent avec une sollicitude qui contrastait avec la brutalité des heures précédentes. Clara lava doucement ses cheveux, rinçant les mèches emmêlées de sperme séché. Une autre femme nettoya son visage, essuyant le masque de résidus. Une troisième s'occupa de son torse, de ses bras.
Mais quand vint le moment de nettoyer son ventre et son sexe, Ema tendit la main.
"Laissez," dit-elle, doucement. "Je... je vais le faire."
Elles lui donnèrent un linge humide et se reculèrent, respectant sa pudeur soudaine, ou son besoin de contrôle.
Ema prit le linge, le regarda un moment. Puis elle le passa sur son ventre, encore arrondi, tendre. L'eau chaude ramollissait les croûtes, les traces. Elle frotta doucement, voyant la peau rose réapparaître peu à peu sous la saleté. C'était sa peau. Son corps. Mais transformé. Différent.
Elle descendit plus bas. Les linges passèrent sur ses cuisses, sur les marques, les morsures. Elle les nettoya mécaniquement, sans émotion visible.
Puis elle arriva à son sexe. Elle s'arrêta, le linge suspendu au-dessus de la zone tuméfiée, ruisselante encore d'un fluide clair maintenant que le sperme épais avait été évacué. Elle respira un grand coup, puis essuya doucement.
La sensation était étrange. Une douleur sourde, une sensibilité extrême. Mais aussi... une familiarité. Cette partie d'elle avait été tellement utilisée, tellement sollicitée, qu'elle semblait presque ne plus lui appartenir. C'était une zone érotique devenue zone de service, de fonction.
Elle finit de nettoyer, jeta le linge souillé dans un seau.
Pendant ce temps, les hommes, sous l'effet persistant de l'inhibiteur puissant, avaient repris leurs activités normales, ou du moins, une apparence de normalité. Certains vérifiaient les armes, d'autres emballaient des provisions pour le voyage, d'autres enfin dormaient, épuisés par l'effort physique et la lutte psychologique.
Mais les regards, parfois, se perdaient vers elle. Pas avec l'avidité compulsive d'avant, mais avec une fascination troublée, une attirance résiduelle que l'inhibiteur étouffait mais n'éliminait pas.
Nathan fut l'un de ceux qui s'approchèrent une dernière fois. Il avait l'air d'un enfant perdu. Il s'agenouilla près de la table, pas trop près, à distance respectueuse.
"Ema..." dit-il, sa voix brisée. "Je... je suis désolé. Pour tout. Pour... ce que j'ai fait. Ce que nous avons tous fait."
Ema le regarda. Son visage jeune, ravagé par la culpabilité. Elle ne trouva pas de colère en elle. Juste de la pitié.
"Ce n'était pas vous," dit-elle doucement. "C'était le virus. En vous. Et en moi."
Nathan secoua la tête, des larmes aux yeux. "Mais une partie de moi... une partie voulait. Voulait vraiment. Vous êtes si... belle. Même maintenant."
Il tendit une main hésitante, comme pour effleurer son bras, mais s'arrêta avant de la toucher. "Je voulais vous protéger. Vous aider. Et j'ai fini par... faire partie du problème."
Ema soupira. "On est tous le problème, maintenant. Et peut-être... la solution."
Il hocha la tête, incapable d'ajouter autre chose. Il resta agenouillé un moment, puis se releva et s'éloigna, les épaules voûtées.
La préparation au départ avançait. Des sacs à dos étaient remplis : nourriture, eau, inhibiteurs, armes, matériel médical. Une civière pliante fut sortie – au cas où Ema ne pourrait pas marcher.
Elle, pendant ce temps, était assise au bord de la table, enveloppée dans une couverture propre. On lui avait donné à manger – des biscuits énergétiques, une boîte de fruits au sirop. Elle mangeait lentement, mécaniclement. La nourriture normale avait un goût fade, étrange, comparée au goût intense, salé, métallique du sperme auquel son palais s'était habitué.
Elle finit par reposer la boîte.
"Je ne peux plus," dit-elle à Clara, qui veillait sur elle. "C'est... ça n'a pas de goût."
Clara la regarda, compatissante. "Votre système s'est adapté à un autre type de nutrition. Ça reviendra. Il faut forcer."
Ema secoua la tête, but une gorgée d'eau à la place. L'eau, au moins, était neutre.
C'est alors que Leo s'approcha. L'ancien militaire, le dur, avait quelque chose de changé. Son visage était moins fermé, moins dur. Il avait une expression presque... tendre. Une tendresse terrible, coupable.
Il ne dit rien d'abord. Il resta debout à quelques pas, la regardant. Puis il fit ce que personne n'avait fait depuis qu'elle avait retrouvé sa lucidité : il s'approcha, et doucement, il posa une main large et calleuse sur son ventre, à travers la couverture.
Ema sursauta, mais ne le repoussa pas.
Leo la regarda dans les yeux. "C'est lourd ?" demanda-t-il, sa voix rauque plus douce que d'habitude.
Ema hocha la tête. "Oui. Comme... comme si j'avais avalé un ballon de plomb."
Leo hocha la tête à son tour. Sa main resta un moment, comme s'il cherchait à sentir, à comprendre. Puis il la retira.
"Demain, on marche. Ce sera dur. Mais je serai là. Je vous porterai si il le faut."
Ema le regarda, surprise par cette promesse, par cette douceur inattendue. "Pourquoi ?"
Leo détourna le regard, fixa le mur derrière elle. "Parce que... vous valez mieux que ça. Que ce qui vous est arrivé. Et parce que..." Il fit une pause, cherchant ses mots. "... parce que quand je vous ai prise, dans la ruelle, et ici... une partie de moi, une partie qui n'est pas le virus, a... a vu quelque chose. De la beauté. De la force. Même dans... ça."
Il fit un geste vague vers elle, vers la table souillée, vers tout ce qu'elle représentait.
Ema sentit une boule se former dans sa gorge. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça. Pas depuis l'effondrement. Pas depuis que le virus l'avait transformée en cela.
"Merci," murmura-t-elle.
Leo hocha la tête, tourna les talons et s'éloigna, rejoignant les préparatifs.
La nuit avançait. Dans l'abri souterrain, les lampes LED furent baissées pour économiser les batteries. Une semi-obscurité bleutée enveloppa la salle. La plupart des gens essayaient de dormir, de reposer leurs corps et leurs esprits meurtris avant l'épreuve du voyage.
Ema était allongée sur un lit de camp qu'on avait dressé pour elle, loin de la table souillée. Elle était propre, couverte, mais le sentiment... la sensation intérieure était toujours là. Le vide étrange dans son ventre partiellement évacué, mais toujours présent. La sensibilité exacerbée entre ses jambes. Le goût résiduel dans sa bouche.
Et surtout, la conscience. Terrible, lucide, douloureuse. La conscience de ce qu'elle était devenue. De ce qu'on lui avait fait. De ce qu'elle avait laissé faire, avait même encouragé, désiré.
Elle ferma les yeux, essayant de trouver le sommeil. Mais les images revenaient. Les visages des hommes. Leurs mains. Leurs corps. Leurs gémissements. Le sien.
Et au milieu de l'horreur, une petite flamme persistante de plaisir, de satisfaction, qui refusait de s'éteindre, même maintenant, sous l'effet de l'inhibiteur.
Le virus était toujours là. Tapis. Patient.
Elle n'était pas guérie. Elle était juste... en pause.
Et demain, le voyage commencerait. Vers un laboratoire, vers l'espoir. Vers plus d'examens, plus d'études. Vers peut-être, un jour, une solution.
Ou vers plus de la même chose.
Elle ne savait pas. Mais elle avait choisi d'essayer.
Elle tourna la tête sur l'oreiller mince, regarda dans la pénombre les formes endormies des hommes et des femmes autour d'elle. Ses sauveurs. Ses violeurs. Ses compagnons d'infortune.
Elle ferma les yeux, et finalement, l'épuisement l'emporta.
Dans son sommeil, elle rêva. Pas de viol, pas de foule. Elle rêva qu'elle était propre, habillée, et qu'elle marchait dans une rue normale, avec des gens normaux, et que personne ne la regardait deux fois. Et dans ce rêve, elle se sentait incroyablement, terriblement seule.