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LE LENDEMAIN DU MONDE

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L’ATELIER DE L’AUTEUR

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Dates et parcours Classement et repères de scène

Dates, heures et parcours · Emma Clair

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Le sommeil de l'innocence perdue

La cage d'escalier – 21h17 – Premier soir de l'infection

Ema Clair gravit les marches avec une lenteur mécanique, comme si quelqu'un d'autre contrôlait ses jambes. Chaque pas était un effort conscient, une décision prise après une micro-seconde d'hésitation. Ses mains, accrochées à la rampe en fer forgé dont la peinture verte s'écaillait par endroits, laissaient des empreintes humides sur la surface froide. Elle regardait ses propres doigts avec une curiosité distante, comme s'ils appartenaient à un cadavre qu'elle traînait derrière elle.

L'escalier était celui de toujours – étroit, avec vingt-deux marches entre chaque étage. Les murs, peints en un beige sale qui avait dû être blanc il y a dix ans, portaient les traces des déménagements : éraflures profondes là où un meuble avait heurté l'angle, petits impacts de boules de détergent là où quelqu'un avait nettoyé quelque chose trop vigoureusement. L'éclairage venait d'une ampoule économique de 13 watts accrochée au plafond trop haut, protégée par une cage en métal rouillé. La lumière était jaunâtre, parcimonieuse, laissant de grands pans d'ombre dans les coins et sous les marches.

Ema s'arrêta au palier du deuxième étage, prenant appui contre le mur. Sa respiration sifflait légèrement dans sa poitrine, comme si ses poumons refusaient de se remplir complètement. Elle ferma les yeux un instant.

"Quatre marches encore," murmura-t-elle, sa voix si faible qu'elle était presque inaudible même dans le silence. "Quatre marches et je suis chez moi."

Elle parlait à elle-même, mais ce n'était pas un monologue réfléchi. C'était plutôt une incantation, une formule magique pour se maintenir en mouvement. Les mots sortaient de ses lèvres sans qu'elle y pense vraiment, comme la vapeur qui s'échappe d'une bouilloire.

Elle rouvrit les yeux, reprit son ascension. Ses ballerines noires – les mêmes qu'elle portait pour travailler, qu'elle avait enfilées machinalement après la douche au parc – faisaient un petit bruit de friction sur les marches de pierre usées. Froufrou. Froufrou. Un bruit régulier, presque hypnotique.

Arrivée au troisième étage, elle s'arrêta devant sa porte. La porte numéro 17. En bois clair verni, avec une poignée en laiton terni et une serrure de sécurité moderne qu'elle avait fait installer l'année dernière après une tentative d'effraction dans l'immeuble d'à côté. La plaque du numéro, en laiton également, était légèrement de travers – elle avait toujours voulu la redresser mais n'avait jamais pris le temps.

Elle sortit son trousseau de clés de la poche de sa jupe. Ses doigts tremblaient de manière incontrôlable, faisant s'entrechoquer les clés avec un petit bruit métallique qui résonna étrangement dans le couloir désert.

"Calme-toi," chuchota-t-elle, prenant sa main droite dans sa main gauche pour la stabiliser. "Calme-toi, Ema. C'est fini maintenant. Tu es en sécurité."

Sa propre voix lui parut étrangère. Trop calme. Trop plate. Comme si quelqu'un d'autre parlait avec sa bouche.

Elle regarda les clés. Cinq en tout. La plus grande pour l'appartement. La moyenne pour la voiture (une Peugeot 107 bleue garée deux rues plus loin). La petite pour la boîte aux lettres. Une minuscule pour son cadenas de vélo (qu'elle n'utilisait plus depuis qu'on lui avait volé le vélo). Et une dernière, décorative, en forme de trèfle à quatre feuilles – un porte-bonheur que sa mère lui avait offert pour ses dix-huit ans.

Le trèfle. Elle le toucha du bout du doigt. Le métal était froid.

"Quatre feuilles pour la chance," murmura-t-elle, et un rire étranglé, presque hystérique, lui échappa. "Quatre feuilles... et vingt-cinq queues."

Le rire se transforma en sanglot, mais les larmes ne vinrent pas. Ses yeux restèrent secs, brûlants. Elle se mordit la lèvre inférieure si fort qu'elle goûta le sang. Le goût métallique, familier maintenant. Comme le sperme, mais en plus concentré.

Elle essaya d'insérer la clé dans la serrure. La première tentative échoua – la pointe racla le métal avec un grincement qui lui fit grincer des dents. Deuxième tentative. Troisième. À la quatrième, la clé s'enfonça enfin. Elle tourna. Le mécanisme interne grinça, puis clac – un bruit sec, définitif.

Elle poussa la porte.

L'odeur la frappa d'abord. Son odeur. L'odeur de son appartement. Un mélange complexe mais rassurant : le parfum doux et floral du gel douche qu'elle utilisait (vanille et fleur d'oranger), l'odeur subtile de la cire d'abeille avec laquelle elle cirait ses meubles en bois une fois par mois, le léger relent de café toujours présent dans la cuisine même quand elle n'en avait pas bu depuis des jours, l'odeur de ses propres vêtements propres rangés dans l'armoire.

Des odeurs de vie normale. De routine. De sécurité.

Elle entra, referma la porte derrière elle. Le bois massif heurta le cadre avec un bruit sourd qui sembla résonner dans tout l'appartement. Elle resta un long moment adossée à la porte, le dos pressé contre la surface plane, le front appuyé contre le bois froid.

Ses yeux s'habituèrent progressivement à la pénombre. Le salon était éclairé seulement par la lumière du soir qui filtrait à travers les volets mi-clos – des lames de bois horizontales qu'elle avait partiellement fermées ce matin en partant travailler. Des bandes alternées de lumière grise et d'ombre traçaient des motifs géométriques sur le parquet ciré, sur le canapé bleu marine, sur la table basse en verre épais.

Son appartement. Vingt-cinq mètres carrés exactement. Un studio avec une pièce principale qui faisait office de salon, chambre et bureau. Une petite cuisine séparée par un comptoir en formica blanc. Une salle de bains avec WC minuscule. Rien d'extraordinaire. Rien de luxueux. Mais à elle. Son refuge depuis qu'elle avait quitté la maison de sa mère après le bac, il y a un an et demi.

Elle contempla l'espace avec des yeux neufs. Comme si elle le voyait pour la première fois. Comme si elle était une archéologue découvrant la demeure d'une civilisation disparue.

À gauche, le canapé – un deux places en tissu bleu qu'elle avait acheté d'occasion sur Leboncoin pour quatre-vingts euros et recouvert d'un jeté en laine grise tricoté par sa grand-mère. Sur l'accoudoir droit, un livre était posé, ouvert à la page où elle s'était arrêtée la veille au matin. Un manuel de psychologie cognitive. Chapitre sur les biais cognitifs en situation de prise de décision.

Elle imagina sa vie d'avant. Ema d'avant-hier. Assise sur ce canapé, un thé à la camomille à la main, étudiant pour ses examens de première année de psychologie en cours du soir. Préoccupée par des choses qui semblaient maintenant dérisoires, absurdes. Les dates des examens. Les notes à obtenir. Les problèmes d'argent pour payer le loyer de quatre cent cinquante euros. Le fait que Thomas, son responsable, la regardait parfois un peu trop longtemps.

"Des problèmes d'enfant," murmura-t-elle, et sa voix résonna étrangement dans le silence. "Je me préoccupais de savoir si j'allais réussir mon examen sur les biais cognitifs... pendant qu'un virus se préparait à effacer la cognition elle-même."

Elle s'avança dans la pièce, laissant derrière elle la sécurité relative de la porte. Ses pas étaient incertains, comme si le sol pouvait s'ouvrir sous elle à tout moment.

À côté du canapé, la petite étagère en bois brun avec ses livres rangés par ordre de taille. Des manuels de psychologie, quelques romans de science-fiction qu'elle aimait bien, des livres de poésie qu'elle ne lisait presque jamais mais gardait parce qu'ils avaient appartenu à son père. Au-dessus de l'étagère, un tableau – une reproduction de "La Nuit étoilée" de Van Gogh qu'elle avait achetée au Musée d'Orsay lors d'un voyage scolaire et qu'elle adorait particulièrement.

"Regarde les étoiles, Ema," murmura-t-elle en regardant le tableau. "Elles tourbillonnent. Elles dansent. Comme... comme mon esprit tourbillonne maintenant. Comme tout tourbillonne."

En face, la télévision posée sur un meuble bas en bois, éteinte. Le câble HDMI qui traînait par terre parce qu'elle n'avait jamais pris le temps de le fixer proprement au mur. Une poussière fine recouvrait l'écran – elle n'avait pas allumé la télé depuis trois jours.

Plus loin, la table à manger – une petite table ronde en chêne avec deux chaises assorties. Sur la table, un vase vide en verre soufflé (un cadeau d'anniversaire), une pile de factures à régler (EDF, téléphone, loyer), un stylo à bille bleu qui avait roulé jusqu'au bord et semblait sur le point de tomber.

Et dans le coin, son lit – simple, avec un sommier à lattes et un matras ferme, recouvert de draps bleu clair et d'une couette beige dans sa housse en coton. Le lit qu'elle avait quitté hier matin à 6h30, en se préparant pour une journée de travail normale. Une journée qui devait se terminer par une soirée tranquille, peut-être un film sur Netflix, peut-être quelques pages de lecture avant de s'endormir vers 22h30.

Au lieu de cela...

Elle ferma les yeux. Les images revinrent. Pas en détail, pas en séquence chronologique. Plutôt comme un collage sensoriel, une bouillie d'impressions qui se mélangeaient dans sa tête.

La sensation du sol froid du bureau administratif sous son dos nu. L'odeur de la transpiration masculine mêlée au parfum trop fort de Sandrine. Le goût salé-métallique du sperme dans sa bouche – d'abord celui de Thomas, puis de Marc, puis de Julien... Le bruit humide, rythmique des pénétrations répétées. Slap. Slap. Slap. La vue des néons au plafond du magasin, ces rectangles de lumière blanche qui dansaient au rythme des coups de bassin. La sensation du béton rugueux du parking sous ses genoux écorchés. Le goût du sperme qu'elle avait recueilli et mangé dans sa cuisine, assise sur cette chaise-là, à cette table-là.

"Pourquoi ?" murmura-t-elle, les yeux toujours fermés. "Pourquoi j'ai fait ça ? Pourquoi j'ai... mangé ça ?"

Elle rouvrit les yeux. Regarda la table. La chaise.

Elle pouvait presque voir son double assis là, penché sur le bol en céramique blanche, la cuillère en métal portée aux lèvres. Comme dans un film qui aurait été tourné dans son appartement mais avec une autre actrice jouant son rôle. Une actrice avec ses cheveux, son visage, mais avec des yeux différents. Des yeux qui brillaient d'une curiosité malsaine. D'une faim bizarre.

Un frisson la parcourut, violent, incontrôlable. Elle laissa échapper un petit gémissement, la main sur la bouche pour l'étouffer.

"Tout va bien," se dit-elle à voix basse, mais les mots sonnaient faux. "Tu es chez toi. Tu es en sécurité. Personne ne peut entrer."

Puis elle se mit en mouvement, comme si le simple fait de rester immobile devenait insupportable.

Le rituel de verrouillage – 21h34

Elle alla d'abord à la fenêtre principale, celle qui donnait sur la rue. Sans l'ouvrir, elle tira sur les cordons des volets, les fermant complètement. Les lames de bois s'emboîtèrent les unes dans les autres avec une série de petits clic-clac secs qui semblaient scandés, rituels. La lumière disparut, remplacée par une obscurité presque totale, seulement percée par de minces filets de lumière qui filtraient entre les lames imparfaitement jointes.

Elle vérifia que le verrou de la fenêtre était bien engagé. Un petit loquet en métal qu'elle n'utilisait jamais, rouillé par endroits. Elle le poussa. Clac.

Elle passa à la seconde fenêtre, plus petite, celle qui donnait sur la cour intérieure. Même rituel. Fermer les volets. Clic-clac-clic. Vérifier le verrou. Clac.

Retour à la porte d'entrée. Elle abaissa le bouton de la serrure principale. Clic. Puis elle engagea le verrou secondaire – une petite targette en laiton qu'elle avait fait installer après avoir entendu un bruit suspect dans l'escalier un soir de février. Clac.

Enfin, le verrou de sécurité. Le plus récent, le plus solide. Une barre de métal chromé qui coulissait horizontalement dans un rail et venait s'encastrer dans un logement fixé solidement au mur. Elle fit glisser la barre. Le métal frotta légèrement contre son support, puis s'enclencha avec un bruit profond, satisfaisant. CLONG.

Trois verrous sur la porte. Deux fenêtres verrouillées. Un appartement devenu une forteresse.

Elle resta un long moment à écouter, l'oreille presque collée contre la porte. L'appartement était silencieux. Pas un bruit. Aucune voiture dans la rue (étrange, pour une heure de pointe du soir). Aucun bruit de télévision chez les voisins du dessus, les Martin, qui regardaient toujours le journal de 20h avec le son trop fort. Aucun pas dans l'escalier. Aucune voix.

Le silence était presque absolu. Un silence qui pesait, qui oppressait. Un silence de fin du monde.

"Tout le monde est déjà... contaminé ?" murmura-t-elle. "Ou mort ? Ou les deux ?"

La pensée lui fit froid dans le dos. Elle respira profondément, essayant de calmer les battements désordonnés de son cœur. L'air de l'appartement lui parut soudain étouffant, trop propre, trop parfumé comparé à l'air chargé d'odeurs corporelles du magasin, du parking, du parc.

Elle traversa le salon, évitant délibérément la cuisine. Elle ne voulait pas voir la table. Pas maintenant. Pas le bol. Pas la cuillère.

Dans la salle de bains, elle hésita un instant devant la porte, puis poussa le battant. La pièce était petite – deux mètres sur deux –, recouverte de carrelage blanc au sol et jusqu'à mi-hauteur des murs, le reste étant peint en bleu pâle. Une fenêtre minuscule avec un vitrage dépoli donnait sur le mur de l'immeuble voisin à cinquante centimètres de distance, ne laissant jamais entrer directement la lumière du jour.

Elle alluma la lumière. Le néon blanc de quarante watts crépita pendant deux secondes avant de s'allumer complètement, inondant la petite pièce d'une lumière crue, impitoyable, sans ombre ni pitié.

Elle se regarda dans le miroir au-dessus du lavabo – un miroir rectangulaire simple, encadré d'un bord en aluminium.

La vision lui coupa le souffle.

L'examen des dommages – 21h42

Ce n'était pas le visage d'Ema Clair qu'elle voyait. Ce n'était pas la jeune femme de dix-neuf ans, un peu timide mais souriante, aux yeux verts pétillants, aux cheveux châtain doré bien coiffés, aux lèvres pulpeuses toujours légèrement teintées d'un gloss rose pâle.

C'était le visage d'une étrangère. D'une survivante. D'une victime. D'une chose utilisée.

Ses yeux verts, habituellement si vifs, si expressifs, étaient cernés de violet foncé, comme si on lui avait appliqué un maquillage de clown macabre. Le blanc des yeux était injecté de rouge par endroits, strié de fines veinules écarlates qui semblaient lui donner un regard fiévreux, presque halluciné. Ses pupilles étaient dilatées, noires, profondes.

"Tu as l'air d'avoir fait la fête pendant trois jours," murmura-t-elle à son reflet, et un sourire tordu apparut sur ses lèvres. "Une fête vraiment... particulière."

Ses joues étaient pâles, presque cireuses, tirées. Ses lèvres pulpeuses étaient gonflées, légèrement fendillées, avec une petite croûte de sang séché au coin inférieur droit. Elle passa une langue dessus, goûta le fer du sang mêlé au goût résiduel de sperme.

"Salé," murmura-t-elle. "Toujours salé."

Ses cheveux, ses beaux cheveux châtain doré qui descendaient habituellement en vagues soyeuses jusqu'au milieu de son dos, étaient un désastre total. Ils étaient emmêlés, formant des nœuds impossibles par endroits. Des mèches entières étaient collées contre son crâne, plaquées par des résidus blanchâtres qui n'avaient pas été totalement éliminés par la douche au parc. D'autres mèches étaient dressées, rebelles, comme électrisées.

Elle pencha la tête, examina son cuir chevelu de plus près. Là, près de la racine des cheveux sur la tempe droite, une petite tache brunâtre de deux centimètres de diamètre. Du sang séché peut-être. Ou du sperme qui avait séché et brunifié au contact de l'air.

"Beau travail," dit-elle à son reflet, et cette fois son sourire avait quelque chose de presque admiratif. "Vraiment. Un travail complet. Ils n'ont rien oublié. Pas un centimètre."

Son cou était couvert de marques. Des marques de succion violacées qui formaient comme un collier de blessures autour de sa gorge – certaines petites et discrètes, d'autres grandes, violentes, avec des éclatements de capillaires qui dessinaient des motifs d'araignée rouge sur la peau pâle. Des morsures plus profondes sur les épaules, certaines à vif, avec des croûtes à peine formées, rose vif au centre, brunissant sur les bords.

Elle baissa les yeux sur son corps, commençant à déboutonner son haut.

Sa poitrine... ses seins de 95D, qu'elle trouvait toujours un peu trop gros pour son petit corps, étaient couverts de traces similaires. Des marques de dents sur le galbe supérieur – des arcs de cercle parfaits, comme si quelqu'un avait mesuré avant de mordre. Des griffures sur les côtés – quatre lignes parallèles, probablement des ongles. Les mamelons, habituellement roses pâles, étaient rouge foncé, enflés, sensiblement plus gros qu'à l'accoutumée. Ils pointaient droit devant elle, durs et douloureux au simple regard. Leur aréole, normalement d'un rose délicat, était violacée, tuméfiée.

"Tendus," murmura-t-elle en les touchant du bout des doigts. La sensation était à la fois douloureuse et... intéressante. Une douleur vive, presque électrique, qui se propageait dans tout son corps. "Comme s'ils attendaient encore. Comme s'ils voulaient encore."

Elle leva un bras, tourna le poignet pour examiner l'intérieur du bras. La peau fine et transparente du pli du coude était couverte d'ecchymoses violacées en forme d'empreintes digitales. Là où les mains s'étaient agrippées pour la tenir en place, pour la tourner, pour la manipuler. Cinq marques sur un bras. Cinq sur l'autre. Des mains différentes probablement.

"Comme des poignées," dit-elle avec un petit rire. "Des poignées pratiques. Pour mieux me déplacer. Pour mieux m'orienter."

Elle tourna, examina son dos dans le miroir en contorsionnant un peu. Des marques similaires sur les hanches – de larges mains qui s'étaient enfoncées dans sa chair pour la maintenir en place pendant qu'on la prenait par-derrière. Sur le bas du dos, une grande ecchymose violacée-jaunâtre où elle s'était cognée contre le bord d'une caisse enregistreuse peut-être, ou où quelqu'un l'avait frappée.

Elle baissa son jean et sa culotte, les laissant tomber autour de ses chevilles. Le tissu frotta contre sa peau sensible, lui arrachant un petit gémissement.

Ses cuisses... l'intérieur de ses cuisses était un véritable champ de bataille. Des marques de morsures – certaines petites et discrètes, d'autres larges, violentes, avec des traces de dents bien visibles. Des marques de succion – des cercles violacés de tailles diverses. Des marques d'ongles – des lignes parallèles, certaines à peine rouges, d'autres à vif, avec de minuscules gouttes de sang séché sur les bords.

La peau délicate de l'intérieur des cuisses était parsemée de ces taches, de ces blessures, formant une cartographie complexe de violences. Comme une carte où chaque marque représentait un homme, une pénétration, un moment.

"Une carte au trésor," murmura-t-elle, et cette fois elle rit vraiment, un rire court, sec, sans joie. "Le trésor, c'est moi. Et tout le monde a creusé."

Et plus bas...

Elle prit un petit miroir à main qu'elle gardait dans la salle de bains pour se maquiller, se positionna pour mieux voir.

Son pubis, habituellement soigneusement épilé en bande étroite, montrait déjà un début de repousse – quelques petits poils bruns qui pointaient, courts, drus. Mais ce n'était pas cela qui retenait son attention.

Le mont de Vénus, la zone charnue au-dessus de son sexe, était couvert de séchages blanchâtres. Des résidus de sperme qui n'étaient pas partis au parc, qui s'étaient accumulés dans les poils, avaient séché, formant de petites croûtes blanchâtres qui collaient les poils entre eux. La peau en dessous était rouge, irritée, avec des zones d'écorchure là où on avait frotté trop vigoureusement.

Et son sexe lui-même...

Elle écarta légèrement les jambes dans la position inconfortable qu'elle avait prise.

Son vagin était... ouvert. Littéralement. Les petites lèvres, habituellement discrètes, repliées sur elles-mêmes comme les pétales fermés d'une fleur, étaient tuméfiées, écartées, comme une fleur trop mûre qui s'ouvre avant de faner. La muqueuse interne était rouge vif, presque écarlate par endroits, avec de petites déchirures microscopiques visibles à l'œil nu. Elle voyait l'entrée du vagin proprement dit – un orifice sombre, entouré de tissus enflés, béant.

Un filet de liquide blanc s'en échappait encore. Lentement. Presque imperceptiblement. Mais il coulait. Drip. Une petite goutte se forma au bord, pendit un instant, puis tomba sur le carrelage blanc de la salle de bains avec un minuscule ploc.

Drip. Une autre.

Elle reposa le miroir, resta face au grand miroir, contemplant son reflet complet. Nue. Blessée. Souillée.

Ce corps n'était plus le sien. C'était le corps d'une chose utilisée, violée, transformée en réceptacle. Un réceptacle qui avait contenu le sperme de peut-être vingt-cinq hommes différents. Un objet qui avait servi à satisfaire le désir compulsif d'inconnus sous l'emprise d'un virus.

Elle porta une main à son ventre. Pressa légèrement, juste au-dessus de l'os pubien.

Une nouvelle vague de liquide blanc s'échappa de son vagin, plus importante cette fois. Elle la sentit couler le long de sa cuisse, tiède, épaisse, avec cette odeur caractéristique qu'elle connaissait maintenant trop bien.

"Encore," murmura-t-elle. "Il y en a encore. Combien ? Combien ils ont mis ?"

Elle ne pleura pas. Elle n'en avait plus la force. Ou peut-être que les larmes ne voulaient simplement pas venir. Elle était vidée. Épuisée. Au-delà des larmes. Au-delà de la honte. Au-delà de tout.

Elle se rhabilla machinalement – remonta sa culotte, son jean. La texture du denim contre sa peau sensible lui arracha un petit gémissement. Les coutures intérieures frottaient contre les écorchures de ses cuisses, chaque pas serait une torture.

Elle éteignit la lumière de la salle de bains, retourna dans le salon. La pénombre lui parut maintenant un soulagement après la lumière crue du néon.

La traversée des ombres – 21h58

La pénombre de l'appartement était maintenant presque totale. Seuls quelques minces filets de lumière urbaine filtraient entre les lames des volets, traçant des lignes blanchâtres sur le sol, le canapé, le bord du lit.

Elle traversa lentement la pièce principale, évitant soigneusement la table de la cuisine du regard. Ses pieds nus (elle avait laissé ses chaussures près de la porte) glissaient silencieusement sur le parquet ciré, évitant les endroits où elle savait que le parquet grinçait.

Elle s'arrêta devant la fenêtre de la chambre, celle qui donnait sur la cour intérieure. Écarta un tout petit peu le rideau – juste assez pour pouvoir voir sans être vue. Appuya son front contre la vitre froide.

La cour était un petit espace rectangulaire d'environ dix mètres sur cinq, entouré par les murs aveugles des autres immeubles – des murs en pierre de taille grise, avec des fenêtres à intervalles réguliers. Habituellement, à cette heure-ci, il y avait des fenêtres éclairées, des bruits de télévision, des voix, des rires, des disputes parfois. La vie normale d'un immeuble parisien.

Ce soir...

Rien. Ou presque. Quelques fenêtres éclairées, mais une majorité étaient sombres. Pas de bruits de télévision. Pas de voix. Pas de rires. Un silence étrange, inquiétant, oppressant.

Une fenêtre au deuxième étage de l'immeuble d'en face était ouverte. Les rideaux – des rideaux à fleurs jaunes et bleues qu'elle reconnaissait, appartenant à la vieille Madame Dubois – bougeaient légèrement dans la brise tiède du soir de juillet. Et à travers l'ouverture...

Ema plissa les yeux, essayant de mieux voir.

Elle vit des formes bouger. Deux silhouettes, indistinctes dans la pénombre de la pièce. Mais leurs mouvements étaient reconnaissables, même à distance. Le balancement rythmique, saccadé, de l'accouplement. Une silhouette derrière, une autre devant, se déplaçant en tandem.

Elle distingua un bras qui se levait, retombait. Une tête qui tombait en arrière.

Puis les silhouettes changèrent de position. L'une s'agenouilla. L'autre...

Ema lâcha le rideau comme si elle s'était brûlée. Recula d'un pas, le cœur battant à tout rompre.

Le virus. Il était partout. Pas seulement au supermarché. Pas seulement dans la rue. Ici aussi. Dans son immeuble. Chez ses voisins. Chez la vieille Madame Dubois qui avait quatre-vingt-deux ans et une hanche artificielle.

Partout.

Elle était en sécurité derrière ses trois verrous. Mais pour combien de temps ? Et cette sécurité était-elle réelle ? Ou juste une illusion ?

"Je pourrais les entendre," murmura-t-elle, l'oreille tendue. "Si j'ouvrais la fenêtre, je pourrais les entendre gémir. Crier de plaisir. Comme moi j'ai crié."

Elle s'assit sur le bord de son lit, posa les mains sur ses genoux. Regarda ses mains.

Ses doigts fins, longs, avec des ongles courts, soignés habituellement, mais maintenant plusieurs étaient cassés, ébréchés. L'ongle de l'index droit était à moitié arraché, laissant une plaie rosée et sensible. Sous les ongles, de la saleté. De la terre du parc peut-être. Du sang. Du sperme.

Elle les porta à son nez. Senta.

L'odeur était indéfinissable. Un mélange de métal (sang), de chair, de sexe, de sperme, de transpiration, de peur. Une odeur complexe, riche, presque animale.

"Mon odeur maintenant," murmura-t-elle. "L'odeur de ce qui m'est arrivé."

Elle se laissa tomber en arrière sur le lit. Le ciel de lit au-dessus d'elle – un tissu bleu pâle tendu sur un cadre en bois qu'elle avait assemblé elle-même – lui parut soudain infiniment loin, comme le plafond d'une cathédrale gothique. Les plis du tissu formaient des ombres douces, mouvantes dans la pénombre.

Elle ferma les yeux.

Le silence de l'appartement était maintenant total. Absolu. Comme si le monde entier avait cessé de faire du bruit. Comme si elle était la dernière personne vivante sur une planète morte.

Elle écouta son propre corps. Les bruits internes, si familiers mais maintenant étranges.

Les battements de son cœur – rapides, irréguliers, comme un oiseau affolé dans une cage. Le souffle de sa respiration – saccadé, avec de légers sifflements à l'inspiration. Les gargouillis de son estomac vide – des bruits liquides, profonds. Et d'autres bruits... des petits gargouillis humides, encore plus profonds, venant de son bas-ventre. Le sperme qui remuait à l'intérieur, peut-être. Qui était en train d'être absorbé par les parois vaginales, d'être digéré, transformé. Qui se mélangeait à ses propres sécrétions, à son sang peut-être.

Elle porta une main à son ventre. Le pressa doucement, comme pour sentir ce qui se passait à l'intérieur.

Rien ne coula. Pour l'instant.

Elle garda sa main là, posée sur son bas-ventre, comme pour protéger ce qui était à l'intérieur. Comme pour s'excuser auprès de son propre corps de ce qu'il avait subi. Comme pour le rassurer.

"Je suis désolée," murmura-t-elle, les yeux toujours fermés. "Je suis désolée que tu aies dû subir ça. Que nous ayons dû subir ça."

Le "nous" lui échappa naturellement. Son corps et elle. Deux entités distinctes maintenant. Son esprit, qui regardait, observait, analysait. Et son corps, qui avait subi, qui avait senti, qui avait même... joui.

Le crépuscule de la conscience – 22h15

La nuit tombait vraiment maintenant. La pénombre dans l'appartement s'épaississait, devenait opaque, presque palpable. Ema ne bougeait pas. Elle restait allongée sur son lit, les yeux fermés, écoutant les derniers bruits du jour s'éteindre – un oiseau qui piaillait encore quelque part, une dernière voiture au loin, le bourdonnement lointain de la ville qui s'endormait. Ou qui mourait.

Son esprit, qui avait tourné à vide, en boucle, pendant des heures, commençait enfin à ralentir. La tempête de pensées, d'images, de sensations qui l'avaient assaillie depuis sa sortie du magasin commençait à se calmer. Non pas parce qu'elle avait trouvé la paix ou des réponses, mais parce que l'épuisement total, physique et mental, prenait le dessus.

Elle revécut les événements, mais cette fois de manière plus fragmentaire, moins chronologique. Des moments isolés qui émergeaient de la brume de sa mémoire, se montraient un instant dans toute leur netteté, puis disparaissaient.

Le visage de Thomas, son responsable logistique de quarante-cinq ans, alors qu'il la pénétrait pour la première fois dans le bureau administratif. Son expression n'était pas celle d'un violeur sadique, mais celle d'un homme en transe, possédé, comme si quelqu'un d'autre regardait à travers ses yeux. Ses pupilles étaient dilatées à l'extrême, noires, sans reflet. Sa bouche était entrouverte, un filet de salive coulant du coin.

"Je ne peux pas... arrêter..." avait-il haleté, et ce n'était pas une excuse. C'était un constat. Une confession. Une abdication.

La sensation du sol froid du bureau administratif contre sa joue, pendant que Laurent, le directeur adjoint de cinquante ans, la prenait par-derrière. Elle avait compté les carreaux du linoléum pour s'évader mentalement. Vingt-quatre sur la largeur. Trente-deux sur la longueur. Sept cent soixante-huit carreaux au total. Des carreaux beiges avec des petites paillettes noires.

Le goût du sperme de Julien, le stagiaire de vingt-deux ans, dans sa bouche – plus sucré que les autres, presque fruité, avec une texture plus légère, moins épaisse.

"Comme un dessert," murmura-t-elle dans l'obscurité, et la pensée ne la dégoûta pas autant qu'elle l'aurait dû. "Un dessert étrange."

La vue de Sandrine, la responsable RH de quarante ans, cette femme élégante, professionnelle, qu'elle admirait secrètement, en train de la regarder se faire violer avec une expression de fascination pure, presque scientifique. Puis Sandrine s'approchant, touchant, participant. Ses doigts fins, soignés, avec un vernis rouge parfait, explorant son corps comme un médecin examinerait un spécimen rare.

Le bruit des caisses automatiques du magasin qui bipaient inutilement, électroniquement, pendant qu'on la prenait contre elles. Bip. Bip. Bip. En rythme avec les coups de bassin. Comme une musique d'accompagnement.

La sensation du béton rugueux du parking contre ses genoux écorchés, puis plus tard contre son dos, ses épaules, ses fesses. Le gravier qui s'incrustait dans sa peau.

Le goût du sperme qu'elle avait recueilli et mangé. Non pas une fois. Plusieurs fois. Dans le parc d'abord, avec ses doigts, comme un animal. Puis chez elle. Dans la cuisine. Assise à cette table. Avec un bol. Une cuillère. Comme un repas.

"Pourquoi ?" répéta-t-elle, plus fort cette fois. "Pourquoi j'ai fait ça ?"

Les réponses potentielles tournoyaient dans sa tête, mais aucune ne voulait se fixer. Parce qu'elle avait faim ? Non, elle n'avait pas particulièrement faim. Parce qu'elle était curieuse ? En partie, oui, mais c'était plus que ça. Parce que... parce que quelque chose en elle avait voulu ça ? Parce qu'une partie d'elle, déjà contaminée par le virus même avant qu'elle ne le sache, avait été attirée par le goût ? Parce que le virus...

Non. Elle n'allait pas penser à ça maintenant. Pas encore.

Elle ouvrit les yeux. Le plafond était maintenant totalement invisible dans l'obscurité. Seules les formes les plus grossières étaient encore vaguement discernables – le cadre rectangulaire du ciel de lit, l'ombre arrondie de l'abat-jour de la suspension.

Elle tourna la tête sur l'oreiller. Regarda vers la fenêtre. À travers les interstices des volets, pas la moindre lueur. La nuit était tombée complètement. Un noir d'encre, sans lune visible, sans étoiles à travers les volets.

Elle devrait se lever. Prendre une douche – une vraie, avec de l'eau chaude, du savon, un gant de toilette. Se mettre en pyjama – le vieux pyjama en coton fleuri que sa mère lui avait offert. Manger quelque chose – il y avait des restes de pâtes dans le frigo peut-être. Boire de l'eau. Prendre un Doliprane pour les douleurs.

Mais elle n'en avait pas la force. Chaque muscle de son corps refusait de bouger. C'était comme si elle était scellée au lit, fixée par des poids invisibles attachés à ses membres, à son torse, à sa tête.

Elle ferma de nouveau les yeux.

Les souvenirs d'avant – 22h45

Cette fois, les images qui vinrent étaient différentes. Moins violentes. Moins traumatiques. Plus douces. Plus... nostalgiques.

Elle se revit enfant, sept ou huit ans, dans le grand jardin de la maison de campagne de ses grands-parents en Normandie. L'herbe était haute, verte, pleine de pissenlits et de marguerites. Elle courait pieds nus, ses cheveux flottant derrière elle comme une cape, sa petite robe à fleurs volant au vent. Le soleil de fin d'après-midi était chaud sur sa peau, doré, bienfaisant.

Elle riait. Un rire pur, cristallin, sans arrière-pensée. Un rire d'enfant qui ne connaît pas encore le mal, la maladie, la mort, le viol.

Son père l'appelait depuis la terrasse en bois. "Ema ! Viens voir ! Un papillon ! Un magnifique papillon bleu !"

Elle avait couru vers lui, trébuchant dans l'herbe, tombant, se relevant sans pleurer. Son père l'avait prise dans ses bras, lui avait montré le papillon posé sur la rambarde – un magnifique machaon aux ailes bleu irisé, avec des taches oranges et noires.

"Regarde comme il est beau," avait chuchoté son père. "La nature fait de si belles choses, ma chérie."

Elle sourit faiblement dans l'obscurité de sa chambre, trente ans plus tard. Une larme coula enfin, chaude, salée, sur sa joue. Elle la laissa couler.

Une autre image. L'année de ses seize ans. Son premier vrai baiser. Avec Lucas, un garçon de sa classe, timide, avec des lunettes et des taches de rousseur. Derrière le gymnase du lycée, après les cours, alors que tout le monde était parti. Un après-midi de mai, tiède, avec le parfum des lilas en fleur quelque part.

Le baiser avait été maladroit. Trop de salive. Des dents qui s'entrechoquaient. Le goût de son chewing-gum à la menthe trop fort. La sensation de ses mains hésitantes sur sa taille, ne sachant pas trop où se poser.

Elle avait été si nerveuse. Si excitée. Son cœur battait si fort qu'elle avait cru qu'il allait sortir de sa poitrine. Après, elle était rentrée chez elle en courant, le visage en feu, et avait passé la soirée à repenser à chaque seconde, à chaque détail.

Si innocente. Si pure. Si... inexpérimentée.

"Et maintenant," murmura-t-elle dans l'obscurité, "maintenant j'ai plus d'expérience que la plupart des prostituées de quarante ans. En une journée."

Innocence perdue.

L'expression lui vint, complète cette fois. Pas juste les mots, mais leur poids, leur signification. Innocence perdue. Le titre d'un tableau peut-être. Ou d'un poème. Ou juste une constatation banale sur la vie.

Son innocence était perdue. Littéralement. Physiquement. Pas seulement métaphoriquement, poétiquement. Littéralement.

Elle n'était plus vierge. Elle avait été pénétrée par au moins vingt-cinq hommes (ou plus, elle avait perdu le compte après quinze). Elle avait eu des orgasmes pendant ces viols – plusieurs, elle ne savait pas combien. Elle avait goûté le sperme. Elle l'avait mangé.

Innocence perdue. Virginité perdue. Pudeur perdue. Peut-être même humanité perdue.

Elle ouvrit les yeux, fixa le noir au-dessus d'elle. Une pensée étrange lui vint, lente, comme remontant des profondeurs de son esprit fatigué.

Et si ce n'était pas une perte ? Et si c'était... une transformation ? Un passage ? Une métamorphose ?

Comme la chenille qui devient papillon. La chrysalide qui s'ouvre. La chose ancienne qui meurt pour laisser place à la chose nouvelle.

Non. C'était une pensée de folle. De quelqu'un qui avait trop subi, trop vu, trop enduré. Qui commençait à rationaliser, à justifier, à accepter l'inacceptable.

"Je deviens folle," murmura-t-elle. "Le traumatisme. Le choc. Je deviens folle."

Mais la pensée persista, douce, insistante. Transformation. Métamorphose. Passage.

Elle se tourna sur le côté, tira la couverture sur elle malgré la chaleur étouffante du soir de juillet. Le tissu coton frais contre sa peau sensible lui fit du bien, un soulagement immédiat. Elle se recroquevilla en position fœtale, un genou remonté vers son ventre, les bras croisés sur sa poitrine.

Comme dans le ventre de sa mère. Comme avant la naissance. Quand tout était simple. Quand elle était protégée. Innocente.

Les premières ondes du sommeil – 23h10

Le sommeil commença à la toucher par vagues légères, presque imperceptibles d'abord. Une lourdeur dans les paupières qui devenait difficile à combattre. Une douce torpeur dans les membres qui les alourdissait, les ancrait au matelas.

Puis plus profondément. Son esprit commença à décrocher de la réalité, à flotter dans cet espace intermédiaire, liminal, entre veille et sommeil, où les frontières deviennent poreuses, où le réel et l'imaginaire se mélangent.

Dans cet état, les sensations du jour revinrent, mais transformées, adoucies, presque... apprivoisées.

La sensation des mains nombreuses sur son corps n'était plus violente mais... caressante. Comme des mains d'amants, pas de violeurs. Des mains qui exploraient, qui découvraient, qui aimaient.

Le goût du sperme dans sa bouche n'était plus répugnant mais... intéressant. Complexe. Comme un vin aux arômes multiples – salé, sucré, métallique, avec des notes différentes selon l'homme. Un goût à analyser, à apprécier, à savourer.

Les orgasmes qu'elle avait eus... elle les revécut, mais sans la honte, sans l'horreur. Juste la sensation physique pure. La vague de plaisir qui parcourait son corps, l'embrasait, la faisait crier, trembler. Le moment où tout se relâchait, où elle se vidait de toute tension, de toute pensée.

Elle gémit faiblement dans son demi-sommeil. Sa main, qui était posée sur son ventre, descendit lentement, suivant la courbe de son corps, traçant un chemin le long de son flanc, de sa hanche, s'arrêtant entre ses cuisses.

Même endormie, à moitié consciente, son corps répondit. Une chaleur monta en elle, familière maintenant. Une humidité familière aussi.

Elle se caressa doucement, à travers le jean d'abord – une pression légère, circulaire, là où elle savait que son clitoris était, même à travers les épaisseurs de tissu.

Puis, dans son sommeil, ses doigts déboutonnèrent le pantalon machinalement, firent glisser la fermeture éclair. Glissèrent à l'intérieur, sous l'élastique de sa culotte.

Son vagin était encore mouillé. Encore sensible, douloureusement sensible. Au toucher de ses propres doigts, il réagit immédiatement. Une contraction involontaire. Puis une autre. Comme un réflexe.

Dans son sommeil, Ema sourit. Sa respiration s'accéléra, devint plus profonde. Ses hanches bougèrent légèrement, cherchant une pression, un contact, un frottement.

Elle n'était pas pleinement consciente. Elle était dans cet espace étrange où le corps agit parfois sans l'accord de l'esprit, où les rêves et la réalité se mélangent, où les souvenirs deviennent sensations présentes.

Elle se caressa plus fermement. Les doigts – l'index et le majeur – trouvèrent le clitoris, enflé, sensible, dur comme un petit pois sous la peau. Un petit cercle. Une pression rythmée.

Le plaisir monta. Pas un orgasme complet, mais un début, une promesse, une accumulation. Une tension familière dans son bas-ventre. Une chaleur qui se répandait.

Dans son sommeil, elle murmura quelque chose. Un mot indistinct. Un nom peut-être. "Thomas..." ou "Julien..." ou juste "...encore..."

Puis sa main s'immobilisa. Le plaisir retomba, mais ne disparut pas complètement. Il resta comme une braise sous la cendre, comme une vibration sourde au fond de son bassin, comme une mémoire corporelle qui refusait de s'effacer.

Et elle sombra plus profondément dans le sommeil, laissant derrière elle le dernier lambeau de conscience.

Le sommeil profond et le travail du virus – Minuit à 11h du matin

Quand Ema entra enfin dans le sommeil lent, le vrai sommeil profond, son corps changea radicalement de rythme, de tonus, de fonctionnement.

Sa respiration devint régulière, profonde, rythmée – une inspiration de quatre secondes, une pause d'une seconde, une expiration de six secondes. Un rythme parfait, presque méditatif. Son cœur ralentit considérablement, passant de plus de cent battements par minute à soixante-cinq, puis soixante, puis cinquante-cinq. Un rythme de repos, de récupération.

Ses muscles, tendus depuis des heures, depuis la première agression dans le bureau administratif, se détendirent complètement. Les épaules tombèrent, libérant les tensions accumulées dans le cou. La mâchoire se desserra, la bouche s'entrouvrit légèrement. Les poings, qu'elle avait peut-être serrés même dans son sommeil léger, s'ouvrirent, les doigts se dépliant lentement.

Elle était maintenant totalement immobile, sauf pour le léger mouvement régulier de sa poitrine à chaque inspiration, et les très légères contractions musculaires involontaires qui parcourent toujours le corps endormi.

C'est à ce moment précis, pendant ce sommeil profond, que le virus Vénus-9, qui avait colonisé son système nerveux au cours des dernières heures, commença son travail le plus important, le plus profond, le plus définitif.

Les scientifiques qui étudieraient plus tard le phénomène (ceux qui survivraient, du moins, ceux qui auraient la lucidité et les moyens de le faire) découvriraient une propriété fascinante et terrifiante du Vénus-9 : il exploitait le sommeil profond pour consolider, renforcer, ancrer définitivement son emprise sur l'hôte.

Pendant la veille, le virus se contentait de stimuler les centres de désir et de récompense, de court-circuiter les inhibitions, de pousser à l'action compulsive. C'était la phase aiguë, visible, dramatique.

Mais pendant le sommeil, il travaillait en profondeur, en silence, en secret. Il réorganisait. Il reprogrammait. Il réécrivait littéralement certaines connexions neuronales. Il ne se contentait pas d'activer des circuits existants. Il en créait de nouveaux. Il renforçait certaines voies. Il en affaiblissait d'autres.

Dans le cerveau d'Ema, alors qu'elle dormait d'un sommeil profond et réparateur, des milliards de connexions neuronales étaient en cours de reconfiguration silencieuse.

Le virus, sous sa forme neurologique (une particule virale modifiée capable de traverser la barrière hémato-encéphalique), voyageait le long des axones, ces longs filaments qui relient les neurones entre eux. Il n'était pas un virus qui détruisait les cellules comme le ferait un virus de la rage ou de l'encéphalite. Au contraire, il les modifiait subtilement. Il altérait légèrement la chimie des synapses, les points de contact entre neurones. Il modifiait la production et la réception des neurotransmetteurs. Il changeait la sensibilité des récepteurs.

Dans l'amygdale, ce complexe de noyaux en forme d'amande enfoui profondément dans le lobe temporal, centre des émotions et des réactions de peur, le virus travaillait de manière particulièrement intense.

Désormais, quand Ema serait confrontée à une stimulation sexuelle, son amygdale n'enverrait plus de signal d'alarme, de danger, de peur. Au contraire, il renforcerait le signal de plaisir envoyé par d'autres régions. Il associerait l'excitation sexuelle non pas à un risque, mais à une récompense. Il dissocierait le sexe de la peur.

Dans le cortex préfrontal, cette région si typiquement humaine, siège du contrôle inhibiteur, de la prise de décision rationnelle, du jugement moral, de la planification, le virus créait de nouvelles connexions, en modifiait d'autres.

Désormais, quand Ema penserait à une activité sexuelle, son cortex préfrontal ne l'arrêterait plus avec des considérations éthiques, sociales, morales. Il ne lui enverrait plus de messages comme "C'est mal", "C'est dangereux", "Tu vas le regretter", "Qu'est-ce que les gens vont penser ?"

Au contraire, il l'encouragerait. Il trouverait des justifications rationnelles. "C'est naturel." "C'est ce que ton corps veut, donc c'est bon pour toi." "C'est plaisant, donc c'est positif." "Les autres le font aussi, donc c'est normal." "Le plaisir est une fin en soi."

L'aire préfrontale ventromédiane, en particulier, qui joue un rôle dans l'évaluation des conséquences émotionnelles des décisions, était en cours de recalibrage. Désormais, elle évaluerait les actions sexuelles comme ayant des conséquences positives, désirables.

Dans l'insula, cette région complexe responsable de la conscience corporelle, de l'image de soi, de la perception des sensations internes, le virus modifiait profondément la perception qu'Ema avait de son propre corps.

Désormais, elle ne se verrait plus comme une personne violée, souillée, endommagée. Elle se verrait comme une personne désirable, sexuelle, ouverte, disponible. Son vagin ne serait plus une blessure, une violation, mais un passage, une ouverture, un lieu d'échange. Son corps ne serait plus un objet de honte, mais un instrument de plaisir, de connexion, de partage.

L'insula antérieure, qui traite le dégoût, était particulièrement ciblée. Désormais, les fluides sexuels, les odeurs corporelles, les sensations de moiteur, ne déclencheraient plus de réponse de dégoût. Au contraire, elles déclencheraient de l'intérêt, de l'attraction, du désir.

Et dans les noyaux accumbens, ces petits noyaux enfouis dans le cerveau, centres de la récompense, du plaisir, de la motivation, le virus faisait son travail le plus subtil, le plus puissant. Il créait de nouvelles associations, il renforçait des connexions existantes avec une intensité jamais vue.

L'odeur du sperme ne serait plus associée au dégoût, mais à la récompense ultime. Une odeur qui déclencherait une libération de dopamine, le neurotransmetteur du plaisir. Le goût du sperme ne serait plus associé à l'amertume, au dégoût, mais au plaisir, à la satisfaction. Un goût qui activerait les mêmes zones que le chocolat, le sucre, les aliments préférés. La vue d'un homme en érection ne serait plus associée à la peur, à la menace, mais à l'anticipation, à l'excitation, à la curiosité. La sensation d'être pénétrée ne serait plus associée à la douleur, à la violence, mais au plaisir, à la plénitude, à la connexion.

Mais le virus ne travaillait pas seulement dans le cerveau. Pendant qu'Ema dormait, il travaillait aussi dans tout son corps, et particulièrement dans son système reproducteur, où quelque chose d'extraordinaire (et d'horrifiant) se produisait.

Le sperme des vingt-cinq hommes (ou plus) qui avaient éjaculé en elle, sur elle, n'était pas resté inerte. Les spermatozoïdes étaient morts, bien sûr – ils ne pouvaient survivre si longtemps hors du corps masculin, dans un environnement vaginal acide. Mais leurs protéines, leur ADN fragmenté, leurs molécules de signalisation, leurs hormones, leurs enzymes... tout cela flottait encore dans son utérus, ses trompes, son vagin.

Le virus Vénus-9 avait évolué pour exploiter cette situation de manière diaboliquement ingénieuse, d'une beauté biologique perverse.

Il captait les signaux chimiques du sperme dégradé – les prostaglandines, les hormones, les facteurs de croissance – et les utilisait pour stimuler la production massive d'œstrogènes par les ovaires d'Ema. Pas un petit peu. Beaucoup. Une véritable explosion hormonale, un pic œstrogénique comparable à celui du pic ovulatoire, mais plus intense, plus prolongé.

Les ovaires d'Ema, stimulés par ces signaux chimiques perçus comme "présence de sperme = préparation à une éventuelle fécondation", produisaient maintenant des quantités d'œstrogènes bien supérieures à la normale. Ces hormones voyageaient dans son sang, atteignant tous les organes, tous les tissus, toutes les cellules.

Dans son vagin et son col utérin, elles augmentaient la production de glaire cervicale, la rendant plus abondante, plus fluide, plus acide (pour protéger contre les infections, mais aussi pour faciliter la remontée des spermatozoïdes). Elles épaississaient les muqueuses, amélioraient leur vascularisation, leur élasticité. Elles préparaient le terrain pour de futures... réceptions.

Sur ses seins, elles augmentaient la taille des glandes mammaires, rendaient les mamelons plus sensibles, plus érectiles, plus réactifs au toucher. Elles préparaient les seins à une éventuelle lactation (même en l'absence de grossesse, le corps pouvait se préparer "au cas où").

Dans son cerveau, elles renforçaient l'humeur, diminuaient l'anxiété, augmentaient la libido de manière exponentielle. Elles créaient un état de bien-être, d'ouverture, de désir.

Et elles préparaient l'endomètre – la paroi interne de l'utérus. Elles la rendaient plus épaisse, plus vascularisée, plus réceptive, plus "accueillante". Comme un lit douillet préparé pour un invité qui pourrait ou non arriver.

Le virus ne cherchait pas nécessairement à provoquer une grossesse (bien que cela fût possible, probable même étant donné la quantité de sperme et la période probable du cycle d'Ema – elle était probablement en phase fertile, juste avant l'ovulation). Il cherchait à optimiser le corps pour la reproduction. Ou plus exactement, pour la réception de sperme. Pour la contamination.

Car plus le corps d'une femme était réceptif, accueillant, "plaisant", plus elle aurait de partenaires, plus le virus se propagerait. Le virus n'avait pas de "conscience" au sens humain, mais il avait une logique darwinienne implacable : les souches qui rendaient leurs hôtes plus désirables, plus actifs sexuellement, se propageaient mieux. C'était une boucle de rétroaction positive infernale.

Le corps d'Ema, pendant son sommeil de quatorze heures, se transformait silencieusement en machine parfaitement calibrée pour la propagation virale. Une usine à plaisir, à désir, à réceptivité. Un réceptacle optimal. Un vecteur parfait.

Les rêves transformés – Phase paradoxale, 4h du matin

Dans son sommeil paradoxal – la phase des rêves vifs, des mouvements oculaires rapides – Ema ne fit pas de cauchemars au sens traditionnel. Pas de monstres qui la poursuivaient. Pas de chutes dans le vide. Pas de scènes de violence explicite rejouant les événements de la journée.

Ou plutôt, si, il y avait des scènes de sexe, mais transformées, réinterprétées, intégrées.

Elle rêva qu'elle était dans un champ de fleurs immenses, un champ qui s'étendait à perte de vue sous un ciel bleu pur, sans nuage. Les fleurs étaient blanches, avec un centre jaune vif – des marguerites géantes, hautes comme elle, avec des pétales qui frémissaient doucement dans une brise parfumée.

Elle était nue. Totalement nue. Le soleil était chaud sur sa peau, mais pas brûlant. Une chaleur bienfaisante, enveloppante, comme un bain. La brise légère caressait son corps, effleurant ses seins, son ventre, entre ses cuisses. Des sensations délicieuses, presque trop intenses.

Elle marchait dans le champ, les fleurs lui frôlant les hanches, les cuisses. Leurs pétales étaient doux, soyeux, comme de la soie.

Des hommes arrivaient. Beaucoup d'hommes. Ils étaient nus aussi. Leurs corps étaient divers – certains jeunes, musclés, d'autres plus âgés, avec de la bedaine, d'autres minces, élancés. Ils souriaient tous. Des sourires doux, bienveillants, pas menaçants. Leurs yeux brillaient, mais pas de folie. De joie. De plaisir partagé.

Ils s'approchaient d'elle, un par un. La touchaient. Doucement. Des caresses sur les bras, sur le visage, sur les épaules, sur les seins. Des mains chaudes, habiles, qui semblaient connaître son corps mieux qu'elle-même.

Dans son rêve, Ema ne résistait pas. Elle souriait. Elle les accueillait. Elle tendait les bras, ouvrait les mains, offrait son corps.

Un homme s'approcha, l'embrassa. Le baiser était doux, chaud, profond. Pas une agression. Une offrande. Elle répondit au baiser, ouvrit la bouche, sentit sa langue contre la sienne. Elle goûta sa salive – douce, pas amère.

Un autre homme vint par-derrière, la prit dans ses bras, pressa son torse contre son dos. Elle sentit son érection contre ses fesses, dure, chaude, mais pas menaçante. Intéressante. Excitante.

Un troisième homme s'agenouilla devant elle, entre ses jambes. Il leva les yeux vers elle, sourit, puis baissa la tête, commença à la lécher, à lui faire un cunnilingus. Sa langue était chaude, habile, experte. Elle sentit le plaisir monter, immédiat, intense.

Dans son rêve, elle n'avait pas peur. Elle n'avait pas honte. Elle avait... du plaisir. Un plaisir pur, sans mélange, sans arrière-pensée. Un plaisir qui inondait tout son être, qui la faisait flotter, qui la dissolvait.

Puis d'autres hommes arrivèrent. Beaucoup d'autres. Ils formaient un cercle autour d'elle. Certains se touchaient entre eux. Certains s'embrassaient. Tous semblaient connectés, en harmonie.

Elle était au centre. Le point focal. La reine. La déesse.

Un homme lui présenta son pénis à la bouche. Elle l'accepta, le prit dans sa bouche, suça doucement. Le goût était salé, musqué, mais bon. Agréable. Elle suça plus fort, sentit le pénis durcir encore plus dans sa bouche.

Un autre homme se positionna derrière elle, la pénétra par-derrière. La sensation était pleine, profonde, mais pas douloureuse. Épanouissante. Complète.

Elle était prise des deux côtés, bouche et vagin, et d'autres mains la caressaient partout, et d'autres bouches mordillaient ses seins, son cou, ses épaules.

Et elle jouissait. Sans arrêt. Des orgasmes en cascade, en vagues, qui se chevauchaient, qui se renforçaient mutuellement. Chaque pénétration déclenchait un nouvel orgasme. Chaque bouche sur elle déclenchait une nouvelle vague.

Dans son rêve, elle criait de plaisir. Pas de douleur. De pur plaisir.

Et autour d'elle, les hommes jouissaient aussi. Leurs spermes la recouvraient, la remplissaient, coulaient sur elle, brillants au soleil, chauds, épais.

Et elle aimait ça. Elle aimait être couverte de sperme. Elle aimait en avoir partout. Sur son visage, dans ses cheveux, sur ses seins, dans son vagin, dans sa bouche. C'était comme une onction, une bénédiction, un cadeau.

Elle riait, la bouche pleine, le vagin plein, le corps entier recouvert, brillant, glissant.

Et elle se sentait... complète. Remplie. Satisfaite. Heureuse.

C'était un rêve. Mais c'était aussi une reprogrammation. Le cerveau d'Ema, sous l'influence du virus, créait de nouvelles associations positives avec les expériences traumatiques de la journée. Il transformait le viol en plaisir partagé. La souillure en bénédiction. L'horreur en extase.

Quand elle se réveillerait, ces associations seraient ancrées. Le souvenir du viol serait encore là, mais il serait teinté de ces sensations de plaisir du rêve. La frontière entre cauchemar et fantasme serait floue. L'ambivalence s'installerait.

C'était le travail le plus insidieux du virus : non pas effacer le traumatisme, mais le transformer. Le réécrire. Le réinterpréter.

Le réveil progressif – 10h45 à 11h07

Le réveil fut lent, progressif, comme remonter d'une grande profondeur sous l'eau.

D'abord, la conscience du corps. Les sensations physiques qui revenaient une par une.

La douleur d'abord. Les courbatures généralisées – dans les cuisses, le bassin, le bas du dos, les épaules. Une douleur sourde, profonde, semblable à celle après un entraînement sportif très intense. Pas aiguë. Supportable. Presque agréable dans son intensité même – la preuve que le corps avait vécu, avait été utilisé, avait servi.

Puis les sensations de moiteur. Son vagin était encore humide. Pas de nouveau sperme – elle avait tout éliminé pendant la nuit dans des petits écoulements continus – mais ses propres sécrétions, abondantes, crémeuses, probablement augmentées par la stimulation hormonale.

Ses seins étaient lourds, sensibles. Ses mamelons durs, douloureux au simple frottement contre le tissu de son haut.

Sa bouche était pâteuse, avec un goût métallique persistant.

Puis la conscience de l'espace. Elle était dans son lit. Chez elle. Les volets fermés. La pièce dans la pénombre. Le silence.

Puis la conscience du temps. Elle avait dormi longtemps. Très longtemps. Elle regarda mentalement l'heure – elle ne voyait pas le réveil, mais elle sentait que le soleil était déjà haut, que la matinée était bien avancée.

Elle ouvrit enfin les yeux. Cligna plusieurs fois dans la pénombre. Tourna la tête vers la table de nuit. Le réveil numérique affichait : 11:07.

Elle était couchée vers 21h00 la veille. Quatorze heures de sommeil. Un record absolu dans sa vie. Elle n'avait jamais dormi autant, même malade.

Elle s'assit lentement dans le lit. Ses muscles protestèrent, mais d'une manière presque sensuelle. Chaque mouvement était ressenti intensément. Elle étira les bras au-dessus de sa tête, arqua le dos. Les vertèbres craquèrent doucement. Un frisson de bien-être la parcourut.

"Quatorze heures," murmura-t-elle, et sa voix était rauque, enrouée, mais pas désagréable. "J'ai dormi quatorze heures."

Elle se leva, les pieds nus sur le parquet frais. Elle avait encore ses vêtements de la veille – le jean, le haut. Ils étaient froissés, tachés par endroits de séchages douteux. Elle les sentait coller à sa peau.

Elle traversa l'appartement, alla à la fenêtre du salon. Sans ouvrir les volets, elle écouta.

Un silence inhabituel. Pas le bruit de fond habituel de la ville. Pas de voitures. Pas de moteurs. Pas de voix. Pas de sirènes.

Un silence de... fin du monde.

Elle prit une inspiration profonde, puis écarta légèrement le rideau, ouvrit un petit espace entre deux lames de volet.

La lumière du jour, vive, crue, de juillet, entra en lame de couteau, l'éblouissant. Elle cligna des yeux, s'habitua progressivement.

Elle regarda la rue en dessous.

Et le monde qu'elle vit n'était plus le sien.

LE RÉVEIL DANS L'APOCALYPSE

Première vision – 11h10 – La fenêtre sur le chaos

Ema resta figée devant la fenêtre, la main crispée sur le rideau, les doigts blanchis par la force de sa prise. Ses yeux, d'abord éblouis par la lumière vive du jour de juillet, s'habituèrent progressivement et commencèrent à distinguer les détails de la rue en contrebas.

La rue de la République – une rue commerçante typiquement lyonnaise, large, bordée d'immeubles haussmanniens en pierre blonde, avec des commerces en rez-de-chaussée : une boulangerie, une pharmacie, un magasin de téléphonie, un café-tabac avec sa terrasse. Une rue habituellement animée, bruyante, remplie de voitures, de piétons, de vélos, de scooters.

Ce matin...

Ce n'était plus une rue. C'était une scène de... Ema chercha le mot dans sa tête. De bacchanale ? D'orgie ? D'effondrement ? De folie collective ?

Les voitures d'abord. Ou plutôt, ce qui restait des voitures. Plusieurs étaient arrêtées en travers de la chaussée, portières ouvertes, moteurs éteints. L'une d'elles, une Renault grise, était encastrée dans l'arrière d'une camionnette de livraison. Le pare-chocs avant était tordu, le capot soulevé. Aucun conducteur en vue. Aucun secours. L'accident semblait avoir eu lieu plusieurs heures auparavant, peut-être la veille au soir.

D'autres voitures étaient simplement abandonnées sur la chaussée, certaines avec les clés encore sur le contact, les portières grandes ouvertes comme si les occupants étaient partis en catastrophe.

Mais ce n'était pas le plus frappant.

Les gens.

Des gens partout. Des centaines peut-être. Et presque tous... nus.

Totalement nus. Pour les hommes, le sexe à l'air, ballant ou en érection. Pour les femmes, les seins offerts, le pubis exposé. Des corps de toutes tailles, de toutes formes, de tous âges. Des jeunes, des vieux, des minces, des gros, des beaux, des laids.

Ils marchaient, discutaient, riaient parfois. Comme si se promener nu en pleine rue en juillet était la chose la plus naturelle du monde. Et en fait, dans cette chaleur étouffante de juillet lyonnais (Ema pouvait presque sentir la chaleur à travers la vitre), c'était presque logique. Presque.

"Pourquoi pas ?" murmura-t-elle, et la pensée lui vint sans jugement, comme une constatation objective. "Il fait chaud. Les vêtements sont inconfortables. Pourquoi pas être nu ?"

Elle cligna des yeux, surprise par sa propre réaction. Elle devrait être choquée. Scandalisée. Horrifiée. Elle ne l'était pas. Elle était... intéressée. Curieuse.

Elle regarda plus attentivement.

Les gens ne semblaient pas en détresse. Ils ne couraient pas, ne criaient pas (enfin, pas de cris de panique). Certains marchaient d'un pas décidé, comme s'ils allaient quelque part. D'autres traînaient, flânaient. Certains étaient assis sur les bancs publics, sur les bordures de trottoir, sur les marches des immeubles.

Et beaucoup... beaucoup étaient en train de copuler.

Pas discrètement. Pas dans des coins cachés. En plein milieu de la rue. Sur les trottoirs. Sur les capots des voitures. Contre les vitrines des magasins.

Ema compta rapidement. Sur les cinquante mètres de rue qu'elle voyait depuis sa fenêtre, elle distingua au moins quinze couples (ou trios, ou groupes) en pleine activité sexuelle.

Une femme, jeune, brune, aux formes généreuses, était à genoux au milieu de la chaussée, suçant un homme debout devant elle. Un autre homme était derrière elle, la pénétrant par-derrière. Elle avait les yeux fermés, un sourire béat sur le visage.

Plus loin, contre la vitrine de la pharmacie, un homme avait une femme plaquée contre la vitre, la prenant par-derrière. Leurs corps se heurtaient avec un rythme régulier. La vitre tremblait légèrement à chaque impact.

Sur la terrasse du café, deux femmes s'embrassaient passionnément, se caressant mutuellement les seins, tandis qu'un homme les observait, se masturbant.

"Ça a l'air... agréable," murmura Ema, et cette fois, elle sentit une chaleur monter en elle. Son propre corps réagissait au spectacle. Son vagin devint instantanément humide, comme si on avait appuyé sur un interrupteur. Ses mamelons durcirent, appuyant douloureusement contre le tissu de son haut.

Elle porta une main à son ventre, sentit les contractions légères, involontaires, de son utérus. Le désir. Un désir pur, simple, direct. Sans honte. Sans complexe.

Elle secoua la tête, comme pour chasser la pensée. "Non. C'est... c'est de la folie. C'est le virus. Je vois le virus à l'œuvre."

Mais la voix qui avait parlé en elle était faible, lointaine, comme celle d'une autre personne. La voix de la raison. La voix d'avant.

La voix dominante, celle qui regardait la rue, pensait : "Je veux être là-bas. Je veux être nue. Je veux... faire ça aussi."

Elle ferma les yeux un instant, respira profondément. Quand elle les rouvrit, son regard fut attiré par quelque chose de particulier.

Les plus belles femmes.

Elle les repéra facilement. Elles étaient comme des aimants. Des points focaux autour desquels les hommes se rassemblaient.

Une jeune femme, blonde, avec un corps de déesse – seins fermes et ronds, taille fine, hanches généreuses – était assise sur le capot d'une voiture. Elle était entourée d'au moins dix hommes. Certains la touchaient – caressaient ses seins, son ventre, ses cuisses. D'autres attendaient leur tour, se masturbant, regardant. Un homme était entre ses jambes, lui léchant le sexe. Un autre lui présentait son pénis à la bouche, qu'elle suçait avec application.

Elle avait les yeux mi-clos, un sourire de plaisir intense sur le visage. Elle semblait... heureuse. Extatique même.

Et elle était couverte de sperme. Sur son ventre, ses seins, son visage, ses cheveux. Des traînées blanches, brillantes au soleil, qui coulaient lentement sur sa peau. Elle ne cherchait pas à s'essuyer. Au contraire, elle étalait parfois le sperme sur elle, comme une lotion, en souriant.

"Elle aime ça," murmura Ema, et cette fois, ce n'était pas une constatation horrifiée, mais presque admirative. "Elle aime être couverte de sperme."

Elle se souvint de son propre comportement la veille. Du sperme qu'elle avait mangé. Du plaisir qu'elle avait ressenti en le faisant. De la curiosité, du désir même.

Le virus avait muté. Ou révélé cette facette. Les femmes – particulièrement les plus belles, les plus désirables – ne se contentaient plus de subir le désir masculin. Elles le recherchaient activement. Elles voulaient le sperme. Elles voulaient en être couvertes, remplies, imprégnées. C'était devenu une récompense en soi, un signe de désirabilité, de succès presque.

Ema sentit une nouvelle vague de désir, plus intense. Son corps réagissait violemment. Elle sentit son vagin se contracter, produire encore plus de lubrifiant. Une petite goutte coula le long de sa cuisse, tiède.

"Je... je devrais avoir peur," dit-elle à voix haute, mais les mots sonnaient faux. "Je devrais être terrifiée. Révoltée."

Elle ne l'était pas. Elle était excitée. Fascinée. Curieuse.

Elle lâcha le rideau, recula de la fenêtre. Son cœur battait fort, mais pas de panique. D'excitation. D'anticipation.

Elle retourna au milieu du salon, resta debout un moment, immobile, les yeux fermés, essayant de rassembler ses pensées.

"Le virus," murmura-t-elle. "C'est le virus en moi. Il me fait penser ça. Il me fait vouloir ça."

Mais l'argument ne tenait plus. Ou plutôt, il tenait, mais il ne changeait rien. Le virus était en elle. Il faisait partie d'elle maintenant. Ses pensées étaient ses pensées. Ses désirs étaient ses désirs. La frontière entre "elle" et "le virus" s'estompait, devenait floue, peut-être même inexistante.

Elle ouvrit les yeux, regarda autour d'elle. Son appartement. Sa forteresse. Sa prison.

Les murs lui parurent soudain étouffants. Les verrous, non pas des protections, mais des entraves. L'air, trop propre, trop parfumé, irrespirable.

Elle voulait être dehors. Dans la rue. Avec les autres. Nue. Libre.

Elle regarda ses vêtements. Le jean sale, taché. Le haut froissé. Ils lui semblaient soudain ridicules. Inutiles. Des entraves aussi.

Elle alla à la cuisine machinalement, alluma la cafetière. Le geste habituel, automatique. Pendant que le café coulait, sonnait, dégageait son odeur familière, elle regarda par la fenêtre de la cuisine, plus petite, qui donnait sur un autre côté de la rue.

Même spectacle. Des gens nus. Des couples qui copulaient. Une femme particulièrement belle entourée d'hommes. Du sperme partout.

Son corps réagit encore. Elle sentit son sexe palpiter. Ses seins étaient lourds, douloureux de désir.

Le café fut prêt. Elle en versa dans une tasse, y ajouta du sucre sans réfléchir, but une gorgée. Le goût lui parut fade, insignifiant comparé au goût dont elle se souvenait. Le goût salé, musqué, complexe.

Elle reposa la tasse, alla dans la salle de bains. Se regarda dans le miroir.

Son visage était différent ce matin. Moins pâle. Les cernes étaient toujours là, mais moins prononcés. Ses yeux brillaient d'une lumière étrange, intense. Ses lèvres étaient rouges, pulpeuses, comme gonflées par des baisers.

Elle se pencha, examina son cou. Les marques de succion étaient toujours là, violacées, mais elles ne lui faisaient plus honte. Elles lui semblaient... intéressantes. Des souvenirs. Des preuves.

Elle toucha l'une d'elle du bout du doigt. La sensation était vive, presque électrique. Un frisson lui parcourut l'échine.

Elle baissa les yeux sur son corps. Son jean lui serrait le ventre, les cuisses. Le tissu frottait contre ses blessures, mais la douleur était mêlée de plaisir maintenant. Une douleur aiguë, sensuelle.

Elle déboutonna son jean, le fit glisser le long de ses jambes. Resta en culotte et haut.

Ses cuisses étaient toujours couvertes de marques, mais elles semblaient moins horribles ce matin. Plus... décoratives. Comme un tatouage temporaire. Une carte de ses expériences.

Elle passa une main sur ses cuisses, sentit les reliefs des ecchymoses, les crêtes des égratignures. Chaque contact envoyait une décharge dans son bas-ventre.

Elle retira son haut, resta en soutien-gorge et culotte. Son soutien-gorge la serrait terriblement. Ses seins semblaient avoir gonflé pendant la nuit, devenant encore plus lourds, plus sensibles. Les baleines du soutien-gorge s'enfonçaient douloureusement dans sa chair.

Elle défit le soutien-gorge, le laissa tomber. Ses seins tombèrent lourdement, ses mamelons durs pointant vers l'avant. Ils étaient sensiblement plus gros que d'habitude, plus foncés. Elle les toucha du bout des doigts. La sensation fut si intense qu'elle gémit, dut s'appuyer contre le lavabo.

"Trop sensible," murmura-t-elle, mais elle continua à se toucher, à presser légèrement, à faire de petits cercles autour des aréoles. Le plaisir montait, direct, intense, primaire.

Elle retira sa culotte. Regarda son sexe dans le miroir.

Il était toujours ouvert, tuméfié, mais moins rouge. Les petites lèvres étaient encore écartées, mais elles semblaient... prêtes. Humides. Brillantes de ses propres sécrétions.

Elle passa un doigt sur l'entrée. La sensation fut explosive. Son corps entier tressaillit. Elle poussa un petit cri, involontaire.

Elle resta ainsi un moment, nue devant le miroir, se regardant, se touchant légèrement, explorant son propre corps transformé.

Puis elle se rhabilla – pas complètement. Juste le haut, sans soutien-gorge. Le jean, sans culotte. La sensation du denim directement contre sa peau, contre son sexe, était presque insupportablement excitante.

Elle retourna dans le salon, alla à la télévision. Hésita un instant.

"Je devrais allumer," murmura-t-elle. "Voir les nouvelles. Comprendre."

Elle prit la télécommande, appuya sur le bouton d'allumage.

L'écran s'illumina. Et le monde qu'il révéla était pire que tout ce qu'elle avait imaginé.

La révélation télévisuelle – 11h25 – L'effondrement en direct

La chaîne d'information en continu – BFM TV – affichait un bandeau rouge vif en bas de l'écran, avec des lettres blanches qui défilaient continuellement : ÉTAT D'URGENCE MONDIAL - NE SORTEZ PAS - CONFINEMENT IMMÉDIAT - LES SERVICES SECOURS SONT SATURÉS

Mais le plus frappant, c'était le présentateur. Ou plutôt, ce qu'il était devenu.

C'était Jean-Pierre Pernaud, le présentateur du 13 heures de TF1, qu'Ema reconnaissait bien. L'homme habituellement si élégant, si calme, si professionnel, avec ses costumes impeccables, ses cravates sobres, son sourire rassurant.

Ce matin...

Il était en chemise blanche, mais la chemise était déboutonnée jusqu'au nombril, froissée, tachée de sueur (ou d'autre chose). Ses cheveux, habituellement parfaitement coiffés, étaient en bataille, dressés sur sa tête. Ses yeux étaient rougis, cernés de mauve profond. Il avait une barbe de deux jours, rare, inégale.

Il ne parlait pas du tout comme d'habitude. Sa voix était hachée, entrecoupée de longues pauses pendant lesquelles il regardait dans le vide, l'air perdu. Ses mains tremblaient visiblement sur le bureau.

"...confirmation maintenant," disait-il, les mots sortant avec difficulté, comme s'il devait les extraire un par un de sa gorge. "Les dernières données... des centres de contrôle des maladies à Atlanta et à Genève... indiquent un taux de contamination estimé à... à soixante-quinze pour cent de la population mondiale. En moins de... de vingt-quatre heures."

Ema s'assit brusquement sur le canapé, oubliant sa tasse de café, oubliant tout. Soixante-quinze pour cent. Les trois quarts de l'humanité. En un jour.

"Les autorités..." continua Pernaud, sa voix se brisant par moments. "Les autorités n'ont plus le contrôle. Les systèmes de communication... tombent les uns après les autres. Les transports... oh mon Dieu..."

L'image changea. Des images aériennes, probablement tournées par des drones ou des hélicoptères avant qu'ils ne tombent eux aussi. Elles montraient un aéroport – Roissy-Charles-de-Gaulle probablement. Ou plutôt, ce qui avait été un aéroport.

Plusieurs avions avaient quitté les pistes, s'étaient écrasés contre des terminaux. Un Airbus A380 gisait sur le côté, une aile arrachée, le fuselage fracturé. Des carcasses fumantes jonchaient le tarmac. Des débris partout. Des bagages éparpillés. Des corps.

Et entre les épaves, sur le tarmac, dans les débris des terminaux...

Ema rapprocha son visage de l'écran, le cœur battant.

...des gens. Des centaines, peut-être des milliers de gens. Nus pour la plupart. Qui copulaient. Par terre, sur le béton brûlant. Sur les débris des avions. Dans les ruines des terminaux. Sur les tapis roulants à bagages. Partout.

Des stewards et hôtesses en uniforme déchiré ou enlevé. Des pilotes encore avec leur casque parfois. Des passagers. Du personnel au sol. Tous contaminés. Tous en train de s'accoupler, de manière compulsive, frénétique, comme possédés.

"L'accident du vol 447 d'Air France hier soir," reprit la voix de Pernaud, maintenant en off, pendant que les images continuaient. "L'enquête préliminaire suggère que... que les deux pilotes et l'ingénieur de vol ont abandonné leurs postes pour... pour avoir des relations sexuelles avec des hôtesses. L'avion est entré en décrochage à 10.000 mètres d'altitude. Trois cent vingt-sept morts."

Nouvelle image. Une autoroute – probablement l'A6, la route du soleil. Un embouteillage monstre, des kilomètres de voitures à l'arrêt. Des véhicules avaient quitté la route, s'étaient encastrés les uns dans les autres, dans les glissières de sécurité. Des carambolages en chaîne sur des centaines de mètres. Des corps gisaient sur la chaussée, certains visiblement morts, écrasés, brûlés.

Et parmi les survivants, ceux qui étaient encore en vie...

Encore. Toujours. Des gens qui copulaient. Sur le capot des voitures. Par terre entre les véhicules. Dans les voitures elles-mêmes, sur les sièges avant ou arrière. Des hommes et des femmes, parfois deux hommes, deux femmes, des groupes.

"Les accidents de la route," murmura Pernaud, sa voix maintenant complètement détachée, monotone, comme s'il récitait une liste de courses. "On estime le nombre de morts à... des centaines de milliers. Peut-être des millions. Personne ne... personne ne conduit plus. Ou plutôt, ils commencent à conduire, puis... puis ça les prend. Ils s'arrêtent au milieu de la route. Abandonnent leur véhicule. Trouvent le premier partenaire disponible."

Ema porta une main à sa bouche. Son café était froid maintenant, oublié. Elle le reposa sur la table basse, la main tremblante.

L'image changea encore. Un hôpital – probablement l'Hôtel-Dieu à Paris, reconnaissable à son architecture caractéristique. Les couloirs étaient encombrés de lits, de brancards poussés n'importe comment. Des patients gisaient, non soignés. Certains morts, le drap tiré sur le visage. D'autres vivants, gémissants, appelant à l'aide, mais personne ne venait.

Et le personnel médical...

Des médecins en blouse blanche, maintenant tachées de sang, de sperme, d'autres fluides. Des infirmières. Des aides-soignants. Tous en train de copuler. Avec les patients parfois – Ema vit un médecin penché sur une patiente âgée, la pénétrant alors qu'elle gémissait de douleur. Entre eux le plus souvent – dans les couloirs, contre les murs, sur les tables d'opération, dans les salles de soins.

"Les services de secours sont... inexistants," continua la voix brisée. "Les pompiers, les ambulanciers... tous contaminés. Les hôpitaux sont devenus des... des lieux d'orgie. Les patients meurent sans soins. Les opérations sont abandonnées en cours. Les médicaments ne sont plus distribués."

Ema se leva, s'approcha de la télévision, comme si elle pouvait entrer dans l'écran, toucher cette réalité pour vérifier qu'elle était vraie. Son cœur battait fort dans sa poitrine, mais étrangement, ce n'était pas seulement de l'horreur qu'elle ressentait. C'était aussi... de la fascination. Une fascination morbide, mais fascination quand même.

Le reportage montrait maintenant des rues de Paris. Les Champs-Élysées. Habituellement bondées de touristes, de Parisiens pressés, de vendeurs à la sauvette, de policiers.

Aujourd'hui...

Les gens marchaient nus. Totalement nus. Hommes, femmes, adolescents, personnes âgées. Certains seuls, visiblement désorientés, cherchant quelque chose ou quelqu'un. Beaucoup en groupes. Certains en train de copuler au milieu de la chaussée, ignorant complètement le danger (mais quel danger maintenant, avec si peu de voitures en circulation ?). D'autres assis sur les bancs, se masturbant en regardant passer les autres.

Et les plus belles femmes... Ema les vit, comme dans sa rue. Des jeunes femmes magnifiques, aux corps parfaits, entourées d'hommes. Parfois dix. Parfois vingt. À genoux, à quatre pattes, sur le dos, debout. Se faisant prendre par plusieurs hommes simultanément. Leurs visages exprimant non pas la douleur ou la honte, mais... l'extase. Le plaisir pur, intense, répété.

Le sperme coulait sur elles. Sur leurs ventres, leurs seins, leurs visages. Elles riaient parfois. Se caressaient entre elles quand elles étaient plusieurs. S'embrassaient en partageant le sperme dans leurs bouches.

"Le phénomène semble particulièrement intense chez les femmes jeunes et attractives," commenta une voix hors champ – une femme, une scientifique peut-être, ou ce qu'il en restait. Sa voix était calme, professionnelle, contrastant étrangement avec les images. "Elles deviennent des... des aimants. Des points focaux. Les hommes les recherchent activement. Et les femmes... les femmes semblent y trouver un plaisir intense. Les scanners cérébraux montrent une activité des zones de récompense supérieure à tout ce qu'on a jamais enregistré. C'est comme si... comme si le virus avait reprogrammé leur système de récompense pour qu'il réagisse positivement à ce qui serait normalement perçu comme une agression."

Ema porta une main à son ventre. Elle se souvenait. Cette sensation. Ce plaisir... ce plaisir qui dépassait tout, qui effaçait tout. Les orgasmes qu'elle avait eus dans le magasin, malgré elle, contre sa volonté. Mais était-ce vraiment contre sa volonté ? Ou une partie d'elle avait-elle voulu ça ? Une partie contaminée ?

"Les suicides," reprit Pernaud, revenu à l'écran. Il avait maintenant complètement enlevé sa chemise. Son torse pâle, un peu bedonnant, était visible. Il avait des marques de griffures sur les épaules, des marques de succion sur le cou. "Le taux a explosé. Des gens qui se jettent par les fenêtres. Qui se pendent. Qui prennent des overdoses. Ceux qui... qui n'acceptent pas. Qui résistent. Ou qui acceptent, mais dont la conscience ne supporte pas."

Nouvelle image. Un pont – le Pont Neuf peut-être. Des gens qui sautaient. L'un après l'autre. Comme de la marchandise qu'on jette d'un camion. Dix. Vingt. Trente. Des corps qui tombaient dans la Seine, faisaient des ploufs successifs. Certains résistaient, essayaient de ne pas sauter, étaient poussés par d'autres. D'autres sautaient volontairement, le visage déterminé, presque serein.

"Les estimations actuelles..." Pernaud ferma les yeux un instant, semblant lutter contre quelque chose. Quand il les rouvrit, ils étaient humides. "Plusieurs millions de morts violentes en vingt-quatres heures. Accidents. Suicides. Et les morts indirectes... les malades non soignés, les diabétiques sans insuline, les cardiaques sans médicaments... peut-être des dizaines de millions."

La caméra revint sur Pernaud en plan rapproché. Il regardait droit devant lui, les yeux vides, comme s'il voyait à travers la caméra, à travers le studio, à travers tout. Puis lentement, il commença à baisser son pantalon.

"Je... je ne peux plus," murmura-t-il, et cette fois sa voix était un chuchotement, intime, terrible. "Je résistais depuis ce matin. Depuis... depuis hier soir. Mais... c'est trop fort. Je..."

Il se leva, son pantalon tombant autour de ses chevilles. Il était en caleçon. Puis il enleva le caleçon.

Il était nu maintenant. Son pénis était en demi-érection.

"Je suis désolé," dit-il à la caméra. "Je suis désolé pour tout le monde. Pour... pour tout."

Puis il quitta le cadre, se dirigeant vers quelque chose ou quelqu'un hors champ. On entendit des bruits. Des gémissements. Un cri de plaisir féminin. Puis plus rien que des bruits de corps qui se heurtent, des halètements.

L'écran resta figé sur le plateau vide, la chaise vide, le bureau vide avec les papiers en désordre.

Puis l'image devint noire. Puis un message : PROGRAMME INTERROMPU - VEUILLEZ PATIENTER

Ema resta immobile devant la télévision éteinte pendant de longues minutes. Le silence était total dans l'appartement. Le silence était total dehors aussi, ou presque.

Puis elle retourna à la fenêtre, écarta de nouveau le rideau.

L'observation approfondie – 11h50 – La logique du nouveau monde

Elle regarda maintenant avec des yeux différents. Non plus avec horreur, mais avec compréhension naissante. Avec acceptation.

Elle vit les détails qu'elle n'avait pas vus avant.

D'abord, les "zones de lucidité". Certaines personnes dans la rue ne copulaient pas. Elles marchaient, semblaient normales, si on oubliait qu'elles étaient nues. Elles discutaient parfois, gesticulaient, semblaient avoir des conversations normales. Elles cherchaient de la nourriture peut-être, de l'eau.

Mais autour d'elles, d'autres étaient en pleine crise. Pris par le virus, incapables de résister, cherchant frénétiquement un partenaire.

"La lucidité dure 1 à 2 heures après l'orgasme," murmura Ema, se souvenant de ce que le virus faisait. "Le temps que le cerveau se remette. Puis le besoin revient. Plus fort."

Elle vit un homme, nu, qui marchait d'un pas décidé, l'air concentré, évitant les groupes qui copulaient. Il avait l'air... normal. Lucide. Puis soudain, il s'arrêta. Son corps se raidit. Il porta les mains à son entrejambe. Son pénis se dressa, visible même de loin. Il regarda autour de lui, cherchant désespérément. Vit une femme seule, plus âgée, qui traînait. Se précipita vers elle. Elle ne résista pas. Ils tombèrent par terre, commencèrent à copuler.

La lucidité était temporaire. Une trêve fragile entre deux crises.

Ensuite, les "reines". Les plus belles femmes. Ema en compta trois dans son champ de vision. Chacune entourée d'un "harem" d'hommes – dix, quinze, vingt. Les hommes se relayaient, parfois plusieurs en même temps (un devant, un derrière, un à la bouche). Les femmes semblaient dans un état d'extase permanente. Elles jouissaient souvent, leurs corps se cambrant, leurs bouches s'ouvrant en cris silencieux.

Et après, quand l'homme avait éjaculé, elles ne cherchaient pas à se nettoyer. Au contraire. Elles étalaient le sperme sur leur peau, comme une lotion précieuse. Certaines le léchaient sur leurs propres ventres. D'autres le partageaient en s'embrassant avec d'autres femmes, ou même avec des hommes.

"Elles aiment le sperme," murmura Ema, et cette fois, elle sentit sa propre bouche saliver. Elle se souvint du goût. Salé. Musqué. Complexe. Agréable. "Elles en veulent. Elles en ont besoin."

Elle porta une main à son ventre. Sentit le vide là-dedans. Le manque. Elle avait éliminé tout le sperme pendant la nuit. Son corps était vide maintenant. Propre. Trop propre.

Une envie bizarre lui vint. L'envie d'être à nouveau remplie. Couverte. Marquée.

Elle regarda ses vêtements. Le jean, le haut. Ils étaient sales, tachés, mais ce n'était pas la même chose. Ce n'était pas du sperme. C'était de la terre, de la sueur, du sang séché.

Elle voulait du sperme frais. Chaud. Vivant.

La pensée ne la dégoûta pas. Au contraire. Elle l'excita. Son vagin se contracta violemment, produisant un nouveau flot de lubrifiant. Elle sentit la mouille dans son jean, une tache humide qui s'élargissait.

"Je... je suis comme elles," murmura-t-elle, et cette fois, il y avait de l'émerveillement dans sa voix. De la découverte. "Le virus m'a changée. Il a changé ce que je veux. Ce que j'aime."

Elle pensa à la veille. Au viol. À la douleur. À l'horreur.

Les souvenirs étaient là, nets, précis. Mais ils étaient... teintés. Comme si on avait appliqué un filtre dessus. La douleur était réelle, mais elle était mêlée au souvenir du plaisir. L'horreur était réelle, mais elle était compensée par le souvenir de l'abandon, de l'extase.

Le virus avait réécrit ses souvenirs. Ou plutôt, il avait ajouté une couche par-dessus. Comme un tableau qu'on repeint partiellement. L'image d'origine était encore visible en dessous, mais par endroits, une nouvelle image apparaissait, plus vive, plus colorée.

Elle se souvint des rêves de la nuit. Du champ de fleurs. Des hommes bienveillants. Du plaisir pur.

Étaient-ce des rêves ? Ou des reprogrammations ?

Peu importe. La frontière entre rêve et réalité, entre mémoire vraie et mémoire transformée, s'estompait.

Elle retourna à la télévision, chercha d'autres chaînes.

France 2 : écran noir. France 3 : écran noir avec le message d'interruption. Canal+ : une orgie en direct dans les studios, des corps nus qui s'entremêlaient.

étrangement, un documentaire sur les rites de fertilité dans les sociétés primitives tournait encore, comme si personne n'avait pensé à l'arrêter.

Les chaînes étrangères : CNN montrait des images similaires à BFM – des rues de New York remplies de gens nus qui copulaient. La BBC était en plan fixe sur un présentateur qui pleurait silencieusement.

Le monde entier. Partout.

Elle éteignit la télévision définitivement. N'en avait plus besoin. Elle comprenait maintenant.

Elle retourna à la fenêtre, regarda encore.

Cette fois, son regard fut attiré par quelque chose de plus sinistre. Les morts.

Elle n'y avait pas fait attention avant, trop concentrée sur les vivants, sur les corps en mouvement. Mais ils étaient là.

Dans un renfoncement de porte, un homme gisait, nu, le ventre ouvert, les entrailles sorties. Probablement renversé par une voiture avant que le trafic ne s'arrête. Sur un banc, une femme était assise, la tête penchée en arrière, la bouche ouverte, les yeux vides. Morte depuis plusieurs heures probablement. Dans le caniveau, un adolescent, nu lui aussi, le crâne fracassé.

Des morts partout. Des accidents. Des suicides peut-être. Des morts de soif, de faim, de maladie non soignée.

Le monde s'était effondré en vingt-quatre heures. La civilisation. L'ordre. La loi. La morale. La pudeur. La sécurité.

Il ne restait plus que... ça. Le désir. Le sexe. Le sperme. La contamination.

Et Ema faisait partie de ce nouveau monde. Elle était contaminée. Transformée. Préparée.

Elle recula de la fenêtre, s'appuya contre le mur. Son cœur battait toujours fort, mais régulièrement maintenant. Sa respiration était calme. Son esprit était clair. Trop clair peut-être.

Elle regarda autour de son appartement. Son refuge. Sa prison.

Elle regarda ses vêtements. Ses entraves.

Elle regarda ses mains. Ses outils.

Une décision se forma en elle, lente, irréversible, comme un glacier qui avance.

Elle n'allait pas rester ici. Enfermée. Protégée. Propre.

Elle allait sortir. Rejoindre le monde. Le nouveau monde.

Elle alla à la cuisine, ouvrit le tiroir des couverts. Chercha. Trouva.

Une paire de ciseaux. De grands ciseaux de cuisine, avec des lames effilées, des poignées noires en plastique.

Elle les prit, les sentit dans sa main. Le métal était froid, lisse.

Elle retourna au milieu du salon. S'arrêta. Respira profondément.

Puis elle leva les ciseaux.

LA DÉCISION ET LA TRANSFORMATION

Le geste initial – 12h05 – Les ciseaux et la peau

Ema resta immobile au centre de son salon, les ciseaux de cuisine tenus à deux mains devant elle, comme une offrande ou une arme. La lumière filtrant entre les lames des volets dessinait des bandes diagonales sur le sol, son corps, les lames métalliques qui scintillaient faiblement.

Elle regarda les ciseaux, puis son propre corps vêtu. Le jean bleu délavé, déjà sale, taché de terre du parc, de sperme séché, de sang. Le haut blanc en coton, maintenant grisâtre, avec des déchirures au niveau des manches, des taches sombres autour du col.

Ces vêtements lui semblaient appartenir à une autre personne. À l'Ema d'avant. Celle qui se levait à 6h30, prenait une douche, s'habillait soigneusement pour aller travailler au supermarché. Celle qui choisissait ses sous-vêtements en fonction de sa tenue. Celle qui mettait un peu de fond de teint, de mascara, de rouge à lèvres discret.

Cette Ema-là n'existait plus. Ou plutôt, elle existait encore, mais comme un fantôme, un souvenir pâle, une photographie qui jaunit.

L'Ema d'aujourd'hui, celle qui tenait des ciseaux dans son salon à midi, était différente. Transformée. Contaminée. Désireuse.

Elle inspira profondément, sentit l'air chargé des odeurs de son appartement – le café froid, la poussière, son propre parfum résiduel. Puis elle expira lentement, et avec le souffle, sembla expulser les derniers vestiges d'hésitation.

"Je ne suis plus celle-là," murmura-t-elle, sa voix ferme maintenant, décidée. "Ces vêtements ne me vont plus. Ils... ils me retiennent. Comme une peau qu'il faut muer."

Elle leva les ciseaux plus haut, les pointa vers le bas, vers le bas de son haut. La pointe des lames effleura le tissu, juste au-dessus de son nombril.

Elle regarda par la fenêtre, à travers la fente entre les rideaux. La rue. Les gens nus. La liberté. Le désir. Le sperme.

Un frisson d'excitation la parcourut. Son vagin se contracta, produisant une nouvelle vague de lubrifiant. Elle sentit la mouille s'étendre dans son jean, tiède, humide.

Elle ferma les yeux un instant, visualisa ce qu'elle allait faire. Puis elle les rouvrit, et son regard était clair, déterminé.

Elle pressa.

La première coupure – La libération du torse

Les ciseaux de cuisine étaient affûtés. Ils tranchèrent le coton du haut avec un bruit sec, satisfaisant. Criiic.

Ema suivit une ligne droite, du bas du haut vers le haut, en remontant le long de son torse. La lame glissa facilement dans le tissu, le séparant en deux parties. Elle sentit le métal froid effleurer sa peau par endroits, lui donnant des frissons.

Quand elle atteignit le niveau de ses seins, elle s'arrêta. Le haut était maintenant ouvert sur le devant, révélant son ventre pâle, ses côtes, le début de sa poitrine. L'air frais de l'appartement (relativement frais comparé à la chaleur étouffante dehors) toucha sa peau, lui donnant des frissons.

Elle respira plus profondément, sentant son torse se dilater librement, sans la contrainte du tissu. C'était... libérateur.

Elle posa les ciseaux sur la table basse, puis écarta les deux pans du haut, les ouvrit comme un livre. Ses seins tombèrent lourdement, ses mamelons durs pointant vers l'avant. Elle les regarda, les toucha du bout des doigts. La sensation était plus intense sans le tissu. Directe. Primale.

"Plus," murmura-t-elle. "Il faut tout enlever."

Elle reprit les ciseaux, cette fois pour couper les manches. Elle passa une lame sous la couture de la manche droite, au niveau de l'épaule, et pressa. Criiic. La manche se détacha, tomba par terre avec un léger froissement.

Même chose pour la manche gauche. Criiic.

Il ne restait plus que le dos du haut, encore attaché autour de son cou et dans le dos. Elle tourna les ciseaux, atteignit difficilement l'arrière, coupa l'élastique au niveau du cou. Criiic. Puis elle fit glisser la lame le long de son dos, sentant le tissu se déchirer, se séparer.

Le haut entier tomba par terre, rejoignant les manches. Elle était maintenant torse nu.

Elle resta ainsi un moment, respirant, sentant l'air sur sa peau. Ses seins étaient lourds, sensibles. Ses mamelons, d'un rose violacé tuméfié, étaient si sensibles qu'elle pouvait presque sentir les pulsations de son cœur à travers eux.

Elle porta les mains à ses seins, les souleva légèrement, les pesa dans ses paumes. Ils semblaient avoir encore gonflé pendant la matinée. Plus lourds. Plus pleins. Prêts.

Elle se tourna vers le miroir qui faisait face au canapé – un miroir rectangulaire simple dans un cadre en bois clair. Elle s'approcha, s'examina.

Son torse était couvert de marques – les mêmes qu'hier, mais elles semblaient avoir changé de couleur pendant la nuit, passant du violet vif au bleu-vert, au jaune par endroits. Une cartographie en couleurs de ce qui lui était arrivé.

Les marques de succion autour de son cou formaient un collier violacé. Les morsures sur ses épaules étaient en croûte maintenant, brunâtres. Les griffures sur ses flancs étaient de fines lignes rouges.

Et ses seins... couverts de marques similaires. Des empreintes de dents sur le galbe supérieur. Des griffures sur les côtés. Des marques de succion autour des aréoles.

Elle toucha l'une des marques de dents. Pressa légèrement. La douleur était vive, mais elle se transforma instantanément en plaisir, un plaisir aigu qui irradia dans toute sa poitrine, descendit dans son ventre, dans son sexe.

"Comme des bijoux," murmura-t-elle, et elle sourit à son reflet. Un sourire étrange, à la fois joyeux et triste, innocent et pervers. "Des bijoux de chair. Des souvenirs en relief."

Elle pivota, examina son dos dans le miroir. Les marques étaient là aussi. Les empreintes de mains sur ses hanches. La grande ecchymose dans le bas du dos. Des égratignures sur les omoplates.

Chaque marque racontait une histoire. Une main. Une bouche. Un pénis. Un moment.

Elle n'avait plus honte de ces marques. Au contraire. Elle en était presque fière. Elles prouvaient qu'elle avait vécu. Qu'elle avait été désirée. Utilisée. Remplie.

Elle retourna au centre de la pièce, reprit les ciseaux.

La seconde coupure – La libération des jambes

Elle baissa les yeux vers son jean. Le denim bleu, épais, résistant. Ce serait plus difficile que le coton.

Elle s'assit sur le canapé, étendit sa jambe droite devant elle. Pris les ciseaux, pointa la pointe sur le tissu, au niveau de la cheville, juste au-dessus de la couture.

Elle pressa. Les lames rencontrèrent une résistance. Le denim était épais. Elle appuya plus fort, tourna légèrement les ciseaux pour que la coupe démarre. Criiic – un bruit plus sourd cette fois, plus laborieux.

Mais les lames étaient affûtées. Elles tranchèrent finalement le tissu. Elle commença à remonter le long de sa jambe, coupant le jean en deux sur le côté extérieur.

Criiic... criiic... Le son était régulier, presque musical. La lame séparait le denim, révélant progressivement sa peau pâle en dessous – sa cheville, son mollet, son genou.

À mi-cuisse, elle rencontra la fermeture éclair. Elle contourna, continua à couper le long de la couture intérieure maintenant, remontant vers l'entrejambe.

Elle sentait l'air frais sur sa peau découverte. Une sensation étrange, excitante. La liberté.

Quand elle eut coupé tout le long de la jambe droite, du bas jusqu'à l'entrejambe, elle passa à la jambe gauche. Même rituel. Commencer à la cheville. Remonter. Criiic... criiic...

Elle était concentrée, le front légèrement plissé, les lèvres serrées. Ses mains étaient fermes, ne tremblaient pas. Elle savait ce qu'elle faisait. Elle savait pourquoi elle le faisait.

Quand les deux jambes furent coupées, le jean tenait encore à sa taille, à l'entrejambe. Elle se leva, fit glisser ce qui restait du pantalon le long de ses hanches, le laissa tomber par terre. Il forma un tas informe de denim bleu à ses pieds.

Elle était maintenant en culotte seulement. Une culotte simple, en coton blanc, déjà tachée de secrétions, de sperme résiduel peut-être.

Elle la regarda. Ce dernier vêtement. Cette dernière barrière.

Elle passa les doigts sous l'élastique à la taille, sentit la peau de son ventre en dessous. Puis elle prit les ciseaux une dernière fois.

Elle glissa une lame sous l'élastique, au niveau de sa hanche droite. Pressa. Criiic. Le coton céda facilement.

Elle suivit le bord de la culotte, coupant tout le long, de la hanche droite, sous le ventre, jusqu'à la hanche gauche. La culotte s'ouvrit, tomba en deux morceaux, rejoignant les autres vêtements par terre.

Elle était maintenant complètement nue.

L'examen final – 12h25 – Le corps transformé, prêt

Elle resta debout au milieu de son salon, nue, respirant l'air librement sur sa peau entièrement exposée. Le sol en parquet ciré était frais sous ses pieds nus. L'air de l'appartement circulait autour d'elle, caressant chaque centimètre carré de sa peau comme une multitude de petites mains.

Elle leva les bras, les étira, arqua le dos. Ses seins se soulevèrent, ses mamelons pointant vers le plafond. Ses muscles, encore douloureux, s'étirèrent, lui donnant une sensation de bien-être profond.

Puis elle alla se regarder dans le grand miroir, celui de la salle de bains cette fois, qui montrait tout son corps.

Elle s'examina avec attention, objectivité presque. Comme si elle examinait un objet, une œuvre d'art, un outil.

Son visage d'abord. Les yeux verts brillants, avec cette lueur étrange qui n'était pas tout à fait naturelle. Les cernes violacés qui donnaient à son regard une profondeur tragique, romantique presque. Les lèvres pulpeuses, rouges, légèrement gonflées. Les marques sur son cou – le collier de blessures qui ressemblait presque à un accessoire de mode provocant.

Son torse. Ses seins lourds, tombants mais fermes, avec leurs mamelons foncés, tuméfiés, prêts. Les marques sur sa poitrine – les dents, les griffures, les succions. Comme des décorations tribales. Comme des scarifications.

Son ventre. Plat, lisse, avec juste l'ombilic en creux. Pas de marques ici – on ne l'avait pas mordue sur le ventre. Peut-être parce que c'était moins sensible. Ou peut-être par hasard.

Ses hanches. Larges, généreuses, féminines. Les marques de mains bien visibles – des empreintes violacées-jaunâtres où les doigts s'étaient enfoncés pour la maintenir, la soulever, la tourner.

Ses cuisses. L'intérieur, encore couvert du champ de bataille de marques – morsures, succions, égratignures. L'extérieur, relativement vierge.

Et son sexe. Elle écarta légèrement les jambes pour mieux voir.

Son pubis, avec son début de repousse – quelques poils bruns, courts. Le mont de Vénus, encore un peu rouge, irrité. Et le sexe lui-même – les petites lèvres tuméfiées, écartées, humides de ses propres sécrétions. L'orifice vaginal, légèrement béant, rose foncé à l'intérieur, luisant de lubrifiant.

Elle toucha son sexe du bout des doigts. L'effleura. La sensation fut si intense qu'elle gémit, dut s'appuyer contre le lavabo.

"Si sensible," murmura-t-elle, haletante. "Tout est si... sensible."

Elle se toucha plus fermement, glissa deux doigts à l'intérieur. Son vagin était chaud, humide, serré mais élastique. Les parois se refermèrent sur ses doigts, les aspirant presque.

Elle bougea les doigts, lentement d'abord, puis plus vite. Le plaisir monta, immédiat, intense. Son autre main alla à ses seins, pinça un mamelon. La double sensation fut presque trop forte. Elle ferma les yeux, laissa le plaisir l'envahir.

Elle se masturba ainsi pendant peut-être deux minutes, jusqu'à être au bord de l'orgasme. Puis elle s'arrêta brusquement, retira ses doigts.

"Non," dit-elle à voix haute, la voix rauque de désir. "Pas ici. Pas seule. Pas comme ça."

Elle voulait plus. Elle voulait des partenaires. De vrais partenaires. Des pénis. De la chair. Du sperme.

Elle ouvrit les yeux, regarda son reflet. Son visage était rouge, ses lèvres entrouvertes, ses yeux brillants d'un désir sauvage.

Elle était prête.

La dernière préparation – 12h40 – Les ultimes gestes

Elle quitta la salle de bains, retourna dans le salon. Marcha jusqu'à la fenêtre. Écarta complètement le rideau cette fois, ouvrit les volets.

La lumière de midi entra à flots, aveuglante, chaude même à travers la vitre. Elle cligna des yeux, s'habitua.

La rue était toujours là. Les gens nus. Les couples qui copulaient. Les "reines" entourées d'hommes. Les morts aussi, toujours là, ignorés.

Elle ne regarda plus avec horreur. Elle regarda avec... anticipation. Avec envie.

"Je viens," murmura-t-elle vers la fenêtre, comme si quelqu'un pouvait l'entendre. "Attendez-moi. Je viens."

Elle retourna dans la chambre, prit son sac à main – un sac en cuir noir qu'elle utilisait pour aller travailler. Elle le vida sur le lit : porte-monnaie, clés, téléphone (éteint, plus de batterie), un paquet de mouchoirs, un stick de rouge à lèvres, un miroir de poche, des tickets de caisse.

Tout cela lui sembla complètement dérisoire maintenant. Inutile. Le porte-monnaie – pour acheter quoi ? Dans quel magasin ? Avec quelle monnaie ? Le téléphone – pour appeler qui ? Tous les réseaux étaient sûrement tombés. Les clés – pour ouvrir quelle porte ? Elle n'allait plus revenir ici.

Elle laissa tout sur le lit, ne prit que les clés de l'appartement – au cas où. Mais elle savait au fond d'elle qu'elle ne reviendrait pas. Ou si elle revenait, ce ne serait pas la même.

Elle jeta un dernier regard autour de l'appartement. Son chez-soi. Sa vie d'avant.

Le canapé où elle lisait. La table où elle mangeait. Le lit où elle dormait. Les livres. Les tableaux. Les petits objets personnels.

Tout cela appartenait à une autre Ema. Une Ema morte peut-être. Ou simplement transformée, métamorphosée, comme la chenille devient papillon et laisse derrière elle l'ancienne peau.

Elle n'éprouva aucune tristesse. Aucune nostalgie. Juste une légère curiosité, comme lorsqu'on regarde des photos de vacances d'il y a longtemps.

Elle alla à la porte d'entrée. Posa la main sur le verrou de sécurité.

Elle hésita une dernière seconde. Juste une. Le temps d'un battement de cœur.

Puis elle fit glisser le verrou. Clong. Le son résonna dans le silence de l'appartement.

Elle tourna la targette. Clac.

Elle tourna la serrure principale. Clic.

La porte était déverrouillée maintenant. Une simple pression sur la poignée, et elle s'ouvrirait sur le couloir, sur l'escalier, sur la rue, sur le nouveau monde.

Elle respira profondément, sentant son cœur battre plus vite, mais pas de peur. D'excitation. D'anticipation.

Puis elle tourna la poignée, tira la porte vers elle.

La sortie – 12h55 – Le premier pas dans le nouveau monde

Le couloir de l'étage était dans la pénombre, seulement éclairé par une fenêtre au bout qui donnait sur la cage d'escalier. Les murs beiges, le sol en carrelage brun, les portes des autres appartements fermées.

Un silence étrange. Pas de bruit de télévision. Pas de radio. Pas de voix. Rien.

Ema sortit de son appartement, laissa la porte ouverte derrière elle. Elle n'avait pas besoin de la fermer. Il n'y avait plus rien à voler. Plus rien à protéger.

Elle avança dans le couloir, pieds nus sur le carrelage froid. Ses pas étaient silencieux. Elle sentait chaque aspérité du sol sous la plante de ses pieds. Chaque grain de poussière.

Elle arriva à la cage d'escalier, s'arrêta à la rampe, regarda en bas. L'escalier descendait en spirale, les marches de pierre usées au centre par des décennies de passages. La lumière venait d'en bas, de la porte d'entrée de l'immeuble qui devait être ouverte.

Elle entendit alors des bruits. Des gémissements. Des halètements. Des cris de plaisir.

Ils venaient de l'appartement du deuxième étage, celui des Martin, le couple de retraités. La porte était entrebâillée. À travers l'entrebâillement, Ema vit des formes bouger dans la pénombre. Deux silhouettes nues. Les Martin. En train de copuler par terre dans leur entrée.

Elle s'arrêta, regarda. Monsieur Martin, soixante-dix ans, bedonnant, chauve, était sur Madame Martin, soixante-huit ans, maigre, les seins tombants. Ils allaient et venaient avec un rythme lent, régulier. Ils ne disaient rien. Juste des halètements. Des petits grognements.

Ema resta un moment à les regarder, fascinée. Pas par l'excitation cette fois, mais par... la normalité de la scène. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Deux vieux de soixante-dix ans qui faisaient l'amour dans leur entrée en pleine journée. Nus. Sans honte.

Le virus avait fait ça. Il avait effacé la honte. La pudeur. Les conventions. L'âge même.

Elle continua à descendre.

Au premier étage, la porte de l'appartement de la jeune femme célibataire, Clara, était grande ouverte. Ema jeta un coup d'œil en passant.

Clara, vingt-cinq ans, habituellement si élégante, si discrète, était nue, à genoux sur son tapis du salon. Un homme qu'Ema ne connaissait pas, nu lui aussi, la prenait par-derrière. Un autre homme était devant elle, elle lui suçait le pénis. Et une autre femme, nue aussi, était allongée à côté, se masturbant en les regardant.

Un petit groupe. Une petite orgie domestique.

Clara leva les yeux, vit Ema dans l'encadrement de la porte. Elle ne sembla pas surprise. Ni gênée. Elle sourit même, un sourire de plaisir, de complicité presque. Puis elle se remit à sucer le pénis devant elle avec plus d'ardeur.

Ema sourit en retour, puis continua à descendre.

Le rez-de-chaussée. La porte d'entrée de l'immeuble était effectivement grande ouverte. La lumière du jour entrait à flots, chaude, aveuglante.

Ema s'arrêta sur la dernière marche, juste avant de sortir. Elle regarda par l'ouverture.

La rue. En vrai. Pas à travers une vitre. Pas à travers un écran de télévision. En vrai.

La chaleur d'abord. Une vague de chaleur étouffante de juillet lyonnais, avec cette qualité particulière de l'air urbain en été – chaud, lourd, chargé d'odeurs.

Les odeurs ensuite. Un mélange complexe, riche, presque violent. La chaleur du bitume. La poussière. La sueur. Le sperme. Le sexe. Le sang peut-être. Les fleurs des jardinières municipales qui commençaient à faner. Les ordures qui n'avaient pas été ramassées.

Les sons. Pas de circulation. Pas de moteurs. Mais des voix. Des rires. Des gémissements. Des cris de plaisir. Des halètements. Des conversations normales aussi, par intermittence. Le bruit des corps qui se heurtent. Le clapotis mouillé des pénétrations.

Et les images. Tout ce qu'elle avait vu de sa fenêtre, mais en plus grand, en plus réel, en plus... immersif.

Des gens nus partout. Marchant, discutant, riant, copulant. Des couples, des trios, des groupes. Les "reines" entourées d'hommes. Les morts, ignorés dans les coins. Le sperme, brillant au soleil sur les peaux, sur le bitume. La liberté totale, anarchique, sauvage.

Ema respira profondément, remplissant ses poumons de cet air nouveau, de ces odeurs nouvelles. Son cœur battait fort, fort, mais pas de peur. D'excitation. De joie presque.

Elle fit le dernier pas. Quitta la fraîcheur relative de l'immeuble. Entra dans la lumière crue du soleil de midi.

La chaleur la frappa de plein fouet, l'enveloppa comme une couverture lourde. Le bitume du trottoir était brûlant sous ses pieds nus. Elle le sentit, mais la douleur était lointaine, insignifiante comparée à tout le reste.

Elle resta un moment sur le seuil, laissant ses yeux s'habituer à la lumière, à la scène.

Puis elle avança. Sur le trottoir. Nu. Comme les autres.

Les premières réactions – 13h05 – L'intégration

Les premières personnes qui la virent ne réagirent pas particulièrement. Un homme d'une quarantaine d'années, nu, un peu bedonnant, qui traînait sur le trottoir, la regarda, haussa les épaules, continua son chemin. Une femme plus âgée, nue aussi, les seins flasques tombants, lui sourit vaguement, comme on sourit à un voisin qu'on croise.

Ema se sentit... normale. Acceptée. Comme si être nue en pleine rue à midi était la chose la plus naturelle du monde. Ce qui était le cas maintenant.

Elle avança lentement sur le trottoir, sentant le bitume rugueux et chaud sous ses pieds. Ses pas étaient hésitants au début, puis plus assurés. Elle regardait autour d'elle, absorbant tout.

À sa gauche, contre la vitrine de la boulangerie, un homme et une femme étaient en train de copuler. L'homme appuyait la femme contre la vitre, la prenant par-derrière. La vitre tremblait légèrement à chaque coup de bassin. La femme avait les yeux fermés, la bouche ouverte en un "O" silencieux. Ses seins s'écrasaient contre la vitre froide, laissant des empreintes de condensation.

Ema s'arrêta un instant, les regarda. Pas avec voyeurisme, mais avec curiosité. Avec... intérêt.

Elle vit le pénis de l'homme qui entrait et sortait du vagin de la femme. Le bruit humide, régulier. La façon dont les corps bougeaient en synchronisation.

Son propre corps réagit instantanément. Son vagin se contracta, produisant un nouveau flot de lubrifiant. Elle sentit la moiteur entre ses cuisses, une goutte qui coula le long de sa jambe.

Elle passa sa main entre ses jambes, toucha son sexe. Il était brûlant, humide, ouvert. Elle passa un doigt sur son clitoris, gémit faiblement.

L'homme contre la vitrine tourna la tête, la vit. Son regard croisa celui d'Ema. Il sourit, un sourire complice, animal. Il continua à bouger, mais maintenant son regard était rivé sur Ema, sur son corps nu, sur sa main entre ses jambes.

Ema soutint son regard, ne baissa pas les yeux. Elle continua à se toucher légèrement, tout en le regardant, lui, son sexe qui entrait et sortait de la femme.

La femme, sentant peut-être que l'attention de son partenaire avait dévié, ouvrit les yeux, vit Ema. Elle ne sembla pas fâchée. Au contraire, elle sourit aussi, un sourire extatique, heureux, et ferma les yeux à nouveau, s'abandonnant au plaisir.

Ema se sentit... excitée. Désirée. Faisant partie de quelque chose.

Elle retira sa main, continua à avancer.

Plus loin, sur la chaussée cette fois (il n'y avait plus de voitures en mouvement, seulement des carcasses abandonnées), une jeune femme particulièrement belle – blonde, avec un corps de déesse, des seins ronds et fermes, une taille fine, des hanches généreuses – était assise sur le capot d'une voiture. Elle était entourée d'au moins quinze hommes.

La scène était littéralement celle qu'Ema avait vue de sa fenêtre, mais en plus proche, en plus réel.

La femme était dans une position presque royale, adossée au pare-brise de la voiture, les jambes largement écartées. Un homme était entre ses jambes, lui léchant le sexe. Un autre était devant elle, elle lui suçait le pénis. Un troisième était derrière elle, assis sur le capot, elle s'était penchée en arrière et lui suçait le pénis aussi. D'autres hommes attendaient, se masturbant, regardant, touchant parfois la femme – ses seins, ses cuisses, son ventre.

La femme avait les yeux mi-clos, un sourire de béatitude absolue sur le visage. Elle était couverte de sperme – sur son ventre, ses seins, son visage, ses cheveux. Des traînées blanches, brillantes au soleil, qui coulaient lentement sur sa peau. Elle ne faisait aucun effort pour les essuyer. Au contraire, de temps en temps, elle passait une main sur son ventre, étalait le sperme, comme une lotion précieuse.

Ema s'arrêta à quelques mètres, regarda la scène, fascinée. Son cœur battait à tout rompre. Son propre corps réagissait violemment. Elle sentit son vagin palpiter, comme s'il appelait, réclamait.

Un des hommes qui attendaient, un jeune d'une vingtaine d'années, mince, musclé, avec un pénis en érection impressionnant, remarqua Ema. Il la regarda, des pieds à la tête, son regard s'attardant sur ses seins, son sexe, les marques sur son corps.

Il sourit, un sourire chaleureux, ouvert. Il se détacha du groupe, s'approcha d'Ema.

"Salut," dit-il simplement, sa voix était douce, presque timide, contrastant avec son état d'excitation visible. "Tu es nouvelle ? Je ne t'ai pas vue avant."

Ema le regarda. Ses yeux. Son sourire. Son pénis en érection, qui pointait vers elle, dur, veiné, le gland violacé luisant de pré-sperme.

"Oui," répondit-elle, et sa propre voix lui parut étrange, calme, presque normale. "Je viens de sortir. De mon appartement."

Le jeune homme hocha la tête comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. "Moi c'est Lucas. Enfin, avant. Maintenant... maintenant on est juste nous, non ? Sans noms. Sans étiquettes."

Ema hocha la tête à son tour. Ça avait du sens. Dans ce nouveau monde, qu'est-ce que les noms voulaient encore dire ?

"Tu veux... rejoindre ?" demanda Lucas, faisant un geste vers la femme sur la voiture, vers le groupe. "Elle, c'est Chloé. Enfin, c'était Chloé. Maintenant on l'appelle... la Reine parfois. Elle aime ça. Être au centre. Être... remplie."

Ema regarda Chloé. La Reine. Elle était magnifique. Extatique. Remplie. Couverte.

"Je... je veux bien," dit Ema, et les mots sortirent naturellement. Sans hésitation. Sans honte. "Mais je... je ne sais pas comment faire."

Lucas sourit plus largement. "Tu fais ce que tu veux. Ce que ton corps te dit de faire. C'est tout. Il n'y a plus de règles. Plus de 'comment faire'. Juste... faire."

Il tendit la main. Ema la prit. Sa main était chaude, ferme. Il la conduisit vers le groupe.

Les autres hommes les regardèrent approcher. Certains sourirent. D'autres continuèrent à se concentrer sur Chloé. Personne ne sembla surpris ou mécontent. C'était comme si Ema avait toujours fait partie du groupe.

Chloé, la Reine, ouvrit les yeux, regarda Ema. Ses yeux étaient d'un bleu très clair, presque transparent, brillant d'un bonheur intense. Elle sourit, un sourire radieux, accueillant.

"Une nouvelle sœur," dit Chloé, sa voix était douce, mélodieuse, un peu essoufflée par les plaisirs qu'elle recevait. "Viens. Il y a de la place pour tout le monde."

Ema s'approcha. Les hommes lui firent de la place. Elle se retrouva à côté de Chloé, sur le capot de la voiture, qui était tiède au soleil, presque chaud.

Lucas s'agenouilla devant elle, entre ses jambes écartées. Il regarda son sexe, les lèvres tuméfiées, humides, ouvertes.

"Tu es belle," murmura-t-il. "Tu es prête."

Puis il baissa la tête, et sa bouche chaude se posa sur son sexe.

L'INTÉGRATION ET LA PREMIÈRE EXPÉRIENCE

La bouche de Lucas – 13h15 – La première connexion

La sensation fut immédiate, électrique, presque trop intense. La bouche chaude de Lucas sur son sexe, sa langue habile qui trouva instantanément son clitoris, qui commença à le lécher, à le sucer, à le titiller avec une précision experte.

Ema laissa échapper un cri, involontaire, aigu, qui résonna dans la rue silencieuse de voitures mais pleine d'autres bruits similaires. Ses mains se refermèrent sur le bord du capot de la voiture, ses doigts cherchant une prise, trouvant le métal tiède, légèrement rugueux sous la peinture écaillée.

"Ah ! Oh mon Dieu..." haleta-t-elle, la tête tombant en arrière, ses cheveux châtains balayant le pare-brise derrière elle.

Elle avait déjà été léchée la veille, dans le magasin, par plusieurs hommes. Mais c'était différent. Alors, c'était dans la violence, la contrainte, l'urgence compulsive du virus. Maintenant, c'était... choisi. Désiré. Bienvenu.

Ou du moins, c'est ce que son cerveau transformé par le virus lui faisait croire. La frontière entre contrainte et consentement s'estompait, devenait poreuse, peut-être même disparaissait.

La langue de Lucas était large, plate, habile. Il ne se contentait pas de lécher son clitoris. Il explorait tout son sexe – les grandes lèvres, les petites lèvres tuméfiées, l'entrée du vagin qu'il pénétrait légèrement avec la pointe de sa langue, remuant à l'intérieur, cherchant des points sensibles.

Ema gémissait, haletait, son corps se cambrait, ses hanches bougeaient involontairement, cherchant plus de pression, plus de contact. Ses seins, lourds et sensibles, se soulevaient à chaque inspiration profonde, ses mamelons durs pointant vers le ciel bleu sans nuage.

À côté d'elle, Chloé, la Reine, continuait à recevoir. Un homme était toujours entre ses jambes, la léchant aussi. Un autre était devant elle, elle lui suçait le pénis avec une ardeur visible. Un troisième avait pris place derrière elle sur le capot, et elle s'était penchée en arrière pour le prendre dans sa bouche aussi.

Chloé tourna la tête vers Ema, leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Chloé avait du sperme sur le menton, sur les lèvres, qui brillait au soleil. Elle sourit, un sourire de parfaite complicité.

"C'est bon, hein ?" murmura Chloé, sa voix rauque de plaisir. "La première fois qu'on choisit. Qu'on... accueille."

Ema ne put que hocher la tête, incapable de parler, trop submergée par les sensations. Chloé rit doucement, puis se remit à sucer le pénis devant elle avec une nouvelle énergie.

Lucas, entre les jambes d'Ema, intensifia son travail. Il glissa deux doigts à l'intérieur de son vagin en même temps que sa langue travaillait son clitoris. Ses doigts étaient longs, minces, ils s'enfoncèrent facilement dans le canal chaud et humide, trouvant immédiatement un point sensible sur la paroi antérieure.

Ema cria, son corps se raidit, puis fut parcouru de spasmes. Un premier petit orgasme la frappa, rapide, aigu, comme un éclair. Son vagin se contracta violemment autour des doigts de Lucas, expulsant un flot de lubrifiant qui coula sur son menton.

"Voilà," murmura Lucas, retirant légèrement sa bouche, mais gardant ses doigts à l'intérieur, bougeant doucement. "Un petit avant-goût. Mais ce n'est que le début."

Il regarda Ema, ses yeux bruns étaient doux, chaleurs. "Tu veux continuer ? Tu veux... plus ?"

Ema, haletante, le regard fixé sur le ciel bleu au-dessus, sentit la question résonner en elle. Veux-tu continuer ? Veux-tu plus ?

La réponse vint instantanément, viscérale, profonde. "Oui," souffla-t-elle. "Plus. Tout."

Lucas sourit, retira ses doigts lentement. Puis il se leva, se mit debout devant elle. Son pénis était toujours en érection, dur, imposant, le gland violacé luisant de salive (la sienne peut-être, ou celle de Chloé qu'il avait suçotée avant).

"Alors prends," dit-il simplement, faisant un geste de la main vers son sexe.

Ema comprit. Elle se pencha en avant, depuis sa position assise sur le capot, et prit le pénis de Lucas dans sa bouche.

La bouche d'Ema – 13h20 – Le goût retrouvé

Le pénis de Lucas était chaud, ferme, avec une légère odeur musquée, masculine, mais pas désagréable. Au contraire. L'odeur lui parvint, familière presque, et elle sentit sa bouche saliver immédiatement.

Elle enveloppa le gland de ses lèvres, le suça doucement d'abord, explorant la texture, le goût. Salé. Légèrement amer. Mais bon. Agréable. Comme un aliment qu'on découvre et qu'on aime immédiatement.

Elle se souvint du goût du sperme de la veille. De tous ces spermes différents. Certains plus salés, d'autres plus sucrés, d'autres plus amers. Celui de Lucas était... équilibré. Agréable.

Elle suça plus fort, prenant plus de longueur dans sa bouche, sentant le pénis durcir encore, grossir. Sa bouche se remplissait, sa langue glissait le long du frein, explorait le sillon coronaire.

Lucas gémit, une main venant se poser sur sa tête, caressant ses cheveux, ne forçant pas, guidant juste légèrement.

"Comme ça," murmura-t-il. "Doux. Prends ton temps. Profite."

Ema profita. Elle suça, lécha, mordilla doucement, explorant chaque centimètre. Ses mains remontèrent le long des cuisses de Lucas, sentant les muscles fermes sous la peau. Puis elles trouvèrent ses testicules, les caressant doucement, les pressant légèrement.

Lucas haletait, ses hanches bougeaient légèrement, poussant son pénis plus profondément dans sa bouche, mais sans violence. Juste un mouvement naturel, rythmique.

Ema sentit le goût changer légèrement, devenir plus salé, plus intense. Le pré-sperme. Il coulait plus abondamment maintenant, remplissant sa bouche d'un liquide tiède, salé, épais.

Elle l'avala, naturellement, sans y penser. Puis suça plus fort, voulant plus.

À côté d'elle, Chloé jouissait bruyamment, son corps secoué de spasmes violents, sa bouche libérant le pénis qu'elle suçait pour crier son plaisir. Les hommes autour d'elle la regardaient, excités, certains éjaculant sur elle en la regardant jouir.

Ema tourna légèrement la tête, regarda Chloé du coin de l'œil. La Reine était maintenant couchée sur le dos sur le capot, les jambes grandes ouvertes, un homme en train de la pénétrer vigoureusement, un autre sur son visage, elle le suçait. Du sperme coulait partout sur elle. Elle riait, pleurait presque de plaisir.

"C'est beau, hein ?" dit Lucas, suivant son regard. "Elle est... libre. Complètement."

Ema hocha la tête, le pénis toujours dans sa bouche. Oui. C'était beau. Dans cet étrange nouveau monde, c'était beau.

Elle se remit à sucer avec plus d'ardeur, sentant que Lucas était proche. Sa respiration s'accélérait. Ses mains sur sa tête se crispaient légèrement. Ses hanches bougeaient plus saccadément.

"Je vais... je vais venir," haleta Lucas. "Dans ta bouche. Tu veux ?"

Ema, au lieu de répondre, suça plus fort, plus profondément, prenant presque toute la longueur dans sa gorge. La réponse était claire.

Lucas cria, son corps se raidit, puis il éjacula.

La première éjaculation choisie – 13h25 – Le goût de la soumission volontaire

La première giclée fut violente, abondante, chaude. Elle frappa le fond de la gorge d'Ema, lui faisant presque tousser. Mais elle avala, rapidement, sentant le liquide épais, salé, légèrement sucré, descendre dans son œsophage.

La deuxième giclée fut moins violente, plus continue. Elle remplit sa bouche, déborda sur ses lèvres, coula sur son menton.

La troisième fut un long filet tremblotant, moins abondant, plus liquide.

Ema suça doucement pendant toute l'éjaculation, avalant tout ce qu'elle pouvait, sentant le goût remplir sa bouche, son palais, sa mémoire gustative. C'était différent du sperme de la veille. Plus... personnel. Venant de quelqu'un avec qui elle avait échangé des regards, des sourires, des mots.

Lucas, une fois fini, resta un moment debout, tremblant légèrement, les mains sur la tête d'Ema. Puis il retira lentement son pénis, maintenant mou, de sa bouche.

Ema leva les yeux vers lui. Il la regardait, les yeux brillants, un sourire ému sur le visage.

"Merci," dit-il simplement. Puis il s'assit sur le capot à côté d'elle, reprenant son souffle.

Ema resta assise, sentant le sperme restant dans sa bouche, sur ses lèvres. Elle passa sa langue sur ses lèvres, léchant le reste, savourant le goût. Puis elle avala.

C'était bon. Vraiment bon. Pas juste acceptable. Bon.

Elle regarda autour d'elle. Les autres hommes la regardaient maintenant plus attentivement. Certains avaient des érections visibles. D'autres souriaient, approbateurs.

Chloé, à côté d'elle, se tourna vers elle, un bras tendu pour la caresser doucement sur l'épaule.

"Bienvenue," dit Chloé, et cette fois, il y avait de la sincérité profonde dans sa voix. "Bienvenue parmi nous. Parmi les libres."

Ema sourit en retour, sentant une chaleur étrange, nouvelle, dans sa poitrine. Un sentiment d'appartenance. De communauté. De partage.

Un autre homme s'approcha. Plus âgé, la quarantaine, avec un corps plus lourd, un ventre bedonnant, mais un pénis en érection impressionnant malgré tout.

"À mon tour ?" demanda-t-il simplement, sans agressivité, comme on demande si on peut prendre la parole après quelqu'un d'autre.

Ema le regarda. Son visage était ordinaire, avec des rides autour des yeux, une barbe de trois jours. Ses yeux étaient bleus, clairs, avec cette même lueur étrange que tout le monde avait maintenant – la lueur du virus, du désir, mais aussi d'une certaine... paix.

Elle regarda son pénis. Long, épais, le gland large, violacé. Elle sentit son propre sexe palpiter en réponse. Oui. Elle le voulait. Elle voulait être pénétrée par ça. Remplie.

Elle hocha la tête. "Oui. À ton tour."

La première pénétration choisie – 13h30 – La plénitude retrouvée

L'homme plus âgé – Ema ne demanda pas son nom, les noms n'avaient plus d'importance – s'approcha, se plaça entre ses jambes. Elle était toujours assise sur le capot de la voiture, le dos contre le pare-brise, les jambes écartées.

Il passa ses mains sous ses cuisses, les souleva légèrement, l'aidant à se positionner mieux. Puis il aligna son pénis avec l'entrée de son vagin.

Ema regarda, fascinée, le gros gland violacé s'approcher de son sexe ouvert, humide, prêt. Elle sentit la pression contre son entrée, douce d'abord, puis plus ferme.

Puis il poussa.

La pénétration fut immédiate, profonde, remplissante. L'homme était large, et Ema sentit son vagin s'étirer pour l'accueillir, mais sans douleur cette fois. Juste une sensation de plénitude intense, presque trop intense.

"Ah !" cria-t-elle, les mains se refermant à nouveau sur le bord du capot.

L'homme s'immobilisa un instant, complètement enfoui en elle, lui laissant le temps de s'adapter. Ses yeux étaient fermés, son visage exprimait une concentration intense, un plaisir profond.

"Tu es... si serrée," murmura-t-il, haletant. "Si chaude. Si... prête."

Puis il commença à bouger. Lentement d'abord, des va-et-vient courts, profonds, qui stimulaient des endroints sensibles à l'intérieur d'Ema qu'elle ne connaissait pas.

Le plaisir monta immédiatement, plus intense que tout ce qu'elle avait connu la veille. Parce que cette fois, elle était consentante. Participante active. Ou du moins, son cerveau transformé lui faisait croire qu'elle l'était.

Elle gémissait à chaque poussée, ses hanches répondaient, cherchant le rythme, l'angle parfait. Ses seins bougeaient avec les mouvements de son corps, ses mamelons frottaient contre sa propre peau, envoyant des décharges de plaisir supplémentaires.

L'homme accéléra progressivement, ses mains maintenant sur ses hanches, les serrant, la guidant. Le bruit de leurs corps qui se heurtaient, mouillés, réguliers, résonnait autour d'eux, se mêlant aux autres bruits similaires de la rue.

Ema tourna la tête, regarda Chloé à côté d'elle. La Reune était maintenant en train de se faire prendre par deux hommes simultanément – un devant, un derrière. Elle avait les yeux révulsés, la bouche ouverte en un cri silencieux continue, le corps secoué de spasmes presque continus.

"C'est... c'est incroyable," haleta Ema, s'adressant à personne en particulier, à tout le monde.

"Oui," répondit l'homme qui la prenait, sa voix rauque, tendue par l'effort et le plaisir. "C'est... ce que nous sommes maintenant. Ce que nous devons être."

Il poursuivit son mouvement, de plus en plus vite, de plus en plus profondément. Ema sentit un nouvel orgasme approcher, plus grand, plus puissant que le premier. Une tension énorme s'accumulait dans son bas-ventre, dans son sexe, dans tout son corps.

Elle ferma les yeux, se laissa aller complètement, abandonnant tout contrôle, toute pensée, ne devenant plus qu'un corps qui ressent, qui jouit, qui reçoit.

L'homme grogna, son rythme devint désordonné, saccadé. "Je vais... je vais venir... dans toi..."

"Oui !" cria Ema, et ce n'était pas une réponse à sa déclaration, mais un cri de pure extase alors que l'orgasme la frappait, violent, total, la faisant se cambrer, crier, trembler de la tête aux pieds.

En même temps, l'homme éjacula. Elle sentit les jets chauds à l'intérieur d'elle, le remplissant, débordant même, coulant le long de leurs corps joints.

Il resta en elle un long moment, tremblant, vidé, puis se retira lentement.

Ema resta allongée sur le capot, haletante, le corps couvert de sueur, de sperme (le sien sur son ventre, celui de l'homme qui coulait de son vagin), extatique.

L'homme s'assit à côté d'elle, reprenant son souffle. Il la regarda, sourit. "Merci."

Ema ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Elle était trop submergée par les sensations, par les émotions.

Un autre homme s'approcha. Puis un autre. Et ainsi de suite.

La suite – 13h45 à 15h30 – La chaîne de plaisirs

Les heures qui suivirent furent un flux continu, un ruisseau qui devient rivière, qui devient fleuve.

Ema fut prise, léchée, sucée, pénétrée par plusieurs hommes successivement. Parfois deux en même temps. Parfois trois. Elle suça, lécha, reçut, donna.

Elle perdit le compte. Cinq hommes ? Dix ? Quinze ? Comme la veille, mais cette fois, c'était différent. Cette fois, elle était au centre par choix. Cette fois, elle participait activement. Cette fois, elle jouissait presque à chaque fois.

Son corps, transformé par le virus, optimisé pour le plaisir, répondait parfaitement. Chaque pénétration déclenchait un orgasme, parfois plusieurs. Chaque bouche sur son sexe la faisait crier. Chaque pénis dans sa bouche la faisait saliver, avaler avec avidité.

Elle devint rapidement, comme Chloé, un point focal. Les hommes venaient, attirés par son corps jeune, beau, par ses formes généreuses, par l'expression de plaisir absolu sur son visage. Elle était moins expérimentée que Chloé, moins "royale" peut-être, mais elle avait une fraîcheur, une avidité, une curiosité qui plaisait.

Chloé, de son côté, continuait son règne. Les deux femmes étaient souvent côte à côte sur le capot de la voiture, formant comme un double trône, recevant, donnant, partageant parfois le même homme, s'embrassant parfois avec du sperme dans la bouche, riant, criant, pleurant de plaisir.

À un moment, Ema se retrouva à quatre pattes sur le capot, un homme la pénétrant par-derrière, un autre devant elle, elle le suçait, et un troisième à côté, elle lui léchait les testicules pendant qu'un quatrième lui caressait les seins, pinçait ses mamelons.

À un autre moment, elle était allongée sur le dos, les jambes écartées à l'extrême, un homme entre ses jambes la léchant, un autre à sa droite, elle lui suçait le pénis, un autre à sa gauche, elle lui caressait les testicules, et un quatrième se masturbait au-dessus d'elle, éjaculant sur son ventre, ses seins, son visage.

Elle aimait être couverte de sperme. Elle l'étalait sur sa peau comme une lotion, comme Chloé le faisait. Elle le léchait sur ses propres doigts, sur son ventre. Elle le partageait en s'embrassant avec Chloé, leurs langues se mêlant, échangeant les goûts, les textures.

Elle avait faim de sperme. Soif de sperme. C'était devenu une obsession. Une nécessité. Une récompense.

Le virus avait fait son travail. Il avait transformé son système de récompense. Désormais, le sperme n'était plus un déchet, une souillure. C'était une nourriture. Une bénédiction. Une preuve de désirabilité.

Entre les hommes, pendant les courtes pauses où elle reprenait son souffle, elle parlait avec Chloé, avec les hommes, avec d'autres femmes qui passaient, s'arrêtaient, participaient parfois.

Les conversations étaient étranges, à la fois normales et complètement folles.

"Tu as faim ?" demanda un homme après avoir éjaculé en elle.

"De sperme, oui," répondit-elle en riant. "De nourriture normale... moins."

"Dans la boulangerie," dit Chloé, essoufflée. "Il reste du pain. Des viennoiseries. Mais c'est moins bon."

"Tout est moins bon," conclut Ema, et tout le monde rit.

Un autre moment, un homme plus âgé, qui venait de la pénétrer, lui demanda : "Tu te souviens ? D'avant ?"

Ema réfléchit. "Oui. Je me souviens. Mais c'est... lointain. Comme un rêve. Ou plutôt, c'était un rêve, et maintenant je suis réveillée."

L'homme hocha la tête, semblant comprendre profondément. "Moi aussi. J'étais comptable. Je faisais des chiffres toute la journée. Maintenant... maintenant je fais ça. Et c'est tellement plus... réel."

La lucidité revenait par intermittence. Pendant une heure, deux heures après un orgasme, on redevenait presque normal. On pouvait parler, réfléchir, se souvenir. Puis le besoin revenait, progressif d'abord, puis compulsif, irrésistible.

Ema expérimenta ce cycle. Après une série d'orgasmes intenses vers 15h00, elle sentit le besoin diminuer. Sa tête devint plus claire. Elle put s'asseoir sur le capot, regarder autour d'elle avec des yeux plus analytiques.

Elle vit la rue. Les gens nus. Les corps qui copulaient. Les morts dans les coins. Le sperme partout. La civilisation effondrée.

Et au lieu d'horreur, elle ressentit... de l'acceptation. De la résignation peut-être. Mais aussi une étrange forme de paix.

"C'est comme ça maintenant," murmura-t-elle à elle-même. "Il n'y a pas de retour en arrière. Alors autant... en profiter."

Chloé, à côté d'elle, aussi en période de lucidité, hocha la tête. "Exactement. Avant... avant on était des esclaves. Du travail. Des normes. Des vêtements. De la pudeur. Maintenant... maintenant on est libres. Vraiment libres."

"Libres de quoi ?" demanda Ema, curieuse.

"Libres de faire ce que notre corps veut. Ce que notre nature veut. Le sexe. Le plaisir. La reproduction. C'est ça, la vraie liberté. Retourner à l'essentiel."

Ema réfléchit à ça. C'était une philosophie simple, peut-être simpliste. Mais dans le contexte de l'effondrement total, ça avait du sens.

Puis le besoin revint. D'abord léger. Une chaleur dans son bas-ventre. Une humidité entre ses cuisses. Une tension dans ses seins.

Elle regarda autour d'elle. Les hommes aussi recommençaient à être excités. Certains avaient déjà des érections. D'autres se masturbaient doucement, en attendant.

Chloé sentit le besoin aussi. Elle sourit à Ema. "Et voilà. Ça recommence. Le cycle."

Ema sourit en retour. "Oui. Ça recommence."

Un homme s'approcha, son pénis déjà dur. Ema ouvrit les jambes, l'accueillit.

Et ainsi de suite.

Fin du chapitre 2